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TABLE Poème
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Articles et préfaces : 1. Mystérieux Objets Célestes - Introduction et conclusion (1958-1977) 2. Oui,...
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TABLE Poème
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Articles et préfaces : 1. Mystérieux Objets Célestes - Introduction et conclusion (1958-1977) 2. Oui, il y a un problème soucoupes volantes (Planète n° 10, 1963) 3. Les tribulations d’un chercheur parallèle (Planète n° 20, 1965) 4. L'idée d'une intelligence extraterrestre (Planète n° 23, 1965) 5. L’étrange cas du Professeur « X », une enquête d’A. Michel (1968) 6. Le problème de non-contact (The Humanoids, 1967, traduit 1974) 7. Les OVNIS et l'irrationnel (France Catholique, septembre 1972) 8. Préface à la BD de Lob & Gigi, Les Apparitions OVNI (1973) 9. Le principe de banalité (Mystérieuses soucoupes volantes, 1974) 10. Les OVNI renouvelleront la science (in J.-C. Bourret, La nouvelle vague des soucoupes volantes, 1974) 11. Soucoupes Volantes (France Catholique, janvier 1974) 12. Le Grand Dessein (Question De n° 7, 1975) 13. Vers une méta-logique (préface à Jacques Vallée, Le collège invisible, 1975) 14. On the true nature of the close proximity UFO sighting (Flying Saucer Review, 1975) 15. Mystérieux objets célestes (France Catholique, décembre 1977) 16. Les probabilités d'une vie universelle (Question De n° 22, 1978) 17. Métamorphose 18. OVNI : bizarre, j'ai dit bizarre (France Catholique, juillet 1978) 19. Requiem pour des chimères très anciennes (préface à Bertrand Méheust, Science-Fiction et Soucoupes Volantes, 1978) 20. L'espace silencieux (Question De n° 33, 1979)
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Interviews : 21. Interview d’Aimé Michel par François Toulet (juillet 1978) 22. Interview d’Aimé Michel (OVNI Présence n° 50, 1993)
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Articles sur Aimé Michel : 23. Bertrand Méheust sur Aimé Michel 24. Thibaud Canuti sur Aimé Michel 25. Redécouvrir Aimé Michel (France Catholique, mars 2009)
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POÈME Cette terre est belle où tu as vieilli. Elle fut pour toi comme le jardin où germe la fleur. La graine n’éclôt qu’en pourrissant dans le jardin. Tu te croyais perdu. Tu l’as traversé sans le savoir. Là où tu vas, tu ne cesseras de devenir plus que toimême, éternellement. Déjà, tu es plus que tu ne fus. Aime donc la vague qui te porte. Aime le rocher qui la brise. Aime les ténèbres où tu voyages et qui déjà t’ont conduit où tu es. Ces ténèbres t’aiment, puisqu’elles t’ont tiré des étoiles. Elles savent ce que tu ignores. Là où tu vas, depuis toujours elles t’attendent. Avant que tu ne fusses, elles sont. Et si c’est par la mort qu’elles te font, c’est que la mort est le chemin de la vie. Aimé Michel
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MYSTERIEUX OBJETS CELESTES (1958, 1966 et 1977, Robert Laffont)
Naissance d’un livre (pages 9-19) Ce livre, publié d’abord en 1958, est le premier récit détaillé d’une «vague » d’observations de ce qu’on appelait alors les Soucoupes volantes. On l’a souligné à propos d’autre chose, rien n’est obscur comme les commencements. Les premiers écrits chrétiens, d’abord répandus chez les esclaves, ont dû être feuilletés avec perplexité et bâillement par des Romains nourris de Platon, de Cicéron et d’Epicure, et qui, dans ces récits dont la portée leur échappait, ne purent reconnaître que lubies d’ignorants. La Soucoupe Volante a commencé avec plus d’éclat, mais seulement en apparence. Il est vrai que les trompettes des mass media en ont fait grand bruit dès le début de l’été 1947. Mais ce bruit était discordant et les histoires rapportées, en soi invraisemblables, avaient même origine que les miracles chrétiens diffusés parmi les classes incultes de l’Empire romain du ler siècle. C’étaient des témoignages. Il était question d’engins non humains, extraterrestres. On consulta les astronomes, qui haussèrent les épaules: venus d’autres étoiles, vraiment? Alors que le soleil (c’était ce qu’on croyait encore) est probablement la seule étoile entourée de planètes? Et venus comment? En usant de quelle énergie? Un simple calcul montrait l’inanité de l’hypothèse. Et même en passant sur ces fondamentales absurdités, comment imaginer sans rire qu’une race cosmique en avance sur la nôtre eût fait l’effort gigantesque de venir jusqu’à nous pour se borner à quelques furtives apparitions sous le nez d’un paysan ahuri, à quelques brèves manoeuvres dénuées de toute signification raisonnable, et disparaître ? Cela ne tenait pas debout. Les psychiatres confirmèrent qu’il était plus prometteur de chercher quelque nouvelle araignée au plafond d’un public arriéré en mal de superstitions de rechange. Jusqu’en 1954, aucun homme de science ne prit sur lui d’accorder une heure d’attention sérieuse à une rumeur si dérisoire, d’y appliquer l’effort d’une réflexion quelque peu approfondie.. Je crois que, de la même façon, les écrits chrétiens furent cent fois lus et rejetés avec mépris par les sages du premier
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siècle. Ce n’est pas sans motif que je reviens sur cette comparaison. Relisez quelques pages du Phédon, du De Divinatione, des Pensées de Marc Aurèle, puis, vous en étant imprégné, ayant de votre mieux effacé les quinze siècles suivants de votre mémoire, plongez-vous dans l’Apocalypse, dans une Epître de saint Paul. Vous tomberez des nues. Vous reconnaîtrez que rien dans votre culture (supposée gréco-romaine) ne vous prépare à prendre ces folies au sérieux. Vous n’irez pas jusqu’à vingt lignes. Bien avant, avec impatience, vous aurez repéré plusieurs indices sûrs, selon des critères ayant fait leurs preuves, que les pauvres auteurs de ces textes sont ignares et inconséquents. Et cependant ces pauvres textes annonçaient une révolution spirituelle. * Mais je dois expliquer dans quelles dispositions je me trouvais moi-même au moment où les semaines folles de l’automne 54 allaient lâcher leurs phantasmes sur l’Europe ahurie. Car si les événements de cette époque se trouvent, je peux le dire, avoir joué un rôle décisif sur la suite de l’Histoire avec un H, c’est, en partie au moins, parce qu’une combinaison de circonstances avait, au cours des quelques années précédentes, placé là où il fallait quelqu’unqui, sans le savoir, s’était depuis longtemps préparé à faire face à une telle situation. Cela a souvent été dit 1, et il n’ya pas de quoi en tirer vanité, car tout fut l’effet du hasard. En 1954, j’avais 35 ans. J’avais depuis onze ans quitté la Faculté avec une licence de philosophie, le cerveau littéralement lavé de toute philosophie par l’étude approfondie du maître sceptique grec Sextus Empiricus, dont un moment, encouragé par Mario Meunier, j’avais envisagé de traduire l’oeuvre. Sextus m’avait si bien écoeuré de toute philosophade que, mes yeux étant tombés par hasard, vers la fin de 1943, sur le programme d’un concours d’ingénieurs publié par la Radiodiffusion Française (alors dite Nationale), et remarquant que ce programme me convenait parfaitement (en vue de l’agrégation de philosophie, j’avais étudié quelques mathématiques et, pour mon plaisir, la théorie musicale et quelques instruments), je présentai le concours et me trouvai tout inopinément reçu, engagé, et presque aussitôt obligé de prendre le large (le maquis, mais ceci est une autre histoire). Réintégré à la Libération, mon travail, d’une technicité monotone, m’ennuya vite, et, sans quitter la Radiodiffusion, je me fis journaliste. Autre école de scepticisme, cette fois sur le tas. J’avais énormément lu pendant mon enfance et mes études. Soudain, je cessai. Albert Camus, que j’ai 1
The whole thing would have been lost to history if it hadn’t been for the painstaking and pioneering work of Aime Michel. (l’astronome américain J.A. Hynek, dans The Edge of Reality, Chicago 1975, p. 205).
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connu dès décembre 43, disait que le journalisme est une école de style : Et certes il apprend à savoir incontinent faire à volonté, avec la mort du Pape, trois lignes ou trois pages sous les diverses formes requises par la mise en pages. Mais il apprend surtout à se défier. De 1944 à 1953 ou 56, sauf des textes techniques et scientifiques, je ne lus rien. Mais vivant seul, je réfléchis beaucoup, notant tout, m’efforçant surtout de comprendre les structures de la science, si leur diversité formait encore un édifice, comme l’avait cru Auguste Comte, et si oui, à quoi il ressemblait. Je fréquentais beaucoup le Service de Documentation de la R.D.F., le meilleur de France pour le travail qui m’attendait. La presse française et étrangère y était quotidiennement analysée, découpée, collée, classée, fichée, sous un grand nombre d’entrées. C’est là qu’à partir de 1946 je commençai à remarquer les rumeurs en provenance de la Baltique sur de mystérieux « engins secrets» observés (selon les témoins) en Suède, Norvège, Allemagne du Nord, Danemark. On se souvenait de Peenemunde, des savants allemands disparus chez les Russes ou ailleurs. Il y avait du reste un très gros dossier Peenemunde au Service. Je remarquai, mais ne m’intéressai guère. Peut-être les Russes poursuivaient-ils les essais allemands. Plus probablement, Peenemunde suscitait-il chez les riverains des rêves à retardement. 1947. Incident du Mont Ramier et naissance officielle de la rumeur: les soucoupes volantes en Amérique. Je continue de suivre la presse, mais sans attacher à ce sujet une importance particulière. Je remarque la mauvaise qualité des témoignages et des déclarations, explications, allégations, réfutations. Rien de concret ne venant jamais, c’est Einstein qui me paraît le plus sensé: «Ces gens disent avoir vu quelque chose. Quoi. je n’en sais rien, et cela ne m’intéresse pas.» Toujours notant au jour le jour mes réflexions, je ne trouve pas trace de ces premiers faits dans mes carnets. Pas trace non plus de deux faits pourtant décisifs sur mon orientation ultérieure et donc sur les effets de celle-ci. En 1950 paraît le premier livre de Keyhoe, plaidoyer pour l’existence des O.V.N.I. et pour leur origine extraterrestre. Je le lus pour une raison oubliée, peut-être à la demande d’un ami éditeur, et ne notai rien. Mais je me rappelle l’effet qu’il me fit : je le trouvai mauvais comme peut l’être un plaidoyer raté, c’est-à-dire pire qu’un réquisitoire. Je me rappelle même avoir douté si sa forme de reportage n’était pas en réalité une manière particulière de fiction, et si Keyhoe n’inventait pas les personnages de I’U.S. Air Force qu’il nommait.
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Je ne notai pas davantage l’autre épisode où pourtant se joua la suite de ma vie: quelque temps après ma lecture de Keyhoe, la direction du Journal parlé me confia la réalisation d’un documentaire sur la Météorologie nationale. En quelle année? Je ne sais plus. Peut-être 1950. Pendant des semaines je me familiarisai avec les techniques de la Météo. Je me liai d’amitié avec plusieurs ingénieurs, spécialement avec Roger Clausse, alors sous-directeur. Je le retrouvais chaque matin avec ses cartes du temps et ses gradients. Nous bavardions. Un jour le livre de Keyhoe et les Soucoupes volantes vinrent sur le tapis. — Cela vous intéresse ? me dit-il, moitié ironique, moitié mystérieux. Alors que pensez-vous de ceci ? Et il me sortit un petit dossier intitulé Phénomènes inhabituels signalés par les stations. Je m’assis dans un coin, commençai à lire, et reçus l’un des chocs de ma vie. Cette fois, il ne s’agissait plus d’articles de presse, ni de livres douteux. Un peu partout, en Afrique Equatoriale, au Sahara, en Amérique du Nord, en France, et même sur une base militaire proche de Paris, des techniciens de l’observation atmosphérique décrivaient exactement ce que j’avais lu dans Keyhoe. Et non plus sur le ton mélodramatique des mauvais reportages, mais avec une froide indifférence : heure T.U., durée, variations de couleur, d’éclat, de diamètre angulaire, relevés de théodolite, état du ciel, hauteur du plafond, évolutions, noms et qualités des témoins. Je lus, je relus. Je ne m’écriai certes pas: «C’était donc vrai ! », car qu’est-ce qui était vrai? Ces gens, des techniciens, avaient indubitablement vu, comme disait Einstein, «quelque chose». Quoi ? Ils n’en savaient rien, mais pour moi l’affaire prenait un aspect nouveau. Il y avait bien une énigme des Soucoupes volantes, ce dont jusqu’alors j’avais douté. Compte tenu de ce que je voyais décrit là 2, l’énigme était de taille. Elle méritait une enquête approfondie. *
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Par exemple, l’affaire de Bocaranga, en Afrique Équatoriale, rapportée dans mon premier livre.
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Dans les jours qui suivirent, je ne pus détacher mon esprit de ce dossier, qui s’était gravé dans ma mémoire. Si pareilles choses se produisaient réellement dans le ciel, pensais-je, il n’était pas possible qu’elles ne fussent étudiées par quelqu’un: il devait exister à Paris quelqu’un, militaire ou homme de science, qui savait. Moi aussi, je voulais savoir. Je devais trouver ce quelqu’un. Ce ne fut pas très facile, et j’ai oublié combien de temps je cherchai cet homme « qui savait ». Bien que ma curiosité fût éveillée, j’étais loin encore de me douter que je venais de m’engager dans le travail de ma vie (en tout cas l’un d’entre eux). C’est pourquoi je suis incapable de rapporter ici l’exacte chronologie de mes premières recherches. De plus, j’étais encore bien plus éloigné d’imaginer les dimensions réelles du problème. Mes hypothèses n’avaient rien de révolutionnaires : il ne pouvait s’agir, pour moi, que d’engins secrets américains, ou russes, ou les deux, ou bien de phénomènes atmosphériques inconnus. (J’avais lu quelques articles scientifiques sur la foudre en boule, l’effet Corona, certains mirages bizarres, etc.). Cependant, en cherchant l’« homme qui savait », je trouvai d’autres rapports d’observation. Et frappant de porte en porte, je finis par découvrir, à la revue de l’Armée de l’Air Forces aériennes françaises, deux articles signés par des officiers d’aviation qui m’avaient précédé sur la piste. Le premier article, d’un capitaine Clérouin, était une étude de cas. L’autre, d’un lieutenant Plantier, proposait une explication spéculative de la soucoupevolante supposée être un engin. Des cas analysés, une spéculation : donc ces deux officiers qui se posaient des questions semblaient ne pas savoir ! Je ne pus le croire, surtout quand un autre officier aviateur m’eut dit que Clérouin commandait un Service de Renseignements de (‘Armée de l‘Air. Celui-là ne pouvait pas ne pas savoir ! C’est lui que je devais rencontrer et faire parler. J’avais une monnaie d’échange: mon propre dossier, déjà volumineux, de cas excellents et complètement inédits. J’ai raconté ailleurs ma première rencontre avec Clérouin dans le fond obscur d’un café, près de (‘Ecole Militaire. Rencontre à la fois décevante et infiniment excitante. Décevante : Clérouin ne savait réellement rien, Il était accompagné d’un civil du nom de Jean Latappy, porteur d’une grosse serviette. Après quelques vaines malices de part et d’autre, nous décidâmes de mettre cartes sur table. Il s’avéra alors que le premier chercheur historique en matière de
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Soucoupe volante n’était ni moi, ni Clérouin, ni Plantier, mais Latappy. II avait même une observation personnelle datant d’avant la guerre ! Son dossier était bien plus épais que le mien. Et surtout, il était truffé de réflexions sur le caractère fantastique du phénomène, caractère qui m’avait jusqu’alors complètement échappé, tant mes explications simplistes me paraissaient évidentes. Latappy, lui, savait bien, ayant trouvé Clérouin longtemps avant moi, que personne ne savait. II en avait tiré les conséquences avec une audace prophétique. J’espère qu’il aura gardé son gros dossier noir, qui doit rester comme le premier jalon de l’histoire des O.V.N.I. et reposer un jour dans les archives d’un Institut. Latappy, dessinateur de métier, est l’auteur des cartes qui illustrent ce livre. On remarquera que sa carte du 24 septembre est accompagnée d’une représentation symbolique des principaux types d’observation : il s’agit en réalité de la première tentative de classement des divers types de cas jamais faite par un chercheur, j’entends la première au monde. Tous les classements proposés depuis sortent de celui-là, y compris celui de Hynek. Rencontre excitante, ai-je écrit aussi, car, précisément, si même le responsable d’un Service de Renseignements de l’Armée de l’Air spéculait depuis longtemps avec son ami Latappy sur la nature des O.V.N.I., c’est que personne au monde ne savait de quoi il s’agissait. Clérouin balayait d’un geste et d’un éclat de rire l’hypothèse de l’arme secrète: «Secrète ! mais c’est du roman ! Je suis bien placé pour savoir qu’il n’y a plus de secret. C’est fini, le secret militaire, pour des affaires de cette envergure. Oubliez cette idée, vous dis-je. Je ne sais pas ce que c’est, et personne ne le sait. Voilà ce que vous devez bien comprendre.» * Désormais, nous étions trois à spéculer, chacun à sa façon. Clérouin avec un scepticisme à toute épreuve. Il avait lu mon dossier avec des hochements de tête désabusés : «Tout est possible, et tout le monde a raison », répétait-il, citant Fontenelle. «Non seulement nous ne savons rien, mais personne n’aura jamais rien de raisonnable à nous dire, il faut mettre tout cela au fond d’un placard et n’y plus penser.» Latappy, au contraire, avait dès cette époque pensé à peu près à tout, prévu même les développements les plus fantastiques, survenus depuis 3, fait les premières enquêtes approfondies sur les témoins rapprochés (cas du douanier Gachignard), et, retournant celles-ci dans tous les sens, soupçonné qu’il fallait se méfier de tout, même des témoins sincères, même des hasards
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Voir la Conclusion
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apparents, même de soi-même (de l’enquêteur). Je le suivais en renâclant, mais contraint par les faits. * En 1953, l’idée me vint tout à coup que, quoique ne sachant rien sur le fond, nous en savions cependant plus que ce que l’on en pouvait lire en français et en anglais. J’écrivis donc mon premier livre, qui parut au printemps 1954, et ne fut guère remarqué du public 4. Ce livre maintenant périmé (sauf pour quelques cas encore intéressants) eut cependant une conséquence extraordinaire sur la suite des événements. En effet, pendant le printemps et l’été 1954, tous ceux qui en France s’intéressaient sérieusement aux O.V.N.I. me lurent et m’écrivirent. Ils n’étaient pas nombreux, mais il s’en trouvait dans toute la France, Après coup, les circonstances semblent avoir été tramées, et ce, jusque dans le moindre détail. En particulier, me lurent et m’écrivirent exactement les hommes de science dont la compétence me manquait un astronome (Pierre Guérin, de l’institut d’astrophysique, avec qui depuis je n’ai plus cessé de collaborer), le plus éminent spécialiste français de l’étude du comportement (le professeur Rémy Chauvin, qui dirigeait alors un institut de la Recherche agronomique, par qui je connus aussi d’autres biologistes et des psychologues), un physicien non moins éminent, d’autres savants encore. Bref, finalement, tous les précédents épisodes de ma vie depuis mes études universitaires et même avant (s’il était question ici de raconter ma vie) aboutirent à ceci, qu’à la fin de l'été 1954 : 1. J’avais répandu sur toute la France, un réseau de correspondant sachant à qui communiquer tout incident venant à leur connaissance ; 2. J’étais intégré à un petit noyau d’amis aussi polyvalents qu’on pût le désirer ; 3. Je me trouvais, professionnellement, exactement là fallait pour savoir sur-le-champ ce qui s’imprimait dans la presse française et étrangère, pour connaître toute information écrite; outre l’Argus du Service de Documentation de la R.D.F., j’avais à ma disposition les services de toutes les grandes agences de presse (A.F.P., Reuter, U.P.I., A.P., etc.) ; 4. Ma curiosité était aiguisée au plus haut point, à la fois par le courrier de 4
.A. Michel, Lueurs sur les Soucoupes volantes (Marne, Paris 1954).
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mes correspondants, par les discussions quotidiennes que j’avais avec mes amis, et surtout par la nature même de l’énigme et des problèmes qu’elle posait : j'y retrouvais, sous une forme concrète, les questions que j'avais naguère tournées et retournées en méditant l’universelle réfutation de Sextus Empiricus, maître de scepticisrne, habile à montrer que l’on est toujours porté à croire plus qu’il ne faut, y compris sur la validité des explications et des réfutations dont la raison se sert en guise de tranquillisants. * Cependant, alors que s’écoulaient ces semaines de l’été 1954, à aucun moment je ne songeai que rien de particulier dût se produire bientôt. Nous savions déjà alors que la Soucoupe volante était une rumeur ancienne, qu’on en trouvait des traces dans de très vieux textes. Nous agitions parfois l'idée qu’il s’agissait d’une manifestation extra-terrestre, que peut-être les Autres, dont avait parlé Charles Fort, prendraient un jour contact avec l’humanité. Mais de tout cela nous doutions beaucoup et nous ne nous attendions à rien d’imminent. Nous nous y attendions si peu que quand, en septembre, le tonnerre éclata, nous ne le reconnûmes pas. Je pensai d’abord, et tous mes amis aussi, je crois, que les récits se multipliant soudain dans la presse ne correspondaient à rien, qu’ils sortaient de l’imagination des journalistes locaux. Mais je fis mes premières enquêtes directes, et alors tout changea je ne savais pas ce qu’avaient vu tous ces témoins, mais ils n’étaient ni fous, ni mythomanes, ni menteurs. * Ce livre est donc le récit de la vague de 1954. Il est aussi le premier récit détaillé d’une vague suivie jour après jour et souvent heure par heure. Après deux dizaines d’années, il reste même la description la plus typique et la plus compiète (le ce phénomène, qui depuis s’est reproduit bien souvent dans le monde, et qui (mais à l’époque nous l’ignorions) s’était déjà produit un nombre indéterminé de fois, à peu près identique. Nous connaissions le mot «vague » (wave), proposé par Ruppelt pour la série dense des observations américaines de 1952. Mais personne au monde ne soupçonnait la variété, le nombre, la diversité des faits allégués par les témoins d’une vague. On peut dire qu’après avoir lu ce livre, on connaît presque tout de cette diversité. Toutes les vagues se ressemblent, à quelques détails près, probablement dus aux petites variations de l’échantillonnage opéré par le hasard parmi les témoins, selon qu’ils parlent ou non. Il est vrai que les témoins actuels parlent plus volontiers, et que le soulagement de l’inhibition à parler se fait naturellement sentir du côté des cas les plus extraordinaires. En d’autres termes,
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ces cas, presque toujours tenus secrets en 1954, apparaissent plus facilement maintenant que l’opinion publique est plus habituée et plus tolérante. Selon l’expression consacrée, les hauts coefficients d’étrangeté ont moins tendance à rester cachés. Mais nous verrons que même en 1954, ces hauts coefficients apparurent parfois (voir les affaires de Prémanon et de Poncey, par exemple). * La vague passée, il me fallut plus de deux ans de réflexion et de travail pour oser en rendre compte. Le système d’enquête mis en place par le hasard et au centre duquel, par hasard aussi, je me trouvais, avait très bien marché. Mais ce que j’avais rassemblé dans mes dossiers présentait toutes les apparences, comme je l’écrivis alors, d’un « festival d’absurdités ». Comment publier cela sans passer pour fou ? Jean Cocteau m’y poussait avec chaleur, car quelqu’un dans son entourage immédiat avait été témoin d’un atterrissage marqué de toutes ces apparences d’absurdité qui m’effrayaient un peu. De même le général Chassin, commandant la Défense aérienne de l’O.T.A.N. dans le secteur Centre Europe. Lui aussi connaissait intimement un témoin qui avait vu de près l’impossible. Cependant, ce qui finalement me décida à franchir le pas, ce fut le sentiment que j’avais peut-être trouvé une méthode scientifique pour aborder même les cas les plus effarants. Cette méthode permettait pour la première fois une étude objective. Elle permettait le contrôle total de mes assertions. Je me jetai à l’eau en 1956-57. Le livre parut en 1958, d’abord en version américaine à New York, puis à Paris, à peu de mois d’intervalle. C’est lui que le lecteur retrouve ici pour la première fois dans son texte original, avec les cartes de Latappy et la préface du général Chassin. Ce lecteur, je l’invite donc à pénétrer dans le diabolique festival de ces semaines folles. Qu’il ne se retienne pas de s’arrêter parfois pour réfléchir et douter. Quelle que soit l’ultime vérité, elle reste à découvrir. Et tout nous avertit que le mystère de l’homme s’y trouve engagé.
[... suit la description, pp 29 à 265, jour après jour, de la vague de 1954 ...]
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Ombre et silence (pages 301-321) POMPONIUS MELA ET LE VENUSIEN. Certains chapiteaux romans, certains porches de cathédrales des Xll et XIlle siècles nous montrent d’étranges personnages : hommes sans tête et dont le torse nu porte deux yeux en guise de seins et une bouche en place de nombril, hommes à tête de chien évoquant des dieux égyptiens, hommes à grandes oreilles que l’on croit prêts à s’envoler comme le bébé éléphant de Walt Disney, hommes à une seule jambe, et d’autres encore : l’imagination, pour reprendre un mot de Pascal, se lassera plus tôt de concevoir que la sculpture médiévale de fournir. Et les guides, souvent ignares, de préciser devant les touristes que ces monstres étaient probablement des diables ou des pécheurs punis, tels que les concevaient les naïfs et ignorants sculpteurs de l’époque. Etaient-ils si ignorants, ces sculpteurs ? Non, Ils étaient même étonnamment érudits, Ils avaient tout lu. Et Dieu sait si l’on écrivait au Moyen Age, et si l’on avait le goût des oeuvres grandioses, comme ces sommes immenses d’Alexandre de Hales, d’Albert le Grand, de Guillaume d’Ockham, de Thomas d’Aquin. Mais alors, ces monstres, d’où venaient-ils ? Tout simplement de la géographie antique. Ils n’étaient ni des diables ni des damnés, mais bien des hommes : c’est en effet ainsi que les derniers géographes romains, comme le compilateur Pomponius Mela, avaient décrit les hommes des contrées lointaines: Afrique au sud du Sahara, Inde au-delà du Gange. etc. Mais ces géographes, de qui tenaient-ils le portrait d’êtres aussi baroques? Des voyageurs. De ceux qui étaient allés voir les contrées lointaines, ou qui du moins, disaient y être allés. Et comment reprocher aux géographes de les avoir crus ? A qui se fier, sinon aux seuls témoins supposés ? Les sculpteurs des cathédrales avaient donc lu Pomponius Mela et quelques autres. Et voulant représenter l’immense foule des hommes qui attendaient encore la prédication de l’Evangile, c’est chez ces géographes qu’ils en avaient pris la représentation. Et puis, aux XVe et XVle siècles, l’usage de la boussole s’étant répandu, on fit le tour de l’Afrique, on alla aux Indes, en Chine, au Japon. On découvrit un autre monde. Et les ragots de Pomponius Mela s’écroulèrent dans le ridicule. La même histoire s’est reproduite depuis 1947. Après la rencontre historique de Kenneth Arnold près du mont Rainier, on se mit une fois de plus à parler des autres mondes.
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Et une fois de plus, des gens qui se croyaient malins se targuèrent de décrire leurs habitants : ils étaient beaux, de type nordique, blonds, grands, avec des yeux bleus, et de surcroît «vénusiens ». Et aussitôt vint la surenchère. On était allé chez ces beaux étrangers. On avait visité et même conduit leurs engins. Et même, finit par dire quelqu’un : «Tenez, moi qui vous parle, confidentiellement, j’en suis un ! Peut-être m’aviez-vous pris pour un quelconque terrestre ? Pas du tout. Je viens de Vénus. » Ils se multiplièrent alors, vendirent des brochures, se firent héberger «sous le sceau du secret » donner de l'argent. Et cela finit comme on pouvait le prévoir : la prison pour escroquerie pour quelques-uns, la débandade et la fuite au Mexique ou ailleurs pour les autres. C’est une histoire à la fois triste et comique, et à laquelle il serait bon de mettre un point final et définitif. Certes, il est impossible de prouver qu’il n’y a jamais eu contact entre des hommes et des êtres d’un autre monde, pour la raison très simple qu’on ne peut jamais prouver l’inexistence de quoi que ce soit. L’inexistence de Jupiter et de Croquemitaine n’a jamais été et ne sera jamais démontrée. En revanche, il est facile de prouver que tous les contacts affirmés et pubilés jusqu’ici ne sont que monumentale et stupide escroquerie. Cette démonstration tient en une seule phrase : si quelqu’un avait eu un contact intellectuel avec des êtres supérieurs aux hommes, la preuve de ce contact serait pour lui un jeu d’enfant; or, tous ces prétendus contact-men ont essayé de prouver leurs dires, et leurs preuves ne prouvent rien ; leur prétention est donc mensongère. Supposez que quelqu’un vienne vous dire : «J’ai trouvé une montagne de diamants, j’en ai dans toutes mes poches, voici mes preuves », à quelles preuves vous attendriez-vous ? Sans doute qu’il sorte de sa poche une poignée de diamants. Et, en effet, c’est ce qu’il ferait sur-le-champ si sa montagne était réelle et s’il voulait le montrer sans contestation. Mais notre homme sort de sa poche des photos, des attestations d’autres témoins aussi incertains que lui, et un discours sur la vanité des richesses de ce monde. Vous lui faites remarquer que n’importe qui peut faire de telles photos avec quelques cartons peints ou des ustensiles de cuisine; que ces autres témoins devraient eux aussi avoir des diamants plein les poches, et qu’en ce qui concerne la vanité des richesses de ce monde et les bons conseils qu’il vous donne, vous êtes bien d’accord avec lui, mais qu’enfin vous ne lui demandiez rien, que c’est lui qui vous parle de cette montagne de diamants, et que vous êtes tout disposé à le croire pour peu qu’il vous montre un ou deux petits de ces merveilleux joyaux dont il a les poches bourrées. Notre homme alors s’échauffe, fouille dans sa poche et en sort d’autres photos, d’autres attestations, d’autres discours, conclut que si vous n’êtes pas disposé à lui faire crédit sur d’aussi bonnes preuves c’est que vous n’êtes qu’un
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pas grand-chose, et pour finir lâche sur vous la meute des fanatiques qui croient à sa montagne sans l’avoir jamais vue 5 . Mais trêve d’apologue. Vous êtes, monsieur, en relations avec les pilotes des Soucoupes Volantes ? Fort bien. Nul donc mieux que vous ne sait combien de science représente leur venue jusqu’ici. Puisque vous les connaissez si bien, dites-nous quelque chose de cette science. Apprenez- nous quelque chose que nous ne sachions pas : le remède du cancer, la démonstration du théorème de Fermat, la solution des dernières équations d’Einstein, n’importe quoi. Non seulement vous ne nous avez jamais rien appris, non seulement vos élucubrations trahissent une ignorance crasse de la vulgaire «petite science » humaine (et pourtant qui peut le plus, peut le moins), mais, pour comble, elles sont en contradiction avec le peu que l’on sait des Soucoupes Volantes. Vous êtes monté dans ces engins sans y remarquer ce que tout le monde a vu, même de loin: les tigelles multicolores, le dédoublement vertical, les modes de propagation, etc. Vos adeptes disent que tout cela ne vous intéresse pas, que vous voulez le bien des hommes, que vous êtes un esprit religieux. Mais on ne ment pas pour le bien des hommes; et si vous voulez fonder une religion, il existe un moyen bien plus simple que la rencontre des Vénusiens : c’est de vous faire clouer en croix et de ressusciter le troisième jour. LE MIEUX PASSE PAR LE MAL. Le moindre contact intellectuel avec des êtres nous dominant assez pour parcourir déjà les espaces sidéraux ou seulement planétaires aurait immédiatement fait exploser les fondements de notre culture, de notre morale, de nos religions, de même que l’arrivée des hommes dans une île peuplée uniquement d’animaux et de végétaux détruit en quelques années l’équilibre vital enfanté par les millénaires d’évolution concurrentielle des espèces. Si une telle explosion s’était produite, l’humanité et la Terre entière seraient dans un état de chaos dont aucune catastrophe historique ne donne une idée. Et cela, je pense, ne serait pas passé inaperçu. Sur Terre même le contact de deux cultures humaines de niveaux différents aboutit régulièrement au même résultat: l’écroulement et la mort rapide de la culture moins évoluée, Et cela, même en l’absence de toute hostilité. C’est une loi constante de la sociologie, et les exemples qui le montrent se rencontrent dès que l’on ouvre les yeux à ce qui se passe jusque dans nos pays civilisés. En Amérique comme en Angleterre et en France, la radio et la télévision ont détruit le folklore: comment un authentique berger du Nevada ou du Queyras aurait-il encore l’idée de composer des chansons, quand il est chaque jour abruti par celles que les professionnels instruits de tous les artifices 5
Tous ceux qui s’occupent de Soucoupes Volantes en s’en tenant aux faits prouvés ont leurs dossiers remplis des lettres d’injures de cette secte. Dieu merci, l’orthographe et le style en égaient la lecture.
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de fabrication lui serinent dans les oreilles par l’intermédiaire d’une technique supérieure à la sienne? Il n’ose plus avoir ne fût-ce que l’idée d’opposer ses nawes créations à de tels moyens. Et il est vrai que la radio ou la télévision nous montrent parfois des bergers compositeurs: mais leur accoutrement de circonstance ne trompe personne. De même, les guérisseurs de village disparaissent peu à peu devant la médecine, les vieilles voitures devant les neuves, les vieilles idées devant les idées nouvelles. C’est le progrès concurrentiel, caractère constant de la vie, qu’elle soit végétale, animale, ou spirituelle. Quand l’isthme de Panama est sorti de la mer, jetant un pont entre les deux Amériques, les espèces vivantes du Nord et du Sud sont entrées en concurrence. Les espèces du Nord étaient plus évoluées. Ce fut la catastrophe dans le Sud, où une foule d’espèces disparurent dans l’écroulement d’un équilibre vital pourtant établi sur des dizaines de millions d’années d’évolution. Supposons que l’humanité soit entrée en contact avec des êtres d’une culture correspondant à une avance de milliers d’années (et l’on n’a aucune raison de parler de milliers plutôt que de millions) sur notre culture et notre degré d’évolution, et que ces êtres hypothétiques, guidés par une moralité sublime, se soient abstenus à notre égard de tout ce que nous n’aurions pas manqué de faire à leur place. Que se serait-il passé ? Il est facile de voir que tous les mobiles d’action, toutes les impulsions du progrès humain auraient disparu d’un coup sans espoir de résurrection, en science, en morale, en religion. 1° En science, quel est le mobile premier ? La curiosité. Et il est vrai qu’une « conversation » avec un être immensément plus instruit que nous des secrets de la nature (si tant est qu’une telle conversation puisse s’établir, ce qui n’est pas sûr) serait d’abord passionnante. Il répondrait à nos questions comme un père à celles d’un enfant. Mais à quoi aboutirait une telle «conversation»? En science, on sait que chaque réponse à une question révèle vingt, cent questions plus embarrassantes que la première. Le plus infatigable des savants, après avoir posé pour la millionième fois la question : «Et après? » trouverait toujours un moment où il perdrait pied, et où le vertige et le désarroi succéderaient à l’enthousiasme. Car il n’y a pas un seul savant au monde qui ne sache maintenant qu’il n’existe pas de dernier secret de la nature : on peut toujours aller plus loin, et tout mystère résolu découvre un mystère plus grand. Toute la vie de la science est dans la recherche. Mais que devient la recherche le jour où l’on sait qu’il suffit d’interroger pour savoir ? La science humaine, tout admirable qu’elle est, serait brisée sans son élan, vidée de sa sève, et réduite à une touchante curiosité folklorique, comme les spéculations d’Archimède sur le nombre des grains de sable et des gouttes de la mer, comme les calculs d’Hipparque ou de Ptolémée sur les sphères planétaires. Tout cela était admirable en son temps, et digne encore d’admiration comme effort de
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l’esprit et du point de vue de l’histoire, mais tout cela est mort et ne sera jamais ressuscité. Et qu’on l’entende bien: il ne s’agit nullement de dire qu’une science supérieure puisse prouver la «fausseté» de la nôtre. Cette croyance, caressée comme une espèce de revanche par beaucoup de soucoupistes ou d’amateurs de faux miracles, est une pure illusion : la science ne fait jamais que se prolonger elle-même. Mais elle peut se prolonger indéfiniment, et cette certitude, exaltante quand on imagine un avenir purement planétaire de l’humanité, devient terrifiante quand on imagine des confrontations intersidérales, car elle nous oblige à prévoir des prolongements excédant de très loin les possibilités d’assimilation d’une vie humaine, et qui plongeraient nos génies les plus profonds et les plus encyclopédiques dans le même désarroi que celui d’un enfant de huit ans devant le tableau noir d’Einstein. On peut, avec un peu d’optimisme, supposer que l’humanité arriverait à rattraper ce retard au prix de quelques siècles d’efforts. Mais le progrès est en constante accélération, c’est une loi universellement constatée dans l’évolution de la vie depuis trois milliards d’années, et aussi dans l’histoire humaine, qui couronne provisoirement cette évolution. Cette hypothétique science supérieure aurait donc évolué plus vite encore pendant les siècles d’apprentissage humain, de sorte que sa supériorité sur nous aurait encore augmenté au bout de ce laps de temps. On peut le constater dans les rapports actuels des grandes nations entre elles : le décalage de leur évolution technique respective, loin de s’amenuiser avec le temps, augmente chaque année. L’Amérique et l’Union Soviétique sont de plus en plus en pointe, et les nations les plus arriérées, malgré leurs progrès constants, sont de plus en plus distancées. 2° En morale, le contact avec une morale supérieure serait encore plus catastrophique, et ceci n’est pas un vain paradoxe. Il ne s’agit pas ici de discuter les fondements métaphysiques de la morale, mais simplement de prendre conscience de réalités biologiques et historiques indiscutables. Biologiques : la paléontologie, science des êtres qui nous ont précédés sur la terre depuis l’origine de la vie, montre: — que ces êtres sont de plus en plus perfectionnés et d’un psychisme de plus en plus élevé à mesure que s’écoulent les trente millions de siècles d’histoire de la vie terrestre, — que ce progrès constant s’est accompli par une sélection systématique assurant le remplacement du faible par le fort et du moins doué par le plus doué. L’homo sapiens (c’est-à-dire nous) ne s’est établi d’un bout à l’autre de la planète qu’en supplantant les espèces humaines antérieures moins douées. Nous réprouvons cette extermination de fait, mais nous ne sommes au monde, et notre
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morale n’existe que par suite de l’extermination ininterrompue du moins doué depuis les origines de la vie. Si nos ancêtres n’avaient pas supplanté ces humanités inférieures dont les manuels de préhistoire nous montrent le faciès animal, jamais la morale qui inspire notre pitié pour leur défaite n’aurait pu voir le jour. Nous serions encore cannibales, et loups parmi les loups. 6 C’est là l’un des tragiques mystères de la vie qui semble n’aller vers le mieux qu’à travers le mal 7. Il semble malheureusement que cette loi de la paléontologie se prolonge dans l’histoire humaine. Tous les progrès matériels, culturels et techniques de l’Antiquité ont été acquis au prix de l’esclavage, pourtant condamné par des esprits comme Platon. Tous les progrès modernes de a démocratie et de la liberté sont jalonnés de guerres et de révolutions que la démocratie réprouve, mais qu’elle est obligée de mener, au prix de combien de sang et de larmes, contre les survivances du passé. Il a fallu à la France deux mille ans de guerres pour conquérir son actuelle douceur de vivre. Tous les peuples doués de vitalité ont une obscure conscience de cette loi, qu’ils traduisent par des lieux communs tels que: «La vie est un combat », Audaces fortuna juvat, Struggle for life, etc. Comment une morale supérieure pourrait-elle intervenir dans ce processus, qui semble évident, de la vie terrestre? Il suffit de jeter un coup d’oeil sur quelques aspects de notre présent combat pour le soupçonner. C’est un fait impossi- ble à nier que l’une des formes essentielles du progrès est actuellement une mainmise de plus en plus extensive de l’humanité sur les autres êtres vivants, animaux et végétaux. Sommes-nous certains qu’une morale supérieure approuverait la transformation quotidienne de millions d’animaux en boîtes de conserves, de forêts entières en papier et en produits divers, et en général le mépris total montré par les hommes à l’égard de tout psychisme non humain sous prétexte qu’il est infra-humain? Quel homme pense à la somme de souffrances quotidiennes que représente un abattoir? Cette question peut sembler burlesque. Comment voulez-vous, dira-t-on, que l’homme subsiste s’il ne mange pas, s’il ne se vêt pas ? Eh oui, et c’est bien là le drame! Au point actuel de sa technologie, l’homme est encore totalement et sans recours tributaire des lois antiques de la vie, qui sacrifient le faible au progrès du fort. Nous devons tuer ou mourir. Dans mille ou dix mille ans, peut-être serons-nous libérés de cette servitude. Mais pour arriver à ce mieux, nous devons survivre, et faire ce qu’il faut pour cela. Quand ils auront franchi ce fossé de sang, sans doute nos descendants penseront-ils aux abattoirs de La Villette et de Chicago 6
. Le racisme n’est donc pas seulement abject devant la morale, mais aussi, c’est bien connu, absurde devant la science, car tous les hommes actuels appartiennent à la même espèce Le lecteur qui voudrait approfondir ces réflexions peut lire Trois Milliards d’années de vie, par André de Cayeux (éditions Présence Planète). A. de Cayeux est professeur à la Sorbonne. 7
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avec la même horreur que nous inspire l’esclavage antique, qui nous a faits ce que nous sommes. Une masse infinie de souffrances sépare encore la vie terrestre de son plein épanouissement physique, spirituel et moral, et parce que nous voulons cet épanouissement, nous provoquerons cette souffrance. Là aussi le mieux passera par le mal. Et si quelque chose interrompait brusquement notre lutte au nom d’une morale dont les conditions n’existent pas encore sur notre planète, ce serait la fin de l’humanité. 3° Enfin, la même explosion totale devrait être prévue sur le plan religieux. Il suffit de voir combien les religions ont évolué depuis trois mille ans pour mesurer les conséquences d’un contact avec un psychisme en avance sur nous de seulement quelques millénaires. Que subsisterait-il de nos religions actuelles? Dieu seul le sait, c’est le cas de le dire. Nous entrevoyons ainsi le chaos qui naîtrait d’un contact extra-terrestre. Si tout cela s’était produit, on le saurait. Encore n’avons-nous envisagé que l’hypothèse d’un contact avec des êtres en avance sur nous sur une ligne d’évolution semblable. Cette hypothèse, la plus simple de toutes, est aussi la plus improbable. On peut même prévoir qu’elle est d’une impossible simplicité, et que la réalité est bien plus inconcevable encore. Nous arrivons ici au seuil d’idées déroutantes, et que nous devons pourtant examiner. OMBRE ET SILENCE. Les plus récentes acquisitions de l’astronomie donnent à penser que, contrairement aux opinions antérieures, c’est par milliards, et même par milliard de milliards que des planètes plus ou moins semblables à la Terre sont semées en poussière dans l’immensité de l’espace sidéral. D’autre part, les plus récentes théories sur l’origine et l’évolution de la vie nous suggèrent que celle-ci apparaît et évolue vers l’esprit pour ainsi dire automatiquement quand les conditions de son apparition existent. Pour reprendre une expression de Teilhard de Chardin la vie est une «dérive» aussi essentielle à l’«étoffe cosmique» que toutes les autres propriétés de la matière décelées de façon uniforme dans les laboratoires terrestres et dans les plus lointaines galaxies. La vie et la pensée, son aboutissement, seraient ainsi semées à travers l’infini de l’espace avec la même profusion que la matière elle-même. Ce fourmillement des étoiles sur nos têtes, ce serait donc en chaque point du ciel autant de luttes, autant de rêves, autant de joies que la terre en contient. Or, cinq cent mille ans à peine après son apparition, l’homme déjà s’apprête à envahir l’espace interplanétaire. Il faut donc en déduire, si la pensée (représentée à son sommet sur terre par l’homme) est l’aboutissement automatique de la vie, que tous les systèmes évolutifs plus avancés que l’homme
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ont déjà réalisé cette invasion en une infinité de points du ciel. Quels mondes nouveaux aurons-nous conquis ou visités à travers l’espace dans mille, dans cent mille ans ? Mais un nombre immense de civilisations ont déjà atteint et dépassé en d’autres mondes ce point inimaginable où nous en serons alors. C’est pourquoi la question essentielle à propos des Soucoupes Volantes n’est pas de savoir si elles existent, puisqu’il semble certain que l’esprit créateur de procédés de communication spatiale n’est pas un privilège terrestre, mais de savoir si elles ont visité notre planète, et si on les a vues. Et pour mieux dire, le mystère est, si on les a vues, qu’on les ait si peu vues. L’espace devrait grouiller d’engins comme la mer grouille de navires. La solitude (au moins apparente) de l’espèce humaine dans l’espace, qui épouvantait Pascal -— "le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie" - est peut-être la plus inquiétante de toutes les énigmes posées à notre esprit. Si l’on essaie d’envisager toutes les explications possibles à cette énigme, on n’a guère le choix qu’entre les hypothèses suivantes, que je donne dans l’ordre : 1° La vie terrestre est réellement la seule vie de l’univers. 2° De toutes les vies sidérales, la vie terrestre est la seule qui ait évolué jusqu’à l’esprit. 3° De toutes les vies ayant évolué jusqu’à l’esprit, il n’en existe aucune qui soit assez en avance sur l’humanité pour avoir envahi avant elle l’espace sidéral. 4° L’invasion de l’espace sidéral est limitée à un rayon d’action inférieur à la distance qui nous sépare du plus proche système biologique extra-terrestre. 5° Au cours des voyages sidéraux, le contact entre espèces d’origine différente est impossible. 6° Ce contact, quoique possible, est systématiquement ou provisoirement évité. 7° lI est secret. 8° Il est invisible, ce qui, nous le verrons, est tout à fait différent. - La première hypothèse (solitude absolue de la vie terrestre, qui serait un phénomène sans autre exemple d’un bout du ciel à l’autre) semble déjà démentie par les faits, puisque tous les astronomes sont actuellement d’accord pour reconnaître sur Mars la présence hautement probable d’une forme au moins élémentaire de la vie. C’est ainsi que l’astronome français Audoin Dollfus a
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montré que les plages sombres visibles à la surface de la planète sont recouvertes de petits granules opaques d’origine très vraisemblablement organique et possédant les mêmes propriétés optiques que certaines algues microscopiques terrestres. Plus récemment (1956), l’astronome américain William Sinton, de l’université de Harvard, a décelé dans le spectre infrarouge de Mars, vers la longueur d’onde 3,45 microns, la bande de la liaison chimique CH, caractéristique exclusive de toutes les molécules organiques terrestres, et en particulier de celles des végétaux. 8 Il existe donc une vie élémentaire sur Mars. Mais la vie subsiste-t-elle sans évoluer ? Sur terre, les espèces qui n’évoluent pas (dites panchroniques) sont l’exception... - La deuxième hypothèse (solitude absolue, non plus de la vie, mais de l’esprit) est incontrôlable. Tout ce qu’on peut dire, c’est que son allure anthropocentrique n’est guère satisfaisante. Jusqu’à présent, tous les progrès de la science ont marqué un recul des conceptions anthropocentriques. Personne d’ailleurs ne se risque plus à les soutenir. - La troisième hypothèse (aucune vie sidérale n’a dépassé le stade actuel de l’humanité) peut s’entendre de deux façons, soit que l’on suppose que l’humanité terrestre est à la pointe extrême de l’évolution sidérale, tous les autres systèmes biologiques étant en retard par rapport à nous (incontrôlable, et, comme ci-dessus, anthropocentrique) soit que, terrifiante supposition, la vie ne puisse jamais et d’aucune façon aller plus loin que l’homme, et que l’homme du XXe siècle. Cela revient à affirmer que l’aboutissement automatique de toute évolution est l’apocalypse et l’écroulement total trois mille ans après l’apparition de la science. La montée de la vie, puis de l’esprit, puis de la science, serait ainsi limitée vers le haut par un seuil infranchissable, et le fait que nous préparions actuellement les premières tentatives astronautiques avertirait que nous sommes précisément sur ce seuil de l’apocalypse, puisque tout dans cette hypothèse devrait s’écrouler avant la réussite de l’aventure astronautique. On voit où conduit une telle pensée : à l’idée que le progrès porterait en luimême sa propre destruction. La vie ne monterait si haut que pour se suicider. C’est là un rêve d’un grandiose pessimisme, et pour l’appréciation duquel nous ne disposons que de vagues idées morales. 8
Sky and Telescope, vol. XVI, n° 6, avril 1957, p. 275. Les expériences Mariner, contrairement à ce qu’en ont dit les journaux,ont bien confirmés l’existence sur Mars de plages sombres recouvrant de façon continue des surfaces hétérogènes du pointde vue physique, cequi est conforme à l’hypothèse d’un tapis végétal.
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- Sur la quatrième hypothèse (impossibilité ou limitation de l’aventure astronautique), la science actuelle ne jette encore aucune lumière. Pour beaucoup de savants, la conquête de l’espace par des êtres organisés serait éternellement bornée aux limites de chaque système solaire, car, disent-ils, les étoiles sont trop éloignées les unes des autres pour permettre à quelque technologie que ce soit d’aller d’une étoile à l’autre. Et il est vrai : a) que la théorie de la Relativité prouve qu’il faudrait une énergie infinie, donc irréalisable, pour communiquer à un corps quelconque une vitesse de 300 000 kilomètres à la seconde; b) qu’à raison de l00.000 kilomètres à la seconde "seulement", l’aller et retour du Soleil à l’étoile la plus proche prendrait un quart de siècle; c) et que par conséquent de telles entreprises excèdent la durée d’une vie humaine9. Ce qui frappe dans cette manière de voir, c’est l’énormité des problèmes qu’elle suppose résolus. Certes, la Relativité est une acquisition définitive de la science. Mais au nom de quoi peut-on affirmer qu’elle en est le dernier mot? De même que, sans les battre en brêche, la Relativité a réduit les théories newtoniennes à un cas particulier, ne doit-on pas prévoir que des systèmes plus généraux engloberont un jour la Relativité en un ensemble plus vaste, rendant possibles des phénomènes aussi inconcevables dans le cadre de la Relativité que les phénomènes relativistes sont inconcevables dans le cadre newtonien ? Un jour — c’est la foi de tout savant — les phénomènes de la vie et ceux de l’esprit par exemple seront rattachés au même système d’explication que ceux de la physique. Et comme le montrait Langevin dans son admirable préface à I’Evolution humaine10, cette suprême conquête de la science ne se fera pas sans bouleversement. D’autre part, que sait-on sur les limites temporelles de la vie ? Pour l’éphémère, qui vit quelques jours au plus, vingt-cinq ans, c’est l’éternité. Pour le séquoia, qui vit des dizaines de siècles, c’est peu. Que sait-on des limites tem porelles des autres systèmes organisés ? Rien. Et nous arrivons aux quatre dernières hypothèses, les plus intéressantes. LE CONTACT EST-IL IMPOSSIBLE ? Il s’agit ici, bien entendu, du contact intellectuel. Si un objet est supposé exister physiquement, cela signifie,
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Notons toutefois que, d’après la relativité restreinte, l’équipaged’un engin effectuant un semblable aller et retour à 100 000 kilomètres à la seconde,vieillirait de vingt-trois ans et sept mois environ, alors que sur Terre vingt-cinq ans se seraient écoulés. A 270 000 kilomètre à la seconde, il ne vieillirait plus que de dix ans et onze mois à peine, ce qui ouvre, peut-être, des perspectives.. (C’est l’exemple célèbre du "voyageur de Langevin". 10
Quillet, éditeur.
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par définition, qu’il peut être perçu de quelque manière par nos sens ou par nos instruments. Autrement, c’est qu’il n’existe pas physiquement. A première vue, l’impossibilité d’un contact intellectuel entre êtres doués d’intelligence paraît un paradoxe. « Qu’ils descendent jusqu’ici, ces extra-terrestres, qu’ils se montrent seulement, ai-je cent fois entendu dire. Nous apprendrons leur langage, ou eux le nôtre. S’ils ne parlent pas, nous nous écrirons. Hélène Adams Keller était aveugle, sourde, muette à l’âge de dix-neuf mois. Cela n’empêcha pas Anna Sullivan d’entrer en rapports avec sa conscience intérieure pourtant emprisonnée dans les ténè bres et le silence. Et Hélène Keller devint un être humain ouvert à toutes les subtilités de ce monde dont elle était coupée. Pourquoi serait-ce différent avec un être extra-terrestre ? » Pourquoi? Tout simplement parce qu’Hélène Keller était un être humain, d’un niveau psychique humain. Il existe ou il a existé sur la terre une infinité de niveaux psychiques depuis la bactérie (ou même, selon Teilhard de Chardin, depuis la particule) jusqu’à l’homme. Il y a un niveau humain, un niveau du chimpanzé, un niveau du rossignol, un niveau de la truite, et ainsi de suite jusqu’au néant ou à l’infime. Dans la jungle ou dans la forêt, où tous les animaux vivent en liberté selon les lois de l’équilibre vital, les chasseurs et les naturalistes savent bien qu’il existe un continuel échange d’informations entre animaux de même espèce et aussi entre espèces. Combien de fois, en montagne, ai-je entendu le coup de sifflet strident de la marmotte avertissant ses commères de mon arrivée, c’est-àdire du danger! Et souvent, une harde de chamois était elle aussi avertie par le même coup de sifflet, et détalait aussitôt. Ou bien c’était l’inverse. Ou encore, c’est un oiseau qui donnait le signal, repris par la marmotte, et compris par le chamois. Mais voici la première intervention d’un «niveau» : j’imite le cri de la marmotte, elle s’y trompe, me répond et, si elle ne me voit pas, engage une sorte de «conversation ». Mais que puis-je dire à une marmotte ? Evidemment, uniquement des «idées » de marmotte : «danger», ou bien : «je suis un mâle », etc. J’aurai beau affiner tant que je voudrai ma pratique du langage marmotte, jamais je n’arriverai à le charger, pour ma gentille interlocutrice, d’autres messages que ceux de son niveau. On ne peut expliquer en marmotte le théorème de Pythagore. En revanche, je pourrais, à la limite, connaître intégralement les «idées» de son niveau. C’est d’ailleurs ce que font les naturalistes.
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« Pourquoi ces Martiens ne nous parlent-ils pas ? me dit un jour l’entomologiste Jacques Lecomte 11. - Pourquoi n’êtes-vous jamais entré en contact intellectuel avec les vaches ? répliquai-je, croyant bien l’embarrasser. - Apprenez, me dit-il, que c’est chose faite : à condition de se donner la peine d’apprendre, un homme peut dire à une vache exactement tout ce qu’une vache peut dire à une autre vache. Le naturaliste autrichien Konrad Lorenz parle si bien oie sauvage qu’il peut faire manoeuvrer un vol d’oies aussi docilement qu’un adjudant ses recrues: les faire courir, s’envoler, se poser, etc. - Un vol d’oies non dressées, qu’il n’a jamais vues ? - Qu’il n’a jamais vues. - Mais, insistai-je, les oies sont des vertébrés, nos cousines en quelque sorte. Lorenz joue sur la parenté. - Erreur: il s’agit d’une loi générale. Un autre naturaliste est capable de faire la cour à un escargot, de lui conter fleurette. - E t ça réussit ? - Parfaitement, dit Jacques Lecomte. Nous pouvons entrer en rapports avec tous les êtres vivants à leur niveau, à condition que ce niveau soit inférieur au nôtre, ou plutôt que le nôtre les cumule. - Alors, si ces messieurs des Soucoupes, à supposer qu’ils existent, se mêlaient de nous «parler», ils devraient pouvoir ? - Je n’ai pas dit cela. Qui prouve qu’ils cumulent notre niveau humain ? L’aspect «cumulatif» du psychisme terrestre, qui fait que le niveau humain cumule le niveau du singe, celui du poisson, celui du batracien, etc., s’explique peut-être par le fait que nous procédons tous d’une même évolution, que pour être des hommes nous avons dû être des anthropoïdes, pour être des anthropoïdes quelque chose comme des lémuriens, et ainsi de suite depuis la bactérie. Le corps de l’homme résume tout le passé de la vie terrestre, et l’esprit de l’homme résume une bonne partie du passé psychique de cette vie. Mais l’un et l’autre ont ajouté au passé quelque chose qui fait que nous sommes plus que la somme de tout cela. Nous pouvons nous mettre au niveau de tout ce par quoi notre lignée est passée depuis l’origine de la vie terrestre. Mais un être procédant d’une autre lignée évolutive, que serait son psychisme ? Nous n’en savons rien. Cependant, personnellement, je serais porté à croire à une espèce d’universalité des niveaux psychiques. Dans tous les mondes, on passe peut-être par le niveau humain. - Et après ce niveau? Au-delà ? 11
Maître de recherche à Institut national de la recherche agronomique. Auteur de nombreux travaux sur les abeilles et l’apprentissage chez les insectes.
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- Après... Peut-on savoir ?» De cette conversation et de beaucoup d’autres, comme de la lecture des ouvrages les plus récents sur le psychisme animal et humain 12, on peut donc tirer avec vraisemblance l’opinion analogique qu’un psychisme supérieur au nôtre devrait pouvoir entrer en contact avec nous à notre niveau. Mais que penser du mouvement inverse ? L’homme peut-il espérer pénétrer un psychisme supérieur au sien, si l’occasion lui en est donnée ? Ici le raisonnement par analogie invite à répondre par la négative. L’abeille ne discerne pas qu’elle fait son miel pour l’homme parce que la ruche est le produit d’une industrie indiscernable aux yeux de l’abeille, et qu’elle ne distingue pas une ruche faite par l’homme de celle qu’elle fait elle-même. Elle ignore même l’existence de l’apiculteur. De même un chien ne discerne pas un pilier de cathédrale de n’importe quelle pierre, et la cathédrale de n’importe quelle caverne, car la différence entre ces choses s’établit à un niveau psychique qui lui est inaccessible. Et si l’on réserve peut-être le mystère de l’amour, le chien ne «comprend» en nous que ce qui en nous est chien. S’il en était ainsi de nos rapports avec des êtres d’un psychisme supérieur au nôtre, nous ne discernerions, dans leur comportement, que les réalités de notre niveau. Par exemple des lignes géométriques. Mais l’incompréhensible en eux aurait ceci de particulier qu’il serait indéfinissable en langage humain. Nous sommes ici au seuil du vertige. Arrêtons-nous-y pour l’instant. LE CONTACT EST-IL EVITE ? C’est la sixième hypothèse. Du point de vue de la morale humaine, on peut imaginer un mobile à cette abstention hypothétique: c’est la connaissance qu’auraient ces êtres des catastrophes engendrées par un contact, et que nous avons entrevues plus haut. LE CONTACT EST-IL SECRET ? Par définition, on n’en peut rien savoir. LE CONTACT EST-IL REEL, MAIS INVISIBLE ? Dernière hypothèse, la plus fascinante de toutes. Car à cette question on est obligé de répondre un tel contact n’est pas impossible. Si, en effet, le contact entre eux et nous s’établit à leur niveau, et non au nôtre, il est et demeurera, quoi que nous fassions, indiscernable à nos yeux. Ici encore, le raisonnement analogique nous permet de nous faire une idée de cette chose inconcevable. La plupart de nos rapports avec les bêtes sont rigoureusement et définitivement indiscernables 12
Voir par exemple Vie et moeurs des insectes, par le professeur Rémy Chauvin, Payot, édit., Paris. De l’animal à l’homme, par Jacques Lecornte, Mame, édit., Paris.
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pour elles. Les moutons ne sauront jamais qu’on les élève pour leur prendre leur laine et les manger. Un troupeau de moutons pourra vivre et se reproduire pendant des siècles auprès d’un abattoir, voir chaque jour le boucher, assister au prélèvement quotidien des victimes et entendre leurs cris d’agonie sans jamais soupçonner le sens de tout cela. Les chiens ne savent pas et ne peuvent pas savoir qu’on les piquera quand ils seront vieux, car ils ne peuvent savoir ce que c’est que d’être d’un autre âge, ou même concevoir l’idée d’âge. Toutes les «connaissances» portées par le jappement et le bêlement s’arrêtent à des millions de lieues de telles conceptions, ou plutôt, puisqu’il s’agit d’évolution, des millions d’années avant. Nous manoeuvrons les bêtes notamment par notre sens du temps, qu’elles n’ont pas. Elles pourront cohabiter avec nous jusqu’à la fin des âges sans soupçonner jamais que leur destin s’est constamment joué dans des régions indiscernables pour elles, quoique leurs yeux n’aient jamais cessé de les voir. Et disons-nous bien ceci : il y a quelques millions d’années, notre propre lignée à nous hommes, les propres ancêtres de Platon, de Newton, d’Einstein, en était exactement au même point que les chiens et les moutons. Où en sera-t-elle, cette lignée pour le moment humaine, dans quelques millions d’années ? Y a-t-il une limite supérieure à la montée du psychisme? Pourquoi le croirions-nous, et pourquoi croirions-nous, si ce sommet existe, que nous l’avons atteint ? Dès lors, la réponse à la question : «Pourquoi n’y a-t-il pas de visiteurs de l’espace? » est peut-être celle-ci, tout simplement: il n’y en a pas parce que nos yeux seuls les voient, et pas notre esprit, qui ne peut pas. Leur absence pourrait n’être qu’apparente. La souris qui ronge nos vieux bouquins voit physiquement, avec ses yeux, tout ce que nous voyons. Elle le voit, mais ne peut le discerner. La forme des lettres se projette au fond de sa rétine, mais elle ne saura jamais les lire. Du spectacle humain, elle ne voit que ce qui est souris et peut-être trouverat-elle ce livre meilleur que ceux de mon adversaire et ami Jacques Bergier. A la vérité, si les souris ont vu et rongé la plupart des livres de la littérature universelle, elles n’en ont jamais dis- cerné un seul, car ce qui fait qu’un livre est un livre est à jamais caché à leur vue. Quelque jour, un savant écrira un mémoire prouvant qu’il faut exterminer toutes les souris et indiquant un moyen de le faire en appuyant sur un bouton. Puis il ira se coucher. Une souris alors viendra trotter sur le bureau du savant, goûtera le mémoire, le trouvera mauvais et s’en ira grignoter autre chose. Trois jours après, il n’y aura plus de souris. Ainsi en est-il de notre vision de l’univers : nous discernons tout ce qui, dans le spectacle quotidien des choses, est accessible à notre pensée. Et si quelque être sidéral d’un psychisme supra-humain hante notre ciel, nous sommes aussi impuissants à discerner son activité et à analyser ses mobiles qu’une souris à lire les mémoires scientifiques. Repérer les alignements, c’est-à-dire des apparences conformes à la nourriture habituelle de notre esprit et à son niveau
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d’assimilation, c’est peut-être faire comme la souris, qui ne reconnaît dans un livre que ce qui est à son niveau, c’est-à-dire s’il est ou non agréable à ronger... Est-il possible de pousser plus loin encore ces raisonnements analogiques? Oui, sans doute, à condition de se rappeler les limites de ce genre de raisonnement, qui ne peut en aucun cas fonder une certitude. L’extrapolation analogique est la plus aventureuse de toutes, et jusqu’à nouvel ordre Des souris et des hommes n’est qu’un roman. Mais enfin, s’il est vrai que la science de demain ne transformera en certitude qu’une sur mille de nos hypothèses d’aujourd’hui, inversement, toutes nos certitudes actuelles ont commencé par être des hypothèses. Les réalités les plus sûres furent d’abord rêvées : ne refusons donc pas de rêver, sans oublier que nous rêvons. Et voici, en questions et réponses, un rêve que nos connaissances actuelles rendent tout à fait vraisemblable : — La biologie nous permet-elle de croire qu’à tout phénomène dit «psychique » correspond un phénomène physique bien déterminé ? Autrement dit, qu’à toute pensée humaine, si fugitive, si subtile et si abstraite soit-elle, correspond une modification de l’encéphale (influx nerveux, mise en série ou en parallèle des neurones, infimes phénomènes chimiques ou électriques, etc.)? Oui, la biologie permet de croire cela. Et même il n’existe plus aucun savant pour supposer le contraire. C’est là, peut-on dire, une certitude de la science. — Notre technologie actuelle nous permet-elle d’espérer que tout phénomène physique pourra un jour ou l’autre être étudié et analysé expérimentalement ? Oui encore. C’est même là l’article de foi numéro un de tous les savants du monde. De ces deux questions, et de leurs réponses, on doit donc déduire qu’il sera possible un jour ou l’autre, grâce au progrès de la science, d’enregistrer expérimentalement toutes les variations concomitantes de la pensée, aussi abstraite, subtile et fugitive soit-elle. Ce n’est pas là une certitude, mais enfin c’est une foi très raisonnable. En tout cas, si jamais on y parvient, il suffira d’un peu de patience pour déchiffrer dans des enregistrements expérimentaux toute espèce de pensée et recueillir toute l’information contenue dans cette pensée. Supposons alors qu’une technologie disposant de telles possibilités se promène dans l’espace sidéral: comment prendrait-elle contact avec la pensée d’une planète nouvelle ? La science-fiction l’imagine fort bien : une armada d’« enregistreurs de pensée » arrive sur cette planète, parcourt en long et en large un périmètre choisi, et ratisse en un clin d’oeil, ou en quelques mois, toute la pensée répartie dans ce périmètre ! Pourquoi les animateurs de cette fantastique moisson prendraient-ils un contact personnel avec les hommes, par exemple ? A
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quoi bon? Nous serions aussi nus dans leurs machines qu’un croyant devant son Dieu. Ils nous connaîtraient mieux que nous-mêmes, puisque nous poursuivons en vain, notre vie durant, le rêve de savoir qui nous sommes, ou ce qui s’agite au fond de l’être le plus aimé, le mieux connu. Tandis que j’écris ces lignes, le soir tombe sur Paris. Peut-être rien de tout cela n’est-il vrai, mais de tels rêves ne sont pas frivoles : ciel aux secrets innombrables où l’avenir peut-être accueillera notre espèce, premières étoiles pointant sur les toits de la ville, je les regarde avec respect. Quelques points scintillants qu’un nuage parfois efface, qu’est-ce pour nos yeux ? Mais, pour notre solitude, peut-être un regard. MAI 1966 : CONCLUSION PROVISOIRE. Nos yeux seuls les voient, et pas notre esprit, qui ne peut pas... Quand ces lignes, il y a neuf ans, le sens que je leur trouve maintenant n’avait jamais encore traversé ma pensée. C’est qu’une foule de raisonnements qui nous sont devenus familiers n’avaient pas encore été formulés clairement, qu’une longue route était devant nous et que nous en avons franchi une partie. Comme ils étaient simples, pourtant, certains de ces raisonnements que nous n’avions pas encore faits ! Celui-ci, par exemple : Puisque une foule d’étoiles sont immensément plus vieilles que le Soleil; puisque, selon les estimations acceptées par la plupart des astronomes (voir les chiffres donnés par Hoyle dans son Astronomie parue aux éditions du PontRoyal), quatre-vingt-dix-huit pour cent des étoiles ont des planètes ; puisque donc, il existe dans l’espace galactique des nuées de planètes où la vie évolue depuis plus longtemps que sur la Terre; pour toutes ces raisons (et ici les conséquences découlent les unes des autres) : 1° le contact doit exister entre toutes les «civilisations» sidérales ayant dépassé un certain niveau, si ce contact est possible — et qu’est-ce qui est impossible? 2° à moins que l’univers soit un jour sorti du néant comme l’enseignèrent les anciennes théologies, il évolue depuis toujours et, par conséquent, le contact existe lui aussi depuis toujours; 3° il existe donc un milieu psychique cosmique aussi ancien que l’univers matériel, survivant à toutes les métamorphoses de celui-ci si c’est possible — et là encore, qu’est-ce qui est impossible?
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4° mais un milieu aussi ancien que l’univers évoluant depuis un temps infini, qu’est-ce donc exactement ? Que peut-on dire, supputer ou spéculer de son action sur ce monde que nos yeux voient et sur ce que pense notre esprit? Poursuivra qui voudra. Ces quelques idées à peine esquissées montrent, me semble-t-il, que les questions posées par l’observation d’une activité intelligente inconnue dans l’espace aérien et sur le sol terrestre aboutissent à reposer par le biais de la science d’une façon inattendue, objective, matérielle, certains problèmes aussi anciens que l’homme. Il serait présomptueux d’aller plus loin. Mais quand on pense à tout cela et à ce qui s’ouvre devant nous au début de l’ère spatiale, on se prend à dire qu’après tout il n’était peut-être pas si fou, le rêve de Renan et des scientistes du siècle dernier en préparant les conditions techniques du contact avec la pensée cosmique, peut-être est-il vrai, comme ils l’avaient annoncé, que la science aboutira un jour à la solution totale que nous cherchons depuis le temps des cavernes.
Vingt ans après (pages 323-344) L’histoire des O.V.N.I. a déjà fait, en Amérique, l’objet de thèses de doctorat d’Etat13. Malgré les vastes dimensions de son travail, Jacobs, qui est de mes amis et en sait bien davantage que n’en annonce son titre (in America), est conscient que seule l’histoire extérieure, accessible au public, se prête pour l’instant à une étude historique sérieuse. L’histoire vraie, intérieure, telle que l’ont vécue et la vivent encore les principaux protagonistes, ne pourra être écrite que quand les archives de ces derniers tomberont dans le domaine public. Ce n’est pas demain. Le public doit savoir que l’essentiel de cette histoire se trouve dans des documents personnels qui ne sont pas prêts d’être divulgués. Pourquoi ? Pour deux raisons principales parce qu’ils concernent de nombreuses personnalités des sciences, de la politique et des armées dont les noms n’ont jamais été prononcés et resteront secrets (pour employer un mot galvaudé, mais pertinent) pendant longtemps encore ; et parce que les idées les plus importantes ne peuvent être publiées : elles font l’objet de débats en tête à tête et de lettres où l’on ne dit ce que l’on a derrière la tête que parce que l’on sait que cela restera confidentiel. Bref, parce qu’il existe ce que Vallée a appelé un Collège Invisible, et même plusieurs, qui ne peuvent progresser dans leur réflexion difficile, la plus difficile de l’histoire de la pensée philosophique et 13
Jacobs, David R. The U.F.O. Controversy in America (Indiana University Press, 1975).
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scientifique, qu’à la condition de rester soustraits aux divagations de la presse. Il faut à tout prix conserver la liberté d’envisager et de discuter les possibilités les plus extravagantes sans que ces hypothèses se mettent à circu1er comme paroles d’évangile, ou seulement comme opinions de tel ou tel. Certains d’entre nous ont tenu un journal quotidien de ces échanges. Ces documents ne pourront voir le jour que quand quelques certitudes fondamentales commenceront de trouver leur place dans la philosophie diffuse de notre temps, ou plus probablement d’un temps encore à venir. Une révolution psychologique aussi profonde que celle de la Renaissance ou celle du ve siècle avant J.-C. doit d’abord se produire chez ceux qui font profession de penser. Cela non plus n’est pas pour les années qui viennent. Le lecteur pourra en avoir une idée en lisant le livre si profond (mais si discret) du philosophe Raymond Ruyer consacré à ce qu’il a appelé La Gnose de Princeton. La Gnose de Princeton n’a rien à voir directement avec l’ufologie, à laquelle ne s’intéresse pas le professeur Ruyer 14. Elle se cantonne, si l’on peut dire, dans une réinterprétation globale de la science, et principalement de la cosmologie, de la biologie et de l’histoire, réinterprétation qui a pris naissance dans certains milieux scientifiques américains, anglais, français et russes, et qui est en contradiction complète avec un certain scientisme actuellement régnant. Les idées confidentiellement débattues par les ufologues, étrangères et même inacceptables pour ce scientisme-là, se sentent au contraire très à l’aise chez les gnostiques scientifiques, qui, comme les ufologues, tiennent provisoirement à la discrétion. Cependant, on peut déjà indiquer les traits généraux de l’histoire interne, secrète si l’on veut, de l’ufologie, en partant du livre que l’on vient de lire. Comme je le signale quelque part dans ce livre, mon idée, en l’écrivant, était simple : je croyais avoir découvert le fait à la fois général et contrôlable permettant pour la première fois une approche scientifique du phénomène « Soucoupe volante» ; ce fait, c’était la constatation des alignements. D’où deux questions auxquelles, selon moi, cette nouvelle approche devrait permettre de répondre: 1) les alignements étaient-ils significatifs ? et 2) si oui, que prouvaient-ils ? L’importance de l’enjeu fut tout de suite perçue en Amérique par l’astronome Donald Menzel, de Harvard, qui s’était fait une spécialité de la réfutation systématique de tous les cas connus d’observation. Jusque-là ses réfutations s’étaient faites au coup pour coup: il prenait séparément chaque cas remarquable et lui trouvait une «explication» 14
Ruyer, R. La Gnose de Princeton (Fayard, Paris, 1975).
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académique, mirage, parhélie, ballon-sonde, etc. Evidemment, il n’existait aucune explication académique des cas d’atterrissage avec apparition de personnages humanoïdes : aussi les rejetait-il sans examen comme «non-sense», absurde invention. Il faut souligner ici que même les ufologues «sérieux», comme Keyhoe et Ruppelt (ce dernier toutefois plus indécis) rejetaient ces cas extrêmes et s’abstenaient d’en par1er, car ils ne disposaient d’aucun moyen pour les introduire dans une discussion scientifique ou simplement sérieuse. La nouveauté de mon livre était qu’ayant trouvé de nombreux cas d’atterrissage dûment alignés, on était désormais obligé de les prendre en compte. Si l’on acceptait cela, alors tout était vrai. Il fallait donc réfuter les alignements, et Menzel écrivait dans la Flying Saucer Review de Londres deux articles pour la première fois bourrés d’équations, ce qui était pour nous un encouragement sans précédent : enfin s’instaurait une discussion scientifique. Notre satisfaction était d’autant plus grande qu’à l’examen, les équations de Menzel se fondaient sur une supposition intenable : il fallait, dans les cas d’alignements les plus évidents (comme celui du 24 septembre) que j’aie inventé ou découvert après coup les observations les plus probantes. Or tout les cas (dont l’alignement m’était apparu en 1956) étaient cités dans la presse de 1954. Je répondis facilement à Menzel dans la FSR, et la polémique cessa. Elle en resta là, et du coup, tous ceux qui s’intéressaient au problème comprirent que les cas d’atterrissage, jusque-là négligés, s’avéraient les plus importants. Leur étude vint pour la première fois, et définitivement, au premier plan de l’ufologie. * Une autre personnalité centrale de l’histoire de l’ufologie fit la même remarque que Menzel : J.A. Hynek, alors professeur d’astrophysique à l’université de Chicago, et seul astronome consultant de l’US. Air Force au sein du Projet Bluebook, chargé d’étudier les O.V.N.I. Je n’avais eu jusqu’alors aucune relation avec lui. En 1959, il vint me voir à Paris, accompagné d’un astronome français émigré aux Etats-Unis, Gérard de Vaucouleurs. Leur but: contrôler directement la réalité de ces cas, je veux dire leur existence dans des documents publiés à l’époque (1954) où je disais qu’ils l’avaient été. Hynek a souvent raconté cette visite, et l’impression que lui fit notre
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énorme documentation. Nous discutâmes deux jours, lui, Guérin, de Vaucouleurs et moi, tandis que l’assistant de Vaucouleurs photocopiait les documents les plus décisifs. C’est là, pendant ces deux jours, que Hynek découvrit l’importance des atterrissages. C’est là que se noua sa future collaboration avec Jacques Vallée, que nous ne connaissions pas encore, mais dont il me fit en quelque sorte le portrait robot en décrivant le type de collègue qui lui manquait au Projet Bluebook pour rationaliser le chaos des dossiers de l’U.S. Air Force et pour découvrir, dérivés vers Dieu sait quelle paperassière oubliette militaire, ce type de cas dont il n’avait jamais entendu parler en Amérique15 ! Peu de temps après, je fis la connaissance de Vallée, qui achevait ses études d’astronomie à l’université de Lille et à l’observatoire de Meudon. Et une fois de plus, tout sembla se dérouler comme un scénario préétabli. Vallée partit en Amérique, travailla pour la N.A.S.A., prit ses degrés américains de mathématiques et d’informatique, et fit exactement ce que Hynek avait espéré, et même beaucoup plus. Quand toutes les archives privées (et d’abord celles de Vallée et Hynek) deviendront accessibles aux historiens, on verra que le formidable labeur de Vallée déclencha en quelques années l’avalanche d’où, après maints épisodes, sortit finalement le Comité Condon luimême, avec la mise hors circuit de l’US. Air Force qui en résulta et l’établissement simultané d’un «collège invisible». * Entre autres choses, Vallée introduisit les méthodes de l’informatique dans l’étude des O.V.N.I. Son ordinateur de l’université de Chicago fit ce que Menzel n’avait pu faire: il simula une vague et montra que le hasard expliquait presque tout (mais pas tout) dans les structures que j’avais découvertes 16 . Alors se passa quelque chose de très fréquent, et même de régulier en science. Une théorie (ici l’orthoténie) produisit des résultats nouveaux que son auteur n’avait pas prévus (l’étude approfondie des atterrissages et des observations rapprochées, jusque-là inexistante), tout en perdant elle-même presque toute sa consistance. Il existe encore actuellement en Amérique quelques chercheurs qui étudient les configurations des lieux d’observations sur la carte (notamment le professeur Saunders, un des «anciens » du Comité 15 16
Cf. The Edge of Reality (Regnery, Chicago, 1975).
François Toulet et d’autres auteurs (Caudron, etc.) parvinrent plus tard aux mêmes résultat par d’autres méthodes.
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Condon). Mais l’intérêt s’est porté ailleurs : sur les observations rapprochées et leurs effets, qui sont le vrai mystère des O.V.N.I. En général, les lecteurs de Mystérieux Objets Célestes sont fascinés par la répétition quotidienne des structures rectilignes et surtout par leur réalisation progressive sur la carte, heure par heure, à mesure que se déroulent les observations. Ils revivent ma propre fascination quand je les découvris, en 195657. Vingt ans plus tard, on ne sait toujours pas dans quelle mesure ces structures doivent être retenues (sauf dans quelques cas, surtout celui du 24 septembre où apparut la fameuse ligne Bayonne-Vichy, connue depuis Vallée sous le nom de Bavic). Mais l’expérience montre qu’aléatoires ou non, ces structures ne servent à rien, qu’on n’a jamais pu en tirer aucune méthode prédictive, aucune clé, aucun moyen de déchiffrage. De Vaucouleurs avait dès 1950 indiqué que Bavic est encore plus remarquable et inexplicable par le hasard lorsqu’on prend en compte toutes les observations de la vague. Saunders le confirma plus tard. La signification de ce fait demeure inconnue, et, je le répète, inutilisable jusqu’ici 17 . * Mais sans doute le lecteur attend-il de moi. plutôt que ces grands traits d’une histoire encore impossible à écrire, qu’après tant d’années de réflexion, de familiarité avec le phénomène et de discussions avec tous les grands protagonistes de son étude, connus et inconnus du public, je dise ce que je pense vraiment, que j’explique enfin, autant que je le peux, mes idées de derrière la tête. C’est ce que je vais faire en conclusion, partiellement toutefois, tentant en somme de dresser un bilan de ce que, selon moi, l’on sait maintenant sur les O.V.N.I., et de ce que l’on ignore: un bien petit bilan, comme on va voir. 1. Tout d’abord, l’observation d’un O.V.N.I. — quelle que soit la nature de cette observation — est un événement très fréquent, surtout lors des vagues. Je n’ai pu procéder à des sondages scientifiques sur le nombre des témoins (allégués par eux) de la vague de 1954. Mais il existe quelques méthodes d’évaluation indirecte. Par exemple, parlant devant des auditoires réunis pour des raisons sans rapport avec les O.V.N.I., des auditoires professionnels que les 17
La vague de 1954, considérée depuis Mystérieux Objets Célestes comme typique, a fait l’objet de recherches ultérieures approfondies. On a retrouvé environ 300 observations supplémentaires, qui n’étaient pas venues à ma connaissance. Elles ne se différenciaient en rien des autres, et un nombre immense restent inconnues.
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O.V.NJ. n’intéressaient pas, j’ai plusieurs fois, après mon exposé, fait une digression sur ce sujet et demandé aux témoins, s’il y en avait, de se faire connaître. Je remarquai dès 1955-56 qu’il était à peu près impossible dans les pays d’Europe Occidentale de rassembler une centaine de personnes sans que parmi el’es se trouvent un ou deux témoins de 1954. On doit, me semble-t-il, évaluer entre 500 000 et 1 000 000 le nombre des témoins de ces quelques semaines en France seulement. De vrais sondages, utilisant tous les moyens et méthodes les plus sophistiqués, ont été faits à plusieurs reprises aux Etats-Unis. Le nombre des témoins, qui semble augmenter, est passé au cours de la dernière dizaine d’années de 7 % à 11 et 14% de la population totale. L’analyse fine de ces sondages (notamment par le sociologue Ron Westrum et ses élèves, East Michigan University) montre que les «témoins» constituent un échantillonnage absolument fidèle de la population, dans la limite des erreurs. C’est-à-dire qu’il est absolument impossible d’établir la moindre corrélation entre le fait d’ «avoir vu un O.V.N.I. » et quelque particularité sociale, économique, psychologique, raciale, religieuse, professionnelle que ce soit: on trouve dans l’ensemble des témoins exactement la même proportion de riches, de pauvres, d’illettrés, d’éduqués de tous niveaux y compris les plus hauts, de protestants, de juifs, de catholiques, de Noirs, de Blancs, de fous, de sains d’esprit, d’hommes, de femmes, d’enfants, que dans la population générale. Le seul indice possible d’une corrélation, à la limite de l’erreur, suggère que peut-être les vieillards en voient moins. Si c’est vrai, cela s’explique-t-il par une baisse de la vision? Il faudrait d’abord savoir si c’est vrai. Le physicien américain Sturrock (Stanford University) a procédé à des sondages très habiles parmi les savants, et en particulier chez ceux dont la qualification consiste précisément à reconnaître ce que l’on voit dans le ciel (les membres de l’Institut Américain de l’Aéronautique et de l’Espace, les astronomes). Comme il est naturel, ces scientifiques éliminent sans peine les erreurs d’interprétation, ballons-sondes, bolides ; et donc le pourcentage des témoins d’ «objets », que cette fois on peut en toute sûreté appeler «non identifiés», est plus faible que dans la population générale. Il est cependant très élevé, sensiblement équivalent à celui que j’avais évalué en France après la vague de 1954: environ 2 %. Ce qui fait un million de témoins réels dans un pays comme la France, et c’est ce point capital que je me propose de souligner d’abord en parlant des sondages. En effet, si impressionnants que soient les faits rapportés dans le livre qu’on vient de lire, ils ne sont que quelques centaines, c’est-à-dire rien au regard de la réalité.
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Tout ce que l’on sait sur les O.V.N.l. ne représente donc qu’une partie insignifiante du phénomène réel, qui reste à peu près totalement inconnu, même à l’état de rumeur. Seuls parviennent à notre connaissance les récits des très rares témoins qui parlent. 2. Dès lors, la question qui vient à l’esprit est la suivante le peu que nous savons est-il au moins une image fidèle de ce qui reste caché parce que les témoins ne parlent pas ? La réponse est non, ainsi que l’a montré Vallée par une discussion très ingénieuse18, et ainsi que le confirment plusieurs récits recueillis par Sturrock des membres de l’Institut Américain de l’Aéronautique et de l’Espace: il est certain, au contraire, que plus le témoignage est extraordinaire et plus il tend à rester caché. Parmi les cas recueillis par Sturrock, il en est un par exemple où le témoin (un savant, je le rappelle), dit avoir vu un objet de très près après avoir reçu intérieurement l’avertissement télépathique et prémonitoire qu’il pourrait le voir en se rendant à telle heure, à tel endroit dans la campagne. Le plus extraordinaire reste caché et inconnu. Une autre preuve en est que les cas les plus fantastiques connus par les chercheurs se sont toujours produits dans leur entourage : les témoins n’auraient jamais parlé si l’enquêteur n’avait été l’un de leurs proches. 3. Ici l’on doit affronter la contradiction la plus incompréhensible du phénomène, celle qui peut-être un jour nous conduira vers la vérité. Nous avons vu que le nombre des témoins réels (qui ne parlent pas) est très élevé. Les pourcentages les plus prudents (dont les sondages de Sturrock nous donnent une idée) suggèrent des nombres de l’ordre du million pour un pays comme la France, quatre à cinq millions pour les Etats-Unis, etc. Nous avons vu aussi que rien ne distingue le témoin de n’importe quel autre membre de la population. En particulier, il se retrouve statistiquement réparti dans les mêmes professions. Parmi les dizaines de millions de témoins des pays à technicité avancée, il y a donc le nombre requis de photographes professionnels, de cameramen professionnels, de truqueurs professionnels, d’amateurs de l’image. 18
Vallée, J. Le Collège Invisible (Paris, Plon, 1975).
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Si l’on évalue, même grossièrement les fourchettes des probabilités, on aboutit à ceci : qu’il devrait donc exister des dizaines, peut-être des centaines de milliers de documents, photos ou films, montrant en gros plan, avec tous leurs détails, des O.V.N.I. posés au sol, leurs manoeuvres vues de près, toute la fantasmagorie rapportée dans ce livre et ailleurs, et surtout les personnages tant de fois décrits par les témoins, eux aussi en gros plan, de dos, de face, en plein jour, la nuit au flash. Or, on n’a rien de tout cela. Il existe bien quelques centaines de photos, mais aucune (sauf quelques truquages avérés) ne montre le détail de ce que j’appellerai la « scène primordiale» : objet se posant au sol, personnages en sortant et se livrant à leurs mysté cen rieuses activités, scène dont chaque détail, depuis trente ans, devrait avoir été photographié et filmé un grand nombre de fois 19, puisqu’elle a été vue en des centaines de millier d’occasions. Le premier sentiment, devant une lacune si énorme et si inexplicable, est que décidément, comme dit Bergier, «il n’y a rien », que l’histoire des O.V.N.I. est celle d’un mythe peu à peu élaboré par des menteurs : les menteurs, eux aussi, doivent former un échantillonnage correct de la population. Seulement, cette explication est en elle-même contradictoire. Elle est incohérente, car si les témoins mentaient, alors aussi mentiraient tous ces cinéastes, photographes, techniciens d’« effets spéciaux » que les résultats des son dages nous signalent parmi eux: on devrait donc avoir des dizaines ou centaines de milliers, non de photos et de films authentiques, mais de truquages J On a bien quelques truquages, mais mauvais, maladroits. Ce sont de grossiers travaux d’amateurs. Il y a certainement des menteurs parmi les «témoins ». L’absence totale de truquages bons ou seulement passables montre qu’ils sont très peu nombreux, pas assez pour représenter le «témoignage» des bons truqueurs professionnels. L’absence de ces truquages que la statistique nous conduirait à prévoir est aussi inexplicable que l’absence de documents authentiques. 4. lI faut un temps de réflexion pour prendre conscience de ce qu’implique cette double lacune, aussi inexplicable dans un sens que dans l’autre. Pour moi ce temps a duré deux ans, vers 1974-76.
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Dans ses Premières Enquéte ssur les Humanoïdes ( Laffont, Paris, 1977), Henry Durrant montre le maximum de ce qui existe. On peut mesurer la distance avec ce qui devrait exister en fait de documents.
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De toute façon, la première question à examiner était de savoir ce que disent ceux qui auraient dû être en position de prendre de tels films ou photos et ne l’ont pas fait. D’avance on pouvait prévoir que leurs explications seraient invraisemblables, puisque l’absence de documents ne peut pas s’expliquer. Il se trouve (que l’on parcoure les nombreux recueils de témoignages publiés ces dernières années) que les explications, prises séparément, sont au contraire toutes parfaitement vraisemblables et attribuables à la conjugaison de deux ou trois circonstances contraires : le témoin n’avait pas d’appareil sous la main; il en avait un, mais celui-ci n’était pas chargé; il était chargé, mais la scène se passait de nuit et il n’avait pas de flash ; le témoin avait tout ce qu’il fallait, mais il est resté stupéfié, ne pensant à rien d’autre qu’à regarder sans en croire ses yeux; il n’a eu qu’une idée s’enfuir, tremblant de peur; il a pris des photos, toutes ratées, la pellicule était surexposée ou sous-exposée, ce que l’affolement explique assez, et l’on ne voyait rien; le développement de la pellicule s’est trouvé accidentellement destructeur ; l’appareil a été perdu ou volé; la bande envoyée en développement a été égarée par la poste, etc. On peut croire à quelques-unes de ces malchances. Il est impossible de croire à toutes (que le lecteur garde toujours présents à sa pensée les résultats des sondages). Leur monotone répétition est contraire à toutes les lois du hasard alors que, précisément, on n’aperçoit ici aucune autre cause possible que le hasard. Un hasard perpétuellement défavorable ? pendant trente ans, alors que la « scène primordiale» — les sondages le prouvent — est contemplée en moyenne chaque jour un nombre de fois de l’ordre de la dizaine dans l’ensemble des pays à haute technicité, où les appareils et caméras existent par dizaines de millions? Allons donc! C’est impossible. Nous ne sommes plus ici dans le monde incertain du témoignage humain, que la science ne manie qu’avec des pincettes et dans un esprit de conjecture. C’est aux lois des grands nombres que nous avons affaire, celles-là même qui font de la physique la plus fiable des sciences. Nous sommes affrontés à une alternative totalement inacceptable dans les deux cas. a) Si ce que racontent ces gens s’est passé comme ils le disent (et, manifestement, comme ils le croient, les enquêteurs le savent bien), alors il devrait exister des dizaines, voire des centaines de milliers de documents authentiques clairs et détaillés. b) S’ils mentent, pourquoi ceux d’entre eux dont le métier est de faire des truquages (pour le cinéma, les arts, la presse, etc.) racontent-ils comme les autres une histoire fantastique en se bornant à la raconter, souvent tout émus et tremblants, sachant que presque personne ne les croira, alors que rien ne leur
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serait professionnellement plus facile que de ne raconter aucune histoire et de se borner à montrer des photos, des films, etc.? Où sont ces milliers de photos et de films truqués (je parle, qu’on ne l’oublie pas, de films et de photos montrant la «scène primordiale »)? Que l’on ne dise pas « C’est difficile ». Non. Tout professionnel vous le dira. J’ai travaillé pendant deux dizaines d’années au Service de la Recherche de l’Office de Radio-Télévision Française ce n’est pas difficile. Le truquage sur pellicule ne résiste guère à l’examen, c’est vrai. Mais il est très facile de photographier et filmer réellement une scène truquée. Et il est excessivement facile de monter une scène soucoupique. Si aucun «document » ne nous montre cela20 c’est, selon moi, que les témoins disent vrai, aussi fantastique que cela paraisse. L’étude scientifique des dizaines de milliers de cas enregistrés le confirme par ailleurs. Je ne connais ni n’ai jamais entendu parler d’aucun homme de science qui, ayant étudié directement un nombre raisonnable de témoignages, disons quelques centaines, ait conclu à leur irréalité. On a des sondages effectués chez les savants avant et après étude des dossiers. Avant, la majorité pense comme Bergier qu’« il n’y a rien ». Après, ceux qui admettent les témoignages forment presque 100%, et les quelques-uns qui se réservent n’ont de doutes que sur la nature de ce que ces gens ont vu.
5. On est donc conduit à admettre cette énormité sans précédent que l’observation rapprochée des O.V.N.I. met en défaut les lois les plus sûres de la science, celles des grands nombres. Mais comment ? Faisons une fois de plus cette remarque capitale, à mon sens si l’on choisit, pour tenter de sauver ces lois, de croire que tous les témoins mententdélibérément, on ne sauve rien du tout, puisque cela n’explique pas l’absence de faux documents. Mais, de plus, cette hypothèse ferme la voie à toute possibilité d’explication. Je ne vois pas comment échapper à ces difficultés inextricables (et, soulignons-le, posées en terme de science, non de spéculation ni de témoignage) autrement qu’en admettant dans la nature même de l’observation rapprochée une composante, disons, irrationnelle. Les témoins ne mentent pas. Mais ils se trompent. Et plus justement (car tout le monde ne peut se tromper toujours), ils sont trompés. Ce qu’ils disent (et croient) avoir fait ou vu, ou les deux, lors de l’observation rapprochée, ne correspond pas à la réalité. Et ici, attention ! Les sondages nous avertissent qu’il faut écarter l’hypothèse d’une 20
Je veux dire ne nous le montre comme étant authentique. Je ne parle pas des films commerciaux sur les OVNI., où précisément, on a fort bien reconstitué des témoignages (par exemple, Close Encounter, etc.).
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erreur pathologique ordinaire : le témoin ne se distingue en rien du commun des mortels du point de vue psychopathologique. Il ne peut s’agir que d’une erreur à laquelle tous les témoins rapprochés seraient induits. Et cette erreur ne peut pas davantage être une petite erreur, léger glissement d’un souvenir réel à un léger embellissement. Aucun spectacle au monde ne peut, au prix d’un coup de pouce, se transformer en l’histoire que racontent les enfants de Prémanon, ou plus récemment Maurice Masse, les Hill et les Kelly aux Etats-Unis, que des millions d’autres témoins dans le monde ne racontent qu’à leur ami le plus sûr, ou à personne 21. 6. Quelle est la nature de l’erreur où Sont induits presque tous sûrement, et probablement tous les témoins rapprochés? Pour tenter d’approcher ce problème, il faut enfin s’interroger sur la nature réelle des O.V.N.I. On ne peut rendre compte de ce qu’on sait sûrement (observations et enregistrements radar, réception sur les appareils militaires de contremesure, traces au sol, effets d’apparence électromagnétique divers, etc.) qu’en attribuant aux O.V.N.I. les principales caractéristiques d’un engin aérien. Mais aucun engin connu n’est capable des performances observées, et tous les engins « secrets » sont connus. La compétition spatiale des Russes et des Américains a étalé sous le regard du monde la limite de ce dont ils sont capables; les O.V.N.I., c’est infiniment différent. Entre la fusée la plus sophistiquée et l’O.V.N.l. tournant à angle aigu à 10 Mach sans faire de bruit, il n’y a rien de commun. Nous voilà donc rejetés sur ce que l’on a appelé l’Hypothèse ExtraTerrestre, ou HET. Nombreux sont ceux, même parmi les ufologues, qui rejettent l’HET parce qu’ils s’en font une idée contradictoire. Il est impossible, disent-ils, de voyager d’une étoile à l’autre, et la lenteur du voyage même supposé techniquement maîtrisé est telle que la probabilité pour que la Terre soit visitée par d’autres humanités est à peu près nulle. D’ailleurs, comment un tour de force de toute façon si prodigieux peut-il s’achever sur de furtives apparitions sans prise de contact avec l’humanité terrestre? Enfin, les manoeuvres des O.V.N.I. sont impossibles. Ces questions et objections sont d’une rigueur sans réplique. Mais cette 21
Cf. Les réflexions de Vallée sur ce dernier point dans le Collège Invisible.
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rigueur logique s’arrête à mi-course. Il ne faut pas la mettre en route pour ensuite refuser de voir où elle nous conduit. Il est exact que tout ce que nous savons nous montre l’impossibilité du voyage dans l’ordre des distances interstellaires. Qu’est-ce que cela prouve ? Que si, maIgré tout, quelqu’un dans le vaste univers est capable de franchir ces distances, il est certain qu’il ne se sert d’aucun moyen actuellement imaginable par l’homme. Ce quelqu’un, s’il existe, ne se sert ni de la technologie ni de la science que nous connaissons. Ici l’on réplique: mais il n’y a pas d’autre science ! C’est vrai ! Il n’y en a aucune autre jusqu’à nous, entre Galilée et le dernier Nobel de Physique. Mais après ? Faut-il donc croire que toute science et tout cadre de science se bornent à ce que nous savons en 1977 ? La science existe depuis 400 ans. N’est-ce pas folie de décider quelles en seront les infranchissables bornes dans un milliard d’années ? Les distances moyennes entre étoiles nous avertissent d’une chose : à savoir que si quelqu’un les a franchies, il ne peut s’agir que d’un être formidablement perdu dans le futur, je veux dire, en avance sur nos capacités actuelles d’un temps incalculable. Mais l’astrophysique nous apprend que ces temps futurs existent depuis longtemps ailleurs. D’innombrables étoiles de type solaire en étaient là où nous en sommes quand les premiers gastéropodes commençaient à se traîner dans la boue de la Terre. Où en est-on maintenant dans les systèmes planétaires de ces étoiles? et dans l’espace que par des moyens inconnus ils ont envahi depuis si longtemps ? On ne peut répondre à ces questions. Mais remarquons (et soulignons fortement) que ceux qui rejettent l’HET leur donnent, eux, une réponse, et que cette réponse est absurde : ils supposent que l’univers, d’un bout du ciel à l’autre, cesse d’évoluer après ce qui correspond dans notre propre histoire au xxe siècle. Et ensuite, il ne nous est pas interdit de scruter un peu notre futur immédiat. Or que voyons-nous en science? Que le point où notre science en est dès à présent la conduit avec une force de plus en plus contraignante à poser dans tous les domaines le problème des interactions entre le monde des phénomènes et
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celui de la conscience. C’est le cas en physique 22, en informatique, en physiologie, en biologie moléculaire, en paléontologie, etc. Une physique inattendue — ou plutôt au contraire très attendue, mais infiniment surprenante — est en train d’apparaître dans les laboratoires : la psychophysique 23 qui met en évidence des interactions entre la conscience et la matière dont les mécanismes restent complètement étrangers aux cadres physiques stricts (lesquels excluent par méthode les interférences de toute subjectivité consciente). Mais si l’on en est là sur Terre après quatre siècles de science, cette même logique qui nous interdit le voyage interstellaire nous avertit qu’obligatoirement la maîtrise des interactions entre la conscience et la physique fait partie des acquisitions ultérieures, lointaines ou proches, de notre science, et des premières acquisitions de toute espèce intelligente. En un nombre de points indéterminé de l’espace, on possède cette maîtrise depuis des millions et des milliards d’années. Dès lors, est-il surprenant que des objets hantent notre ciel qui, à la fois, aient des caractéristiques d’engin, et produisent dans leur environnement des phénomènes de caractère psychique ? Non seulement ce n’est pas surprenant, mais c’est ce que prévoit l’HET. II serait inexplicable qu’il n’en fût pas ainsi. Des O.V.N.I. qui ne seraient que des engins suppose-raient cette admission contradictoire et impossible que l’on eût pu venir des étoiles avec les moyens actuellement connus. Ce qui est absurde, bien sûr, car dans ce cas, nous- mêmes aurions déjà envahi les étoiles. En tout cas nous saurions le faire. 7. Le tableau de ce que l’on sait déjà en sciences nous conduit donc aux prévisions les plus probables suivantes toute espèce intelligente acquiert très peu de temps après ses premières découvertes scientifiques une maîtrise croissante de la physique puis de la psycho-physique, qui intègre les phénomènes psychiques dans la science. A-ton quelque raison théorique de prévoir que ces acquisitions comportent la maîtrise du voyage spatial ? Je n’en vois à la vérité aucune. En revanche, si cette maîtrise est acquise, on est conduit à prévoir ses manifestations éventuelles dans notre environnement sous des formes à la fois physiques et psychiques. C’est précisément ce que nous voyons. Je ne sais ce 22
Quantum Physics and Beyond (comptes rendus dun récent congrès de physique, Cambridge University Press). Cette question évolue très rapidement, et les publications se multiplient chaque jour dans les Revues de Physique. 23
Voir par exemple: Targ, R. et Puthoff, H: Mind Reach (Stanford Research Institute, 1977).
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que sont réellement les O.V.N.l. Mais je sais que l’HET prédit que nous devrions voir précisément ce que nous appelons des OVNI. 8. Le grand problème, dès lors, est l’absence ou plutôt le refus du contact de ces O.V.N.I. avec l’espèce humaine. Mais comme je l’ai maintes fois souligné depuis 1958, cette question est absurde en soi et intrinsèquement incohérente. Je suis toujours étonné du refus désespéré que l’on s’obstine à opposer à cette regrettable évidence. Si des êtres venus d’ailleurs sont là, sur nos têtes et sur notre sol, quotidiennement, se dérobant à tous nos pièges, c’est qu’ils font avec une totale aisance ce qu’il nous est impos-sible de faire (ils sont chez nous, et nous ne sommes pas chez eux, n’est-ce pas ?). Mais s’il en est ainsi, je ne vois pas comment nous pourrions être en état de les comprendre. Au mieux, ils ne différeraient pas plus de nous que nos primitifs d’Indonésie, qui pour tout système d’expli-cation de nos bizarres comportements quand nous les visitons, ne disposent que du mythe du cargo. Le sauvage d’Indonésie ne peut nous comprendre que s’il vient étudier chez nous, s’il cesse d’être ce qu’il est. Jusque-là, tout ce qu’il imaginera sur nous ne pourra que s’intégrer dans son système de pensée, à l’exclusion de nos vraies motivations. D’où le mythe du cargo. S’interroger sur ce que des êtres venus d’ailleurs viennent faire chez nous, c’est refuser de voir que nous ne savons pas aller chez «eux». Vraiment étrange et obstiné refus ! Remarquons toutefois que nos ethnologues ont longuement étudié le mythe du cargo. Qui sait ? Peut-être existe-t-il une cosmo-ethnologie? Sur cette question trop d’idées me viennent en tête. Passons24. 9. Si le sauvage d’Indonésie ne peut rien soupçonner de nos motivations, du moins peut-il observer sur lui-même l’effet de nos incompréhensibles incursions dans son espace. 24
Non sans souligner que la probabilité que nous soyons psychiquement aussi proches d’ « eux » que du sauvage d’Indonésie est pratiquement nulle. En effet, quelques milliers d’années seulement séparent notre système psychique de celui du sauvage, instant infime au regard des durées cosmologiques. Et surtout, le sauvage et nous sommes de même espèce. Qui peut imaginer les voies suivies ailleurs par l’évolution de la pensée ? Cette pensée même, au-delà du niveau humain, reste-t-elle localisee dans l’espace ? On ne peut que se pencher sur ces abîmes d’ignorance.
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C’est là un immense chapitre de l’ufologie, sujet de mainte discussion, quoiqu’on n’en ait presque rien publié. Les grands mouvements historiques ont peut-être été déclenchés et orientés par «eux », si l’on songe à tous les moments de l’histoire où les hommes ont été littéralement obsédés par des êtres supérieurs descendus du ciel (lire Vallée, Misraki, mais aussi, tout simplement, la Bible, l’Odyssée, et tant de légendes, notamment sur les « héros civilisateurs »).On peut même dire que l’obsession d’êtres célestes inspirant furtivement, et parfois, selon les légendes, ouvertement la destinée humaine, est une constante de l’histoire, présente en tous temps et chez tous les peuples. Et quand on s’est avisé de dire que c’était une superstition, l’idée (ou la réalité) en a réapparu par un biais conforme à la science même, destructrice de toutes autres superstitions. Ce ne sont pas les visionnaires qui maintenant parlent d’êtres plus évolués et plus puissants habitant « ton eurun ouranon », « le vaste ciel » comme dit Homère, ce sont les astronomes : «Attention, écrivait le 4 novembre 1966 l’Astronome Royal d’Angleterre, Sir Martin Ryle, prix Nobel de Physique, « Attention ! Si vous vous livrez à certaines expériences décelables depuis les autres étoiles, vous risquez de signaler la présence d’une Terre habitable à des êtres plus avancés que nous dans la technologie du voyage spatial, mais aussi prédateurs et dénués d’altruisme que les hommes ». C’est l’exacte traduction en idées modernes des avertissements lancés par les sages de l’lliade quand «l’inspiration divine» les visitait. Les Grecs avaient même un mot pour désigner l’attitude provocatrice de l’homme qui veut s’égaler à « ceux qui habitent le vaste ciel », le mot hubris. Crainte que je crois d’ailleurs vaine (je parle de l’avertissement de Ryle), car si de tels êtres prédateurs parcouraient l’espace, ils seraient là depuis toujours, depuis leur première apparition quelque part dans le ciel, il ya un nombre indéfini de milliards d’années (puisque finalement on ne sait plus trop quel âge donner à l’Univers). S’ils ne sont pas là, c’est sans doute que le voyage interstellaire est encore plus difficile que nous ne le pensons, qu’il constitue une performance seulement réalisable par des êtres chez qui la prédation et la violence ont disparu depuis longtemps. Et puisque je dis ici, sinon le fond de ma pensée, du moins certaines des idées auxquelles je crois pour ainsi dire par anticipation, en espérant qu’elles seront un jour démontrées, parce qu’elles me paraissent conformes au tableau que la science nous fait de la nature, il me semble qu’il existe dans l’architecture de l’Univers une finalité de fait, explicable par le hasard tant qu’on voudra, qui interdit le voyage interstellaire, galactique, au-dessous d’un certain niveau d’évolution psychique, et qui parque le mode d’évolution par compétition sanglante que nous observons sur Terre précisément dans les limites de chaque
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système solaire. N’est-il pas singulier que «ceux qui habitent le vaste ciel »25 soient représentés dans les légendes comme bienveillants, sévères, cruels, débonnaires, débauchés, sanguinaires, mais jamais à ma connaissance comme prédateurs? Je n’ai jamais entendu parler d’une mythologie dont les dieux auraient voulu exterminer les hommes pour prendre leur place. Peu importe d’ailleurs; si une telle mythologie existe, elle se trompe, car, comme le disait un témoin très rapproché (Maurice Masse), «j’ai senti en eux une puissance telle que s’ils voulaient, ils détruiraient la Terre en un clin d’oeil». Ce qui est certain si les O.V.N.l. sont ce qu’ils semblent être, puisque déjà nous, qui n’avons pas la maîtrise du voyage interstellaire, nous pouvons la détruire. Le seul fait de notre existence montre que nul être venu d’ailleurs n’a jamais voulu notre mort, et que quelque chose dans l’immensité des distances interstellaires sélectionne la non-violence. S’il en était autrement, nous ne serions pas là26. Peut-être faut-il, pour franchir le «vaste ciel », la maîtrise avancée de la psychophysique, ou physique des interactions entre la conscience et la matière. L’O.V.N.I. est peut-être un fantastique poltergeist 27. Et c’est un fait toujours allégué par les «sujets» capables, dit-on, de produire ce genre de phénomènes, qu’ils ne peuvent le faire «pour eux» dans leur intérêt. lis doivent d’abord, disent-ils, dépouiller leur égoïsme. C’est en particulier la raison pour laquelle les voyantes ne sont pas toutes milliardaires et se font souvent rouler par leurs clients C’est ce qu’elles disent, et certes l’on en rit, mais d’un rire plus attentif depuis que Dirac, David Bohm, Josephson, Wheeler et tant d’autres physiciens illustres font de la psychophysique dans leurs laboratoires ou s’intéressent à celle que font leurs collègues physiciens expérimentaux. Qui sait ? Lecteur, estu plus malin qu’eux ? 10. Mais qu’est-ce enfin qu’un O.V.N.I., tel qu’on levoit en 1977, tel en réalité qu’on le voit depuis tant d’années ? J’ai écrit plus haut que ce que l’on en sait tiendrait sur un timbre poste, puis les pages se sont allongées. Mais l’O.V.N.l. est d’abord un sujet de réflexion. Selon une expression souvent répétée, si nous n’avons pas appris 25
L’expression revient sans cesse dans les poèmes homériques: Hoi en tô ouranô.
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Un de mes amis s’amuse à l’idée que c’est au contraire ce qui s’est passé : le prédateur venu d’ailleurs, c’est nous, les hommes, descendants d’un Caïn cosmique installés ici après avoir exterminé le pacifique Abel autochtone... 27
Le poltergeist est en parapsychologie un objet qui se déplace « spontanément » , en réalité, croit-on, sous l’action psychique, à distance, de quelqu’un. Voir Tizané, E. L’Hôte inconnu dans le crime sans cause (Tchou, Paris, 1977).
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grand-chose sur les O.V.N.I., en revanche les O.V.N.I. nous ont beaucoup appris. A tous ceux qui y réfléchissent ils ont appris ce que maintenant ils savent de plus profond, à la limite de la science, de la philosophie, de l’histoire 28. Ils ont beaucoup appris même à ceux qui se sont efforcés de les réfuter 29. Certains s’en effraient, croyant reconnaître dans les réflexions qu’ils inspirent une renaissance masquée de l’antiscience, des ténèbres, de la superstition. il est vrai que les O.V.N.I. nous obligent à envisager à nouveau une situation que l’Age des Lumières croyait avoir à jamais bannie de notre route: celle de la Rencontre avec l’Ange. Mais qui ne voit la différence ? Devant l’Ange, on tombait à genoux. Devant l’O.V.N.I., on sort sa calculette. S’«ils» sont vraiment là, ils nous sont très supérieurs, c’est certain. Eh bien, nous mesurerons cette supériorité, nous engrangerons toutes ses manifestations dans nos ordinateurs, et l’on verra bien. Venons-en donc enfin à l’O.V.N.l. lui-même. Pendant une douzaine d’années (à partir de mon livre), ayant reconnu que le phénomène capital est l’observation rapprochée, on a accumulé les détails relevés lors de chacune de ces observations 30. Mais maintenant il faut reconnaître qu’aucun de ces détails, même dûment observé, n’est en soi fiable. Il faut les réexaminer tous au second degré comme un produit possible de l’action de l’O.V.N.l. sur le psychisme du témoin, c’est-àdire comme un effet hallucinatoire de l’objet auquel le témoin s’est trouvé exposé. Peut-être a-t-il vu cela, mais peut-être était-ce autre chose. Sous hypnose, on constate que le récit régulièrement se complique, révèle des épisodes ignorés à l’état de veille, souvent plus importants et intéressants que ce que le témoin raconte. Peut- être l’O.V.N.l. rapproché détraque-t-il le système pensant de l’homme comme un moteur chaud rayonne de l’infrarouge. Mais peut-être aussi l’hallucination répond-elle à un dessein le faisceau du projecteur cinématographique projette bien de l’infrarouge sur l’écran, mais ce qui est signifiant, c’est l’image. On commence à soupçonner de fantastiques camouflages impliquant la mise en place de vrais scénarios (Vallée), voire l’induction 28
Voir, dans le livre collectif Mystérieuses Soucoupes Volantes (Albatros, Paris, 1974), le chapitre sur le « Principe de Banalité », p. 195. 29 Par exemple l’astronome CarI Sagan (Cosmic Connection, le Seuil, Paris, 1975). 30
18. Le plus «naïf » et le plus intéressant de ces répertoires est le livre du physicien James Mc. Campbell Ufology (Jaymac, 12 Bryce Court, Belmont, Ca 94002, 1973).
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d’erreurs et d’inventions (Giraud). Certains vont jusqu’à se demander d’où viennent certaines idées à certains auteurs de science-fiction (Méheust). Avec ce type de recherches, on entre dans une forêt vierge où seuls d’énormes moyens d’investigation statistique (sondages et ordinateurs) trouveront peut- être à la longue une voie. C’est un peu effrayant, mais toute grande nouveau-té est effrayante. L’essentiel est de « raison garder ». Plus immédiatement sûres sont les recherches statistiques sur les O.V.N.l. à moyenne et grande distance, où l’on sait (grâce aux instruments et aux documents objectifs, qui là existent) que l’on peut les étudier comme des objets ordinaires (Poher et de nombreuses recherches américaines). Sûres aussi, et combien nécessaires ! les réflexions épistémologique sur les difficultés et les pièges du sujet (Guérin) Prometteuses enfin les recherches de physique suggérées par la «physique des OVNI.» (J.P. Petit). L’image qui sort de toutes ces recherches est celle d’un objet physique reproduisant dans ses manoeuvres rapides et silencieuses certains effets de la magnéto-hydrodynamique, capable d’apparaître et de disparaître instantanément (semble-t-il), comme de rester immobile, de planer, de projeter toutes sortes de faisceaux lumineux, dont certains inexplicables (faisceaux tronqués ou coudés). L’O.V.N.I. peut faire caler les moteurs, même diesel dans certains cas, provoquer des incidents électromagnétiques (T.V. et radio coupées, pannes de réseau), perturber la combustion des armes à feu, etc. 11. Et si l’on me demande enfin mon avis sur l’avenir de l’ufologie, je dirai que, malgré le déjà grand nombre de recherches sérieuses, on est encore infiniment loin de pouvoir prendre une vue un peu globale des problèmes qu’elle pose, problèmes d’ailleurs intriqués avec la fine pointe des sciences les plus difficiles, mathématiques, physique, psychophysique. Il n’est pas impossible que, la seule motivation des chercheurs étant la pure curiorité (ils n’ont à faire face à aucune demande), celle-ci connaisse dans l’avenir des épisodes d’extinction presque complète. On a déjà connu de tels épisodes. Ils ont toujours pris fin sur une vague: le phénomène, lui ne disparaît jamais. Il est toujours là pour se rappeler à nous. Mais pour qu’une science se fonde, il faut qu’elle invente ses méthodes, c’est-à-dire ses moyens propres de devenir cumulative. A l’heure actuelle, il semble que presque tout ce qui pouvait être fait par des réseaux d’investigation comme ceux de L.D.L.N. et du G.E.P.A. en France et par des individus isolés disposant au maximum d’un ordinateur a été fait.
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Pour aller plus loin, il faudra mettre en oeuvre d’autres moyens. Ces moyens sont les stations d’observation automatisées, connectées en réseau, et les sondages réguliers. Ce sont des moyens très chers. Mais avec eux on pourrait peut-être surmonter la grande difficulté préalable : celle de la nonfiabilité de l’observation rapprochée. Peut-être alors saura-t-on enfin à quoi ressemble objectivement, réellement, un O.V.N.I. vu de près. « Subjectivement », il ressemble à ce que voit le témoin. On ne peut pas ne pas être frappé par la ressemblance entre ces réflexions et celles où se trouvent engagés les théoriciens de la physique quantique 31. On ne peut se dissimuler que tout cela sera difficile. Non seulement parce qu’il n’existe aucun précédent à une étude dont l’objet serait intellectuellement mieux armé que l’homme et décidé à se dérober, mais parce que l’idée même d’une telle perspective rebute notre esprit. L’humanité est depuis toujours animée de l’inébranlable conviction qu’elle est « la mesure de toute chose », qu’en dehors d’elle il n’existe que le monde des bêtes et des choses. Il faudra une douloureuse révolution psychologique pour qu’elle admette au-dessus d’elle la possibilité d’un univers pensant de nature non religieuse, bien que la réflexion cosmologique nous y conduise tout droit, en dehors de toute ufologie, par la seule considération de ce qu’on sait en astrophysique, en biologie, etc. Logiquement, il en est de cette idée comme de celle des antipodes jadis: elle est démontrée indirectement de façon convaincante, mais elle bouleverse notre sens commun. Et pratiquement, rien ne nous motive à essayer de la démontrer scientifiquement : elle peut attendre indéfiniment sans que rien de pressant nous sollicite à l’explorer (c’est ce que Clérouin appelait il y a trente ans le caractère insaisissable, élusif, de l’O.V.N.I. Les antipodes ont été finalement atteints parce que le poivre et la cannelle étaient payants. Ici rien ne vient pimenter un effort gigantesque et sans utilité pratique. Rien que le désir de savoir. Cet effort sera-t-il fait quand même? Divers prophètes (Jaurès, Malraux) ont annoncé l’avènement prochain d’une humanité métaphysique, ayant atteint les objectifs matériels de sécurité et de bien-être pour lesquels elle se bat depuis 31
J’ai expliqué plus haut les raisons statistiques, générales, qui nous obligent à admettre que le témoin rapproché rapporte le plus souvent une sorte d’hallucination. On retrouve autrement, par l’investigation directe de chaque cas particulier, de très forts indices de cette irréalité. Par exemple le mimétisme de l’objet décrit, souvent saugrenu (locomotive volante, etc.) ; le trou de mémoire, bien connu, où le témoin a perdu une certaine durée de son passé au moment de l’observation; les faits contradictoires observés simultanément par plusieurs témoins, etc.
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toujours, depuis son émergence de l’animalité et avant, et levant enfin les yeux vers l’inscrutable où son âme la porte. Je crois à cette humanité nouvelle, et divers signes me montrent son rapide et secret mûrissement. Mais ceci nous éloignerait des O.V.N.I. Si les commencements sont obscurs, ce n’est pas seulement qu’il est difficile de les voir. C’est qu’ils ne peuvent croître et porter leurs fruits qu’à la condition de rester longtemps cachés. Sinon ils ne commencent rien, meurent, sombrent dans l’abîme du temps. Printemps 1977
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Oui, il y a un problème soucoupes volantes! (Planète n° 10, mai-juin 1963).
On a vite fait de dire: c'est puéril. Ce qui est puéril, c'est de se figurer qu'en se bandant les yeux devant l’Inconnu, on supprime l’Inconnu. VICTOR HUGO. Contemplation Suprême.
DES COMMISSIONS INTERNATIONALES AU TRAVAIL Pour l’immense majorité du public, le problème des soucoupes volantes se présente actuellement, en 1963, de la façon la plus simple du monde: les soucoupes volantes sont une fumisterie, ceux qui en voient sont des farceurs ou des illuminés, et le problème n'existe pas. Je prendrai donc ici le problème en cet état, m'adressant par hypothèse au lecteur dont le siège est fait et qui ne consentira à parcourir cet article que par indulgence. Je lui demanderai seulement l’effort d'un peu d'attention et un esprit critique en éveil. Le problème des soucoupes volantes vient en tête du bataillon des damnés, des exclus de la science, dont parlait Charles Fort. En notre pays du moins; car aux Etats-Unis et en U.R.S.S., pour ne citer que ces deux pionniers de la science moderne, des organismes officiels ont reçu la mission d’établir des fiches, de dresser des statistiques, de tracer des courbes pour tenter de trouver une explication, quelle qu'elle soit, aux rumeurs persistantes concernant l'apparition de mystérieux objets dans le ciel. La clameur qui montait de toute part a paru suffisamment forte pour que des gens sérieux s'efforcent d’en saisir le sens. En ouvrant ce dossier en France, j'ai seulement le sentiment de me substituer à d'autres chercheurs disposant de moyens d'investigation plus puissants que les miens et qui peut-être auraient dû, à l'instar de leurs collègues étrangers, aller jeter un coup d’œil de ce côté. Cette revue est celle des ouvertures de la science; elle s'efforce de comprendre la connaissance lorsqu'elle
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est en marche et non simplement lorsqu'elle est arrêtée. Pour la raison même qu’elle a choisi délibérément cette position marginale pleine d'inconfort, elle est plus qu'aucune autre férocement opposée aux fausses sciences. Je m'en tiendrai dans cette étude à la règle qu'elle s'est donnée pour explorer le domaine immense de l’inconnu: l'utilisation rigoureuse de la méthode scientifique. Celleci donne à celui qui y recourt un premier droit: le droit de poser des questions, toutes les questions.
1. LE PROBLEME DES MONDES HABITES Et d'abord, la soucoupe volante est-elle possible ? Poser cette question, c'est se demander si compte tenu des connaissances actuelles de l’astronomie, de la biologie et de la physique, et de cela seul, il est contradictoire, possible ou vraisemblable que des engins artificiels, produits d'une technologie non humaine, soient aperçus dans les parages de notre planète. a) Les enseignements de l’Astronomie Sur le point qui nous intéresse, cette science nous donne les précisions suivantes: La Terre, où est apparue la seule vie que nous connaissions directement, est une des neuf planètes du Soleil. Nous ne savons pas si la vie existe sur les huit autres, sauf en ce qui concerne Mars, où les analyses spectrophotométriques de l’Américain William Sinton au Mont-Palomar ont prouvé, en 1958 et 1960, la nature organique des taches sombres variant au sol avec les saisons martiennes; conjuguées avec les résultats polarimétriques du Français Audoin Dollfus sur les mêmes taches sombres, les analyses de Sinton ont pour la première fois dans l’histoire donné la preuve d'une vie extra-terrestre. En effet, les plages sombres de Mars présentent un ensemble de caractères appartenant à la vie et à elle seule: leur nature chimique est organique, elles se régénèrent au printemps, elles poussent audessus du sol, et leur évolution saisonnière est en rapport avec la présence de l’eau. Le système solaire comporte donc au moins deux planètes vivantes: la Terre et Mars. D'autre part, le Soleil n'est qu'une étoile parmi les deux cents milliards d'étoiles environ que compte notre galaxie. II appartient à la classe spectrale G, relativement nombreuse (au moins plusieurs milliards dans notre seule galaxie). C'est une étoile à rotation lente, et nous savons maintenant que toutes les étoiles à rotation lente (une sur dix certainement, et peut-être une sur quatre) ont des planètes. Il y a donc dans notre système galactique au moins vingt milliards et
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peut-être cinquante milliards d'étoiles dotées d'un système planétaire. Ceci est une évaluation statistique, mais les spécialistes de l’astrométrie (Hölmberg, Schlesinger, et surtout Van De Kamp) ont mis en évidence par des méthodes directes la présence de corps planétaires autour d'une sur six environ des étoiles les plus rapprochées de nous, astres tout à fait quelconques par ailleurs. Enfin (et nous verrons tout à l’heure l'importance de cette donnée astronomique), les étoiles ont des âges. Certaines sont en voie de formation. D'autres, comme le Soleil, ont un âge moyen (environ huit ou dix milliards d'années). D'autres enfin, surtout dans les amas globulaires, sont très vieilles: jusqu’à vingt et même trente-cinq milliards d'années. Les étoiles jeunes sont à rotation rapide, les autres généralement à rotation lente, ce qui montre que la formation d'un système planétaire autour des étoiles est un événement normal de leur longue vie. L’étude de l’âge de la Terre et des météorites confirme d'ailleurs que les planètes de notre système solaire se sont formées peu après le Soleil luimême. b) Les enseignements de la Biologie La vie terrestre est omniprésente: au fond des océans, à la surface du sol, dans l’air, dans le froid des pôles aussi bien que sur l'équateur, dans les sources sulfureuses, dans les cavernes. dans l'eau presque bouillante des geysers, dans le pétrole, et jusque dans l’eau lourde des piles atomiques. Elle s'adapte a tous les milieux, pourvu que la température n'y excède pas cent degrés. Elle vole, elle rampe, elle nage, elle s'enracine, elle se parasite elle-même, elle organise les plus extravagantes symbioses. Cette effarante diversité est une première présomption en faveur de son universelle adaptabilité et, par conséquent, de sa présence partout où les conditions ambiantes le permettent. Mais la découverte de la vie sur Mars transforme la présomption en certitude. Frank Salisbury, professeur de botanique à l’Université de Colorado, a étudié pendant des années les organismes terrestres supposés pouvoir subsister dans le milieu martien: ni les mousses ni les lichens, chers à la vulgarisation de naguère et même à certains astronomes actuels peu informés de biologie, n'ont résisté à ses observations et à ses expériences. Seules certaines algues s’accommoderaient peut-être des conditions de la planète rouge: mais, d'un autre côté, des algues ne rendent pas compte des faits observés sur Mars. La vie martienne, dit Salisbury, est donc autre chose, ce qui est bien confirmé par l’identification des acétaldéhydes dans les régions sombres par Sinton. Non seulement, donc, la vie terrestre s'accommode de toutes les conditions terrestres, mais la première vie extra-terrestre avec laquelle la science ait établi un contact expérimental apparaît d'emblée comme très différente de tout ce que nous
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connaissons et capable de subsister dans des milieux délibérément aberrants à nos yeux. SUR MARS, UNE VIE HAUTEMENT ADAPTEE L’observation des variations saisonnières sur Mars montre de plus que la vie y est hautement adaptée. Elle évolue en effet au printemps avec une foudroyante rapidité (de Vaucouleurs), envahit les déserts (Antoniadi, Phocas), change d'année en année (Antoniadi, Slipher), efface en quelques jours l’effet des grandes tempêtes de poussière jaunâtre (Öpik). Tout cela, pour le biologiste, traduit une organisation complexe, fortement adaptée et différenciée, et par conséquent une évolution ancienne ayant abouti à un vaste système en équilibre, comparable, par ses effets globaux, à celui au milieu duquel nous vivons. Certes, nous n'en voyons, à soixante millions de kilomètres de distance, que l’aspect végétal, et il ne peut en être autrement: transportés sur Mars, les instruments des astronomes que je viens de citer ne verraient, eux aussi, que les forêts et les campagnes terrestres. Mais l’écologiste, qui est le spécialiste des milieux vivants, sait par expérience qu'un cycle biologique ne peut persister qu'en se bouclant, et que là où il y a un chou, il y a une chèvre pour manger le chou, un loup pour manger la chèvre, des parasites sur le chou, la chèvre et le loup, des bactéries pour rendre leurs cadavres au " terreau " de la biosphère. Le peu que nous savons de la vie martienne nous la montre donc globalement semblable à la vie terrestre par les grands processus de son évolution, même si le détail est destiné à nous échapper pendant quelques années encore, et, précision d'une importance capitale, même si son infrastructure biologique, climatologique, géophysique, est presque totalement différente de celle de la vie terrestre. Ce dernier fait nous contraint à la généralisation suivante: puisque la vie existe avec tous ses caractères essentiels dans des milieux aussi différents que le milieu terrestre et le milieu martien, c’est qu'elle n'est nullement tributaire du milieu terrestre, et qu'il faut s'attendre à la voir proliférer sur des myriades de planètes, même très différentes de la Terre et de Mars. UNE PENSEE TECHNOLOGIQUE ET SCIENTIFIQUE? Mais ce n'est pas tout. Sur Terre, la vie est entrée en évolution dès ses origines. La paléontologie en suit le progrès constant et accéléré à travers les âges géologiques depuis le précambrien jusqu'à l’homme. La haute adaptation de la vie martienne, qui se traduit par l’aisance et la rapidité de ses variations saisonnières, nous montre qu'il en a été de même sur la planète Mars. On peut, certes, en attendant la preuve formelle, décider de croire que la Terre et Mars sont des exceptions, qu'elles sont les deux seules planètes à biologie évolutive de l’univers, mais il est évident que les motifs d'une telle croyance ne sauraient être que d'ordre théologique et que les connaissances acquises à ce jour nous inclinent toutes à penser le contraire. Le même raisonnement s'impose à nous sur
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la question de savoir si le niveau humain atteint par l’évolution terrestre à l’ère quaternaire est une exception ou une généralité. II s'impose même avec encore plus de force, car toute la paléontologie terrestre nous montre avec une invincible évidence le processus d'hominisation en marche dans le règne animal depuis les âges les plus reculés, depuis l’apparition des premiers mammifères, et même depuis les premiers êtres à système nerveux central. Les millions d'espèces qui ont précédé les animaux actuels témoignent que l’homme n'est nullement le produit d'un hasard miraculeux, mais bien l’aboutissement d'une longue recherche de toute la vie animale terrestre, un aboutissement inévitable et fatal. La meilleure preuve en est le nombre extravagant d'ébauches humaines variées qui ont précédé notre réussite, si c'en est une, et dont les paléontologistes retrouvent un peu partout les fossiles: si nous n'étions pas là, nous, les Homo Sapiens, quelqu'un d'autre y serait. La pensée technologique et scientifique a donc toutes les chances d’être presque aussi répandue dans l’univers que la vie elle-même. Là encore, certes, on peut arguer de raisons théologiques pour croire le contraire. Mais toutes les évidences scientifiques vont dans ce sens. SONGEZ AU TEMPS... Et c'est ici qu'il faut rappeler les précisions données tout à l' heure sur l’âge des étoiles. La pensée rationnelle est apparue dans le système solaire (sur Terre) vers le huitième ou le dixième milliard d'années de son âge. D'autre part, l’histoire humaine montre que le stade historique de la conquête de l’espace par cette pensée a été atteint après quelques siècles à peine du développement de la recherche technologique. Trois cent cinquante ans après Galilée, les premiers engins humains croisent au large de Vénus (MarinerII) et de Mars (Mars I). Où en seront les hommes dans un millénaire? Mais surtout, où en seront-ils dans un million, dans un milliard d’années? Or, nous l’avons vu, il existe une foule innombrable d'étoiles qui ont commencé à évoluer des milliards, et peut-être des dizaines de milliards d'années avant le Soleil. Quels niveaux inimaginables ont pu atteindre et franchir les sociétés intelligentes apparues dans ces systèmes planétaires? N'est-il pas conforme à toutes les vraisemblances de prévoir que ces sociétés ont depuis des temps fabuleux pleinement domestiqué la technique de la communication et du voyage intersidéraux? c) Les enseignements de la Physique La théorie de la relativité nous avertit qu'aucune masse physique ne saurait atteindre la vitesse de la lumière, et à plus forte raison la dépasser. Si cette théorie était le dernier mot de la science, les voyages intersidéraux seraient difficiles à cause de leur durée, quoique possibles cependant. L’aller et retour
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vers la plus proche étoile prendrait huit ans. Mais nous savons que la relativité n'est pas le dernier mot de la science, et ceci pour une raison fort simple: c'est que toutes les tentatives pour établir une théorie unitaire ont jusqu'ici échoué. L’Univers physique échappe donc encore à notre intelligence, au moins par un de ses aspects fondamentaux. Nous ne connaissons pas les limites du possible en science et en technique, et aucun homme de science ne saurait se risquer à fixer d'avance ces limites qui n'existent probablement pas. Les présomptions les plus raisonnables et les plus assurées de la science nous conduisent par conséquent à admettre qu'en un nombre immense de points de l’espace, la technique du voyage intersidéral est depuis longtemps maîtrisée, et que des engins conduits par une pensée voyagent constamment dans la Galaxie. Pour avoir le droit de refuser cette idée (familière depuis longtemps à la science-fiction), il faut préalablement récuser l’une ou l’autre des certitudes suivantes: l’âge commun des planètes et du Soleil, l’apparition de l’homme sur la terre à l’ère quaternaire, la vie sur Mars, l’existence de systèmes planétaires autour d'une forte proportion des étoiles, et enfin la formidable antiquité d'un nombre énorme d'entre elles. Accepter cela, c'est reconnaître l’existence des soucoupes volantes, que nous les ayons vues ou non. Et pour le refuser, il faut se mettre en contradiction avec l’une ou l’autre des principales sciences actuelles.
2. L’AFFLUX DES TEMOIGNAGES Ce raisonnement n'est pas nouveau. Un homme de génie, l’Américain Charles Fort, l’avait déjà fait très clairement il y a une quarantaine d'années. La seule différence, c'est que Charles Fort ne pouvait appuyer sa pensée que sur des présomptions, et que ces présomptions sont devenues par la suite des certitudes. II supposait que les étoiles avaient des planètes comme le Soleil, que certaines étaient plus âgées que lui, et que la vie pouvait apparaître presque n'importe où. Mais rien de cela n'était encore prouvé. Sa conclusion n'en était pas moins limpide: "S'il y a tant d'astronefs dans l’espace sidéral, se demandait-il, pourquoi ne les voyons-nous pas?" Actuellement, la même question doit être posée différemment. Un nombre considérable de personnes affirment en effet les avoir vus, et une nouvelle discipline est née, celle de l’étude des témoignages. Des commissions d'enquête ont été créées, les unes officielles comme l’Air technical Intelligence Center aux Etats-Unis, d'autres privées. Des chercheurs se sont peu à peu spécialisés dans cette recherche depuis une quinzaine d'années. Ils sont une cinquantaine dans le monde, et je les connais tous. La plupart d'entre eux poursuivent leur travail clandestinement en raison du discrédit jeté sur ce genre de recherche, réputé "pas sérieux". Ce sont des astronomes professionnels, des techniciens de l’aéronautique, des ingénieurs, des physiciens. Les extravagances et les
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impostures d'un nombre considérable de charlatans les incitent d'ailleurs autant à la prudence que la suspicion de leurs collègues. Mais les résultats acquis ne sont pas moins intéressants. Ce sont ces résultats que nous allons maintenant examiner. LE NOMBRE DES TEMOINS Il existe deux méthodes susceptibles d'opérer une évaluation grossière du nombre de personnes qui, dans le monde entier, disent avoir vu des objets dont la description ne peut être expliquée ni par des bolides, ni par des météores, ni par des ballons sondes, ni par quelque phénomène connu que ce soit. La première consiste à faire la somme des dossiers répandus dans les fichiers existants. Mon propre fichier comporte près de deux mille cas, dont les quatre cinquièmes environ en provenance du territoire français. Diverses supputations aboutissent à un nombre de l’ordre de trente à quarante mille dans le monde entier. Dans une bonne partie des cas, disons la moitié, il y a eu plusieurs témoins. Mais cette évaluation ne vaut pas grand-chose, car la plupart des observations ne sont pas communiquées aux chercheurs: les témoins répugnent en effet à passer pour fous. Nous éprouvons ici l’effet des campagnes de presse orchestrées par ceux que Louis Pauwels appelle les "Messieurs en noir", et qui sont, non pas précisément les savants en place, mais ceux d'entre eux dont ils dépendent administrativement, augures qui tranchent du haut de leur position officielle sans avoir le moins du monde étudié ce dont ils parlent, et qui ont d'ailleurs, pour les honneurs, abandonné depuis longtemps toute recherche. LES SONDAGES D'où l’intérêt de la seconde méthode, qui est le sondage. Dès 1958, l’expérience de mes enquêtes m'avait conduit à la conclusion suivante: en France, on peut dire qu'une personne prise au hasard, ou bien a vu, ou bien connaît quelqu'un qui a vu. La difficulté est de chiffrer le nombre moyen d'individus que connaît personnellement chaque Français. Si l’on admet le chiffre de 200, cela donne pour la France entière plus de 200 000 témoins. Voici un deuxième type de sondage, réalisé aux Etats-Unis par le capitaine Ruppelt du temps qu'il dirigeait la commission d'enquête de l’A T I C, vers les années 1952-53 . Une enquête confidentielle effectuée auprès des astronomes américains observateurs (les théoriciens, qui ne regardent jamais le ciel, étant évidemment laissés de côté) aboutit à fixer le pourcentage des témoins à 11% dans cette corporation supérieurement entraînée à l’étude du ciel. A noter qu'en public tous ces témoins proclament hautement que les soucoupes volantes sont une fumisterie, et que jamais quelqu'un de sérieux n'a aperçu l’ombre d'une. Troisième type de sondage: un de mes amis américains, professeur dans une
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université et spécialiste très connu de Mars, a fait aux Etats-Unis en 1962 une série de conférences sur cette planète; le public était essentiellement constitué d'hommes de science; ayant eu la malice de terminer chacun de ses exposés par cette phrase: "... mais évidemment, la meilleure preuve de l’existence d'une vie extra-terrestre serait l’observation d’un engin venu d'une autre planète", il obtint presque régulièrement le témoignage d'un ou de plusieurs de ses auditeurs. Pourcentage des témoins: 1,5 pour cent, soit nettement plus que ma propre évaluation de 1958. Détail du plus haut intérêt: aucun de ces cas n'avait été rapporté à la Commission d'enquête de l’Armée de l’Air ni aux journaux. Il est donc bien certain que nous ne possédons dans nos fichiers qu'une infime proportion des observations. LE TEMOIGNAGE DES RADARS A côté du témoignage humain, il y a celui des appareils. Ecartons tout d'abord un certain type de cas, bien étudiés en France par le professeur Vassy, ou l’apparition de taches mobiles sur l’écran radar est imputable à des inversions de température et à un effet de mirage dans le spectre des ondes utilisées. Il s'agit là d'un phénomène bien connu des spécialistes et sans aucun rapport avec l’objet de cette étude. La tache de l’écran radar ne peut jamais, dans ce cas, être observée visuellement, et pour cause: elle n'existe que sur l’écran. Voici en revanche un cas français que j'ai bien étudié à l’époque. L’AFFAIRE D'ORLY Dans la nuit du 17 au 18 février 1956 à 23 heures, apparaissait sur le radar d'Orly une tache correspondant à un objet d'une taille deux fois supérieure à celle des plus grands appareils alors en service. Aucun avion n'étant signalé dans la région, les techniciens se bornèrent d'abord à suivre les évolutions de l’objet supposé, évolutions fantastiques, puisque les vitesses variaient du sur-place le plus rigoureux à 2'500 kilomètres/heure (notons, au passage, que, d'après une étude américaine que je citerai tout à l’heure et qui fait autorité, cette vitesse exclut déjà l’hypothèse de l’inversion de température). Mais voici qu'un DC 3 de la ligne de Londres apparaît dans le champ de l’appareil. L’objet inconnu, qui à ce moment était stationnaire, est vu sur l’écran démarrant à une vitesse foudroyante et fonçant vers le DC 3. La tour d'Orly appelle alors ce dernier pour lui demander s'il ne voit rien. - Je vois une lumière rouge clignotante qui se dirige vers moi apparemment à très grande vitesse, répond le pilote. - Quelle position attribuez-vous à cette lumière?
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- La verticale des Mureaux. C'était la position repérée au radar. Le pilote du DC 3 dut changer de cap pour éviter une collision qui lui semblait imminente, puis l’objet disparut à ses yeux. - Je ne vois plus rien. Avez-vous perdu le contact? - Non, répond la tour de contrôle. L’objet semble être du côté du Bourget. En effet, le pilote, en se tournant de ce côté, aperçoit de nouveau non seulement la mystérieuse lumière clignotante, mais bien l’objet lui-même, énorme et noir sur le fond du ciel. Ce manège dura trois heures consécutives. Au dire des enquêteurs de l’aviation civile, les pilotes des divers appareils qui atterrirent cette nuit-là à Orly après avoir vu la lumière clignotante, et parfois l’objet, manœuvrer autour d'eux à des vitesses folles, étaient blêmes de peur. Mais ce n'est pas tout : a) l’objet "connaissait " l’existence et la position des radio-balises. II se déplaçait fréquemment de l’une à l’autre à des vitesses atteignant 3600 kilomètres-heure. b) Il "connaissait" l’existence et les limites du radar. Quand aucun avion n'était en vue, il sortait du champ du radar par la verticale, et n'y rentrait que pour foncer vers l’avion en train d'approcher. c) Et voici le plus fantastique. A un moment, pour en avoir le cœur net, les opérateurs appelèrent le radar du Bourget : - Avez-vous la même réception que nous? Aussitôt, le radar d'Orly fut brouillé par une puissante interférence. Pour échapper au brouillage, les opérateurs d'Orly changèrent de fréquence. Plus de brouillage pendant quelques secondes, au cours desquelles l’objet redevint parfaitement visible sur l’écran. Après quoi le brouillage reprit sur la nouvelle fréquence: tout se passait comme si l’objet, ayant intercepté et compris la conversation entre Orly et Le Bourget, avait jugé importun le repérage radar et l’avait brouillé, et ceci de fréquence en fréquence, car radar et brouillage ne cessèrent à partir de ce moment de se poursuivre! Cette interprétation, il faut le souligner, je la tiens des techniciens de l’aéronautique qui enquêtèrent ensuite sur l’incident. Détail: le radar du Bourget, en dérangement, ne fonctionnait pas cette nuit-là.
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LA COMMISSION MILITAIRE AMERICAINE Ainsi, dans ce cas particulier, l’observation radar fut doublée non seulement de l’observation optique, visuelle, par les pilotes qui aperçurent l’objet en vol, mais par tout un manège chat et souris évoquant irrésistiblement une activité intelligente. Quelques années plus tard, je reçus à Paris la visite d'un des membres les plus éminents de la Commission d'Enquête de l’U.S. Air Force venu consulter mes dossiers et échanger avec moi ses impressions. Interrogé sur ce qu'il pensait du cas d'Orly, il poussa un soupir désabusé: - Des cas de cette sorte, nous en avons tous les mois aux Etats-Unis. - Et vous les expliquez ? - Les expliquer ? Comment les expliquerions-nous? C'est parfaitement inexplicable. - Mais alors, pourquoi diable publiez-vous périodiquement des communiqués affirmant que 99,5 % des cas qui vous ont été soumis ont reçu une explication satisfaisante, et que les autres n'ont aucune importance? Nouveau soupir désabusé: - Pourquoi? Pour avoir la paix. N'oubliez pas que la commission américaine est une commission militaire. Ah! si l’U.S. Air Force confiait cette tâche à des hommes de science... "Tous les mois", disait cet honnête homme. Certes, les cas que l’U.S. Air Force a laissé publier ne sont ni les plus nombreux ni les meilleurs. Mais nous disposons quand même de quelques sources américaines suffisamment édifiantes. LE RAPPORT DU CAPITAINE RUPPELT D'abord, le rapport du capitaine Ruppelt, déjà cité. Nous y voyons que le cas type, maintes fois répété avec quelques variantes, est le suivant: un radar repère, en plein jour, un objet volant à des vitesses nettement aberrantes, par exemple, le sur-place, ou des milliers de kilomètres-heure. Les opérateurs du radar mettent le nez dehors et voient l’objet, rond, en forme de soucoupe renversée, argenté, brillant au soleil. Ils appellent un autre radar, qui le repère aussi. Ils alertent une base militaire, qui fait prendre l’air à un chasseur. Le chasseur approche, voit l’objet, le décrit par radio, et le prend en chasse. L’objet le laisse approcher, puis s'éloigne plus vite qu'aucun avion de chasse. Le pilote décrit la manœuvre, laquelle est suivie par les autres radars. Objet et chasseur s'éloignent rapidement, arrivent dans le champ d'un troisième radar qui se met à observer la scène à son tour. Le chasseur épuise son carburant, vire et rentre à sa
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base. L’objet s’arrête et revient là où il était, jusqu’à l’arrivée d'un autre chasseur, et le petit jeu recommence. - Quoi! tout cela se serait réellement passé et l’on n'en saurait rien? Non seulement tout cela s'est réellement passé une fois, mais c'est justement la le type d'observation dont mon interlocuteur disait que l’U.S. Air Force en avait tous les mois de semblables sur les bras. Voyez le rapport de Ruppelt, édité en livre de poche par Ace Books, à New York. Il y a, je l’ai dit, des variantes. Parfois, c'est un simple citoyen qui déclenche tout en appelant une base militaire au téléphone. Parfois, c'est un pilote qui appelle une tour de contrôle. Mais c'est là, peut-on dire, du tout-venant. Chaque fois que j'expose ce que l’on vient de lire, la réaction est la même: - Mais enfin, vous rêvez! C'est impossible! Cela se saurait! AUTRES RAPPORTS OFFICIELS Cela se sait, précisément. Mais il faut, pour en acquérir la preuve, avoir envie de se renseigner, c'est-à-dire, d'abord, de déverrouiller le blocage mental provoqué de façon quasi automatique dans l’esprit de tout contemporain par l’expression "soucoupe volante". J'ai cité Ruppelt. Mais il y a mieux encore en fait de source. Et l’on n'a que le choix. Voici un rapport officiel publié en mai 1953 par l’administration de l’Aéronautique civile américaine. C'est une étude consacrée aux observations-radar enregistrées sur la seule base de Washington pendant une brève période de douze semaines, du 23 mai au 16 août 1952, période d'ailleurs quelconque. Le tableau des pages 2 et 3 de ce rapport relève 19 contacts radar. Quatre de ces contacts sont doubles, c’est-à-dire que, dans quatre cas, l’objet a été repéré simultanément par deux radars différents. Dans 16 cas, l’objet a été vu. Dans trois cas, il était bleuâtre. Dans un autre cas, il était rouge. Le 20 juillet, c'était un objet orange. Le 27, à 19 heures 30, c'est un objet sombre, sans luminosité, qui fut aperçu. Le 29 juillet, à 15 heures, un objet blanc. Et ainsi de suite. Les altitudes varient de 300 mètres, le 14 juillet, à 17 000 mètres, le 27 du même mois. Les vitesses repérées varient du surplace le 14 août à 1800 kilomètres à l’heure le 14 juillet. Un autre jour, la vitesse, non indiquée, est qualifiée de fantastique (tremendous). Veut-on d'autres détails? Le 30 juillet, l’objet était de forme oblongue. Le 27 juillet, c'était un petit objet circulaire, sombre, à la tranche parfois visible. Aucun bruit. Il se déplaçait vers le nord-est à faible vitesse en oscillant et en ondulant. Les nuages allaient en sens inverse. Il a disparu en entrant dans un nuage. Si maintenant on étudie le tableau d'un peu plus près, on se rend compte
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que plusieurs de ces "contacts" concernent le même objet, qui a été vu et cueilli au radar en plusieurs endroits successivement dans des évolutions variées. Le 27 juillet, par exemple, les observations se succèdent de 19 heures 30 (vitesse faible, disparition dans un nuage) jusqu'à minuit trente (contact radar et visuel). A deux reprises, il y eut deux objets volant de conserve et sept observations se succèdent ce jour-là en quelques heures. C'est au cours de l’une d'elles que fut notée la vitesse "fantastique". Cette question de vitesse est très importante. La seconde partie du rapport est en effet une étude des échos radar provoqués par les inversions de température, et la conclusion de nos deux auteurs est que la vitesse attribuée à l’objet fictif résultant de tels échos ne peut être en aucun cas supérieure au double de la vitesse du vent à l’altitude de l’inversion. De ce fait, l’explication par le mirage, la seule possible, se trouve exclue, sauf dans une observation du 13 août n’ayant d’ailleurs reçu aucune confirmation visuelle. LA VAGUE SUR l’EUROPE La "rumeur" des soucoupes volantes, comme dit Jung, est née, on s'en souvient, aux Etats-Unis au début de l’été 1947. Pendant plusieurs années la lecture des journaux put donner à croire qu'il s'agissait d'un phénomène strictement américain. Détail curieux et bien oublié maintenant, la première interprétation du public et de quelques techniciens qui s’y intéressaient ne fut nullement celle d'engins d'origine extra-terrestre: l’opinion unanime fut d'abord qu'il s'agissait d'une arme secrète américaine ou russe. L’hypothèse extraterrestre ne commença à prendre corps qu'à la suite des démentis de Washington et de Moscou, fréquemment réitérés en 1948 et 1949. Il est encore question de la théorie de l’arme secrète dans mon premier livre, paru en 1954. Je l’écartais d'ailleurs, car les conversations que j'avais eues en 1953 avec des officiers de la Sécurité de l’armée de l’air avaient fini par me convaincre de l’inexistence du secret militaire, fût-ce dans la Russie stalinienne. Mais dès l’instant que l’origine extra-terrestre était envisagée, une question s'imposait qui était aussi une objection: si des êtres intelligents originaires d'une planète lointaine se donnaient la peine de venir jusqu'ici, pourquoi n'atterrissaient-ils pas? Il me parut toutefois que cette façon de poser le problème ressortissait à la pure spéculation et qu'une recherche objective n'avait pas à en tenir compte. La véritable question était une question de fait: ces engins existent-ils, oui ou non, tout le reste relevant de la psychologie intersidérale, je veux dire de la science-fiction.
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TOUT AVAIT ETE VU EN AUTOMNE 54 Sur ces entrefaites, survint la fameuse vague d'observations de l’automne 1954. Pendant cinq semaines environ, de la mi-septembre au 20 octobre, les journaux européens jusque-là pratiquement muets sur la question se mirent à publier chaque jour des dizaines et des dizaines de récits de témoins. En Italie, en Angleterre, en Suisse, en Belgique, dans la péninsule Ibérique et naturellement en France, il ne fut pendant cette brève période question que de cela. Quelques flatteurs affirmèrent alors que la source de cette vague devait être cherchée dans mon livre, paru le printemps précédent. Hélas! mon livre était un four. On ne commença à le lire (peu) qu’après la fin de la vague. Et les innombrables témoins que j’interrogerai ignoraient jusqu'à mon existence, je dis en France, et à plus forte raison, à l’étranger. La vague passée, quelques amis et moi travaillâmes des mois durant à réunir tous les documents et à faire remplir des questionnaires. Vers 1956, je me trouvai ainsi à la tête d'une documentation énorme, chaotique et parfaitement délirante, dont il était impossible de tirer la moindre conclusion. Tout avait été "vu" en septembre-octobre 1954. Des objets en l’air, des échos radar, des objets en formation, des objets au sol, et même leurs pilotes! En cent endroits, des moteurs d'auto ou de camions avaient été stoppés "lors du passage en rase-mottes d'une soucoupe", des phénomènes électriques d'induction observés, de la terre arrachée au sol par un engin "prenant l’air brutalement". II y avait des traces au sol, des rémanences magnétiques faisant dévier la boussole, des témoignages concordants d'observateurs éloignés les uns des autres et ne se connaissant pas. On pouvait même souvent, par exemple le 3 octobre, suivre un "engin" à la trace à travers la France, de témoignage en témoignage. Mais, d'un autre côté, le tout présentait un aspect si délibérément démentiel que même les chercheurs les plus blasés penchaient à donner raison au professeur Heuyer, auteur d'une retentissante communication à l’Académie de Médecine sur l’origine psychopathologique de la psychose soucoupique. Je fis moi-même plusieurs conférences dans ce sens. Une question pourtant nous intriguait, le petit groupe d'amis et moi qui, ayant tué père et mère, nous obstinions à chercher un fil dans ce labyrinthe: où diable se cachaient les victimes de cette psychose supposée? Car le public, je ne dis pas dans sa majorité, mais bien dans son unanimité, y compris la presque totalité des témoins, refusaient de croire aux soucoupes volantes. - Je ne sais pas ce que vous racontent vos cinglés, me disait par exemple un mécanicien dont la voiture avait été stoppée, moteur bloqué et phares éteints,
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sur une petite route près de Dammartin-en-Goële, et, pour moi, je ne marche pas dans ces histoires à dormir debout. En pleine période de vague, c'est-à-dire au moment où la psychose aurait du être à son comble, je fus invité à prendre la parole dans le plus grand théâtre de Lille. Cette conférence avait été préparée de main de maître par ses organisateurs: affiches énormes sur les murs de la ville, interviews à la radio, articles de presse. Je suppose que mes hôtes escomptaient de somptueux bénéfices de leur opération. L’avouerai-je? quand le rideau se leva devant moi et que trente ou trentecinq personnes au plus se laissèrent apercevoir dans le désert de l’immense salle, je poussais un soupir de soulagement. Mais la vague n'en était pas moins réelle en tant que rumeur, et il fallait en trouver l’explication.
3. LA DECOUVERTE DES ALIGNEMENTS -Si ce que racontent ces gens est vrai, me dit un jour Jean Cocteau, si ces engins existent et si on les a vus, il est inconcevable qu'un ordre quelconque ne se cache pas sous ce désordre. C'est cela qu'il faut chercher: l’ordre caché sous le désordre. Et, en effet, le désordre d'une bataille cache les plans d'un état-major. Le tas de pierres peut être la ruine d'un temple. Il y avait bien quelque chose derrière le chaos de 1954, et ce quelque chose commença à m'apparaître en 1957. LA LIGNE BAYONNE-VICHY Si l’on porte sur une carte de l’Europe tous les points où des soucoupes volantes ont été observées pendant l’automne 1954, on obtient ce que les mathématiciens appellent une répartition aléatoire. L’impact des plombs d'une cartouche sur une cible, celui des gouttes de pluie sur un trottoir, la position des arbres dans une forêt sont des répartitions aléatoires: c'est le désordre du hasard. Mais au lieu de porter sur la carte toutes les observations de la vague, bornonsnous aux observations d'un seul jour, le 3 octobre, ou le 14 du même mois, ou le 15 ou n'importe quel autre. Alors, dès le premier coup d’œil, quelque chose se laisse reconnaître. Le 15 octobre par exemple, il y eut 8 observations: à Southend en Angleterre, une à Calais, une à Aire-sur-la-Lys, une sur la Nationale 68 entre Niffer et Kembs (frontière franco-allemande), une à l’embouchure du Pô, une à l’est de Paris, une sur la Nationale 7 au sud de Montargis, une enfin à Fouesnant, près de Quimper.
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Si l’on joint l’observation italienne à celle de la Nationale 68, cette ligne droite embroche très exactement, à 400 kilomètres de là, l’observation d'Airesur-la-Lys, puis celle de Calais, puis celle de Southend. Longueur de la ligne: 1'100 kilomètres. Cinq observations se trouvent rigoureusement alignées sur cette longue distance. De plus, la droite Nationale 68 - Montargis aboutit à Fouesnant, et la droite Montargis-Calais passe par Paris. Hasard? Soit. Prenons un autre jour, le 24 septembre. Neuf observations ce jour-là. Sur les neuf, six se trouvent sur une même droite allant de Bayonne à Vichy. Deux des trois autres sont alignées avec une observation du précédent alignement. La dernière est en dehors de tout alignement. Ne retenons que ]a première de ces lignes, la droite Bayonne-Vichy à laquelle nous avons donné le nom de code de Bavic, car elle a fait couler beaucoup d'encre dans le monde entier depuis 1954 et constitue probablement une des clés du problème Soucoupe. Compte tenu de la précision des points d'observation, l’Américain Lex Mebane a pu établir que la probabilité pour que, sur neuf points donnés au hasard sur une surface, six se trouvent sur une même droite, cette probabilité devrait être chiffrée à 1 contre 500.000 au moins, et peut-être à 1 contre 40.000.000. Autrement dit il y a certainement 500.000 à parier contre 1, et probablement 40.000.000 contre 1, que la disposition des observations du 24 septembre 1954 n'est pas aléatoire, qu'elle correspond à un ordre. TOUJOURS SUR LE "BAVIC"... Ce n'est pas tout. Un an environ après la parution du livre où j'exposais ces faits étranges, Jacques Bergier me signala une observation de ce même 24 septembre 1954 et qui m'avait échappé. Elle était signalée dans un numéro du Parisien Libéré de la fin du mois et reprise de la presse portugaise. Ce même 24 septembre, donc, il y avait eu au Portugal une dixième observation: une "soucoupe" vue par un paysan près d'un petit village de la sierra de Gardunha, non loin de la frontière espagnole. Quand je pointai ce lieu d'observation sur la carte, j'eus la stupeur de constater qu'il se situait très exactement sur le prolongement de "Bavic", vers le sud-ouest. J'aurais pu, avec plus de confiance, retrouver l’observation du paysan portugais en me contentant de prolonger ma ligne droite de quelques 600 kilomètres vers l’Atlantique! "Bavic" ne comptait donc pas six observations sur neuf, mais bien sept sur dix, et la probabilité pour que le hasard seul en fût cause devenait pratiquement nulle. A peu près vers la même époque, et à force de comparer les cartes d'alignements de l’automne 1954, une remarque s'imposa à moi avec une force croissante: tous ces alignements ne semblaient pas de même nature. Le 7 octobre
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1954, par exemple, ils formaient sur la France une sorte de réseau géométrique. Le 24 septembre et le 15 octobre, par contre, le réseau se réduisait à une ou deux lignes, mais très longues, franchissant les frontières, invitant invinciblement l’imagination à sortir des limites de l’épure. Or, tandis que je réfléchissais à la signification possible de cette différence, une nuit, coup sur coup, deux observations me furent signalées à Tulle et à Brive. Ces observations se situaient encore sur "BAVIC". Mais cette fois, plus de deux ans s'étaient écoulés depuis la vague de 1954. Coïncidence? Ou indice d'une piste nouvelle? UN GRAND CERCLE TERRESTRE Je repris mes dossiers et constatai que pendant la seule vague de 1954, un bon nombre d'autres observations se situaient également sur "Bavic". Parfois même - par exemple à Dôle, dans le Jura - on notait sur cette ligne plusieurs retours à des dates différentes. D'où la question: certaines lignes ne seraient-elles pas permanentes? N'ordonneraient-elles pas de façon chronique le phénomène soucoupe dans son ensemble? Pour obtenir une réponse significative à cette question, il fallait d'abord amasser une documentation suffisante sur le phénomène à l’échelle mondiale. Je disposais d'un certain nombre de revues spécialisées anglaises et américaines, ainsi que d'un réseau non négligeable de correspondants étrangers. Depuis les événements de 1954, cinq autres vagues d'observations s'étaient succédé dans le monde, toutes plus ou moins semblables à la vague européenne: une aux Etats-Unis, une dans les provinces septentrionales du Brésil et au Venezuela, une en République Argentine, une en Nouvelle-Zélande et une en NouvelleGuinée orientale. Les surfaces où ces vagues s'étaient développées présentaient généralement une extension assez restreinte. La plus vaste, aux Etats-Unis, semblait concentrée sur les Etats du nord-est, dans la région des Grands Lacs. Sur une mappemonde, elles se présentaient sous la forme de taches assez bien délimitées. Je pris donc la ligne européenne la plus suggestive et la plus riche, qui était précisément "Bavic", et, en faisant l’hypothèse que cette ligne apparemment droite était un grand cercle terrestre, je demandai à un ami disposant du matériel nécessaire à l’opération de calculer ce grand cercle avec la plus grande précision possible (on peut le calculer "à la main" , mais c'est une opération longue et laborieuse). Le résultat, je dois le dire, nous stupéfia. Qu'on en juge: le grand cercle déterminé par l’alignement Bayonne-Vichy survole successivement le Portugal, les Provinces septentrionales du Brésil, la République Argentine, la NouvelleZélande, la Nouvelle-Guinée orientale, Formose et le continent Eurasiatique. Sur six des vagues survenues depuis 1954, inclusivement, cinq sont donc embrochées par cet énigmatique grand cercle découvert à la seule lumière des observations françaises de 1954! Au moment où nous faisions cette découverte,
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nous avions parmi nous à Paris M. Christian Vogt, le très compétent animateur de la Commission d'Enquête CODOVNI, de Buenos Aires. II partagea notre étonnement et notre enthousiasme. Pour la première fois. un début d'ordre se laissait deviner à l’échelle planétaire dans ce phénomène condamné. II y avait donc un espoir d'en venir à bout avec les moyens traditionnels de la recherche scientifique. La vague américaine de l’automne 1957 restait seule en dehors de la ligne: mais elle coïncidait dans le temps avec le lancement du premier Spoutnik, et pouvait s'interpréter autrement. LA SIGNIFICATION DES ALIGNEMENTS Le fait expérimental des alignements, que chacun peut contrôler à partir des sources données dans mon livre et à l’aide de cartes, comporte un ensemble d'enseignements qu'il faut maintenant souligner: 1) Dans le fatras des récits plus ou moins certains pris un à un, ce fait émerge comme une constatation objective, libérée de toute appréciation personnelle: pour savoir si l’alignement existe, il suffit de refaire le calcul. Les sources utilisées sont des textes publiés par la presse avant la découverte des alignements eux-mêmes. On ne peut donc supposer que les observations ont été inventées après coup pour justifier les alignements. 2) Que l’immense multitude des observations s'organisant suivant un ordre déterminé suppose que ces observations concernent un phénomène unique, de même nature dans chaque cas, obéissant à une structure homogène. 3) Ce phénomène unique, quel est-il? Une psychose, une hallucination, une imposture? Dans ce cas, iI faut admettre que les impostures, les hallucinations et les psychoses se propagent de façon orthodromique sur les grands cercles terrestres. On peut, si l’on veut, appeler cela le "bon sens". 4) On peut aussi, avant de se faire une opinion, s’enquérir auprès des témoins de ce qu'ils disent avoir vu. Et alors on découvre que ce phénomène apparemment si aberrant est en fait toujours le même ou, plutôt, que l’objet décrit se trouve être dans 99 % des cas l’un des objets suivants: a) un objet d'aspect nébuleux et de vastes dimensions, de forme allongée, lumineux la nuit, vertical à l’arrêt, s'inclinant au départ, restant incliné en cours de mouvement, émettant ou "absorbant" parfois par son extrémité inférieure un ou plusieurs objets de dimensions plus restreintes. Cet objet, que j'ai appelé le "grand cigare des nuées" en raison des nuées tourbillonnantes qui l’entourent constamment, a été observé partout dans le monde, par des paysans de la Seine-et-Marne et par des Tasmaniens, au-dessus de Los Angeles et au
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Venezuela. On sait que Paul Thomas en a donné une intéressante interprétation historique dans son livre "Les Extra-terrestres ". b) un objet de petites dimensions que les témoins se disant les plus rapprochés décrivent comme circulaire, hémisphérique par-dessus, changeant d'aspect par-dessous. La nuit et en vol, l’objet est généralement lumineux, le dessus rougeâtre, orangé ou doré, le dessous susceptible d'émettre des couleurs vertes, blanches, rouges, violettes, soit séparément, soit simultanément; les témoins se disant rapprochés déclarent que, dans ce dernier cas (émission simultanée de plusieurs couleurs), les sources lumineuses sont des sortes de tigelles verticales pendant sous l’objet et qui ont été vues apparaissant, disparaissant, échangeant entre elles leurs couleurs et donnant ainsi une impression de tournoiement (par exemple, le 3 octobre 1954, à Armentières, à Château-Chinon, à Montbéliard, et à d'autres dates un peu partout dans le monde). A la place des tigelles, sous l’objet principal, apparaît parfois un objet plus petit, très lumineux, solidaire du premier mais susceptible de descendre verticalement au-dessous de lui (par exemple, ce même 3 octobre, à Marcoing, à Liévin, Ablain-St-Nazaire, Milly, Champigny). c) un objet de mêmes dimensions que le précédent et de même forme par-dessus, mais ne présentant par-dessous aucun des phénomènes décrits plus haut. Cet objet est souvent aperçu au sol. Il est alors soit lumineux et de couleur rougeâtre, orange ou dorée, soit obscur, et fréquemment associé à l’objet décrit au paragraphe suivant. d) un être ayant les apparences de la vie, haut d'environ un mètre dix, décrit comme vêtu d'un scaphandre de couleur claire, peut-être translucide, large de corps, de "démarche" balancée et sautillante. Les témoins disant avoir aperçu l’être lui-même à travers le scaphandre parlent d'un teint sombre, peut-être pileux, d'une "tête" basse et large. Dans certains cas, les témoins disent avoir vu, associé à cet être, ou à l'objet décrit au paragraphe précédent, ou aux deux, un autre être de taille et d'aspect franchement humain. Les témoignages sont uniformes en France et en Nouvelle-Guinée, aux Etats-Unis et au Venezuela, au Brésil, et partout dans le monde, y compris en Union Soviétique (voir là aussi l’interprétation de Paul Thomas). Les témoins ont-ils réellement vu tout cela? L’ont-ils rêvé ou inventé? J'abandonne cette question aux historiens, me bornant à constater que leurs témoignages se portent sur des lignes droites que le hasard n'explique pas. Mais ce n'est pas tout. e) les témoins associent souvent, et dans toutes les parties du monde, l’observation rapprochée des objets ci-dessus à un certain nombre de phénomènes, eux aussi toujours les mêmes : arrêts de moteurs, extinctions de
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phares, interruptions de circuits électriques, électrisation et paralysie du corps humain, échauffement d'objets pouvant aller jusqu'à la dessiccation de corps mouillés et à la calcination de matières organiques: bois, feuilles, herbe, etc., agitation bruyante et magnétisation d'objets métalliques. f) les témoins attribuent aux objets en l’air un certain nombre de comportements caractéristiques et toujours les mêmes: mouvement en ligne droite, basculement au départ et à l’arrêt, changement de direction accompagné d'une manœuvre uniformément décrite dans le monde entier de la façon suivante: ralentissement subit, arrêt, descente en zig-zag ou feuille morte, puissant souffle vertical, accélération subite avec basculement et essor dans une nouvelle direction. Ce comportement complexe correspond toujours, sur la carte, à l’intersection de deux lignes.
4. UN BILAN PROVISOIRE Un bilan élémentaire du "problème soucoupe" tel qu'il se présente en 1963 devrait encore mentionner les études statistiques de fréquence faites en France, au Brésil, en Espagne et aux Etats-Unis, ainsi que l’analyse fine de l’alignement "Bavic", à la suite de la saisissante série d'observations enregistrées pendant l’été 1962 dans le centre de la France. Je n'en dirai que quelques mots, car il faudrait un livre pour en parler convenablement. TOUS LES VINGT-SIX MOIS Sur le premier point (rythme des fréquences), les faits sont les suivants: en se fondant sur quatre catalogues différents n'ayant de commun entre eux qu'un stock minoritaire d'observations, quatre chercheurs travaillant séparément et sans s'être concertés ont abouti au résultat identique d'une maximum très net tous les 26 mois. On voit ce qu'évoque ce cycle: c’est celui des oppositions de la planète Mars. "Elles" viendraient donc de Mars? Conclusion simpliste. D'abord, les maximums ne coïncident nullement avec les rapprochements de la planète, mais avec le troisième mois suivant l’opposition. Ensuite, le Dr Olavo Fontès, un chercheur brésilien, croit avoir décelé, se superposant au cycle de 26 mois, un second cycle, plus long, de cinq ans. Mars joue indiscutablement un rôle dans l’organisation chronologique du phénomène. Lequel? On en discute. Sur le second point (structure fine des alignements), les recherches actuelles sont beaucoup plus prometteuses. L’HISTOIRE DU VAURIAT Il n'est pas déraisonnable en effet, compte tenu de ce que l’on sait déjà, d'espérer que l’on pourra un jour prévoir certaines observations et dire, par
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exemple, à l’issue d'un calcul, que tel jour, à telle heure et à tel endroit, il se passera ceci ou cela. Cet espoir se fonde sur quelques très encourageantes réussites dont voici la plus remarquable. Le 29 août dernier, un peu avant 14 heures (c’est-à-dire en plein jour), quatre objets étaient observés coup sur coup à faible distance au-dessus d'un hameau du Puy-de-Dôme appelé Le Vauriat. Il y avait plusieurs témoins, dont un pilote expérimenté, membre de l’Aéro-Club d'Auvergne. Le journal de Clermont-Ferrand “la Montagne”, par qui nous fûmes alertés, donnait dans son numéro du 30 août de nombreuses et intéressantes précisions, car les objets, descendus à basse altitude, avaient manoeuvré pendant plusieurs minutes sous les yeux des témoins. Mais la précision la plus précieuse pour nous manquait : on ne disait pas où se trouvait Le Vauriat. Un de mes amis (que je ne nommerai pas parce qu'il appartient au Centre national de la Recherche scientifique) entreprit de repérer ce lieudit sur la carte du Puy-deDôme au 200.000ème, tâche fastidieuse et sans espoir: cette carte mesure un mètre dix de long sur cinquante centimètres de large et comporte des milliers de noms (c'est la Michelin n° 73). Après avoir vainement cherché pendant une heure ou deux, il eut soudain une idée : l’alignement "Bavic" ne traverserait-il pas le Puy-de-Dôme? Si, précisément, si donc l’observation était authentique, il y avait une bonne chance pour que Le Vauriat se trouvât sur cet alignement, car la manœuvre décrite était celle d'une intersection de lignes. II porta donc sur la carte les coordonnées de "Bavic" qu'il traça avec beaucoup de soin, et se reporta au récit des témoins. "Les quatre objets, pouvaiton lire dans la Montagne, se mirent alors à décrire une sorte de ballet au-dessus de la gare..." La gare! Il y avait donc une voie de chemin de fer ! Notre ami mit le doigt sur une extrémité de la ligne et la suivit jusqu'à ce qu'elle coupât une voie. A ce point précis, "Bavic" traversait un tout petit village. Notre ami se pencha et lut : le Vauriat. Il m'appela aussitôt au téléphone et, je dois le dire, sa voix tremblait. L’ABJURATION EST PRETE... On comprendra que le jour où nous en saurons autant sur les chronologies du phénomène que nous en savons déjà sur ses lois spatiales, ou, si l’on préfère, topographiques, la prévision deviendra possible. Mais ce résultat, s'il peut être atteint, ne le sera qu'au prix d'une étude minutieuse et de beaucoup de travail. C'est dans ce but qu'un certain nombre de chercheurs français - astronomes professionnels, techniciens de l’aéronautique, physiciens, ingénieurs - ont décidé vers la fin de 1962 de se constituer en groupe d'étude (1). Forts d'une expérience classique dans l’histoire des sciences et qui veut que les recherches nouvelles ne soient poursuivies qu'au prix des plus graves risques professionnels, ces
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chercheurs garderont l’anonymat. Ils savent trop ce que seraient les réactions des maîtres administratifs de l’astronomie et de la recherche spatiale française à leur égard pour risquer l’avenir de leurs travaux en les divulguant sous leur nom. De quoi s'agit-il en effet ? De proclamer urbi et orbi que tel ou tel savant français travaille sur les soucoupes volantes, ou de faire progresser la connaissance ? Tous les travaux effectués en France sur ce sujet condamné seront donc publiés sans nom d'auteur(2), et, s'il le faut, hautement récusés et abjurés. La formule d'abjuration est toute prête. Planète l'a publiée dans son numéro 8 : c'est l’abjuration de Galilée. Moyennant quoi, et étant bien entendu qu'elles n’existent pas, on finira peut-être par savoir ce que sont les soucoupes volantes. AIME MICHEL. 1. Le Groupe d'Etude des Phénomènes Aériens et des Objets Spatiaux Insolites, 74, rue Etienne-Dollet, Cachan (Seine). 2. Dans le bulletin du G.E.P.A.
Bibliographie: - Charles Fort: "Le Livre des Damnés", traduction française parue aux Editions des Deux-Rives, Paris. - Jacques Bergier et Louis Pauwels: "Le Matin des Magiciens", Gallimard. - Edward J. Ruppelt: "Report on Unidentified Flying Objects", Ace Books, New York 1956. - Richard C. Borden, Electronics Division, and Tirey R. Vickers, Navigation Aid Evaluation Division (Civil Aeronautics Administration Technical Development and Evaluation Center), Indianapolis, Ind., Technical Development Report n° 180, May 1953: "A Preliminary Study of Unidentified Targets Observed on Air Trafic Control Radars". *- Aimé Michel: "Lueurs sur les Soucoupes Volantes", Mame 1954. - Aimé Michel: "Mystérieux Objets Célestes", Arthaud 1958. - Lex Mebane: "Flying Saucers and the Straight Line Mystery", Criterion Books, New-York. (Supplément à l'édition américaine de Mystérieux Objets Célestes, p. 261). - Paul Thomas: "Les Extraterrestres", Plon 1962.
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"Les tribulations d'un chercheur parallèle" (Planète n° 20, janvier-février 1965)
Photo d'Aimé Michel (J. L. Seigner)
"Je sais : des découvertes seront faites que mon imagination est incapable de concevoir. Je les attends avec curiosité et enthousiasme." Linaus Pauling, prix Nobel.
OU L'ON DÉCOUVRE LES FAITS MAUDITS
Je vais dire comment on se damne et quel sentiment pousse certains hommes vers les ténèbres extérieures. Ce sentiment, c'est la curiosité. Je sais un généticien français qui, comme la plupart des généticiens curieux des mécanismes de l'évolution biologique, fait de la génétique des populations en étudiant (là encore comme la plupart de ses collègues) la mouche du vinaigre, la fameuse drosophile. La génétique des populations consiste essentiellement à étudier par la statistique l'évolution d'un groupe d'êtres vivants sujets à des mutations. Dans la théorie néodarwinienne, qui est le dogme actuel de
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l'évolution biologique, tout se fait par mutation, sélection et hasard. Si l'on ne croit pas cela, on est damné. - Seulement, voilà, confie sous le sceau du secret ce biologiste à quelques amis fidèles qui viennent aussitôt me le répéter, ces damnées mouches refusent obstinément de forniquer au hasard. La règle voudrait que leurs gènes se mélangent en vertu de la loi des grands nombres, et d'elle seule, comme des billes blanches, rouges et vertes qu'on mettrait dans un même sac et qu'on secouerait vigoureusement. Mais le peuple des drosophiles montre un mépris outrageant pour cette loi sacrée. Loin de faire ses enfants au hasard des rencontres, il est sensible aux formes du partenaire, à sa façon de voler, de faire ou de se laisser faire la cour, bref, il est, comme nous, fidèle d'abord à son choix et par là rebelle aux beaux théorèmes de la génétique mathématique chère à nos docteurs. - Mais c'est sensationnel ! s'exclame l'ami fidèle, qui ajoute, un peu perfidement: quand allez-vous publier cela? - Publier ? Juste ciel ! Vous n'y pensez pas ! Non seulement je ne publierai jamais une trouvaille aussi scandaleuse, mais c'est à peine si j'ose me la dire à moi-même. - Alors ? Vous laissez tomber ? Ici se situe ce que les dramaturges anciens appelaient la péripétie: La réponse sera-t-elle oui? Sera-t-elle non? C'est le destin d'une vie qui se joue. Ce peut être celui de la science. Je dois dire que, dans le cas présent, la réponse fut non, pour l'honneur de qui la fit. Elle ne pouvait d'ailleurs être différente, car si le généticien avait été affligé d'une cervelle capable de résister à l'attrait sulfureux du phénomène impossible, il se fût trouvé du même coup et d'abord incapable de voir que ce phénomène existait. Il l'aurait regardé sans le voir. L'ayant vu, il ne pouvait plus reculer. Quand Ève vit le serpent, elle avait déjà croqué la pomme. OU LE SAVANT MÈNE UNE DOUBLE VIE
Notre généticien croqua donc la pomme. Depuis sa découverte, une partie de ses recherches, et celle sans doute qui lui tient le plus à cœur, se poursuit dans une jalouse clandestinité. Qu'est-ce exactement qu'un chercheur parallèle? Un chercheur professionnel qui affiche des opinions non orthodoxes? Non. Tout chercheur digne de ce nom se trouve forcément en désaccord sur quelque point avec
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l'ensemble de ses collègues. Il n'existe qu'une sorte de chercheur rigoureusement orthodoxe: celui qui ne cherche rien et ne publie rien. Le chercheur parallèle est celui qui mène de front deux programmes de recherches, dont l'un donne lieu à des publications et entre par conséquent dans le jeu des réfutations et confirmations, et l'autre pas. C'est celui qui garde secret une partie de ce qu'il sait, ou qui ne le divulgue qu'à quelques initiés. La partie publiée peut être remarquablement orthodoxe. Ce fut le cas du professeur Rocard pendant tout le temps qui précéda l'orage déclenché par son livre sur le Signal du Soucier'. Rocard était alors, pour tout le monde, un éminent physicien expérimental, un spécialiste respecté des phénomènes périodiques, et cela seul. Quelques personnes seulement savaient qu'il poursuivait en secret d'étranges expériences sur la détection des gradients magnétiques par le corps humain. Mais le programme publié peut tout aussi bien défier déjà l'orthodoxie. C'est le cas par exemple du professeur Baranger, qui n'a jamais caché ses travaux sur les transmutations, biologiques au laboratoire de chimie de l'Ecole polytechnique. Dans un domaine tout différent, c'est aussi le cas de notre ami Michel Gauquelin, qui applique à l'étude des influences planétaires les méthodes statistiques les plus classiques et publie ses résultats'. C'est également, hélas, mon cas personnel. Depuis une bonne quinzaine d'années que j'étudie divers sujets mal famés, j'ai quelque peu publié. Mais pas tout. Je pense qu'il en va de même pour Gauquelin, Baranger, Pierre Duval' et tous les chercheurs perdus qui ont choisi d'explorer les zones interdites de l'inconnu. Pourquoi tout n'est-il pas toujours publié? Pourquoi l'essentiel peut-il parfois, et en dépit de tout, demeurer clandestin? Si l'on m'avait posé ces questions il y a douze ans, quand je commençais à m'intéresser aux soucoupes volantes, j'en aurais été indigné. Les premières observations publiées par la presse dataient alors de quelques années à peine, puisque c'est le 24 juin 1947 que l'américain Kenneth Arnold parla pour la première fois des fameux disques volants. Keyhoe venait de publier son premier livre'. A l'époque, l'énigme des soucoupes volantes, si elle existait, paraissait simple. Il s'agissait soit d'une affabulation journalistique, soit d'une arme secrète américaine ou russe, soit d'engins extraterrestres. Pour départager des hypothèses aussi différentes, je pensais qu'il suffirait d'une brève enquête ou même simplement d'attendre quelques mois. Si les mystérieux engins étaient un " canard ", une étude un peu poussée des témoignages lui couperait rapidement les ailes. Une arme secrète ne saurait le rester longtemps. Et si des extraterrestres étaient arrivés à proximité de la Terre, il me paraissait évident qu'après nous avoir un peu observés de loin, ils ne manqueraient pas d'atterrir devant le palais des Nations Unies, ou sur les pelouses de la Maison Blanche, ou dans la grande cour du Kremlin, ou partout à la fois, en vue d'échanger des ambassadeurs, à moins que l'on n'assiste à une agression en règle où à n'importe laquelle des innombrables calamités prévues par la science-fiction quand elle
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rêve du contact extra-terrestre. De toute façon, l'idée ne me vint même pas que l'investigation de ce problème pouvait, à partir d'un certain moment, se perdre dans le secret. Je n'avais qu'une foi: la science. Et je pensais que ce que la science sait, elle le dit, et que ce qu'elle ne dit pas, elle l'ignore. J'ai gardé cette foi. Mais, après quinze ans de travail et de réflexion, la science réelle me paraît un peu moins simple que celle des livres de M. Marcel Boli. 1. Édition Dunod.Voir sur les affaires Rocard et Baranger, Planète n, 12, page 47. 2. Le prochain volume de l'Encyclopédie Planète, l'astrologie devant la science, est l'oeuvre de Michel Gauquelin et fait le bilan de ses recherches. A paraître en février. 3. Auteur de Nos pouvoirs inconnus. dans l'Encyclopédie Planète. 4. The flying Saucers are real (Facett, New York).
Le hasard voulut à ce moment que je fusse chargé par la R.T.F. de faire une émission sur la météorologie. Pendant plusieurs semaines, je fréquentai les bureaux et les laboratoires de la Météorologie nationale où je me liai d'amitié avec M. Roger Clausse, son porte-parole habituel. Et un jour, poussé sans doute par le malin génie qui veille sur ma destinée, Roger Clausse exhuma d'un tiroir un dossier de couleur jaune qu'il me tendit avec un sourire mi-figue mi-raisin. Tenez, me dit-il, si vous voulez vous distraire, voici ce que je peux vous offrir de plus palpitant. Palpitant, le dossier l'était en effet. A côté de diverses observations de phénomènes atmosphériques rares, parhélies, faux soleils, halos, etc., je tombai sur deux rapports rigoureusement inexplicables'. Le premier, en provenance d'Afrique équatoriale, décrivait quatre disques lumineux observés pendant vingt minutes à Bocaranga, dans l'Oubangui-Chari. Mouvements rapides, changements de couleur, basculements, longs " surplace ", c'était un véritable festival. Le second, encore plus surprenant, provenait de la station météo de l'Aérodrome militaire de Villacoublay. Là encore, mais cette fois pendant des heures, des objets lumineux capables des plus aberrantes performances avaient été observés et suivis au théodolite par le personnel de la station. Détail extraordinaire: l'un de ces objets finit par se fixer sur le fond du ciel " où il se mit à suivre le mouvement apparent des étoiles ". Cette fois, s'il s'agissait d'engins, la preuve semblait faite de leurs possibilités spatiales. Aucun appareil connu n'était en effet capable de rester immobile en un point fixe du ciel pendant des heures: c'était en 1952, cinq ans avant le premier Spoutnik, et douze ans avant le premier satellite stationnaire (lancé par les Américains, et d'ailleurs invisible à l'oeil nu). OU L'ON ME PARLE DU SECRET MILITAIRE
Ce fut là ma "péripétie". Je tenais la preuve que les récits de Keyhoe n'étaient pas une invention pure et simple. Des témoins qui ignoraient jusqu'à l'existence de l'auteur américain décrivaient les mêmes phénomènes que lui. De
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ce moment, ma résolution fut prise. Tout ce qu'il faudrait faire pour savoir, je le ferais. Mon enquête fut d'abord inspirée par une illusion dont la candeur, avec le recul des années, me paraît tout simplement navrante: je croyais que quelqu'un savait. Cette illusion, à vrai dire, je la tenais de Keyhoe lui-même, dont le livre était conçu de façon à faire croire que l'armée américaine cachait la vérité au public. Si donc l'armée américaine savait, l'armée française, son alliée, savait peut-être aussi. Mais comment savoir si l'armée savait ? De longs mois se passèrent en vaines démarches auprès de personnalités diverses, en manœuvres pour me faire introduire ici ou là. Passons. Un jour, enfin, par une série de ruses complexes et probablement éventées, je parvins à faire porter indirectement à la connaissance d'un officier de renseignements de l'armée de l'Air (que je savais chargé d'un travail sur le sujet), qu'un certain Aimé Michel était au courant de certaines choses et que peut-être, en le manoeuvrant correctement... Bref, un rendez-vous avec cet officier fut organisé dans l'arrière-salle d'un café voisin de l'Ecole militaire. Je me félicitais de mon habileté en me dirigeant vers ce rendez-vous, une épaisse serviette noire sous le bras. Je me disais que le temps des fastidieuses enquêtes policières allait peut-être prendre fin, que, si je savais inspirer confiance, les cartes seraient sans doute abattues devant moi, et qu'enfin je saurais! Je n'arrivais d'ailleurs pas les mains vides. J'avais déjà rassemblé de nombreuses observations, dont certaines antérieures à tout ce qui avait été publié jusqu'alors, et par conséquent plus énigmatiques. L'une en particulier datait de 1942, et avait été faite au Sahara. Si mon interlocuteur essayait de me servir un bobard trop facile, il lui faudrait aussi m'expliquer cette soucoupe contemplée pendant des heures, en plein jour, par tout un détachement de l'armée française, ses officiers, ses deux radios, son météo. 1. Voir Lueurs sur les soucoupes volantes, par Aimé Michel (Maure, éditeur).
Je ne me rappelle ni qui arriva le premier ni comment furent faites les présentations. Ils étaient deux, en civil l'un et l'autre, le capitaine C... et M. Latappy, " un ami". L'un hilare, décontracté, le verbe agile et truffé de calembours. L'autre sombre, émacié, l'oeil ardent, la moustache énigmatique, un authentique agent de film d'espionnage. Mais le capitaine, c'était le premier. Et en moins de cinq minutes, je compris que tout le scénario dramatique imaginé par Keyhoe n'était qu'un rêve puéril. - Le secret militaire? Laissez-moi rire! dit le capitaine en faisant ce qu'il disait. Des secrets sur de petites choses, tant que vous voulez'. Ceux-là, on se les cache, on se les vole, on se les vend tant bien que mal un peu partout dans le monde. Mais une chose aussi énorme que les soucoupes volantes, vous n'y pensez pas! Pour qu'un engin, un seul, à l'état de prototype, vole comme les soucoupes sont censées le faire, il faudrait, vous le
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savez aussi bien que moi, une révolution de la physique. C'est déjà énorme. Toutes les révolutions scientifiques se font simultanément dans tous les pays avancés, et ce que les Américains savent, les Russes le savent aussi à très peu d'écart près, et inversement. Ne m'objectez pas la bombe atomique: la bombe ne correspondait à aucune révolution scientifique. Mais surtout, pour permettre à une seule soucoupe de s'envoler, il faudrait une révolution industrielle, l'effort de tout un pays, une véritable mobilisation des richesses, des moyens et des esprits. Sacrebleu! C'est comme si vous parliez de monter une locomotive dans ma chambre à coucher à mon insu. - Fort bien, dis-je. La soucoupe russe ou américaine est absurde. Mais alors? Mes deux interlocuteurs échangèrent un regard. - Euh, fit le Capitaine. Oui, et alors? Nous avions tous trois des serviettes assez volumineuses. Nous étions seuls au fond d'un bistrot. J'ouvris la mienne et étalai tout sur la table. - Alors, dis-je, voilà. Faites-vous une enquête, oui ou non? Tout est devant vous. L' " ami " aux moustaches énigmatiques posa sur les feuillets un oeil allumé, un peu fébrile, extirpa de sa propre serviette un énorme cahier plein d'une écriture fine, serrée et qui semblait illustré çà et là de dessins extraordinairement prometteurs et semé de coupures de presse. - Oui, commenta le capitaine. Comme vous, je fais une enquête. Mais je vous présente un précurseur: M. Latappy qui, lui, recueille tout depuis le début, depuis l'affaire Arnold, en 1947. Personne en France n'en sait plus que lui. Il n'est pas militaire. Il est le dessinateur de Forces aériennes.françaises, notre revue de l'armée de l'Air. Mais tout ce que j'ai, il l'a. Une heure plus tard, j'avais définitivement compris plusieurs choses. D'abord, que, dans cette étrange histoire, personne ne savait. Ni l'armée française, ni aucune armée au monde. Ensuite, qu'une partie non négligeable des observations (et précisément les meilleures, les mieux attestées, les mieux rapportées, les plus riches en détails) étaient rigoureusement inexplicables. Et enfin, révélation à mes yeux la plus bouleversante, que l'on peut savoir une chose sans avoir les moyens de la dire. - Cela existe, dis-je, et ce n'est ni russe ni américain. Disons le mot: s'il s'agit d'engins (et comment expliquer les meilleures observations autrement?), ils ne sont pas d'origine terrestre. Eh bien, il faut le dire! - Parfaitement, dit le capitaine: dites-le.
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- Moi ? Il faudrait que j'aie des preuves autres que le témoignage. Mais vous, vous avez l'autorité. Vous pouvez vous passer de la preuve - le témoignage de l'armée est assez convaincant. - Dites-moi, mon petit ami, dois-je comprendre que vous êtes en train d'inciter un officier de l'armée française à faire publier un communiqué proclamant que ladite armée croit aux soucoupes volantes, bien qu'elle n'en ait aucune preuve? Seriez-vous un saboteur, par hasard ? Garçon! un rhum pour Monsieur! - Mais alors, que faire? 1. Voir dans le même numéro de Planète l'article de XXX sur le dossier de l'espionnage moderne.
- Cherchez la preuve. Et apportez-la-nous. Si elle est sans réplique, vous l'aurez, votre communiqué. Mais voulez-vous mon avis? Si cette preuve était possible, on l'aurait déjà trouvée. Une photo' Un film? Il y en a déjà. Comment savoir s'ils ne sont pas truqués? On retombe dans le témoignage. La seule preuve, c'est une soucoupe sur un plat d'argent, ou au moins un morceau. Et je crois que c'est là une revendication déraisonnable. Tout a été observé, absolument tout, sauf une preuve. J'ai eu par la suite d'excellents rapports avec le capitaine C... C'est lui qui, le premier, suggéra, toujours sous la forme de boutade, que les soucoupes volantes n'étaient peut-être rien d'autre que l'humanité future visitant son passé, idée qui enchanta Cocteau. C'est lui qui me fit comprendre la raison profonde de la fascination qu'exerçait sur moi ce problème: les soucoupes volantes, si elles existaient, n'étaient pas qu'une technologie en avance sur la nôtre, elles témoignaient surtout d'une pensée non humaine, transhumaine. Elles représentaient peut-être dans notre ciel quelque chose d'aussi extraordinaire et d'aussi précieux que l'eût été la présence d'un Einstein ou d'un Gandhi parmi les grands reptiles de l'ère secondaire. C... avait des images saisissantes pour illustrer l'impuissance de notre esprit en présence d'un psychisme surhumain: "Le poisson qui fait le tour de son bocal croit avoir fait le tour du monde, disaitil, et les images entrevues à travers sa prison de verre seront tenues par lui pour d'absurdes hallucinations s'il est un rationaliste, ou pour des divinités s'il est un mystique. " Donc, à qui demandait: " Que sont-elles? ", on répondait: " Prouvez d'abord qu'elles existent. " La position était logique.
80 OU UN MONSIEUR EN NOIR ME FAIT LA MORALE
L'engin découlait des témoignages, et non de leur absence. Or, il n'existe pas de science fondée sur le témoignage; donc la preuve scientifique était impossible. Et comme on exigeait (légitimement, en apparence) la preuve préalable, le problème des soucoupes volantes se trouvait condamné à n'être jamais étudié et à ne recevoir jamais de solution. Le lecteur non scientifique ne mesurera jamais la tyrannie de ce genre de raisonnement. L'idée qu'un ensemble de faits découlant du simple témoignage humain puisse être proposé comme un problème scientifique provoque presque automatiquement chez le savant moyen un authentique mouvement de rage aveugle. C'est que toute son éducation, fortifiée par un passé de labeur d'autant plus pesant que son âge est plus avancé, lui a inculqué le caractère sacré du fait reproductible ou tout au moins observable à loisir, du document. Plus il aura publié, et plus lui sera devenue familière l'expérience du scepticisme destructeur appliqué à ses travaux, de l'analyse impitoyable qui désagrège l'apport personnel, le démolit, le dissout et le rejette, ne laissant subsister que le fait reproductible et contrôlable. Et c'est à lui, à lui que nul n'a jamais cru sans preuve, à lui qui ne compte plus les nuits blanches passées à arracher de sa peau les épines toujours renaissantes de la critique, c'est à lui que l'on vient demander de perdre son temps à écouter le récit d'un paysan illettré qui croit avoir vu des choses dans le ciel? - Apportez-moi des preuves, ou cessez de m'échauffer les oreilles avec des absurdités. - Mais, monsieur le Professeur, si vous en voyez passer une devant votre fenêtre, que ferez-vous? - Je regarderai le mur. Cette réponse authentique, faite il y a douze ans par le plus célèbre des physiciens français, résume une morale. C'était en 1953. Au mois de juillet de l'année suivante, je publiai mon premier livre. Non seulement il ne prétendait pas apporter la preuve manquante, mais je me bornais à y présenter les diverses conclusions possibles sans me prononcer. Mon mobile était, à mes yeux du moins, limpide. Puisqu'on ne pouvait rien prouver, que du moins les faits allégués soient connus. Cette modeste ambition me semblait d'une logique aussi saine que celle de la preuve préalable. Car, me disais-je, au nom de quoi exigerait-on de la nature qu'elle s'interdise de produire aucun phénomène rebelle aux méthodes admises par les officiels? Et supposons que de tels phénomènes existent. Faudra-t-il, pour rester un véritable homme de science, affecter de ne pas les voir? La parfaite éducation veut, certes, qu'on n'adresse pas la parole à qui ne vous a pas été présenté. Mais si un inconnu vient vous botter le derrière, faut-il passer outre et poursuivre son chemin avec un détachement sublime, les yeux levés au ciel, offrant ce désagrément passager à la déesse Méthode ? Et si le rustre prend goût à cet
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exercice, n'a-t-on rien de mieux à faire que de l'ignorer dans l'honneur et la dignité? OU JE DEVIENS TOUT A FAIT ABOMINABLE
Or, c'était bien de cela qu'il s'agissait. Quelques mois après la parution de mon livre, une fantastique vague d'observations déferlait sur l'Europe. Pendant quatre ou cinq semaines, des centaines de milliers de gens, peutêtre un million ou plus, crurent voir l'agaçante soucoupe. Ces gens écrivaient aux journaux. " Voici ce que j'ai vu, disaient-ils. Qu'est-ce que c'est? " Et les journalistes, pendus chaque jour à la sonnette des temples de la science, n'en obtenaient qu'une réponse: - Ces soucoupes, comme vous dites, ne nous ont pas été présentées. Il s'agit donc d'une absurdité. Quelques-uns cependant proposaient une explication convaincante -. ces gens avaient été intoxiqués par mon livre, ils voyaient dans le ciel ce que j'avais mis dans leur inconscient, flatterie d'autant plus douce à ma vanité d'auteur que mon livre était un four et que les témoins que j'allai voir n'avaient jamais entendu parler de moi, si j'en excepte un seul qui me dit un jour d'un ton goguenard: " Ah, c'est vous qui croyez aux soucoupes volantes? " L'accumulation des témoignages ne fit que rendre plus abominable, plus ridicule et plus honteux le mot soucoupe et tout ce qui s'y rattache de près ou de loin, en logique ou en association d'idées. Si la publication de mon livre m'apportait une cuisante déception en me révélant le mépris du public pour le problème qui, moi, me passionnait, elle me donna en revanche la clé d'un univers nouveau et fascinant: celui de la recherche clandestine. En moins d'un an, je me trouvai en relations épistolaires avec une foule d'hommes de science de France et de l'étranger (surtout des pays anglosaxons), astronomes, physiciens, biologistes, psychologues. botanistes, géologues, que sais-je? Leur première lettre débutait régulièrement par la même clause de style: il ne fallait pas que l'on sache qu'ils avaient des rapports avec moi. Je découvrais donc avec l'étonnement du néophyte les petites joies de la clandestinité. Mais j'étais loin de me douter jusqu'où cela pouvait aller. Les lettres échangées, les visites estivales (l'été est la saison des congrès scientifiques, et chacun sait que ces congrès sont surtout l'occasion de contacts sans rapports avec la manifestation elle-même), tout cela, je mis plusieurs années à en mesurer la portée, et même la signification. Je m'imaginais être le centre d'un petit réseau mondial d'esprits de toutes disciplines et de tous pays intéressés à la solution du problème Soucoupe. J'écrivais ici et là, je mettais en
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rapport un Anglais avec un Argentin, ou bien c'est moi qu'un Danois mettait en rapport avec un Suisse. C'était en somme (pensais-je) la petite internationale de la soucoupe, comme il y a celle du timbre-poste et celle des radioamateurs. Il est vrai que cette internationale groupait surtout des hommes de science et que, dans cette mesure, elle était clandestine. A plusieurs reprises, je fus même frappé par l'étrangeté de situations me rappelant certaines lectures sur les sociétés secrètes. C'est ainsi qu'au cours d'un cocktail, un ami journaliste vint me dire discrètement que les deux professeurs X. et Y.., debout là-bas dans un coin de fenêtre, étaient en train de me démolir sauvagement. Le lendemain, je recevais successivement deux coups de téléphone de X. et de Y. me disant: " Cet X. (ou cet Y.), quel esprit obtus! Savez-vous que hier soir... Et j'ai été obligé de faire chorus, naturellement. " Maintenant, X. et Y. sont d'excellents amis. Et le souvenir de cette soirée les fait bien rire: ils savent qu'ils appartiennent à la même clandestinité. OU JE NAVIGUE DANS LA CLANDESTINITÉ
Et cette clandestinité n'est pas seulement celle de la soucoupe. Je me rappelle le scepticisme et l'étonnement que j'éprouvai en 1953, lors de mes premières rencontres avec Jacques Bergier, lorsqu'il m'exposa son idée, que le monde des savants était voué par ses lois internes à s'organiser en cryptocratie, idée devenue depuis familière (à nos lecteurs). - Où sera de plus en plus la puissance ? me disait-il. Dans la connaissance. Or, la connaissance est la seule richesse qui ne puisse changer de main. On peut tuer les savants, on ne peut pas leur prendre leurs connaissances, donc leur puissance. On ne peut livrer la science à des ignorants par un coup d’état ou par une réforme de la constitution. Donc le pouvoir de l'avenir appartiendra inévitablement aux savants. - Eh bien, ils gouverneront! - Ceux qui gouverneront ne chercheront plus. Au bout d'un an, ils ne seront plus capables de comprendre leurs collègues chercheurs et perdront donc leur pouvoir réel, même s'ils gardent le pouvoir légal. De sorte que la force des choses conduit à une cryptocratie de savants ignorés du public, mais tenant tous les leviers. Bien. que ce ne soit pas exactement le mécanisme que j'ai vu en action, je crois en avoir assez observé pour être convaincu que l'analyse de Bergier est correcte, et ses conséquences inévitables. Mais pour permettre au lecteur de suivre lui-même la voie que j'ai parcourue, je dois ici faire un retour en arrière.
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Les lecteurs de Planète ont surtout lu sous ma signature des articles de parapsychologie. Et sans doute un bon nombre d'entre eux auront-ils été agacés par cette apparente prétention à l'ambivalence. Quelle est donc sa spécialité, à celui-là? Quel est le domaine, s'il existe, où l'on peut faire foi à sa compétence? Il me faut donc faire un aveu. J'ai également publié des études sur la psychologie animale. Quoi! Après la soucoupe volante et la parapsychologie, encore la psychologie animale? Eh oui! Mais est-ce ma faute si ces diverses rechercher, portent des noms différents? Pour moi, je n'ai jamais eu, depuis mon enfance, qu'une seule et unique passion, une seule curiosité, qui est la pensée non humaine. Toutes mes recherches et toutes mes réflexions depuis l'âge de quinze ans ont ce seul objet: que peut être une pensée autre que la mienne? Et que l'on cherche bien. La pensée non humaine, selon le beau titre de Jacques Gravent, ce peut être la pensée infrahumaine, c'est-à-dire animale, ou la pensée surhumaine étudiée par les parapsychologues, ou la pensée extra-terrestre. Les bêtes, la parapsychologie, les soucoupes volantes, tous ces niveaux de pensée n'étant probablement (mais ceci est une autre histoire) que des moments d'une évolution unique et multiforme que nous parcourons en un éternel cheminement. Passons. Trois ou quatre ans avant que l'on parle de soucoupes volantes, dès mes années de faculté, j'étudiais la parapsychologie. Le hasard seul fut cause que mes premières publications n'eurent point pour objet cette recherche, mais le fait est là: mes premiers contacts clandestins s'établirent à la suite de deux livres sur les soucoupes volantes. 1. La pensée non humaine, par Jacques Graven, dans l'Encyclopédie Planète. OÙ JE FAIS PARTIE D'UNE SOCIÉTÉ SECRÈTE
On comprendra donc quelle fut ma surprise quand, ayant publié les résultats de mes observations sur le calculateur prodige Lidoreau, je commençai à recevoir des lettres d'hommes de science: eux aussi, comme ceux dont j'avais fait précédemment la connaissance, commencèrent par me demander le secret! Les précautions oratoires étaient les mêmes, et dans leurs propos je reconnaissais la marque de la même curiosité brûlante et anxieuse, celle de notre mère Ève dévorant la pomme des yeux, celle du père Gaucher se délectant d'avance de la vingt et unième goutte défendue par le règlement. Ah! comme je les connaissais d'avance sans les connaître, ces nouveaux mal-pensants, mes semblables, mes frères! Allais-je donc, avec eux, m'introduire dans un deuxième réseau? C'est ce que je crus d'abord. Mais je fis bientôt une étrange découverte: la très grande majorité de ces mal-pensants se connaissaient déjà entre eux par l'intermédiaire de quelque autre réseau d'initiés. Par exemple, je trouvai plusieurs biologistes curieux de parapsychologie qui échangeaient depuis fort longtemps des résultats d'expériences non publiées et aberrantes avec un autre biologiste qui, lui, s'intéressait aux soucoupes volantes. Ils avaient fait
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connaissance entre eux sur les frontières de leur discipline commune et y avaient sympathisé dans l'insubordination et le mauvais esprit, sans savoir que d'autres secrets non échangés auraient pu les rapprocher davantage encore. Ce qui, d'ailleurs, arrivait inévitablement un jour ou l'autre, et parfois par mon intermédiaire. Combien je pourrais en raconter, de ces rencontres où chacun serrait la main de l'autre avec, sur le visage une expression de sympathie amusée qui semblait dire: " Comment! vous aussi? " D'un bout à l'autre, je ne dirai pas de Paris ni même de la France, mais bien du monde, une sorte de divination guide en effet les uns vers les autres les atomes crochus d'un certain type de pensée qu'en un autre article j'ai appelé la pensée non asservie'. Que ceux à qui cela déplaît en prennent leur parti: plus un conformisme est pesant et plus est virulent l'anticorps qu'il sécrète. C'est la curiosité scientifique dans les domaines les plus systématiquement discrédités qui crée les réseaux les plus sûrs et les plus efficaces de la recherche clandestine. On a eu beau vaticiner une fois pour toutes que s'occuper de soucoupes volantes est une affreuse trahison, le désir de savoir est plus fort que toutes les malédictions. Voilà pourquoi je crois à l'analyse de Bergier: la logique interne de la recherche veut, d'une part, qu'elle soit de plus en plus organisée, et aussi que les découvertes révolutionnaires (forcément les plus importantes) proviennent de travaux échappant à toute organisation; car comment organiserait-on l'imprévisible'? Le chercheur-né sera donc de plus en plus porté à assouvir dans la clandestinité ses passions favorites, ce qui aura pour conséquences de rendre la recherche clandestine de plus en plus productive et les réseaux parallèles de plus en plus puissants. Un jour viendra où une bonne part de la recherche de pointe sera ainsi devenue objet d'échange par des voies non publiques et où les résultats définitifs seuls viendront à divulgation, comme Minerve sortant casquée du cerveau de Jupiter. Alors on pourra parler de cryptocratie, car, derrière la bruyante agitation des politiciens et des financiers, ce sont bien les savants et les techniciens, et eux seuls, qui créent les conditions matérielles et psychologiques de l'évolution sociale, politique, économique. On voit déjà un embryon de cette cryptocratie à l’œuvre au plus haut niveau en ce moment: c'est elle en effet qui, en marge des politiciens complètement dépassés, impose progressivement la collaboration russoaméricaine. 1 . Voir, dans Planète n° 11, Nous allons vers la pensée non asservie. OU L'ON ME VOIT ENGAGÉ PARMI LES FRANCS-TIREURS
Les réseaux clandestins qui s'organisent en vue des recherches les plus mal famées donnent une image vivante de ce que sera cette cryptocratie spontanée, non délibérée, découlant de la force des choses. Ils assurent la circulation de ce que l'on pourrait appeler les informations non ' prouvées, qui guident et stimulent la réflexion et les travaux de tous les membres du réseau. Avec ces informations non prouvées, nous revenons au problème évoqué au
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début du présent article: comment intégrer dans la science des faits dont la démonstration n'existe pas encore et qui pourtant, s'ils sont vrais, doivent être tenus pour plus importants qu'aucun autre? C'est le cas des soucoupes volantes. Tous ceux qui veulent s'en donner la peine peuvent contrôler l'authenticité historique des observations les plus extraordinaires. Le problème existe donc, bien que sa preuve historique seule, et non pas scientifique, existe. C'est aussi le cas des faits les plus étonnants de la parapsychologie: non seulement on peut vérifier leur authenticité historique, mais avec un peu de patience on peut facilement les observer soi-même. De ce qu'on les a vérifiés et observés, a-t-on le droit d'exiger que la science les admette comme s'ils étaient prouvés? Non, certes! Où la science irait-elle si elle renonçait à ses méthodes 1 ? Mais s'il est exclu que l'on tienne pour prouve ce qui ne l'est pas, il n'est pas moins nécessaire et vital que ces faits circulent, soient connus, étudiés, discutés sans autre garantie que le témoignage. C'est une nécessité vitale, car ils orientent de façon irremplaçable la recherche classique, celle dont les résultats sont publiés et ouvertement discutés. Rien qu'en France je connais au moins six physiciens dont les travaux ont été influencés - par le dessein conscient de rendre compte de certains faits de parapsychologie. J'en sais au moins trois à qui un examen minutieux des cas rapportés de soucoupes volantes a donné des idées. Je pourrais également citer des biologistes, des chimistes et d'autres chercheurs que la réflexion sur des faits non prouvés circulant clandestinement a guidés et inspirés. Ces phénomènes impossibles à publier sont innombrables. Qui les publierait serait un malfaiteur. Il agirait comme l'imprimeur de l'Etat qui livrerait au public les secrets des vrais billets de banque et permettrait ainsi toutes les imitations. Ce n'est que par le biais d'une circulation personnelle que des faits de cet ordre peuvent être reçus avec utilité. Cette circulation existe et n'a nul besoin d'être perfectionnée. Elle est un des moteurs de la science actuelle. Elle prépare dans un secret nécessaire le monde de demain.
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L'idée d'une intelligence extraterrestre (Planète n° 23, 1965. Extraits)
(...) Le miracle a changé de camp. Il faut la foi d'un fanatique aveugle à toutes les évidences pour persister à croire que l'homme est le nombril du monde et que les extraterrestres n'existent pas. Laissons les fanatiques à leur paresse mentale et voyons ce qu'implique l'existence de la vie extraterrestre. Si nous écrivions une histoire de la vie terrestre en convenant de consacrer un tiers de page à chaque million d'années écoulé, notre livre aurait entre mille et douze cents pages. Disons mille. La vie terrestre, donc, naîtrait à la première ligne de la page 1, et le moment où j'écris ces lignes correspondrait au point final de la page 1000. Entre ces deux extrêmes se situerait tout le déroulement de l'évolution biologique. Et l'Homme, nombril du monde, où se situerait-il? Il n'en serait pas encore question à la fin de la page 999. Au début du dernier tiers de la page 1000, le pithécanthrope ne serait pas encore là. n apparaîtrait seulement vers les dernières lignes. Toute la période historique tiendrait dans le dernier mot, et l'histoire de la science terrestre jusqu'au Ill° millénaire devrait se contenter de la dernière lettre. J'ai parlé, tout à l'heure, d'un point final correspondant au moment où j'écris ces lignes. Mais quelle raison aurais-je de croire que l'évolution s'arrête au moment de mon apparition dans ce monde ? Aucune, bien sûr, et, précisément, l'astrophysique nous apprend que, moyen par ses autres caractéristiques, le Soleil l'est également par son âge : taille moyenne (plutôt petite), âge moyen, tout est moyen sur sa fiche signalétique. Les astronomes connaissent des classes entières d'étoiles qui sont des soleils plus âgés que le nôtre et qui se comptent par milliards et milliards. Eux aussi sont entourés de planètes qui, nous l'avons vu, ont dans une bonne proportion toutes les chances de porter la vie. Seulement, à raison de trois millions d'années par page, leur histoire compte déjà plusieurs volumes ! Autour de ces soleils, la vie était déjà aussi ancienne que la nôtre alors que la Terre déserte dormait encore de son sommeil primitif. Des êtres ayant atteint ou dépassé ce que nous sommes y spéculaient déjà sur la pluralité des mondes, ou peut-être avaient cessé de penser à cette question depuis longtemps résolue. Ces êtres, à quels niveaux de puissance et d'intelligence ont-ils accédé pendant les milliards d'années où la vie terrestre s'est arrachée aux formes primitives nées dans les mers, pour se lancer, enfin, dans l'hominisation?
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Dans son Dictionnaire philosophique, il y a deux cents ans, Voltaire avait prévu les idées effarantes auxquelles nous confrontent les découvertes de l'astrophysique moderne. Il affirmait déjà que l'Univers sidéral était semé d'êtres tellement supérieurs à nous que, compte tenu de l'idée que notre imagination se fait de la divinité, nous pourrions les appeler des dieux. Ces êtres qui ont poussé pendant des millions de siècles l'effort que la science terrestre poursuit depuis une quinzaine de générations humaines à peine, quels moyens pouvons-nous imaginer pour en détecter la présence dans le ciel des astronomes? Comment pourrait se manifester leur action? Ici se situe la réflexion d'hommes comme Schlovsky et Kardachev, en Russie, Sagan, Morrisson, Salisbury, Vallée en Amérique, comme aussi celle que Planète et quelques chercheurs clandestins et pourtant officiels s'efforcent de promouvoir en France contre une opposition sournoise. Tous ces hommes ont pris conscience que la réflexion sur les extraterrestres est la plus importante que puisse proposer la science actuelle, car aucune n'engage aussi totalement notre avenir. Voici, sommairement exposées, quelques-unes des idées auxquelles ils sont parvenus. 1- Sur l'aspect physique possible des extraterrestres
On a pu lire dans les journaux, à l'occasion de l'affaire Kardachev, que « des hommes de l'espace » étaient l'auteur des signaux détectés. Cette expression « hommes de l'espace » est un monument d'absurdité. Quoi, dira-t-on, des êtres intelligents, même apparus par évolution autonome sur des astres autres que la Terre, pourraient donc n'être que des hommes? Poser cette question est aussi ridicule que se demander si leur langue est l'anglais ou s'ils sont inscrits au parti radical-socialiste. L'homme est le produit d'une infinité de hasards en rapport avec l'histoire terrestre ]à nuancer, bien entendu, aujourd'hui]. Il n'est pas le même sur les bords de la Baltique et sur ceux de la Méditerranée; blond ici, brun là, et, pour de telles variations, il a suffi d'infimes différences dans le milieu physique. De plus, l'homme n'est plus maintenant ce qu'il était il y a 50 000 ans. Alors, à quelles différences doit-on s'attendre quand il ne s'agit plus de comparer la Baltique à la Méditerranée, mais un astre à l'autre, sans parler des intervalles de temps pouvant porter sur des millions ou des milliards d'années? Et pourtant, la Terre est un milieu homogène, une planète unique où tous les êtres vivants, en remontant assez loin, sont quelque peu cousins. Nous ne pouvons donc absolument pas savoir d'avance à quoi ressemblera le premier extraterrestre avec lequel l'Humanité entrera en contact. Nous ne sommes assurés que d'une chose : de notre surprise.
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2- Sur ce que pourrait être une pensée non humaine « Mais, dira-t-on, quelque forme qu'ils aient, s'ils sont intelligents, ils nous ressembleront par la pensée. Le théorème de Pythagore est une vérité universelle. Toutes nos découvertes scientifiques sont des vérités universelles. La valeur de la raison est universelle ». Ce propos si souvent répété confond en réalité deux idées sans rapport aucun entre elles : de l'évidente vocation de la raison à l'universalité, et l'affirmation qu'il n'existe pas d'autre accès que la raison à la connaissance universelle. Nul ne niera, bien sûr, que le théorème de Pythagore soit une vérité universelle. Mais ce théorème est une équation. Il affirme l'égalité de deux expressions. Or, les physiciens savent bien qu'il n'existe pas dans l'Univers deux êtres, deux objets réels qui soient absolument égaux, comme A2 peut l'être à B2 + C2. Que signifierait l'universalité de ce théorème pour une pensée plus proche que la nôtre du réel et où le concept même d'égalité serait légitimement impossible et absurde? Pour une pensée où l'égalité (inexistante dans le monde physique) serait informulable? On dira qu'imaginer une telle pensée, c'est pure rêverie. Mais qu'appelle-t-on pensée? Si l'on ne veut pas sombrer dans la métaphysique, le mot Pensée doit être remplacé par son correspondant objectif, le mot comportement. Seuls les comportements, parce que matériels, sont objet de contrôle expérimental. Mais alors, il devient évident que les comportements techniques des animaux, qui peuvent, on le sait, atteindre d'incroyables raffinements, ne sont rien d'autre qu'une « pensée » non formulée en équation. En réalité, l'univers animal nous donne quotidiennement mille exemples d'une pensée non humaine qui est bien, cependant, elle aussi, à sa façon, universelle, puisqu'elle utilise les mêmes propriétés de l'Univers que notre propre technique, et que l'ingénieur avec sa règle à calcul aboutit aux mêmes résultats que l'abeille, quand il calcule au mieux les données de l'alvéole. Les fourmis, les termites, tous les insectes récolteurs « savent » traiter les graines pour les empêcher de germer comme s'ils disposaient de nos antibiotiques.
Toute la zoopsychologie est un immense répertoire de comportements hautement techniques et cependant non humains. La seule différence expérimentale et objectivement définissable entre l'infinie variété des pensées non humaines et notre propre pensée semble être le tempo de l'invention : l'homme peut inventer en quelques secondes, alors que l'animal n'invente qu'à l'échelle temporelle de l'espèce. Mais le tempo de l'invention animale, lui-même,
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est infiniment variable selon les espèces. Chez les insectes, par exemple, il semble passer, avant la fixation dans l'immuable, par des époques d'invention accélérée. Sur quoi nous assurons-nous que l'accès aux plus hauts niveaux de la maîtrise technique passe obligatoirement par la raison humaine? Ce n'est là qu'un voeu. Avant d'admettre que cette raison (qui, nous l'espérons, ouvre toute les portes) est la forme unique de toutes les formes de pensée supérieure; avant de croire que la rencontre ou le contact avec des civilisations sidérales d'une haute technicité nous seront plus aisés que la compréhension de la ruche, il nous faudra de bonnes preuves. 3- Sur ce que pourrait être une pensée ultra-humaine (...) Il est bien dommage que les hommes de science soient si peu enclins à rapprocher leurs résultats. Car l'épouvante d'un noble coeur comme Jean Rostand prend sa source unique dans la solitude de l'homme au sein de l'Univers, et cette solitude, l'astrophysique, on l'a vu, nous apprend qu'elle est une illusion. Le livre que la Terre a écrit jusqu'à la page 1000, d'autres en connaissent la suite : combien de fois notre aventure terrestre a-t-elle été déjà vécue dans l'espace aux deux cent milliards d'étoiles, embrassé par la blanche traînée que nous appelons Voie Lactée? Cette aventure n'est très vraisemblablement qu'un épisode éternellement recommencé dans l'immensité de l'espace-temps. Et, s'il est vrai que, par définition, nous ne pouvons ni penser, ni prévoir, ni concevoir en aucune façon l'ultra-humain où d'innombrables civilisations déjà s'épanouirent, s'il est vrai que le vieux principe des philosophes (on ne pense que sa pensée) trouve là son application rigoureuse, du moins savons-nous que notre devoir d'êtres intelligents terrestres est d'accéder à l'ère de la civilisation sidérale où d'autres, sans doute, nous attendent [c'est moi qui souligne]. Je sais que ces idées paraîtront prématurées à certains qui refuseront d'y penser avant qu'on les leur ait prouvé. Mais si l'on refuse de chercher la preuve, on ne l'aura jamais (...) On continuera d'avancer vers l'avenir à reculons, au risque d'y sombrer comme le redoute Jean Rostand. Pour la première fois dans l'histoire de la science, le mobile de la recherche n'est plus la seule curiosité : un autre mobile apparaît peu à peu, d'ordre moral, qui est l'urgente nécessité de sauver l'homme de sa solitude. 4- Sur la civilisation sidérale Cette expression peut paraître confuse. Elle désigne cependant quelque chose de bien précis. Des savants, nous l'avons vu, réfléchissent en nombre croissant, au moyen d'entrer en contact avec d'autres intelligences. Quelque chose en nous, un obscur bouillonnement de notre coeur et de notre esprit nous avertit que c'est là que nous attend notre accomplissement, et que l'ère de la solitude planétaire n'est que le commencement de notre destinée, son purgatoire
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: les titres des journaux les plus populaires pendant l'affaire Kardachev témoignent assez de ce sentiment. Mais, si la science terrestre cherche le contact quatre ou cinq siècles après sa naissance et si l'on croit à la science, comment ne pas croire aussi que ce contact est la règle pour toutes les civilisations plus avancées que la nôtre? « La plus grande erreur, dit Louis de Broglie (...), est de croire que la science s'arrêtera... » Aussi croyons-nous que le contact recherché sera obtenu et qu'il est donc la règle dans l'histoire du monde à partir de la page 1001. Nous reconnaissons, certes, que cette conviction est en partie, mais en partie seulement, un acte de foi. Mais nous pensons aussi que la science est en train d'alcquérir un mobile nouveau, qui est l'espoir. Et que ce mobile nouveau incitera de plus en plus à rechercher, dans le ciel des astronomes, des phénomènes échappant à l'explication causale, ce que Schlovsky appelle des « miracles »Al s'agit d'une révolution de la pensée scientifique et il est normal que d'aucuns y résistent : on résista aussi à Copernic et à Galilée. Si Kardachev s'est trompé, ce qui est fort possible, son erreur est une erreur de fait et non point de méthode.. Et, puisque révolution il y a, Sire, nous avons choisi.
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L’étrange cas du Professeur " X " Une enquête d'Aimé Michel (2 novembre 1968) Le cas qui est relaté ci-dessous est l’un des plus compliqués et des mieux observés de tous ceux qui ont été portés à la connaissance des enquêteurs français au cours des vingt dernières années. Naturellement, mon analyse ne traitera que de l’aspect physique – probablement les moins importants – du phénomène. Certains autres aspects, plus difficiles à appréhender, sont en train de prendre corps et pourront être publiés plus tard – du moins si les enquêteurs obtiennent des résultats significatifs. De même, j’omettrai les contextes historiques et géographiques : il est frappant de constater que des objets similaires à ceux décrits par le professeur X ont été vus le même jour en Espagne et le soir du jour précédent, et encore au Maroc le 7 décembre 1968, puis au Pérou le 9 décembre. Il est frappant aussi d’apprendre que tous ces incidents se seraient produits au même moment de la nuit. Mais ces similitudes ne seront pas examinées dans le présent article.
I – LES TEMOINS a. – Le professeur X Il tient une importante position officielle dans une ville du sud-est de la France et insiste, pour cette raison, à garder l’anonymat. Il est né en 1930. Education universitaire (doctorat), il est extrêmement qualifié en biologie. Musicien de talent (nous verrons plus loin que ceci n’est pas sans importance). Aucune connaissance spéciale en mathématiques. J’ai fait la connaissance du Pr. X il y a déjà longtemps, dans un club fréquenté par des amis d’enfance. C’est un individu sensible, discret, intellectuellement très actif, du type introverti. Vue : 10/10 aux deux yeux. Pendant la guerre d’Algérie, il fut blessé par une mine, le 13 mai 1958. Dans le coma durant 24 heures, diagnostic radio : hématome sous-dural de la région occipitale gauche, avec possibilité de fracture. Hémiparésie de la totalité du côté droit avec paresthésie, changement dans le tonus musculaire et crises intermittentes avec contractures thoraciques. Il est envoyé d’hôpital en hôpital jusqu’en octobre 58. Il a perdu 20 Kg sur 70. Après avoir quitté l’hôpital, il reprend lentement son poids normal mais conserve une hémiparésie droite et un haut degré de fatigabilité du côté droit (jambe et bras) ; la position debout lui est difficile et il lui est impossible de se tenir en équilibre sur le pied droit. De même, le tonus des muscles de la main droite est altéré, lui causant, à son grand regret des difficultés pour jouer du piano. Marié, père d’un bébé né le 27 juin 1967, de sexe masculin.
94 Le 29 octobre 68, vers 14 heures, le Pr. X était en train d’essayer de couper une bûche avec une hache, quand un faux mouvement de sa part fit dévier l’instrument qui lui-même projeta violemment la pièce de bois contre son tibia gauche. Blessure superficielle, à 13 cm au-dessus de la cheville, mais avec une veine écrasée et formation rapide d’un gros hématome et d’une enflure. Sous l’effet de la douleur, il s’évanouit. Il est important de suivre le développement de cette blessure jusqu’à la nuit de l’incident. Traitée immédiatement avec des anti-inflammatoires, des antibiotiques et des analgésiques, l’enflure disparaît, ou plutôt, pour être plus précis, descend vers le pied. Prescription médicale : immobilité pendant quatre jours, extension de la jambe. Mercredi 30 octobre 68 : pied gonflé, lourdeurs, sensations de picotements, fatigue générale. Jeudi 31 octobre : pied " comme du plomb ", impossibilité de rester debout, picotements, douleur lancinante. Vendredi 1er novembre : l’enflure commence à disparaître, mais la douleur persiste, crampes dans le mollet. Nuit du 1 au 2 novembre : aucun changement. b. – l’enfant C’est le second témoin, ce qui est intéressant étant donné son âge : 14 mois au moment de l’incident. C’est un enfant curieusement précoce : il marchait à 9 mois et une semaine ; premières dents à 3 mois et demi au lieu de 6 mois en moyenne ; en avance de 6 dents sur la normale. Vitalité débordante, dort peu, se réveille souvent pour demander à être alimenté.
II L’INCIDENT a. – Pendant la seconde moitié de la nuit du 1 er au 2 novembre, le Pr. X, dormant dans la chambre 1 (voir plan ci-annexé), est réveillé par les appels de son fils (les appels et non des cris) et il reconnaît l’onomatopée par laquelle le bébé désigne tout ce qui est brillant, une sorte de " rho !rho ! " que j’ai moi-même entendu quelques jours plus tard quand le bébé me montrait le feu dans la cheminée. Sa femme continuant de dormir, le Pr. X se lève avec difficulté, sans allumer, et traverse le corridor entre les chambres 1 et 2. A ce moment là, bien que n’y attachant pas grande attention, il voit qu’un orage est sur le point d’éclater. Il trouve son fils dressé dans son berceau et disant " rho !rho ! ", en pointant son doigt avec excitation vers la fenêtre. Les volets sont clos et de facture solide, mais des fentes sur les côtés et audessus permettent de voir la lumière intermittente de ce que le Pr. X croit tout
95 d’abord être des éclairs. Plus tard, il se rappellera que les éclairs étaient plus fréquents que les coups de tonnerre et étaient périodiques ; mais sur le moment il n’y attache aucune attention, son esprit étant occupé par sa jambe, qui lui fait mal, et le désir de calmer son fils aussi vite que possible afin de regagner son lit. Tandis qu’il allume l’électricité, il pense qu’il y a un vent violent car il entend la pluie frapper les murs, les tuiles et les persiennes. b. – Il prend le biberon vide dans le berceau et se rend dans la salle de bains (voir plan, figure 1, chambre 3), le remplit de 40 g d’eau et revient dans la chambre 2. Il le donne à son fils qui se calme puis il éteint la lumière, il sort et referme la porte, se disant qu’il ferait bien d’aller voir quel volet mal arrimé est en train d’être secoué par le vent. Il décide d’y aller, allume et traverse le couloir en direction de la salle de séjour (pièce 4), là où tous les bruits de la maison peuvent être perçus ; il donne de la lumière, lève le rideau de la cheminée, supposant que c’est peut-être une tuile perdue et il trouve que le bruit vient de l’étage supérieur, au-dessus de la cuisine (pièce 5). Du living-room, un escalier conduit directement à une galerie terminée par la chambre 6 qui est directement au-dessus de la cuisine. Il monte péniblement les escaliers, atteint la chambre 6 et, pour la première fois, voit le paysage alentour, car ici, bien que les fenêtres soient fermées, les volets sont ouverts et rabattus contre la façade de la maison. Il découvre maintenant que la partie de campagne vue depuis sa maison est illuminée à intervalles réguliers – avec une périodicité d’environ une seconde – par des éclairs lumineux très puissants qui illuminent la vallée et les montagnes au-delà de la rivière, sur une distance de 3 ou 4 km La couleur et l’intensité de la lumière sont celles de la pleine lune. En même temps, il réalise que ce ne sont pas des éclairs d’orage, car il n’y a plus du tout de tonnerre. Mais la source de lumière reste invisible. Ces flashes lui donnent l’impression de ne pas être instantanés, mais de durer une fraction de seconde. Entre deux flashes, l’obscurité est totale. La pluie continue de ruisseler. Le Pr. X ouvre la fenêtre en grand et se penche pour assujettir les volets et, par la même occasion, il essaye de déterminer d’où viennent ces éclairs. Il ne trouve pas la source mais l’ombre projetée par les flashes lui indique que cette lumière se trouve derrière la maison (c’est-à-dire vers l’ouest), ni très haute, ni très basse. Il ferme les volets et redescend dans la salle de séjour, souffrant toujours de sa jambe. Puis, de là, il se rend dans la cuisine (5). Son attention et sa curiosité sont à ce moment quelque peu aiguisées. Il voudrait bien savoir ce que signifie cette lumière mais, par-dessus tout, il voudrait retourner au lit e se rendormir. Toutefois, il va dans la cuisine dont la fenêtre (7) sans volets donne sur le sud-sud est, dans la direction de la vallée et, pense-t-il, pourra-t-il, de là, voir la source des éclairs.
96 Lorsqu’il entre dans la cuisine, son premier regard tombe sur la pendulette électrique qui montre 3h55 (jusque là, il ignorait quelle heure il pouvait être). Sa curiosité était faible car son premier mouvement fut d’ouvrir le réfrigérateur, de remplir un verre d’eau fraîche et de la boire, avant d’aller à la fenêtre. La scène qui se présente depuis la fenêtre (pièce 7) montre que la source de lumière est encore plus loin sur la droite, car le coin de la maison le masque. Cette source lumineuse doit être localisée et pas très éloignée vers l’ouest, car bien que le paysage soit violemment éclairé sur plusieurs kms, le décor lointain à 10 kms reste plongé dans l’ombre. Il est vrai qu’à ce moment là, la pluie commence à faire rage. Aussi retourne-t-il dans la salle de séjour (4), en marchant toujours péniblement. Dans cette pièce se trouvent deux fenêtres à la française, à double battant (9 et 10), qui donnent sur la terrasse et en direction du S-SE. Elles sont fermées, ainsi que les solides volets en bois qui les protègent. Le Pr. X s’approche d’une des fenêtres et l’ouvre en grand, ainsi que les volets. Il est important de noter que tous ces mouvements, du moment où il quitte la chambre de son fils, ont été exécutés en pleine lumière. Lorsqu’il ouvre la portefenêtre donnant sur la terrasse, cette dernière est donc visible de loin comme un grand rectangle illuminé. Maintenant, laissez-moi préciser la position de la maison car, pour des raisons compréhensibles, la carte de la région ne peut être publiée. Le Pr. X habite sur le versant d’une colline qui, vers le sud, d’une hauteur de plusieurs dizaines de mètres, domine une petite plaine de plusieurs kilomètres carrés où, parmi les anciennes fermes dispersées ça et là, commencent à s’implanter les constructions récentes de la ville proche. Au nord, la plaine est dominée par la petite rangée de collines sur l’une desquelles la maison est construite et, au sud, elle est dominée par toute une série de collines de plus en plus hautes en direction du S-SO. A l’ouest, la colline sur laquelle la maison est construite descend doucement jusqu’à la rivière et ainsi délimite la plaine de ce côté-ci. Les photographies vous permettront de mieux comprendre la situation des lieux. III. Commencement de l’observation Les photos permettront également de comprendre l’ordre dans lequel se sont produits les évènements. Elles ont été prises six jours plus tard, du point exact où se trouvait le Pr. X, à 3h55, au cours de la nuit du 1 er au 2 novembre 1968. Nous allons suivre maintenant l’ordre précis dans lequel ces évènements se sont succédés. Donc, le Pr. X ouvre la porte-fenêtre. La pluie qui tombait à seaux quand il était dans la cuisine s’est maintenant arrêtée à l’exception de quelques gouttes. Le Pr. X porte un pyjama et un tee-shirt sous la veste du pyjama. La veste du pyjama et le tee-shirt s’arrêtent légèrement au-dessus du nombril ; il est nu-tête. Il regarde tout de suite vers la droite et saisit alors la scène montrée sur la photo n°1 : deux objets lumineux, identiques, dont l’un, à droite, semble un petit peu plus réduit et légèrement au-dessus et en retrait.
97 a. Description des objets dans la position montrée sur la photo n°1 : Ces objets donnent au témoin l’impression d’être soit deux cigares, soit deux objets circulaires vus de profil (à ce moment, il est incapable de préciser quelle est la bonne hypothèse) Chaque objet consiste en deux parties superposées et symétriques de chaque côté d’une ligne horizontale, bien que la portion supérieure semble un peu plus épaisse. La couleur de la partie supérieure : un blanc argent très lumineux mais peutêtre un peu moins que la pleine lune. La couleur de la partie inférieure est rouge foncé, un peu comme un coucher de soleil, un peu plus brillant audessus qu’en bas. Aucune structure ne peut être distinguée, que ce soit dans la partie brillante ou dans la partie rouge sombre. Aucune variation. b. Les " Antennes "
Au moment de la photo n°1, le témoin peut distinguer quatre antennes, deux sur chaque objet. Chacun des objets porte une antenne verticale, de la même couleur et de la même luminosité que la partie supérieure. Leur longueur est apparemment égale à l’épaisseur totale de l’objet. Les bases de ces antennes sont plus épaisses. Les deux autres antennes, de même couleur et brillance et, semble-t-il, de même longueur, sont plus minces et ne paraissent pas élargies à leur base. Elles sont vues en silhouettes, sur la partie rouge sombre de chaque objet et font légèrement saillie de chaque côté. Leurs bases sont à la jonction des
98 parties supérieurs et inférieures. Elles sont parallèles et pointées légèrement à gauche du témoin. A ce moment de l’observation, une antenne horizontale est visible sur chacun des objets, toute autre antenne possible étant cachée par ceux-ci. c. Le faisceau de lumière La partie centrale inférieure de chacun des objets est un faisceau cylindrique et vertical de lumière, très brillant sur la totalité de son parcours, beaucoup plus que ce que le témoin pouvait penser d’un faisceau lumineux ordinaire. Un faisceau illumine la brume orageuse qui stagne dans la vallée. La source de chaque faisceau n’est pas discernable. Le pied de chaque faisceau plonge derrière la crête de la colline et par conséquent, l’effet lumineux sur le sol n’est pas visible. d. Activité Les deux objets répètent à l’unisson un cycle lumineux avec une période estimée par le témoin à une seconde. Il commence par un flash blanc qui donne au témoin l’impression qu’il rentre dans l’objet par les antennes externes, c’est-à-dire par les deux verticales, les antennes horizontales visibles de l’objet situé à gauche, et un point invisible situé derrière l’objet se trouvant à sa droite. Ces flashes, quoique brefs, ne sont pas instantanés. Presque au même moment, mais pas tout à fait en même temps que les éclats précédents, un autre flash éclate entre les deux objets, joignant le bord de l’antenne horizontale de l’objet situé à droite, avec un point invisible situé à l’arrière de l’objet de gauche et légèrement à la droite de la base de l’antenne verticale de ce dernier et, par conséquent, correspondant précisément au point, également invisible, d’où jaillissaient les flashes précédents sur l’objet situé à sa droite. Le témoin dit qu’il a eu la forte impression que le flash qui jaillissait entre les deux objets était la conséquence des flashes externes, comme s’il était une répercussion de ceux-ci. Il eut aussi l’impression que l’illumination des flashes externes n’était pas simultanée sur toute la longueur des antennes, amis se propageait d’une manière centripète. Il dit : " il m’a semblé que les deux objets ‘suçaient’ l’électricité atmosphérique et que je pouvais la voir entrer par les antennes puis exploser entre les deux objets, l’ensemble de ces phénomènes produisait une seule impression lumineuse. " Les flashes, externes aussi bien qu’intermédiaires, sont blancs, non éblouissants et sont silencieux. La forme qu’ils prennent est une légère prolongation des antennes en ligne droite, sans étalement, et avec un léger mouvement vibratoire. Leur intensité est la même que celle des faisceaux lumineux verticaux. IV. DE LA PHOTO N°1 A LA PHOTO N°2 Les deux objets continuent leur mouvement dans la même direction et à la même vitesse apparente. Leur position respective sous-entend une modification : l’objet situé à droite émerge de plus en plus derrière son compagnon. Ce mouvement, qui est peut-être seulement un changement dans la perspective, combiné avec le déplacement vers la gauche, permet au Pr. X de voir une deuxième antenne
99 horizontale identique à la première, apparaissant sur chaque objet. Puis les deux objets font une rotation sur leur axe, les deux antennes horizontales se projetant de chaque côté. Le témoin découvre maintenant que les antennes externes horizontales jouent, dans leur activité lumineuse, le même rôle d’absorption que les antennes intérieures, échangeant le second flash de chaque cycle sans qu’il soit possible de déterminer quelle est la direction de propagation, et que les quatre antennes horizontales semblent se trouver sur une même ligne droite, qui est apparemment parallèle à la trajectoire des deux objets. V. DE LA PHOTO N°2 A LA PHOTO N°3 Les objets continuent de se déplacer vers la gauche dans la même position relative, mais leur taille apparente s’est accrue. Le spot au sol du faisceau de l’objet de gauche est maintenant bien visible et le témoin suit facilement son passage à travers le paysage, chaque flash fixant, pour ainsi dire, une photo dans sa mémoire. Lorsque les deux objets arrivent à la position légèrement avant la position indiquée sur la photo n°3, les spots des deux faisceaux lumineux deviennent visibles simultanément. A ce moment, les deux objets commencent une nouvelle manœuvre qui consiste à se rapprocher l’un de l’autre. Tandis que tout à l’heure s’accroissait leur éloignement angulaire en même temps qu’augmentait leur dimension apparente, les deux spots, maintenant visibles, commencent à se rapprocher l’un de l’autre. ce rapprochement s’effectue sans que cesse le mouvement des deux objets vers la gauche et leur grossissement angulaire. Malgré cela, le Prof. X ne perçoit encore aucune structure sur les objets. VI. DE LA PHOTO N°3 A LA PHOTO N°4 Le mouvement vers la gauche continue en même temps que croît la dimension angulaire. En suivant des yeux les spots dessinés au sol par les faisceaux lumineux, le Pr. X réalise que cet accroissement en taille apparente correspond en fait à une approche dans sa direction. Les flashes continuent de jaillir, tandis que l’éclair intermédiaire devient de plus en plus court. Dans la position montrée sur la photo n°4, les deux antennes intérieures sont sur le point de se toucher. A ce moment, le témoin observe un fait nouveau : les spots au sol des deux objets se rejoignent, ne formant plus qu’une seule tache lumineuse. Un court instant après, ou en même temps, les deux antennes des bords internes se touchent et, instantanément, toute activité lumineuse cesse sur toutes les antennes qui restent cependant lumineuses ; l’obscurité retombe sur la campagne.
VII. DE LA PHOTO N°4 A LA PHOTO N°5 Les antennes internes s’interpénètrent et disparaissent complètement quand les deux objets viennent en contact. Ce contact se transforme sans discontinuité, en une interpénétration progressive ou unification, tandis que le mouvement général vers la
100 gauche se poursuit. Les faisceaux lumineux, maintenant réunis en un seul, glissent de plus en plus vers la gauche, en direction du témoin. Les objets lui apparaissent comme énormes. VIII. PHOTO N°6 Il n’y a maintenant qu’un seul objet, absolument identique aux deux précédents, excepté pour un détail. Au moment précis de leur entière " unification ", le Pr. X voit pour la première fois " quelque chose qui bouge " dans la portion rouge (partie inférieure) de l’objet. En même temps, le mouvement de translation vers la gauche s’arrête et l’objet commence à venir droit vers le témoin, grandissant rapidement, tandis que le faisceau lumineux trace un chemin dans la campagne en direction de la maison, et les structures mouvantes de la partie inférieure deviennent de mieux en mieux visibles. L’objet croit de telle sorte qu’il devient énorme. IX. PHOTO N°7 L’objet et le faisceau s’arrêtent. Le faisceau éclaire une aire circulaire bordée sur la gauche par le bord du toit de la seconde maison à gauche et, sur la droite, par le bord du toit d’une autre maison voisine. Le croquis de l’objet (ci-joint) a été fait par le témoin qui, toutefois, pense qu’il l’a placé trop à gauche et trop bas (n’oublions pas qu’après la position n°4, le paysage a été plongé dans l’obscurité) X. L’OBJET Lorsque l’objet s’arrête, les antennes latérales sont vues comme des prolongations de la jonction des deux portions, inférieure et supérieure, " comme un poulet sur son perchoir ", dit le Pr. X. Bien entendu, le témoin a l’impression que, juste en face de lui, la portion inférieure de couleur rouge sombre est protubérante, la parie supérieure blanchâtre ne présente rien de particulier que ce soit du point de vue couleur ou brillance. L’antenne supérieure en est, sans aucun doute, une extension. Le système d’où émane le faisceau lumineux a l’apparence d’une couronne rayée, sur laquelle le Pr. X peut compter six sections sur la partie visible, limitées par des rayures noires. Ces sections lui apparaissent avec la distorsion due à la perspective, larges au centre et s’amenuisant vers les bords. Mais c’est la partie inférieure rouge qui présente les particularités les plus intéressantes. Cette partie était, elle aussi, divisée en " sections " mais, semble-t-il, en parfaite violation des lois de la perspective. Sur les onze sections visibles, cinq (les sections paires) étaient traversées de haut en bas toutes les quatre secondes par une ligne horizontale noire " comme des lignes qui se déplacent sur un écran de télévision l