THE LIBRARY
The Ontario for Studies in
Institute
Education
Toronto, Canada
LIBRARY SEP
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197J
THE ONfARIO IN...
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THE LIBRARY
The Ontario for Studies in
Institute
Education
Toronto, Canada
LIBRARY SEP
?î>
197J
THE ONfARIO INSTITUTE IN i:DUCATIOM
FOR STUDIOS
,
LA PHILOSOPHIE DE
DAVID HUME PAR
Gabriel
COMPAYRÊ
ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE NORMALE, AGRÉGÉ DE PHILOSOPHIE,
DOCTEUR ES LETTRES-
PARIS
ERNEST THORIN, EDITEUR LIBRAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE 7
,
RUE DE MÉDICIS
1873
,
7
INTRODUCTION.
LA YIE ET LES ŒUVRES DE DAVID HUME.
Il
la
n'entre pas dans notre plan de raconter en détail
vie de David
Hume. Des
divers incidents qui mar-
quèrent une existence d'ailleurs peu troublée s'agit
de retenir
ici
que
il
,
les faits les plus saillants,
ne
ceux
qui influèrent sur les idées de l'auteur et sur les destinées de son esprit.
L'étude du caractère préparera
l'intelligence des doctrines.
Sans doute, par
spéciale de leurs méditations, leurs
les
œuvres, échappent plus que
à lïnfluence de leur vie
;
ils
la
nature
philosophes, dans les autres écrivains
n'y échappent cependant
pas complètement, et les événements laissent toujours
quelque empreinte dans abstraites qu'elles soient. et l'intérêt
de
la
les
pensées d'un auteur,
D'un autre côté,
si
la justice
renommée de Hume veulent qu'on
mette en regard de ses théories souvent téméraires sa noble et laborieuse existence,
sa jeunesse active et 1
uniquement ambitieuse des succès littéraires , l'irréprochable austérité de ses mœurs^ l'enjouement aimable qui animait ses conversations , la douceur qui surtout sa vieillesse
rechercher son amitié^
faisait
vraiment philosophique , tranquillement écoulée, au dans l'attente milieu des livres et de quelques amis ,
d'une mort dont
les
approches ne troublèrent point
la
constance de son âme. Ce coup d'œil, jeté en passant sur la vie de
Hume,
profitera à la réputation d'un libre
penseur, qu'on a quelquefois représenté sous des couleurs trop noires. Sachant ce
que
l'homme, on se
fut
scandalisera un peu moins de ce que pensa l'écrivain.
Hume
l'étude l'absorba tout entier, et lui
avec
maturité du jugement
la
génie et
la
De bonne heure
point de jeunesse.
n'eut
la
,
passion de la gloire.
donna avant
l'âge,
conscience de son
de
L'histoire
la phi-
losophie offre peu d'exemples d'une vocation aussi
précoce pour les spéculations abstraites.
bourg, ans
le
le 2l6 avril
1711
,
Hume
concevait à dix-huit
premier plan de son système
animé par des découvertes qui
comme un instrument
Pour
(1)
l'histoire
leurs assez courte
mois avant sa mort 1846
,
de
certain
Hume
,
;
(1).
lui
Et dès lors,
apparaissaient
de renommée,
nous avons suivi lui-môme
qu'il a écrite
,
Né à Edim-
et surtout l'excellente
,
en
la notice
avril
tome VI,
p. 107; et le travail
,
1776
ne
d'ail-
,
,
trois
biographie puyiée en
à Edimbourg, par J.-H. Burton, 2 vol. in-S".
l'étude de M. Cucheval-Clarigny
il
— "Voir aussi
Revue des Deux-Mondes
,
1856
,
de M. Campcnon (de l'Académie
française), en tête de sa traduction de V Histoire d'Angleterre, 1839.
vécut plus que pour ses pensées. Captivé par acquit, avant vingt ans,
un sentiment
il
assez vif de sa
responsabilité pour imposer à sa jeunesse
plus rigoureux stoïcisme.
elles,
la loi
du
C'est plaisir d'entendre ce
sage de seize ans déclarer, dans une lettre à son ami
Ramsay (1),
qu'il
met résolument en pratique
les règles
morales qui ordonnent de réprimer toute passion, et cherche dans l'étude, dans
qu'il
moyens
d'élever son esprit. Déjà
contemplation, les
la il
observait
»
sur Fauteur que je
))
là
))
cherche l'explication.
))
en philosophe...
encore
lis; là c'est
un
»
. .
Une
les réflexions
notait
de passion; dont je
l'esprit
Permettez-moi de vous parler pareille précocité
ne va pas sans quelque pédantisme,
que
éclair
un phénomène de
c'est
il
,
une critique
ses pensées. « Ici, » dit-il, « je recueille
et
de sagesse
Ton peut douter
psychologiques du jeune écolier
eussent toute la valeur qu'il leur attribuait. Mais ces efforts louables, cette vanité d'auteur
turée
,
le
sauvèrent au moins de
la paresse, les frivolités
et lui firent
un peu préma-
la dissipation et
de
une àme supérieure à toutes
de son âge.
Et cependant autour de
lui rien
penchant qui
contrariait plutôt, le
ne favorisait, tout le portait
philosophie. L'université d'Edimbourg
,
où
il
vers la étudia
,
ne comptait encore dans ses rangs aucun de ces maîtres éminents,
comme
la fin
du
siècle
en
vit paraître,
qui, par leclat de leur enseignement, déterminent les
vocations hésitantes.
(1)
Burton.
Tome
1, p.
A
défaut de professeurs
12, lettre du 4 juillet 1727.
illustres,.
—4— cette université avait-elle
au moins un enseignement
régulier delà philosophie?
Le formalisme presbytérien
s'y était
constamment opposé,
et avait
tenu jusqu'alors
en échec tous les efforts tentés pour organiser le pro-
gramme
même
d'un cours suivi. Les écrits de Locke lui-
ne furent guère connus à Edimbourg qu'en
1730, par les soins du professeur Stevenson, et encore dans un abrégé, œuvre de l'évêque Wynne. C'était l'époque,
il
versité de
est vrai,
où Hutcheson inaugurait, à
Glasgow, ces
l'uni-
brillantes leçons auxquelles
D. Stewart attribue l'honneur d'avoir
commencé
le
réveil
philosophique et littéraire de l'Ecosse. Mais
Hume
ne subit en aucune façon
travaux l'influence de son
ne
fut
dans ses premiers
illustre
contemporain
:
que beaucoup plus tard son correspondant
il
et
son ami, sans devenir jamais son disciple. D'autre part,
Hume
ne trouvait au foyer domestique
aucune de ces excitations journalières qui éveillent quelquefois les grands génies. famille étaient
simplement
Les traditions de sa
de gentilshommes de
celles
campagne. Sa mère, restée veuve avec
trois enfants,
contribua à former ses vertus privées
mais
;
,
simple
autant que bonne, elle ne pouvait agir sur le
vement de
ses idées.
C'est
donc à lui-même,
des méditations personnelles,
menses lectures, que
Hume
développement de son
mou-
c'est à
soutenues par d'im-
du
est surtout redevable
esprit.
Les poètes et
les philo-
sophes se partagèrent ses premières admirations tandis qu'à l'école de Locke et de Berkeley cette subtilité pénétrante qui est
un des
il
;
et
exerçait
traits
carac-
téristiques
de son talent,
apprenait, avec Virgile et
il
Cicéron, cette pureté de goût, cette admirable justesse
d'expression
qui distinguent à un
,
écrits, et qui
lui
haut point ses
si
ont acquis l'honneur de passer dans
son pays pour un maître en Fart d'écrire. Disons cependant que ses lectures philosophiques si
abondantes
plètes.
heure
eût connu Platon,
il
un point incom-
ignorait la philosophie grecque. Si de
Il
comme
et si variées, furent sur
étudiait
il
Locke
s'il
et
bonne
étudié avec ardeur,
l'eût
Berkeley, peut-être cette
influence nouvelle eût-elle modifié et corrigé les ten-
dances exclusivement empiriques de ses doctrines.
Mais à quoi bon regretter que ce libre esprit, n'acceptant qu'une seule domination
anglais, ait développé dans
Dans
théories originales?
philosophiques
,
le
d'expérimentations
mieux ,
que
celle
,
de l'empirisme
une seule
direction ses
même
l'intérêt n'est-il
des progrès
pas que ces sortes
l'on appelle
des systèmes
,
soient poursuivies jusqu'au bout par leurs auteurs? Et
ne
pas se réjouir qu'au lieu d'ajouter un
faut-il
de plus à
la liste
de ces philosophes modérés, qui doi-
vent à une éducation complète leurs doctrines.
nom
la vérité
Hume, poussant
relative
de
à outrance jusqu'à
extrêmes conséquences quelques affirmations
leurs
par l'excès
absolues,
ait,
cause de
la vérité?
même
de ses erreurs, servi
n'est pas le seul,
Il
parmi
les
la
pen-
seurs, dont l'originalité soit faite de quelque génie et
d'un peu d'ignorance
A
deux
faillit
1
reprises, la vocation philosophique de Hume
être déjouée par les événements.
La volonté de
—6— sa famille le destinait au barreau
:
Hume
accepta doci-
lement l'épreuve. Mais bientôt, incapable de surmonter la
répugnance que
lui inspirait le droit,
il
revint avec
passion à ses chères études. Par malheur l'excès
de son
travail et l'ardeur
même
de son application compro-
mirent assez gravement sa santé pour l'obliger à sus-
pendre tout
effort d'esprit.
une véritable
A
crise physique, qui troubla
son âme, jusque-là sereine Il
se crut dangereusement
force
ne
lui
vingt-trois ans,
manquât pour
vail et les espérances
et confiante
malade
de gloire dont
une maison de commerce, Mais Hume,
prendre à lonté, le
il
il
dans l'avenir.
que
craignit
de
la
tra-
s'était jusqu'alors
se résigna à entrer dans
sacrifice qui équivalait
— quelque indolent
qu'il fût
pour
la fortune,
l'unique objet de sa passion faut lire le
mémoire
:
avec une minutie naïve, et lui
les
— Hume
n'était
et sans résistance
les lettres et la philosoqu'il adressait,
à un médecin célèbre de Londres,
son mal,
ait laissé
n'ayant pas su l'exercer par sa vo-
gouvernement de sa destinée,
11
de son na-
que le plus souvent dans sa vie il
homme à abandonner facilement
phie.
profondément
un suicide moral.
turel, et bien
pas
traversa
réaliser les projets
nourri. Condamné au repos,
lui à
;
il
il
pour
en 1734,
lui décrire,
moindres symptômes de
demander, avec une anxiété touchante,
des remèdes décisifs (i).
La santé revint au bout de quelques mois, s'empressa de quitter Bristol et
tl) Burton
,
tome
I, p. 30.
le
et
Hume
commerce. Mais
les
défaillances
du tempérament une
fois
dominées,
restait encore d'autres difficultés à vaincre.
Il
il
lui
lui fallait,
malgré l'exiguité de ses ressources, assurer l'indé-
pendance de sa
un
prit
vie.
Sans protecteur, sans fortune,
parti viril, celui
aux habitudes
et
il
de s'expatrier, de s'arracher
aux douceurs du pays natal, pour dans une solitude que
vivre frugalement en France,
devait rendre plus complète encore son inexpérience
de
langue française. C'est à Reims, puis à La Flèche,
la
Hume
que
passa les trois laborieuses années de son
premier séjour en France (1734-37).
«
Une rigoureuse
« de suppléer me à ce qui me manquait du côté de la fortune, de conserver ma liberté entière et de mépriser tout
permit, »
frugalité
))
))
»
dit-il
lui-même,
,
» ce qui
n'intéressait pas directement
littéraires (1). »
))
1737,
le Traité de la
l'auteur partait
Après
trois
mes progrès
ans de réflexion,
Nature humaine
pour l'Angleterre,
était
afin
en
terminé, et
de surveiller
la
publication de son œuvre.
Hume, dont guère
les
ble-t-il,
distance
un peu
la
rencontre singulière qui, à cent ans de
l'avait
conduit auprès de ce fameux collège
des Jésuites, où Descartes avait étudié.
dant quelque intérêt à remarquer que
de
lente n'aimait
rapprochements, n'a jamais été frappé, sem-
de ,
l'imagination
Il
le
y a cepen-
même
coin
vu naître, dans leur premier germe tout au moins , deux systèmes de philosophie aussi irréconciterre a
Hume, tome I, My own life, p. xrv. sers de l'édition en quatre volumes in-8o. Edimbourg, 1854.
OEuvres philosophiques de
(1)
Je me
—8— un scepticisme résigné qui se complaît dans négations, et auquel on peut rattacher sans para-
liables
ses
doxe
:
du positivisme contemporain
l'origine
;
et ce
doute méthodique qui n'aspire qu à triompher de
même
5
idéaliste des
temps modernes.
Quelque jugement que Nature humaine^
Hume
l'on porte sur le Traité de la
on ne peut s'empêcher
d'admirer
A
vingt-sept
qui lui donna
l'effort d'esprit
ans,
lui-
grande conception
et d'oii est sortie la plus
composé
avait
le jour.
et publié
son chef-d'œuvre.
Descartes écrivit le sien à quarante. Reid et Kant entre
cinquante et soixante ans. Les poètes seuls ont d'ordinaire le privilège de ces improvisations de jeunesse,
qui prennent rang parmi les Cette fois
le
un
de réflexion
pareil
même
résultat
!
et
de travail ne suppose pas
talent d'utiliser leurs fa-
le
une sévère économie de
leurs forces.
pensée.
Peu d'hommes ont possédé, au
Hume,
degré que
cultés par
la
du génie poétique. Mais quelle
l'effervescence hâtive intensité
monuments de
génie philosophique avait éclaté avec
leurs temps et
de
était inaccessible à toute distraction,
Il
De cette concentrasur un même point, il
indifférent à tout divertissement.
tion vigoureuse de son esprit n'est pas étonnant qu'ait
un ouvrage même
pu
sortir
bien considérer surtout que
humaine
duquel saires
,
n'est les
et
en quelques années
aussi considérable,
qu'un système
le ,
si
l'on
veut
Traité de la Nature
pour
la
construction
longues expériences n'ont pas été néces-
où
il
a
rement acceptés
suffi ,
de quelques principes témérai-
pour que l'auteur, par une déduc-
—9— tion presque algébrique, déroulât sans effort
gue
une lon-
de conséquences.
série
En 1739, parurent
deux premières
les
parties
Traité, celles qui se rapportent à l'Intelligence et
La troisième
Passions.
ne
(of Morals),
vrage, »
))
n'ayant
j)
des dévots
dit-il
lui-même,
«
1740. Le succès ne l'auteur.
L'ou-
«
mourut en naissant,
même réussi à exciter les murmures (1). » Hume en conçut un vif accès de
pas
même
sérieux, le caractère abstrait et la nouveauté
du système devaient indifférent
ou
faire pressentir à
hostile
du public. Mais
écrivains inconséquents,
humain dans nent que
n'était
mouvement philosophique
théâtre d'aucun
le
aux
morale
cependant, sans compter que l'Ecosse
dépit. Et
alors
fut publiée qu'en
aux espérances de
répondit pas ))
partie, consacrée à la
du
Hume il
l'accueil
de ces
était
qui, contrecarrant le genre
ses sentiments et ses croyances
,
s'éton-
genre humain n'applaudisse pas à leurs
le
attaques, et qui, tout à la fois passionnés pour la gloire et épris les
de leurs propres systèmes, voudraient être
héros de
la foule
,
sans renoncer à en combattre
Notre philosophe ne se résigna que peu
les préjugés.
à peu à cette impopularité douloureuse, au prix
de
laquelle s'achète le plus souvent l'indépendance de la
pensée
;
tion d'un
et ce fut
amour-propre exigeant avec
conscience jeta
(1)
en partie pour concilier
dans
Hume
les devoirs
sincère, que, vers la fin de sa vie,
les
,
la satisfac-
d'une il
se
études historiques, heureux de faire enfia
3ïy
own
life
,
p. xv.
—
10
l'emploi de son talent dans
—
une science où au cœur
toute sa pensée sans blesser
il
pût dire
la foi
de l'hu-
manité, et plaire à tous sans cesser d'être lui-même
Le désir trait
fût
du succès, tel est le physionomie de Hume. Quoiqu'il
et aussi la volonté
dominant de
la
certainement de ceux qui aiment assez les
pour que
le
lettres,
par ses douceurs, les récompense
l'étude^
elle-même des dans
1
exige,
sacrifices qu'elle
commerce désintéressé de
la
apportait
il
pensée une cer-
taine âpreté d'amour-propre, qui exigeait impérieuse-
ment
la
accompli arts,
comme
gloire
prix
le
obligé
du
travail
aux
et des privations souffertes. Insensible
aux passions du cœur,
il
avait rejeté sur les
succès littéraires toutes les ardeurs de son ambition.
La passion
pour ainsi
s'était,
parties de son
âme pour ne
seul désir, auquel
il
dire, retirée des autres
surexciter en lui qu'un
s'abandonnait avec toutes les
émotions, toutes les fièvres d'un véritable amour. C'était
cependant se méprendre singulièrement sur
les conditions
atteindre
de
la gloire,
que
pour y de métaphy-
faire fonds,
du premier coup, sur un
livre
sique, originale mais téméraire, profonde mais abstruse et compliquée.
De
toutes les
œuvres de Hume,
le
Traité est à coup sûr la plus remarquable, mais elle est aussi la
donc
,
moins propre à devenir populaire. Qui
hormis
les
philosophes de profession
,
eût
pu
consentir à suivre l'auteur dans le dédale où s'engageait son scepticisme arrogant et inexorable ?
On
peut^dire du Traité de
la
Nature humaine
représente, dans l'ensemble des écrits de
qu'il
Hume, ce
le Discours de
q?est pour Descartes
résumé général de
Méthode
:
un
du philosophe. Mais
la doctrine
il
que Descartes, dans ses au-
faut noter cette différence, tres ouvrages^
la
développe fidèlement
de sa
les principes
méthode, tandis que Hume, pendant toute sa vie, semble s'être
donné pour tâche d'atténuer, de dissimuler,
à force d'habileté, les conséquences inquiétantes des théories de sa jeunesse.
Avec une témérité de
avec une hau-
chise qui accuse l'âge de l'écrivain, teur de ton qui
Hume, nous découvre, dans
des idées. écrit
,
le
sceptique du Traité
dans cet ouvrage,
«
me
))
relire (1).
tant
déplaît
conclusions
,
»
Il
«
:
))
;
il
désavoua
L'air
que je
n'ai
la
fois
amertume de ceux de
un
contre
éclat et par
dans
et
homme
le
Traité,
l'auteur,
»
un scandale,
aux adoucisse-
qui entrant, pour
la société, se serait brouillé
(1)
Lettre à Gilbert Stuart. V. Burton
(2)
Y, Avertissement des
,
tome
avec
I, p. 98.
Essais... «
L'auteur désire que les es-
comme
contenant seuls ses senti-
sais suivants soient considérés
ments
amis,
hardiesse de ses
la
ménagements
ressemblait à un
première
ses
jamais reconnu (%). » C'est ainsi qu'a-
revenait aux Il
un de
à
un ouvrage de jeunesse, que
près avoir débuté par
ments.
dogmatisme
pas le courage de le
désavoua aussi
se plaignant avec
ajoute-t-il, « n'a
Hume
le
il
de confiance qui règne
» écrivait-il
ses adversaires qui s'acharnaient
contre
ce premier
fond intime de sa pensée. Plus tard,
reconnut son imprudence
((
pyrrhonisme
contraste avec le
fait
fran-
et ses principes philosophiques. »
— tout le
monde,
de ses jours à
et qui passerait le reste
avec ceux
se réconcilier
—
12
volontairement
qu'il aurait
froissés et irrités.
Quoique Hume, dans son Traité de maine,
devancé Reid
ait
la
Nature hu-
Dugald-Stewart
et
l'observation minutieuse de quelques
pour
psycholo-
faits
giques, c'est plus particulièrement Kant qu'il annonce et qu'il
prépare
,
non-seulement par
recherches, mais
ses
aussi par
la direction
un peu
froideur
la
de
sèche d'un style qui se refuse presque tout appel à l'imagination et au
Hutcheson
sentiment.
l'aimable
,
et
A
ceux qui
séduisant
comme
,
de
professeur
Glasgow, s'étonnaient de ce qu'on pourrait appeler de
l'insensibilité
son
dans ses études sur
un anatomiste
et
style',
l'esprit
Hume humain
non un peintre «
découvrir
répondait
que
voulait
être
il
((
:
Autre chose plus
secrets
))
est,
))
principes de l'intelligence, autre chose décrire la
))
grâce et
» sible
De
))
disait-il
les
beauté de ses actions. Et
la
il
est
impos-
de concilier ces deux points de vue
(1). »
rigoureuse précision de style, qui distin-
là cette
gue
,
le Traité
entre tous les ouvrages de
Hume.
L'au-
teur y semblerait oublier complètement le public,
ne se montrait avant tout préoccupé de ses lecteurs, qui est
(1)
comme
Burton
,
s'il
d'être compris
et d'atteindre cette précieuse qualité
l'élégance des savants
tome I,
p. 112, lettre à T.
:
je
veux
Hutcheson du 17 sep-
tembre 1739. Les mômes idées sont exprimées dans de la 3e partie du traité Of morals tome II, p. 407. ,
dire la
la
conclusion
— Ajoutons,
clarté.
rigueur
13
— que
cependant,
se manifestent
la netteté
beaucoup plus dans
el
la
le détail
de chaque partie que dans l'ensemble du plan, auquel on peut reprocher quelque indécision et même quelque désordre.
Il
semble que Fauteur
n'ait
pas
embrassé d'un seul coup d'œil cette longue série de chapitres, qui se complètent sans se suivre, et qu'il les
sinon sans méthode, du moins sans faire
ait écrits,
pour ramener à une division rigoureuse, et
effort
disposer dans
un ordre logique
les différentes parties
de son œuvre. Malgré ces défauts,
ment que
l'on
juge
quelque sévère-
et
les théories qu'il
expose,
de la Nature humaine n'en laisse pas
impression d'admiration. D'autres
Hume
le Traité
moins une vive
œuvres ont rendu
célèbre parmi ses contemporains
:
celle-là sur-
tout assure sa gloire auprès de la postérité.
Après avoir quelque temps attendu à Londres un succès qui ne vintpas,
à Ninewels,
Hume se retira auprès de sa famille,
à quelques lieues d'Edimbourg.
quelques jours de découragement , à l'étude.
Il
reprit vite goût
se consola de son insuccès, en méditant
après coup les causes
qui le rendaient inévitable.
((
Ceux qui ont l'habitude de
y>
abstraits,
({
sont
le
il
Après
»
écrivait-il
réfléchir sur des sujets
à son ami
Henry Home,
plus souvent imbus de préjugés
;
et
ceux
))
qui n'ont pas de préjugés sont généralement igno-
»
rants en matière de philosophie. Or,
éloignés des opinions
»
sont
»
qu'on ne saurait
»
les idées
si
les
mes principes communément reçues,
admettre sans introduire dans
philosophiques un changement
considé-
— » rable. Et
—
14
vous savez que des révolutions sembla-
ne réussissent pas facilement
» blés
que l'amour-propre de
Hume
(1).
))
C'est ainsi
se résignait à l'indiffé-
rence du public, en l'expliquant par l'incompétence des uns, par
Mais
il
la
tira
présomption intraitable des autres.
de son échec, sinon des pensées de
modestie, du moins des leçons de prudence. fia
son système de
travail.
modi-
Il
Désormais plus soucieux
de l'approbation d'autrui, ou, pour mieux dire, plus préoccupé des moyens de
l'obtenir,
il
plus dans cette solitude intellectuelle,
ne se confina
oîi
il
s'était jus-
que-là dérobé à tout conseil, à toute inspiration du
dehors.
La composition de
la
du
troisième partie
Traité de la Nature humaine (publiée en 1740), se res-
de ce changement de méthode. Par une condes-
sentit
cendance nouvelle chez
lui,
Hume
soumit son ma-
nuscrit à l'examen d'Hutcheson, avec lequel
il
venait
d'entrer en relations. Hutcheson était alors dans tout l'éclat
de son enseignement (de 172S9 à 1747). Juge
particulièrement excellent dans les questions de rale,
il
critiqua librement les vues de
Hume.
mo-
Celui-ci
reçut ces avertissements avec une déférence marquée
mais
il
en profita peu.
Il
était trop
personnel,
absolu dans ses opinions pour céder à l'influence,
douce, teur
si
Leechman, un ami commun des deux
tre le plus puissant et le plus
(1)
si
persuasive pourtant, de celui dont le doc-
a pu dire, dans un éloge funèbre, »
;
trop
Burton, tome I,
p. 105.
moralistes,.
« qu'il était le
maî-
aimable qui eût paru
—
15
—
de son temps. » Dans le détail de l'ouvrage, Hume des observations qui tint cependant quelque compte ))
apporta quelques ménagements à
Il
lui étaient faites.
l'expression de ses idées, bien que sur ce point encore
ne partageât pas tout à fait les scrupules deHutcheson. Il se targuait de l'indépendance de sa condition
il
:
ne
lui donnait-elle
pas
le
droit
de parler avec plus
de liberté qu'un
homme
un
ou un professeur (1)? Quoi
ecclésiastique
soit,
Hume
sut inspirer
qui aurait
charge d'âmes^
en
qu'il
une assez vive estime à son
correspondant pour que celui-ci à son tour, par un
échange amical,
lui
nouvel ouvrage
:
communiquât, deux ans après, son
Philosophiœ moralis institutio compen-
en 17 4^); mais ses opinions n'en avaient
(^lana (publié
pas moins effrayé Hutcheson didature, lorsque, en 1745,
qui combattit sa can-
,
il
une chaire de
sollicita
philosophie à l'université d'Edimbourg.
Hume
avait compté sur le caractère pratique
ses spéculations morales pour
deur du public.
«
Sans
triompher de
qui s'atta-
l'intérêt particulier
me
de morale, je ne
de
la froi-
»
che aux études
))
hasardé à publier un troisième volume de métaphy-
»
sique à une époque
oii la
» cordent à transformer
exige un
))
'1)
hommes
plupart des
en amusement
» la lecture, et rejettent tout ce qui,
serais
le
pa&
s'ac-
travail
de
pour être compris,
effort considérable d'attention (%). » Mais,
Burton, tome I, correspondance de
Hume
et
de Hutcheson,
p. 114 et suiv. (2)
de
Hume,
OEuvres philosophiques
la 3^ partie.
,
tome H,
p.
216,
l''^
section
—
—
16
passionnées de
Hume,
pour trouver notre auteur
et,
en possession de quelque célébrité, au lendemain de et
aux poursuites
encore, la gloire se déroba
<;ette fois
Politiques,
»
En abordant
la
publication de ses « Essais
Moraux
de
l'année
c'est-à-dire
les
faut le prendre
il
vers la
sujets politiques,
fin
Hume
obéissait
encore à ses premiers plans de travail. Ce n'est pas
comme on
pourrait être tenté de le croire
,
le
dépit
d'avoir échoué en métaphysique qui l'entraînait dans
ces recherches d'un
nouveau genre.
Il
ne
faisait
poursuivre , avec une persévérance opiniâtre q^u'il s'était
défini
proposé de prime abord. Ce but,
,
il
le
que but
l'avait
lui-même, en déclarant, dans son Introduction
au Traité de
la
Nature humaine,
fonder
qu'il voulait
sur l'analyse de l'esprit un système complet de sciences (1). Ce ne fut donc pas sans tion, sans
nuées
de vastes lectures, silencieusement
dans
s'essaya
à
une lente prépara-
la
de
retraite
des études de
Ninevs^ells
faits
qui
son œuvre nouvelle de il ))
se présenta au public
,
réflexions
les la
destinée de
mauvaise fortune du
la
comme un
conti--
Hume
ne convenaient
guère moins à son souple génie que métaphysiques. Préoccupé de séparer
que
débutant
:
«
Traité,
Comme
tous les jeunes auteurs, » écrivait-il dans son aver-
(l)
«
En nous
efforçant d'éclaircir les principes de la nature
humaine nous nous proposons en réalité de construire un système complet de sciences sur des fondements entièrement nouveaux les seuls qui puissent assurer à ces sciences une base ,
,
solide. » OEuvres philosophiques
,
tome
I, p. 8.
— "ment »
mon
))
que
—
j^prSuve quelque anxiété sur
«
,
17
livre;
mais une réflexion
le lecteur,
s'il
me
n'est pas satisfait
le sort
rassure
mon
de
de
c'est
:
talent,
))
appréciera du moins la modération, l'impartialité
))
dont je
Hume
fais
preuve dans
les sujets politiques (1). »
avait raison de réclamer pour ses écrits poli-
tiques le mérite de l'impartialité. C'était chez lui qualité naturelle rantissait
:
la
froideur de son caractère le ga-
de tout enthousiasme irréfléchi;
scrupuleuse de son jugement
le
la
lenteur
défendait contre les
préjugés vulgaires; enfin l'isolement de sa vie tégeait contre les entraînements des partis. sicien absolu, »
sais
sont
Rémusat. ))
«
il
fut
une
un
libéraux
le
pro-
Métaphy-
politique modéré. « Les Ecos»
,
dit
quelque part M.
de
La plupart de leurs écrivains, Smith,
Reid, Ferguson, sont des vvhigs modérés (2). »
Hume
mérite d'être associé à cette honorable tradi-
tion. Libre
de toute attache, étranger à toute
gue, éclairé par une érudition historique qui défaut en philosophie.
Hume, du
intri-
lui faisait
fond de son cabi-
net, pouvait juger les choses de la politique avec
indépendance que ne sauraient maintenir au degré
les
ments qui
hommes les
une
même
d'action dans la mêlée des événe-
aveuglent et
les passionnent.
D'un autre
côté, l'habitude des réflexions abstraites et l'intensité"
de l'étude avaient éteint ou du moins amorti dans son
âme
la
vivacitéMu sentiment, dissipé
(1)
Burton, tome I,
(2)
Revue des Deux-Mondes, 1856.
les
fantômes
p. 136.
_;
—
—
18
établi sur toutes ses facultés la
de l'imagination,
mination de l'idée, et, par suite, préparé
do-
les qualités
d'un sage et impartial historien.
Les Essais parurent en deux volumes,
en 1741,
le
second en 1742. Par
tive de quelques sujets
qui
,
premier
nouveauté rela-
la
même
,
le
après Sidney
après Locke, n'étaient pas épuisés; par la prodigieuse variété de lectures qu'attestent les titres de ces étu-
des
la Liberté de la presse ,
:
la Superstition et
siasme, Wrigine du gouvernement des sciences, la Polygamie et
une
enfin, par
le
quable
originalité persistante
parti
!
qu'il obtint,
C'est à tort,
en
et
que
Hume
,
le
poids de
était
digne
succès d'autant plus remar-
que l'auteur ne
,
Progrès des arts
Divorce, F Eloquence, etc.;
l'érudition n'avait point étouffée
du succès
le
,
l'Enthou-
effet,
faisait
d'avances à aucun
que M.Macaulay représente
Hume comme un partisan passionné du pouvoir absolu. Sans doute. Hume n'est rien moins qu'un révolutionmême, avec
naire; et
pour
la
d^ Angleterre
prendre
les
progrès de l'âge, son goût
monarchie parut grandir. Dans son particulièrement
le parti
,
il
lui arrive
Histoire
souvent de
des tories contre les whigs. Et plus
tard encore, lorsque, quelques années avant sa mort, il
relut ses Essais
velle,
il
passages
pour en préparer une édition nou-
eut soin de corriger ou de supprimer les qui
lui
paraissaient
idées démocratiques.
a
été toute sa vie
Il
un
trop
libéral
modéré
suite à tous les partis extrêmes, et
ardents de
la liberté
favorables
aux
n'en est pas moins vrai qu'il ,
suspect par
que des amis plus
ont dû regarder
comme
leur
—
—
19
adversaire, parce qu'il semble que la liberté ne soit
pas aimée, quand elle
En même temps tisfactions
l'est
froidement
à Ninewells des sa-
qu'il jouissait
d'amour-propre que
apporta, après la
lui
publication des Essais,
un premier
mée, Hume cherchait
aussi,
lettres
souffle
de renom-
tout en préparant
nouveaux travaux, à étendre mait les loisirs que lui laissait de
!
ses relations. l'étude par
de
char-
Il
un échange
hommes
amicales avec quelques-uns des
les
plus distingués de son temps. Ses correspondants les
plus célèbres furent d'abord Hutcheson, le docteur Blair; plus tard Montesquieu, auquel
une édition anglaise de V Esprit
il
de surveiller
offrit
Reid, qui
des Lois;
communiqua, en 1763,
ses
main (1); Robertson
Gibbon, ses rivaux dans
et
lui
Recherches sur V esprit hule
genre historique, tous deux plus jeunes que lui, et
auxquels
il
avec une cordialité parfaite,
adressait,
ses réflexions et ses conseils lui
recommanda Rousseau,
d'être l'ami
(2))
;
;
W"^ de dont
et
enfin, et surtout
aimait tendrement,
Boufflers
Adam
Smith,
de l'amitié duquel
et
,
qu'il
reçut,
il
après sa mort, ce beau témoignage, qui remet en
(1)
Les Recherches sur l'esprit
humain (Inquiry
minci) ne parurent qu'un an après (2)
M™e du Deffand
paysan du Danube
,
,
,
qui n'aimait pas
accorde pourtant des éloges à une
de n
la
de
,
écrivit à
mort du prince de Conti. la
«
Walpole
,
Hume
d'un mot lettre
M™^ de
que
tome
the
human
qu'elle appelait le
,
:
«
il
m'a déplu
Hume
Boufflers
Cette lettre,
plus grande beauté; j'en ai
» rai. » Lettres à H.
into
mé-
en 1764.
et qu'elle jugeait
cinq jours avant sa mort
qui
ne cessa jamais
il
,
,
»
à l'occasion
» dit-elle, a
demandé une copie
11, p. 118.
,
quatre ou
m'a paru :
je l'au-
— moire
—
20
touchantes paroles des disciples de Socrate
les
pleurant la mort de leur maître
Hume
»
pensé que M.
))
nature humaine
»
tion et
de
la
permet, de
le
sagesse (1).
mun
de
Hume
avec
«
toujours
J'ai
de
l'idéal
la
la
perfec-
»
que
et tranchant,
Le penseur hautain écrits
s'était
:
approché^ autant que
les
premiers
nous révèlent , n'avait rien de com-
correspondant affable et conciliant dont
le
nous pouvons par nous-mêmes apprécier l'aimable indolence, ni avec le causeur enjoué qu'aimait et qu'appréciait la société distinguée d'Edimbourg. Ses
de dogmatique
lettres n'ont rien écrit,
non pour
faire
et
Hume
de pédant.
triompher des idées, mais pour
communiquer des impressions, surtout pour s'abandonner aux charmes de
l'intimité. N'est-ce
a dit, dans un élan de cœur inattendu
du ))
reste justifié qu'à moitié tié,
vie
la
comme
les
«
hommes,
il
profonds contrastes, qui déjouent lus
que
l'on s'efforce
caractères
;
car
et qu'il n*a
Sans l'amour et l'ami-
aucun prix!
n'aurait
chez tous
:
pas lui qui
»
Chez
Hume,
y a ainsi de ces jugements abso-
les
en vain de porter sur leurs
ces jugements
n'expriment jamais
l'étonnante variété et la souplesse admirable dont la
nature a doué les âmes humaines.
Comment
,
par
exemple, ne pas être surpris d'apprendre que, dans ses entretiens. quittait
(1)
guère
Lettre
sophiques de
Hume, le ton
de
le
d'Adam Smith sur Hume tome I, p. ,
grave
et austère
la plaisanterie?
la
Hume, ne
Sa plaisante-
mort de Hume. OEuvres philo^
xxix.
d
rie,
au témoignage d'Adam Smith,
ailleurs,
n'était
que Texpansion naturelle de sa bonne humeur, tempérée par
la
délicatesse de son goût;
jamais la plus légère teinte
de malignité
Ce qui peut étonner encore, gré ait
la
c'est
il
n'y mêlait
(1).
que Hume, mal-
dissidence radicale de ses opinions religieuses,
su se concilier des sympathies
rencontré de profondes amitiés dans
et qu'il ait
,
les
même
rangs du clergé
d'Ecosse, parmi ces presbytériens exaltés, dont
la
tolérance ne passait pas pour être la plus solide vertu. C'est
cependant avec quelques-uns des membres
plus influents
de cette Eglise
qu'il
les
a entretenu des
relations étroites, qui ne se sont terminées qu'au tom-
beau. La plupart
lui
pardonnaient une impiété dogma-
tique, qui n'altérait ni la pureté de sa vie, ni la bonté
de son âme. Quelques-uns aussi, qui ne soupçonnaient pas quelle inattaquable ténacité de conviction recouvrait la douceur de son caractère, ne désespéraient peut-être pas de le ramener, et de faire tôt
ou
tard une conversion. D'ailleurs, dans ces causeries
comme dans étaient, par
ces lettres, la philosophie et la religion
un accord
des sujets réservés. Les
tacite,
Hume comme on se
amis religieux de
se taisaient avec lui sur ces
questions
tait
le
,
malheur qui
l'a
devant un infortuné sur
frappé. Et de son côté.
n'avait pas l'esprit de
propagande,
de psychologie pour ne pas se
Hume, qui
et qui savait assez
faire illusion sur l'effi-
cacité de la discussion, évitait d'engager des contro-
(l)
Adam
Smith
,
lettre déjà citée.
—
22
qui aigrissent et divisent
verses,
presque jamais rapprocher Enfin tait,
—
,
parmi
cœurs, sans
les
les esprits.
les ecclésiastiques
Hume
que
fréquen-
quelques-uns peut-être n'étaient pas éloignés de
s'entendre avec
lui.
semble
Il
qu'il
ne
fût pas rare
alors de trouver en Ecosse et en Angleterre des Vi-
croire
,
semble
et
pour qui
même que
l'Eglise n'était
cette fausseté
presque légitime,
qu'une carrière.
moin Hume lui-même
et élevés.
:
« C'est
accorder, » lui écri-
un trop grand respect au vulgaire que de se piquer de
superstitions
»
vis de lui. Peut-on se faire
» dire la vérité à
Té-
qui n'hésitait pas à calmer les
,
»
,
II
homme, un peu imprudemment
entré dans les ordres ((
y
ne choquât pas, autant
et qu'elle
scrupules d'un jeune
sans
de conscience parût
convenu, des esprits délicats
qu'il eût
vait-il,
l'Evangile
prêchaient
qui
savoyards,
caires
et à ses
sincérité vis-à-
un point d'honneur de
des enfants ou à des fous? Je vou-
» drais bien qu'il fût encore
en
mon
pouvoir d'être
»
hypocrite sur ce point. Les devoirs de la société
»
imposent cette hypocrisie,
» siastique
ne
fait
et la profession
ecclé-
qu'augmenter un peu cette
dissi-
» mutation, ou plutôt cette réserve innocente, »
laquelle
il
est impossible
de traverser
sans
la vie (1).
»
Ajoutons que ces maximes commodes, qui font de toute une vie le tort
de
un mensonge
les conseiller
Burton, tome
Hume,
aux autres, ne
pratiquées pour lui-même.
(1)
officiel.
II, p. 187.
les
s'il
a eu
a jamais
— au contraire par
C'est
opinions que
Hume
—
23
franchise déclarée de ses
la
échoua toutes
qu
les fois
voulut
il
se faire admettre dans les universités d'Ecosse. Lors-
qu'en 1745,
il
sollicita à
Edimbourg
la chaire
de psy-
chologie et de morale (ethics and pneumatic philosophy^j, il
fut
de nouveau combattu avec acharnement,
au
et
premier rang de ses adversaires se distinguaient ses propres amis, Plus tard,
il
docteur Leechmann et Hutcheson.
le
renouvela ses efforts, sans jamais par-
venir à désarmer l'opposition de ses compatriotes. La philosophie de tiers
n'était
,
Hume, nous
pas
quelque justes
raisons
les
haut enseignement
moins regrettable que son
En
reconnaissons volon-
pour devenir classique
qu'aient été
Hume du
exclure
faite
le
vœu
être la nécessité cilier
pu
être réalisé.
sociale
,
eût-elle
avec
modéré
les nécessités ,
adouci
les
,
extrêmes de ses opinions. En tout cas, philosophiques
il
,
de
Hume
eût dé-
la philosophie.
de parler à des jeunes gens
ses croyances
firent
n'en est pas
possession de la chaire qu'il convoitait
sormais appartenu tout entier à
qui
mais
il
,
n'ait
;
auraient eu
,
de
Peut-
de conla
vie
tendances les
efforts
certainement
plus de suite. Quoiqu'il n'ait jamais cessé d'être fidèle
à
la
science qui avait eu ses premières affections
,
la
médiocrité de sa fortune, les soucis pratiques de l'existence, le forcèrent'à dissiper une partie de son temps
dans des occupations plus lucratives que
littéraires,
qui profitèrent à son revenu plus qu'à ses études. Professeur à l'université d'Edimbourg,
des soucis matériels de l'existence
;
il
il
eût été à l'abri n'aurait pas été
— réduit,
comme nous
24
—
allons maintenant le raconter, à
se faire tour à tour précepteur, secrétaire d'état, secrétaire d'ambassade.
En
qu'un but
il
se résigna à devenir,
grande maison d'Angleterre ,
quelque réputation, qu'un doux
,
comptée comme fut
,
s'était
à
fait
un médecin résolu,
c'était plutôt
la plus
dans une
qu'il fallait
et savant professeur. Aussi et cette
,
C'est
précepteur, ou plutôt
par ses équipées
à subir d'amers déboires
Ce
le
garde-malade de lord Annandale. Ce
ce jeune seigneur, qui
n'avait
modeste patrimoine.
accroître son
:
ainsi qu'en 1745,
le
Hume
acceptant ces diverses fonctions,
Hume
eut-il
année peut être
malheureuse de toute sa vie.
une véritable domesticité , entrecoupée de scè-
nes violentes ou ridicules bien de
pendant
notre philosophe eut
peine à sauvegarder sa dignité (1).
la '
oii
,
quelques
cette servitude
mois
dure
la
,
morale , à laquelle
fit,
expérience
les
même
fortune condamnaient, à la
Il
de
rigueurs de la
époque,
celui qui
Hume,
devait un jour se rencontrer sur le chemin de l'infortuné Jean- Jacques Rousseau.
Ce
triste
épisode, qu'on pourrait appeler
d'ailleurs fort trivial, d'un
même
ne mériterait pas tout son jour
un
roman,
jeune précepteur pauvre,
d'être cité,
trait essentiel
la ténacité stoique
le
s'il
ne mettait en
du caractère de Hume:
avec laquelle
il
affrontait toutes
leSt
privations plutôt que de renoncer à ses desseins.
Il
Burton a consacré un long chapitre de 40 pages au
de
(1) çfette
aventure
,
tome
I, p. 170-208.
récit
— voulait
non pas
,
—
25
faire fortune
,
mais, au prix d'une
servitude passagère, acquérir assez de ressources pour assurer, jusqu'aux derniersjours de sa vieillesse, l'in-
dépendance de sa pensée pour
C'est
même
le
de ses travaux.
et
motif
qu'il
se
fit
nommer, en
1746, secrétaire du général Saint-Clair. Ce personnage choisi par
avait été
gouvernement anglais pour
le
commander une expédition navale d'abord
France
,
taque contre
que
Hume
velle situation
mais
dirigée
,
Canada, se retourna contre
la
at-
le
le port
ne
qui
échouer misérablement dans une
contre et vint
,
de Lorient.
Il
s'en fallut
de peu
fût séduit
par les avantages de sa nou-
et qu'il
ne se décidât à suivre désor-
,
la carrière
des armes. La vie des camps
l'attirait;
y entrevoyait une série de spectacles instructifs. Il ne lui eût pas déplu d'assister par lui-même à de
il
grands événements dont
il
jours, écrire
On
pages
qu'il
la relation.
aurait
pu
,
sur ses vieux
a conservé les quelques
consacra à raconter l'échec du
Saint-Clair. C'est le
premier essai de sa plume dans
genre historique. L'écrivain d'histoire
avec ses qualités
général
et ses défauts
:
le
s'y révélait déjà
plus de précision que
de chaleur, plus de netteté que de mouvement.
Il
se
piquait avant tout de véracité, et attaquait assez ai-
grement Voltaire satirique
de
,
pour
s'être
l'expédition
d'intéresser ses
lecteurs,
de
faits.
la vérité
des
Nous possédons aussi
Hume composa
montré
manquée,
,
dans un récit plus
soucieux
que de s'assurer lui-même
le
journal
de voyage que
pour son frère, lorsque, en 1748,
il
— 26 — accompagna
le
même
dans son
général Saint-Clair^
ambassade à Tarin. Malgré l'importance des qu'il
Cologne
visita,
Vienne offrent
encore,
et d'autres
;,
peu
d'intérêt.
Wurtzbourg
Francfort,
et
Il
les
villes
observations de
n'avait pas
et
Hume
vivacité
cette
d'imagination qui saisit d'un coup d'œil les détails
pit-
toresques
d'un
son
voyage
un voyage politique, encombré
fut
Le
D'ailleurs,
cité.
de présentations cérémonieuses,
officielles, pli
d'une
pays,
avec une précipitation qui excluait
d'affaires
accom-
et
incidents.
les
du caractère diplomatique du tenue correcte, mais dépourvue
récit s'est ressenti
voyageur.
Il
d'abandon,
a la
que
l'étiquette
impose à un secrétaire
d'ambassade. L'esprit positif de
Hume
complaît
s'y
dans des observations judicieuses, mais froides sèches. Les beautés de la nature et de
chent pas. Cologne.
Il Il
passe insensible devant
aime
la
les sites poétiques.
la
cathédrale de
nature bien cultivée plutôt que
du comfort qui
le
admire-t-il beaucoup l'Allemagne, dont ))
lemagne
»
un peuple honnête
))
elle serait la plus
et
ne le tou-
Economiste plutôt que poëte,
surtout l'apparence
est
l'art
c'est
charme. Aussi il
dit
:
« L'Al-
certainement un beau pays, habité par et industrieux. Si elle était unie,
grande puissance du monde
L'Italie, elle aussi,
—
le
(1).
))
pays de Virgile, de celui
qui avait été de tout temps son poëte de prédilection et qui, par son génie
mesuré
et
doux, devait
duire un écrivain correct et discret
(1)
Burton, tomel,
p. 257.
,
disposé
,
sé-
quoi-
—
—
27
que Anglais^ à mettre dans son admiration Racine audessus de Shakespeare,
cœur de Hume par
le
et rien
le salut
l'Italie
semble avoir
ému
ses souvenirs classiques et par
ses beautés éternelles
cisément sur
—
mais
:
le
journal s'arrête pré-
d'enthousiasme
qu'il lui
adresse,
dans sa correspondance, ni dans ses autres
que son séjour en
écrits, n'indique
dans son âme
Italie
ait
laissé
des traces profondes.
Dans ses fonctions délicates de secrétaire du général
éminemment son
Hume donna
Saint-Clair,
esprit.
aux aptitudes
carrière
un côté de
pratiques qui distinguaient
Il
eut d'autant plus de mérite
à
réussir,
que sa tournure gauche, ses allures pesantes, dont
Grimm
moqua
se
plus tard
,
ne disposaient pas en sa
faveur les premières impressions de ceux qu'il abordait.
Un
Irlandais célèbre
,
lord Charlemont
sion de le voir à Turin
,
nous
le
,
qui eut occa-
dépeint fort ridicule
dans son uniforme d'ordonnance. En sa qualité d'aide
de camp,
il
souffrît déjà
l'âge,
ne
» »
((
de
:
cette corpulence disgracieuse qui,
que se développer,
fit
plaisanter sait-il,
avait endossé Ihabit militaire, bien qu'il
«
et
dont
ordinaires. trois
aimait à
Je mériterais qu'on m'appliquât, » di-
gauloise qui imposait une
la loi
ceux dont l'embonpoint dépassait Les
il
avec
amende à proportions
les
»
années que
Hume
passa loin de l'Ecosse
(1746-1748) ne furent pas perdues pour
la
philoso-
phie. Malgré les séductions de la vie active, les préoc-
cupations spéculatives avaient toujours »
ne suis qu'un philosophe
,
le
» écrivait-il
dessus. « Je ,
«
et je
ne
—
28
jamais que cela.
» serai
séjour à Turin
,
==:
Et en effet, pendant son
)>
paraissaient à Londres les Essais sur
r Entendement humain^ en
même
sième édition des Essais moraux
temps qu'une
troi-
et politiques (1).
Les Essais sur r Entendement humain, réduction élé- | gante d'une partie du Traité de la Nature humaine y étaient destinés à
ramener vers
les principes
teur, par la modération des idées, par le la
de
charme de
composition, la partie du public qu'avait effarou-
chée
hardiesse un peu crue du Traité (%). Par une
la
feinte
Hume
habile,
complètement
semblant d'abandonner
faisait
de son premier ouvrage.
les théories
Dans son avertissement,
il
demandait avec instance
comme l'expression de sa une œuvre de jeune homme projetée par
qu'on ne regardât plus sée
«
,
» teur avant qu'il fût sorti ))
l'au-
peu de temps après.
Hume
ne
»
donné
(1) Intitulé
derstanding
ding
,
cet
nom
sans
,
une
l'au-
collège et terminée
Malgré ce désaveu public^
que reproduire
faisait
populaire et plus brève, déjà
du
pen-
les
exposition
,
sous une
doctrines dont
complète
et
forme il
avait
didacti-
Human UnHuman Understan-
d'abord Philosophical essays concerning
et plus tard
An
inquiry concerning
ouvrage parut pour
la
première
fois à
Londres, en 1748,
d'auteur. L'avertissement ne date que d'une édition
postérieure.
ne nous paraît pas exact de dire par conséquent comme M. Villemain « Hume s'occupait alors de refaire son Traité^
(2) Il
le fait
,
:
» de la
nature humaine sans pouvoir
» assez
scandaleux
,
pour
le
rendre assez sceptique
,
réveiller l'apathie de l'orthodoxie angli-
» cane. » Villemain, Tableau de la Utlérature au dix-huitième siè^ 6ig,
tome
II, p. 365.
—
—
29
que. Nous avons d'ailleurs, là-dessus, le propre té-
moignage de Fauteur ami
Gilbert Elliot, «
:
pense,
« Je
que
» écrivait-il à
son
les Essais philosophiques con-
»
tiennent toutes les observations importantes, relati-
))
ves à
l'intelligence,
que vous pourriez trouver dans
Aussi vous engagerai-je à ne pas
lire
ce
en simplifiant
les
»
le traité.
»
dernier ouvrage.
»
discussions, je les rends en réalité plus complètes.
))
Addo diim minuo. Les principes philosophiques sont
))
les
mêmes dans
En abrégeant
deux
les
et
livres (1)...
»
Hume
Ainsi, après dix ans de réflexions nouvelles,
ne voyait rien à modifier dans ses principes philosoCette absence complète de
phiques.
progrès
Hume
dans
les
s'était laissé
mouvement, de
idées, montre jusqu'à quel point
dominer par son système.
est
Il
de
ceux qui ne se débarrassent des préjugés du vulgaire que pour
Et ce
de n'être
tiers
s'asservir à leurs propres préjugés.
philosophe indépendant, qui se le disciple
flattait
volon-
de personne, a été toute sa
vie l'élève docile de quelques théories qu'il avait con-
çues vers la vingt-cinquième année
Ce
fut surtout
cles »
que
par
les Essais
le chapitre
!
célèbre « sur
les
Mira-
excitèrent l'attention, et provo-
quèrent des réfutations violentes. L'évêque Warburton écrivait en tuelle
:
((
1749, avec l'aménité qui
J'ai
envie de lancer en
contre
»
traits
»
ments contre
(1)
Hume,
Burton, tome
et
de
les miracles.
I, p. 337.
lui
faire justice
Mais
était habi-
passant quelques
est-il
de ses argu-
connu parmi
— »
vous
»
il
ne
l'est
pas, et
par son propre poids
si
reste plongé dans l'obscarité, je serai fort cha-
de contribuer à
» grin »
? S'il
—
30
le
rendre
illustre et à le rap-
prêcher d'un autre endroit que
le pilori (i).
»
Une
polémique, qui débutait par de pareilles intempérances
de langage,
n'était
guère engageante.
Hume
la
dédai-
gna. Jaloux de sa tranquillité personnelle, convaincu d'ailleurs
de
la stérilité
des discussions engagées entre
de principes différents,
partent
philosophes qui
il
maintint toute sa vie cette inflexible ligne de conduite
de ne point répondre aux attaques injures.
n'eut qu'un tort
Il
et
de mépriser
ce fut d'oublier
:
les
un jour
ces sages résolutions, et de sortir de son calme habituel
pour charger
,
Rousseau de ses in-
et accabler
vectives et de ses récriminations.
De retour
d'Italie,
Hume
se remit à
une ardeur nouvelle. Les deux ans
qu'il
l'étude
avec
passa encore
quoique
attristés
par
mère, furent peut-être
les plus
laborieux de sa vie.
à Ninewells,
11
la
mort de sa
écrivait alors ses Dialogues sur la Religion Naturelle,
que Schopenhauer considérait comme quable de ses ouvrages (2)
(1)
disait
Burton, tome :
«
I, p. 286.
il
;
de l'orgueil
»
mauvaise
»
comme un homme dangereux
foi et celui
» écrivain sans
;
gens de
les
goût et sans méthode
,
les soins
du neveu de
lettres
la
regarde
comme un
qui ne sait qu'entasser ci-
comme un
Ces dialogues ne furent publiés qu'après
en 1779, par
Voltaii'e
reprochent l'excès de
l'Eglise anglicane le
» tations sur citations; les politiques (2)
Warburton dont
lui ;
remar-
apprenait le grec, qu'il
C'est ce
Les philosophes anglais
le plus
l'auteur.
la
brouillon, etc. »
mort de
Hume
^
— sine savait encore que très-imparfaitement Strabon
meux
anciens
et les historiens
;
il
lisait
il
;
préparait ces fa-
Discours Politiques, » qui devaient répandre
((
jusque sur
sa gloire
continent (1)
le
d'énormes provisions de notes
(la
;
il
amassait
Bibliothèque d'Edim-
bourg en possède encore quelques cahiers), qui furent plus tard utilisées, les unes par Hume lui-même, les autres par
Adam
Smith: preuve nouvelle de l'intimité
deux grands
de ces
nière partie sait ses
((
du
esprits. Enfin,
il
Traité de la Nature humaine
Recherches sur
les
der^
refaisait la ,
il
compo-
principes de la morale, » le
dernier de ses ouvrages philosophiques, et celui qu'il jugeait le meilleur. Absorbé par tant de travaux,
pouvait
,
avec quelque vérité, répondre à ceux de ses
correspondants qui
son temps
ployait
lui :
demandaient comment
pensez-vous que je puisse foire tenir dans
))
espace
))
tière ? »
d'une
une
lettre
Les Discours politiques
,
encyclopédie
em-
il
Je ne saurais vous le
«
))
dire
court
le
en-
tout
Hume une
véritable po-
pularité dans notre pays. C'était la première fois
(1)
«
La
traduction se débite à Paris
Hume un
Les Discours 1°
comme un roman
politiques ont été traduits trois fois 2<*
trait, qu'il
3°
La Chaux.
»
écri-
en français
en 1766
r
en 1754, par l'abbé Leblanc. Pour
donner, en passant, une idée de l'érudition de cet abbé,
pereur;
,
que
de ses interprètes français.
en 1753, par Mauvillon;
noter ce
:
publiés en 1752!, et aussitôt
traduits en français, firent à
vait à
il
il
suffit
de
avait traduit Sextus Empiricus par Sextus l'Emet
en 1767, à Paris
et à
Amsterdam, par
M'^^
de
—
32
—
dans des études suivies un auteur spéculait sur
les
conditions matérielles de la prospérité d'un peuple.
Hume
est
avant
Adam
Smith
mie politique. Le Traité de
le
fondateur de l'écono-
la Richesse des
Nations ne
parut en effet qu'en 1776. L'observation
économiques, qui exige un grand
de patience,
et qui se
effort
des
faits
de sagacité
et
passe de tout enthousiasme, de
toute délicatesse d'imagination, s'accommodait mer-
veilleusement aux qualités et aussi aux défauts de
Hume. Nous vail
le
retrouvons, avec son énergie de tra-
dans V Essai sur
,
quité;
la
Population des nations de Fanti-
avec sa subtilité dialectique, quand
dans une longue énumération,
les
distingue,
il
avantages et
les
inconvénients qui résultent pour un Etat de l'extension
de
la dette
il
écrit
publique; avec sa finesse piquante, quand
par exemple
:
«
A
voir les rois et les peuples
))
se livrer des guerres, malgré les dettes qui pèsent
»
sur eux et les engagements qui les lient, je crois
»
assister à
))
la
une
partie de quilles qui se jouerait dans
boutique d'un marchand de porcelaine,
nous le retrouvons aussi avec ses préjugés
,
»
mais
avec son
impuissance habituelle à s'élever, faute d'imagination, au-dessus des
faits
observés,
cette affirmation téméraire
:
comme «
par exemple dans
Aucune
ville
»
croissementde sa population ne dépassera
»
que Londres
tait alors
atteint aujourd'hui; »
l'ac-
Londres ne comp-
que sept cent mille habitants. Du
Hume comme
dans
les limites
reste,
avec
avec Smith, l'économie politique est
plutôt l'analyse exacte et l'explication des faits accomplis
,
qu'elle n'est la recherche originale
de nouvelles
— De
institutions.
33
—
qui a inauguré la science économique, que
cesseurs de
Hume
à
celles qu'il
ont établi un grand
du moins
ries nouvelles,
un
ce mérite singulier, pour
là
si les
nombre de
livre
sucthéo-
nont presque rien changé
ils
avait lui-même exposées.
Et
il
y avait
quelque force d esprit à démêler avec celte simplicité, avec cette justesse, lation
les lois
du commerce, de
de l'argent, du crédit public; à s'avancer avec
cette sûreté difficiles
;
dans une science où
à écrire enfin ce
grammaire de l'économie
les
premiers pas sont
qu on pourrait appeler
politique, alors qu'en
Mirabeau n'en écrivait que V Apocalypse
La
de
Hume
le
la
France
(1).
politiques
marque dans
commencement d'une
ère nouvelle.
La publication des Discours la vie
la circu-
gloire lui était désormais acquise.
Il
sut aussi s'as-
surer dans sa vie intérieure le bonheur que comportait la
modération de ses goûts. En 175^,
à Edimbourg, et
il
y vécut,
retraite studieuse, qui
ne
le reste
fut
il
vint s'établir
de sa vie, dans une
guère interrompue que
par son second voyage en France. C'est à cette
époque
qu'il sollicita
de nouveau
sans plus de succès, une chaire de philosophie chaire de logique de l'université de
Glasgow,
et
,
:
la
laissée
Adam Smith, qui devenait professeur de Hume n'eut pas de peine à se consoler de son
vacante par morale. échec.
(l)
Une grande
joie l'attendait, la plus
C'est ainsi qu'on appelait,
au dix-huitième
grande que
siècle, le livre
de
Mirabeau, l'Ami des hommes, qui fut composé en partie pour répondre à VEssai de
Hume
sur
la
population chez les peuples anciens.
3
-
34
-
homme voué tout entier au fut nommé conservateur de la
pût ressentir un
de
la
pensée.
Il
thèque des avocats d'Edimbourg.
travail
biblio4
Ses compatriotes
préféraient lui donner des livres à garder
que des
jeunes gens à élever. Et cependant les protestations
ne manquèrent pas. Un
femmes moins
plaisait d ailleurs par
société,
et les flattait,
zèle. «
de ses amies,
Il
«
»
célestes
»
orbites
Il
recherchait volontiers leur
quoique avec moins de goût
il
femmes; ce sont
seuls corps
maître des richesses que renfermait
Il
traits
Hume
ne connut plus
» disait-il,
« j'ai
une maison au grand complet, composée
subalternes,
moi-même)
une bonne
et
et
un
de deux membres chat...
Qu'ai-je à
»
désirer de plus? L'indépendance? je la possède
»
suprême degré. Les honneurs? je n'en
»
plélement dépourvu. La grâce?
»
la
assez vifs sa philosophie pra-
Depuis sept mois environ,
» d'un chef (c'est
» temps.
les
exprimait son bonheur dans une lettre
qui nous peint en
»
les
»
!
rien à désirer.
((
une
impossible de calculer
soit
bibliothèque qui lui était livrée,
:
son
et
qui puissent déterminer avec rigueur
dont
fois
installé
par
et
n'y a pas de lois, » écrivait-il à
» le caractère des
»
les
de Hume. Le philosophe leur
son attitude respectueuse
amabilité désintéressée.
tique
que
de doctrines qu'elles ignoraient,
suite ne se défiaient pas
Une
c'est
étaient pour lui. Elles soupçonnaient peut-être
le péril
que de
détail à noter,
Une femme? ce
n'est pas
elle
suis pas
au
com-
viendra en son
une des nécessités
indispensables de la vie. Des livres? voilà une de
— ))
ces nécessités,
»
lire (1)... »
Le passage de
35
— que
et j'en ai plus
Hume
peux
je n'en
à la bibliothèque des avocats
d'Edimbourg (de 1752; à 1757) décida du reste de sa vie littéraire, et le détermina à mettre enfin à exécution ses projets historiques.
Hume composa
Dans
l'espace
de dix ans,
en entier cette Histoire d'Angleterre^
qui a plus servi que tous ses travaux philosophiques à l'illustration
que l'auteur
de son nom. Des critiques se sont plaints
ait
mis quelque précipitation dans
position d'un aussi grand ouvrage.
quelles conditions
Hume
com-
oublient dans
Ils
Nul souci
travaillait.
la
,
nulle
passion n'interrompait le cours de ses recherches.
main
trouvait sous la
documents dont
il
,
à sa portée
la
,
plupart des
avait besoin. Les plaisirs de la cor-
respondance se mêlaient seuls à ses travaux, son ardeur au travail était les devoirs
Il
de l'amitié
:
u
telle qu'il
et parfois
en oubliait
Je regarde
même
comme une
au docteur Cléphane,
ba-
d'ex-
))
gatelle, » écrivait-il
»
pédier un volume in-4^ en quinze ou dix-huit mois,
))
et je
»
deux ans.
ne suis pas capable d'écrire une
«
lettre tous les
»
Cette continuité de loisirs, ce calme absolu qu'assurait
aux moines du moyen âge
sacrée à Dieu
,
d'une
âme con-
l'isolement de la vie et Tabsence de
passion les réalisaient chez trui, les
l'état
Hume. Les
passions d'au-
fureurs religieuses auraient seules
pu troubler
son recueillement. Mais les pamphlets lancés contre
(1)
Lettre au
D^ Cléphane
,
1753. Burton
,
t.
I,
p. 376.
— 36 — même
ou
lui,
des événements plus graves,
con-
la
damnation de ses ouvrages prononcée en 1755, par l'assemblée générale de l'Eglise d'Ecosse, n'atteignaient
pas
,
ne troublaient pas l'impassibilité de son âme.
Nous n'avons pas ^Angleterre.
dans
Le secret du succès
l'intérêt
d'une pareille entreprise, et aussi dans clarté admirable
du
de l'auteur.
style
obtint
qu'elle
nouveauté du sujet, dans
la
de VHistoire
à faire l'éloge
ici
fut
national
la netteté, la
Il
avait pris les
anciens pour modèles, et prétendait imiter Thucydide,
au moins pour
la
du langage. Hume
concision
bien inspiré dans
d'ailleurs
choix des diverses
le
périodes qu'il étudia successivement.
de
l'histoire
la
fut
Commencer par
Maison des Stuarts, par
l'histoire
de
la
Révolution, qui avait laissé au cœur des Anglais tant
de souvenirs c'était
,
un coup
écrite sur
une
de regrets ou d'enthousiasme
tant
d'habileté.
pareille
d'éveiller l'attention
,
Une composition
historique
époque ne pouvait manquer
et, si elle était
bien
d'ob-
faite,
tenir vite la popularité. L'auteur pouvait ensuite sans
danger remonter dans
Tudors
et
,
anglaise
:
il
le
passé jusqu'à
enfin jusqu'aux
origines
était sûr d'être suivi,
la
maison des
de
la
nation
dans ces recherches
moins séduisantes, par des lecteurs
fidèles
dont
l'ap-
probation était déjà conquise.
Quelque admiration qu'on
aux
écrits historiques
furent pas ménagées. tialité
pour
les tories.
ait
en général accordée
de Hume,
On
lui
les critiques
ne
lui|
reprocha surtout sa par-
Les whigs
lui firent
un crime
d'avoir témoigné quelque pitié pour le sort de Char-
— les P^
,
—
37
donné une larme à Strafford
d'avoir
quelques endroits, défendu
la
Smith,
«
whigs,
» écrivait-il à
,
et
,
en
prérogative royale. « Les sont furieux contre moi
;
»
mais je ne leur réponds pas. Si mes précédents
»
écrits
ne prouvent pas suffisamment que je ne sais
» pas jacobite, dix
pas (1)
»
!
A
))
volumes
vrai
hasardées justifiaient
in-folio
ne
prouveront
le
quelques appréciations
dire,
A
des whigs.
la colère
force de
viser à l'impartialité et de vouloir tenir la balance
égale entre les partis,
à justifier
whigs
Hume
souvent
trop
en
était
parti
le
venu à excuser,
monarchique. Les
étaient tout-puissants à l'époque
oh
il
Par humeur d opposition et de contradiction tôt
,
écrivait.
ou plu-
par suite de cette excellente tendance d'un esprit
critique qui cherche le faible des opinions régnantes
qui insiste de préférence sur les défauts du parti victorieux,
Hume
ments sévères, ((
se laissa souvent entraîner à des jugea
Mes vues sur
les choses, » disait-il,
aux principes des whigs
sont plutôt conformes
;
))
mes
))
les
»
pour un tory que pour un whig, ce qui prouve
»
que
))
qu'aux choses.
(!)
portraits de personnes sont plutôt d'accord
préjugés des tories; et je passe plus souvent
les
hommes
lot traduisit,
que de
en 1763,
aux personnes
»
paraît être celle
s'agissait encore
la
font plus attention
La première traduction
Hume
avec
française des
œuvres historiques de
que l'abbé Prévost publia en 1760. l'histoire
l'histoire
dernière partie du travail de
de
de
la
la
Il
ne
maison des Stuarts. M^^ Be-
maison des Tudors,
Hume. Hume
n'était
et
en 1765
guère heureux
— D'ailleurs,
il
— malgré ses
faut l'avouer,
Hume
rester libéral,
38
pour
efforts
était conduit par les tendances de
son système à devenir, sans
le
vouloir,
un peu indul-
gent pour labsolutisme. Disciple de Hobbes en philosophie,
contré avec
on nie
étonnant
n'est pas
il
lui
sur
qu'il se soit parfois ren-
le terrain
le libre-arbitre,
de
quand on réduit
ensemble d'habitudes,
n'être qu'un
Quand
la politique.
raison à
la
n'est-il
pas natu-
qu'on se défie des innovations, qu'on doute du
rel
progrès, et que, par un faux esprit de conservation,
on en vienne à accepter, à chérir
même
le
pouvoir
absolu? De plus, par son atticisme et son bon goût.
Hume parti le
une propension
avait
monarchique
naturelle à
aimer
le
autant l'élégance aristocratique,
:
courage malheureux
ses amis l'attiraient
et
et le
digne de Charles P^
charmaient, autant
et
il
de
était
rebuté dans sa délicatesse naturelle, dans son amour
de
la
tes
sier
mesure, par
du
Quoi
qu'il
Hume
vigoureuses et arden-
opposé, par ce langage plébéien
parti
que Voltaire appelait
de Cromwell.
que
les passions
« le
et gros-
galimatias prophétique
»
en soit, nous croyons pouvoir affirmer
n'a apporté,
époque tourmentée de parti pris d'adhésion
dans ses jugements sur cette l'histoire d'Angleterre,
ou de blâme.
aucun
Si ses conclusions
se sont en maints endroits écartées de la vérité,
nécessaire
en
fait
,
de traducteurs. M»ie Belot traduisait, par exemple,
aristocracij
est-il
pour expliquer ces inexactitudes de juge-
par ces mots
:
aristocratie polie.
tlie
Polish
|
^ ment
trop naturelles à la faiblesse humaine, de recou-
comme
rir,
mauvaise
Aucun tes
—
39
Ta
foi
fait
M. Macaulay, à une imputation de
(1)?
incident remarquable ne troubla les patien-
Hume
recherches que pendant dix années
suivit à
Edimbourg, pour amasser
achever
la
les
pour-
matériaux
et
composition de son Histoire. En 1757,
publia V Histoire naturelle de la religion peut-être de ses ouvrages.
,
En 1760,
piquant
le plus il
il
se mêla à la
polémique que souleva en Ecosse l'apparition des prétendus poëmes d'Ossian. gloire nationale,
relevait l'éclat,
Macpherson
ment
le
;
Hume, très-amoureux de
la
très-sympathique à tout ce qui en se
d'abord
déclara
de
partisan
le
mais son esprit critique reprit prompte-
dessus, et
il
Hume
Enfin, en 1763,
reconnut volontiers son erreur.
œuvre
avait terminé sa grande
historique (les derniers volumes parurent en 176^); il
en
Hume, sans
«
(l)
»
de ses
s'apprêtait à passer tranquillement le reste
affirmer positivement plus qu'il ne pense,
relief toutes les
» glisse » actes
légèrement sur celles qui
du
parti qu'il
met
circonstances qui favorisent son opinion. lui
Il
sont contraires... Tous les
combat sont examinés avec
la
plus grande
toute circonstance équivoque devient matière à
com-
»
sévérité
»
mentaires et à invectives. Ce qui ne peut être nié est au moins
;
»
atténué ou passé sous silence. Parfois
»
mais cette candeur insidieuse ne
»
masse énorme de sophismes
Review
,
Macaalay.
Grimm
))
qu'un grief contre M.
»
qui
p. 181
le fait ,
il
fait
des concessions
qu'accroître
l'effet
,
:
c'est d'aimer trop le paradoxe, ce
déraisonner quelquefois, et d'être jacobite
édition de 1829).
de cette
mass of sophistrij). Edimhurg presque du même avis « Je n'ai
{vafst
était
Hume
fait
»
(tome
I
,
—
40
~
jours à Edimbourg, lorsque les événements le rejetèrent de
nouveau dans
la vie
active.
Lambassadeurlord Hertford lui proposa de l'accompagner à Paris, avec
Hume
d'ambassade.
taire
lopinion parisienne.
meur
Il
que
l'y
nommer
refusa d'abord
il
:
secré-
redoutait
ne se sentait ni d'âge ni d'hu-
une société qui passait pour être
à réussir dans
aussi légère
promesse de
la
brillante.
Les instances de lord Hert-
ford entraînèrent cependant sa résolution, n'eut pas à s'en repentir.
Dans
et
Hume
cette longue vie,
que
remplissent les travaux de tout genre pour obtenir le succès, et, le plus souvent, le chagrin de ne lavoir
pas obtenu,
voyage à Paris vint à propos pour
le
couronner par un véritable triomphe rieuse des existences. Le séjour de
ne
fut
ses
qu'une série d'ovations.
Mémoires de
»
effets
))
cueil qui
»
la
:
Il
mode ne pourront
me
Hume
fut fait à Paris
.femmes du rang
le
en France
nous l'apprend dans
Ceux qui n'ont pas vu
«
plus labo-
la
les étranges
pas s'imaginer
par les
hommes
l'ac-
et les
plus élevé. Plus je voulais ré-
»
sister à leurs civilités excessives, plus je recevais
))
de louanges.
))
vivre à Paris,
^)
sensibles,
»
Il
y a une véritable satisfaction de à cause
éclairés,
du grand nombre de gens
polis
que contient
cette cité,
supérieure en cela à toute autre ville du monde(l).
»
Plusieurs causes contribuèrent à l'engouement des Parisiens.
vétius
(1)
,
Hume
M"^^
Hume
,
avait déjà des amis en France
de Boufflers
31 1/
own
llfe
,
lui firent le plus
p. xx.
:
Hel-
engageant
— 41 — Sa réputation
accueil.
peu
parmi
factice, car,
saient cortège,
était
grande
admirateurs qui
les
seraient devenus ses détracteurs
,
fai-
lui
plupart ne l'avaient pas
la
un
réputation
:
lu,
et
avaient connu
s'ils
ses ouvrages. D'un autre côté, sa qualité d'étranger
hommes de
désarn^ait la jalousie des
On
lettres.
par-
donnait volontiers son succès à un Ecossais de pas-
comme on pardonne
sage,
son caractère
n'en jouit plus. Enfin,
un mort qui
sa gloire à
uni à
officiel,
ses titres littéraires, fixait l'attention et appelait les
hommages. Aussi
fut-il
chez M. de Choiseul
fêté
dans tous
salons
les
chez W^^ de Pompadour,
,
:
même
à la cour (1).
Quelques
aux
(1)
railleries se
Hume
flatteries.
On
:
»
nière, lorsque j'ai
»
phin
»
enfant dix ans
,
Voici ce qui m'est arrivé
«
s'arrêta droit devant
»
j'avais d'amis et d'admirateurs
mettait du
»
sieurs passages de
))
frère
le
la
semaine der-
Le duc de Berry (Louis XVI)
»
,
ne distingua
,
eu l'honneur d'être présenté aux
à Versailles.
,
enivré d'encens
,
connaît la délicieuse anecdote qu'il raconte dans une
Robertson
lettre à
mêlèrent aux compliments et
nombre par ,
moi
me
et
,
fils ,
dit
dans ce pays, ajoutant trouvé à
le plaisir qu'il avait
mes ouvrages. Quand
comte de Provence (Louis XVIII)
il
,
du Dau-
l'aîné,
un
combien qu'il se
plu-
lire
eut achevé
,
son
de deux ans plus
»
prit la parole et me dit que j'avais été longtemps et impatiemment attendu en France et qu'il attendait pour son compte un grand intérêt de la lecture de ma belle histoire.
» ))
jeune
,
,
»
Mais ce n'est pas tout
»
(Charles
»
butier quelques mots, qui
»
ment qu'on
»
pas retenu tout entier...
X)
,
;
quand je fus devant
le
comte d'Artois
qui n'est âgé que de quatre ans, je l'entendis bal-
lui avait
me
parurent faire partie d'un compli^
sans doute appris et que l'enfant n'avait »
Burton, tome
II,
p. 177,
42
—
connaît
le
— que
On
éloges.
les
Grimm
écrivit
« c'est
que toutes
ché, et que
»
Ce
a
:
))
dans leur société.
))
David
»
tend finement;
»
qu'il parle
:
C'est
il
dit
leur, ni grâce
qui soit propre à
»
mantes
»
femmes.
»
pie (1)
il
est lourd;
agrément dans
ni
il
cha-
ni
n'a
l'esprit
,
ni rien
au ramage de ces char-
s'allier
machines qu'on appelle des
petites
en-
il
;
quelquefois avec sel^ quoi-
peu; mais ,
homme que
un excellent
est naturellement serein
»
jolies
que nous sommes un drôle de peuRien n'est amusant
»
Mémoires de
les
se le sont arra-
il
»
!
femmes
les jolies
dit-il,
gros philosophe écossais s'est plu
le
Hume
malicieux portrait que
y a de plaisant, »
qu'il
M"'^
comme de
d'Epinay,
voir, dans
tentés
efforts
les
par ces Parisiennes élégantes et frivoles pour faire du
homme
bon Ecossais un on
allait
mode
à la
pas (2). Idole improvisée,
brillait
un
et
bel esprit;
jusqu'à lui faire jouer des charades, et il
il
n'y
avait de la peine
à justifier tant d'enthousiasme.
(1)
Grimm,
(2) «
»
...
le rôle
vol.
Il fît
V,
p. 125.
son début chez
M^^^^
^q T...
;
on
lui avait destiné
d'un sultan assis entre deux esclaves, employant toute
aimer
»
son élovquence pour s'en
»
il
»
on
)»
Paris
n
genoux à plusieurs reprises
w
leur dire
w
Eh
»
d'heure, sans qu'il put en sortir.
trouvant inexorables
,
devait chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance
:
le
place sur ;
il
un
faire
sofa entre les
regarde attentivement
les
que
:
Eh
,
et
les
;
deux plus ;
il
jolies
femmes de
se frappe le ventre et les
ne trouve jamais autre chose à
bien! mesdemoiselles...
Eh
bien! vous voilà donc!
bien! vous voilà... vous voilà ici! Cette phrase dura
» ticnce.
Ah!
dit-elle
,
je
m'en
Une
d'elles
un quart
se leva d'impa-
étais bien douté; cet
homme
n'est
—
—
43
Ses succès mondains ne
lui faisaient d'ailleurs
pas
négliger quelques relations plus sérieuses. Parmi tous
hommes
les
ou éminents que renfermait
distingués
semble
,
d'Alembert
et à Turgot.
il
Après eux, ceux dont
conversation et
férait la
de préférence à
s'être attaché
alors Paris
le
pré-
il
caractère étaient Diderot,
Helvélius, et aussi Duclos, le président Hénault; enfin
Buffon, dont
il
ses amis d'Ecosse
disait à
ressemble à un maréchal de France.
Au
«
:
Buffon
»
milieu des caresses un peu affectées qu'on lui
Hume
prodiguait,
avait eu quelque peine à garder son
sang-iroid. Le contraste de l'aménité et de la gentilfrançaises avec la froideur et la prud'homie de
lesse
ses compatriotes le frappait vivement. fut si forte
,
qu'il faillit se fixer
((
On
))
France vaut mieux encore
»
l'on
))
Paris. » Et ailleurs
))
en décadence
»
bords de
a
beaucoup parlé de
«
:
Grèce il
))
,
disait-il
« la
,
n'y a pas de pays oii
Le goût des
comme parmi
ici,
Tamise
la
;
pour toujours à Paris.
honneur au génie comme à
rendre
sache
la
La séduction
(1).
lettres n'est
les
pas
barbares des
))
Cependant sa pensée se retournait sans cesse vers calme
sa
et
modeste
retraite
d'Edimbourg.
»
bon qu'à manger du veau
»
de si^ectateur et n'en est pas moins
de Mn^e d'Epinay
,
vol. III
,
!
Depuis ce jour
il
Du
est relégué
fêté- et cajolé.
»
milieu
au rôle
Mémoires
p. 284.
la y aurait une étude intéressante à faire sous ce titre société française au dix-huitième siècle d'après la correspondance (1)
de
Il
Hume. Sauf quelques
lité,
:
traits
d'affectation ridicule
ce tableau serait tout à l'honneur de notre pays.
ou de
frivo-
des
hommages
lui venait
qui l'obsédaient,
au cœur. Aussi
rappelé en Angleterre,
,
le
regret du pays natal
lorsque lord Hertford fut
Hume, après
avoir prolongé de
quelques mois son séjour à Paris en qualité de chargé
ne tarda pas, malgré quelques hésitations,
d'affaires,
à reprendre
le
chemin de
l'Ecosse.
dit sans
Il
ennui
adieu aux grandeurs, et se replongea, sans murmure,
dans l'humilité de sa
vie.
Il
emportait dans
la soli-
tude la conscience d'avoir dignement rempli ses fonctions, le
doux souvenir de
contrée en France
la
faveur qu'il avait ren-
de quoi enfin embellir
,
et consoler
par l'imagination la tristesse de ses derniers jours.
un
C'est sous
lesse,
si
ciel serein
que se
fût écoulée sa
vieil-
sa brouillerie avec Rousseau, et plus tard
ses souffrances physiques, n'y avaient jeté quelques
ombres
et
semé quelques nuages que
Triste histoire
prochèrent un
de s'entendre
celle
!
des événements qui rap-
moment deux grands
et
de s'aimer, pour
par une querelle bruyante, et
les
esprits, dignes
séparer ensuite
animer
les
l'un contre
haine mortelle! C'est M'"^ de Boufflers
l'autre d'une
qui fut l'introductrice de Rousseau auprès de
Dès 1761,
elle était
entrée en relations avec l'historien
écossais, en lui écrivant le
goût du temps.
dut sourire à vrage,
))
de sa
une
emphatique, dans
lettre
Hume, peu
cajolé dans son pays,
entendre parler de son ((
Hume,
diviîie impartialité ; »
sible à d'aussi gracieuses
avances
;
«
mais
sublime ouil
et lorsque
Boufflers lui
recommanda Rousseau,
lui offrir ses
services et sa protection
il
:
fut sen-
M™^ de
s'empressa de « J'ai
de
l'es-
—
—
45
écrivait-il alors
j'allais
dire de la véné-
))
time
»
ration,
))
Je révère cette grandeur d'âme qui lui fait éviter
»
les
))
de penser que
))
efforcé
»
maximes.
,
))
pour
((
,
vertu et le génie de
la
obligations et la dépendance;
de
lui »
,
ressembler dans
Mais
Hume
))
vie
je
,
me
«
:
suis
pratique de ces
pousser quelques
pour se convaincre que
înême
Nous sommes maintenant assez
heureux pour posséder un
» j'ai
vanité
n'entendait pas l'indépendance dans le
sens que Rousseau ))
la
de
suffit
il
lignes plus loin la lecture,
Rousseau.
et j'ai la
ma
durant toute
J.-J.
roi
ami des
lettres;
pensé que Rousseau ne dédaignerait pas
bienfaits d'un aussi
grand monarque.
» C'était
et les
bien
mal connaître ce misanthrope exalté, ce maniaque d'indépendance, qui voyait dans tout protecteur un maître,
qui
et
appelait
lourde des chaînes
reconnaissance
la
la
plus
!
La vraie cause de
rupture fut précisément
la
la
dissemblance profonde de deux caractères, qui avaient cru se convenir, dans un premier élan d'admiration
réciproque, mais qui ne tardèrent pas à se heurter.
Hume, dans éclater
sa
rente.
Il
vice;
il
ses rapports avec Rousseau, laissa trop
supériorité
accabla
le
d'homme bien posé
pauvre
laissa trop
fugitif
de ses
offres
naïvement paraître
et
bien
de ser-
la joie
qu'il
éprouvait à présenter à TAngleterre, sous son patro-
nage, un aussi grand homme. fectation
,
« J'espère, »
y
je puis dire
si ))
installer
disait-il,
,
le
« être
Il
se
fit
avec trop
d'af-
montreur de Rousseau
:
bientôt à Londres pour
Rousseau, Rousseau qui a refusé
les in-
—
moitié des princes et des rois de
»
vitations
de
»
l'Europe
je
»
fortune, que le
;
» voudrais. Il
âme
n'en
la
—
46
ne pouvais désirer une meilleure bonue privilège de le montrer à
qui je
»
pas davantage pour effaroucher une
fallait
Avec son bon
délicate et aigrie par Tinfortune.
sens un peu épais, avec son flegme impassible, n'avait pas assez
Hume
de finesse pour comprendre un ca-
ractère aussi compliqué que celui de Rousseau.
sut pas
ménager ce cœur endolori
sensibilité maladive. Enfin,
il
ne
Il
ni satisfaire cette
,
pécha surtout par ma-
ladresse et par excès de zèle. Il
pécha aussi, après coup,
gravement,
et plus
lorsqu'il s'emporta jusqu'à publier les lettres
seau, pour se défendre, soupçons.
Il
est vrai, contre d'injustes
il
n'en eut pas moins le tort de vouloir trop
bruyamment avoir Jean-Jacques décrier
raison.
le traiter
,
amèrement
en enfant
en malade
,
celui qui avait été son
sang-froid et de philosophie. d'être indulgent
avait tout
fait
pour
lui
pour être
et
capable d'avoir trempé dans
le
Walpole, cause principale de
((
Je regarde
malheur de
ma
vie. »
nous
ami. Ce
Rousseau.
Il
le
croyons in-
pamphlet d'Horace
la
la sincérité,
querelle. la
comme
Ce
qui
loyauté de ses
avec laquelle
cette aventure
non
son hôte. Ses torts en-
utile à
la tristesse
et
convient néanmoins
Il
:
prouve, à nos yeux,
,
Hume manqua de
comme pour
lui furent involontaires
intentions, c'est
dû pardonner à
aurait
11
jour-là, chose rare dans sa vie,
vers
de Rous-
le
il
s'écriait
:
plus grand
—
—
47
Tandis que Rousseau repartait pour
cœur
et
,
le
,
un
tion qu'il avait
instant ressentie
calme de sa vie studieuse. fois,
France
pour y reprendre son existence vagamisérable, Hume, bientôt remis de Témo-
ulcéré
bonde
la
en 1767, lorsque
le
Il
rentrait dans le
,
n'en sortit plus qu'une
Gonway
général
Londres, pour occuper au ministère des
l'appela à
affaires étran-
gères les fonctions de sous-secrétaire d'Etat.
Après
un court passage au pouvoir. Hume retourna
Edim-
bourg (1769).
«
Je
me
trouvais,
nous
»
à
dit-il, « très-
»
riche et très-heureux (car je possédais un revenu
»
annuel de 1000
»
rage, j'avais l'espoir de jouir longtemps de
»
aisance
et
livres).
d'assister
Quoique un peu
rapide
d'une santé
la correction
voulait consacrer les loisirs à
de ses œuvres
pondance ou de
la
usée
Hume.
par Texcès du travail trompa les espérances de il
mon
aux progrès de ma réputa-
» tion. » L'affaiblissement
Cette vieillesse, dont
par
affaibli
,
aux
de
joies
la
corres-
conversation, fut attristée et abré-
gée par une maladie douloureuse qui
consuma
le
len-
tement. Les sept années qu'il vécut encore ne furent
pour ainsi dire que
le
long et insensible épuisement
de ses forces physiques.
Quant à son
esprit,
il
resta
jusqu'au bout jeune, libre, inflexible. Des préoccupations
patriotiques
l'Amérique
,
à
de
l'occasion
quelques velléités d'écrire
l'Angleterre au dix-huitième siècle
dance assez active avec Gibbon entreliens
Adam
guerre avec
la
familiers
avec
ses
,
l'histoire
de
une correspon-
et
amis,
Robertson, des surtout
avec
Smith, pour lequel son affection croissait avec
— dont
l'âge, et
les
48
—
succès ne le rendaient point jaloux;
enfin et surtout la préparation d'une nouvelle édition
de ses œuvres,
telles furent les dernières
pensées, les
du vertueux philosophe auquel une grande dame anglaise (lady Elliot Murray) écri« Vous êtes un vait avec une admiration méritée dernières
actions
,
:
saint dans votre genre
Ce
»
sans émotion qu'on
n'est pas
d'Adam Smith
!
le récit
de
dans
lit
mort de Hume. Prévue
la
de longue date, presque prédite à jour esprit courageux accueillie sans
qu'elle
les lettres
fixe par
ne troublait pas,
murmure, comme l'événement
simple du monde. C'est bien ainsi qu'on rêve d'un sage
sans illusion sur
:
ne se révolte point contre
le trépas
d'avoir vécu
faible qu'il est,
des jours que
la petitesse
la
nature
lui
quillement ses préparatifs
si
;
il
un fut
elle
le plus la
mort
humaine,
il
s'étonne plutôt,
longtemps. Satisfait
a comptés,
de départ,
il
et
fait
tran-
expire au
milieu de ses amis, en plaisantant doucement, avec
de mélancoliques sourires, sur espérances
la
brièveté de nos
!
Ce détachement des choses humaines, sibilité
devant
la
mort suppose
un cœur vide de grandes rien autour de lui tence. Ses amis
,
se passer de lui.
dans ))
la
cette impas-
d'ailleurs, avouons-le,
affections.
Hume
n'avait
qui l'attachât fortement à l'exis-
ses parents pouvaient à la rigueur Il
se réjouissait de les laisser tous
plus complète prospérité
véritable satisfaction,
entretien qui nous
»
:
disait-il
« J'en
ressens une
à Smith dans
un
donne, mieux que tout commen-
—
de douceur calme, de courage
taire, la note exacte
aimable, qui
marqua
» satisfaction
est
»
l'autre
))
Lucien
jour, je
,
moments.
ses derniers
complète,
si
en
—
49
lisant
que
a
Dialogues des morts de
les
cette réflexion
faisais
Cette
f(
ajoutait-il,
))
me
quil
serait
»
impossible de trouver une excuse qui pût contenter
»
Caron,
lorsqu'il
» que. Je n'ai pas
m'engagera à monter dans sa bar-
de maison à achever, pas de
))
marier, pas d ennemi dont je désire
M
Tout au plus pourrai-je
lui dire
:
me
fille
à
venger.
— Cher Caron,
en train de corriger mes ouvrages; accorde-
» je suis
—
me
»
moi encore un peu de temps.
»
répondrait
»
de
»
et cela
»
lent
))
du
))
verrai tomber peut-être quelques-unes
»
superstitieuses qui
))
Caron,
»
que dans plusieurs centaines d'années
))
je veuille t'attendre jusque-là (1)?... » C'est sur ce
:
finira
public.
ton de
faire
de nouvelles,
jamais. — Prends patience,
Si je
bonne humeur, que
Hume
et
parlait
Mais
cela :
n arrivera crois-tu
de sa
fin
(l)
Burton
le %'6
,
tome
la
mort. Les progrès de
l'égalité
août 1776.
II, p. 511.
que
prochaine, et pour
de son caractère ni
vigueur de ses convictions philosophiques.
de mourir
— Alors
avec cette inaltérable tran-
avec Tidée de
maladie n'altérèrent ni
yeux
des idées
dominent aujourd'hui. :
excel-
les
années encore, je
vis quelques
perdant patience
ainsi dire jouait la
voudras en
succès
le
Caron; laisse-moi achever d'ouvrir
quillité,
la
Lorsque tu auras constaté
tes corrections, tu
ne
Mais Caron
Il
Il
acheva
avait soixante-cinq ans.
— On
50
—
discutera longtemps encore la valeur des opi-
Hume.
nions de
Cette discussion durera autant
que
la
philosophie elle-même. Mais ce qu'on ne saurait contester sans injustice, ce
que ce
livre,
nous lespérons,
Hume
a été un assez
grand agitateur d'idées. En histoire,
en économie
contribuera à montrer, c'est que
politique, dans toutes les parties de la philosophie,
dans
critique littéraire,
la
efforts féconds qui,
découverte de
la
rement
ils
Ce qui
il
en secouant
la vérité,
par ces
s'est signalé
les esprits,
préparent
même que
alors
passagè-
aboutiraient à l'erreur.
Hume
aussi chez
est
au-dessus de
toute
contestation, c'est le talent de lecrivain, lexcellence
des qualités
littéraires.
Il
doute
est sans
erreurs que
de
écrit
dans une
Hume
lui-même
prononcer un jugement sur un livre langue étrangère. Les
difficile
a commises, dans ses appréciations sur les écrivains
doivent nous
français,
pas avisé, en effet,
s'est-il
sublime raît
poésie
style
de
netteté.
de louer
Ne
naturel et la
le
de Fléchier?
Hume
est
admirable
Les historiens aussi
reconnaître ses grandes qualités jours égal et
facile,
son
simple, plus expressif dans maine. Dans les Essais
gance
(1)
prudence.
la
Il
nous pa-
cependant permis de dire que l'exposition phi-
losophique
de
du
à
inviter
,
il
^
style
sont
de
clarté
unanimes
de narrateur. est
à
Tou-
cependant plus
le Traité de la
avec plus d'art
Nature hu-
et plus d'élé-
y a trop d'apprêt et trop d'agrément (1
Nous avons peine à comprendre qu'un
et
critique de
); et
Hume
ait
— comme
Dugald Stewart
le dit
que
»
plus à son avantage. Je
»
côté
))
fait
»
l'exposition (1).
le talent
qu
ait
il
ne
Hume
dans
le Traité
se montre le
crois pas^ d'un autre
jamais déployé plus d'habileté ou
preuve de plus de goût au point de vue de »
Quel que
jugement que Ton porte sur il
« C'est
:
métaphysique de
»
,
—
51
soit par
homme,
la gloire
le
Hume,
de
les doctrines
reste, avec le mérite d'avoir
lui
conséquent
vécu en honnête
d'avoir été malgré tout
un profond
penseur et un excellent écrivain.
Ce
qui
de sa
surtout à nos
fait
yeux
vie, c est son infatigable
beauté
l'unité et la
amour pour
la philoso-
phie et les lettres. Son existence n'a été ni animée par de grandes* passions
mais
nous
elle
,
ni féconde en
offre le spectacle
événements
encourageant des
beurs opiniâtres du plus studieux des hommes.
que la
peuvent pour occuper une âme
les lettres
purifier,
pour
l'élever
sans
cesse, on
,
le
;
la-
Ce
pour sait,
quand on connaît David Hume. Les vertus, que d'autres pratiquent
du devoir,
et
par amour de Dieu, ou par conscience
dont on est quelquefois disposé à faire
bon marché, quand on a perdu
même
la foi
conserva.
Il
M
«
:
celui
Le
du
fut
(l)
lui
tempérant, courageux, patient, parce
de sa pensée, parce
style des Essais est aussi facile
Traité est obscur et embarrassé.
sciences philosophiques. Art. D.
Dugald Stewart,
p. 171.
religieuse et
philosophique, l'amour des lettres les
qu'il avait souci
écrit
la foi
«
Of
qu'il veillait
avec
clair et agréable
,
»
V. Dictionnaire
que des
Hume.
the progress of philosophy
,
»
partie II,
— un
52
-
soin jaloux sur le trésor d'idées qu'il portait en lui.
D'un autre côté, tout ce que peut produire de qualités dans veillance pour les autres
térieure de l'honnête
des
l'école
la politesse et
en un mot
tout ce qui constitue
,
de
l'esprit
caractère, la bienl'affabilité,
scrupuleuse, la loyauté dans les engage-
l'intégrité
ments
,
la culture
le
homme, Hume
Pour
lettres.
elles
un héros de résignation énergies dont
et
la
tenue ex-
encore à
l'apprit
fut, à certains jours,
il
de courage;
et les viriles
preuve jusqu'au dernier jour,
il fit
c'est
l'ardeur sainte de l'étude qui en rallumait sans cesse le
foyer dans son Si
cœur
!
passion des lettres donne à la vie de
la
un certain
air
de noblesse
,
Hume
pour avoir été inca-
c'est
pable de toute autre passion que son caractère de-
meure comme découronné
et
incomplet, et
qu'il
nous
force à l'estime sans entraîner l'admiration. Ce je sais quoi, qui
voque
la
toire
la
hommes,
certains
sympathie, qui nous
les siècles,
cœur,
charme dans
les fait
c'est la sensibilité,
c'est
Hume. Et
tièrement défaut à
médiable
l'abondance de
A
vrai dire,
sans doute un égoïste à
de ceux dont
le
la
l'his-
sais quoi fait en-
voilà le secret de l'irré-
de son âme
infériorité
par tant de parties.
rieurs,
aimer à travers
flamme divine de l'enthousiasme, que
nous révèle chez eux. Ce je ne
ne
qui pro-
,
grande néanmoins
Hume
façon des
fut
un égoïste:
hommes
moi se confond avec
les
supéplus
hautes pensées, avec les œuvres les plus sublimes de l'esprit;
mais enfin
ne donna son âme
il
et
ne
sortit
jamais de lui-même.
son cœur
ni à
Il
dautres êtres vi-
— Devants, ni Il
ne
même
fut ni
un
à une cause politique ou religieuse.
patriote, ni
un
homme
dans son passage aux affaires qu'un
d'état.
moyen
Il
ne
vit
d'amélio-
rer son sort, pour vaquer plus facilement ensuite à la
culture de son esprit.
losophe d'action
Il
ne
fut pas
davantage un phi-
de propagande. C'est avec une
et
nonchalance tout épicurienne, et quelque dédain du
monde,
qu'il laissait
tomber de sa plume ses pensées
philosophiques, sans s'inquiéter de
l'effet
salutaire
pernicieux qu'elles pourraient produire sur les
mes. En un mot, viteur de sa
largement
ne
fut, toute sa vie,
propre intelligence.
son
âme
Cette stérilité de tristesse
il
à
cœur
que nous
Il
que
les
hommes
ser-
des affections désintéressées. est la
laisse,
,
hom-
le
n'ouvrit jamais
cause de l'impression de
après tout, sa vie,
étudiée avec déférence et sympathie. Ceux
parmi
ou
là
même seuls,
obtiennent d'être aimés complète-
ment, qui ont aimé eux-mêmes autre chose que des abstractions et des idées pures
!
LA PHILOSOPHIE DE
DAVID HUME CHAPITRE PREMIER.
LES
DE
ORIGINES
LA PHILOSOPHIE
DE D.
HUME.
LES
CARACTÈRES PRINCIPAUX DE SA MÉTHODE.
Hume
avant tout un psychologue.
Le
scepti-
cisme de ses conclusions a généralement
fait
oublier
le
est
caractère psychologique de ses recherches
n'est pas
:
mais
il
nécessaire de l'étudier longtemps pour se
convaincre que
l'effort
de sa pensée a surtout porté
sur l'analyse de
la
conscience. Cela est
connaissance de
la
nature humaine
si
vrai
lui paraît
que
la
la
seule
science à laquelle puisse aspirer Thumanité (1). Par là
Hume
appartient
aux grandes
traditions de la phi-
losophie anglaise. L'observation des
(1)
tome
«
Human
I, p. 336.
nature
is
the only science of
phénomènes de
man.
»
Œuvres phiL,
—
—
56
l'âme a été en effet de tout temps la vocation presque
exclusive des philo-ophes de il
remarquer que leurs
est à
plus d'une
penseurs de notre pays.
et
Grande-Bretagne
écrits
le
d'oii
et
les
que remonte à
C'est ainsi
mouvement
,
en ce genre ont
exercé une influence décisive sur
foi
l'Angleterre
la
est sorti Condillac
son école. Le Traité des Sensations ne descend-il
pas en ligne directe de V Essai sur r Entendement? Et
de même, sans rien ôter à loriginalité des philosophes qui, au dix-neuvième
mains
les destinées
siècle, ont
delà psychologie française,
pas certain que par leur méthode
intimement à
tenu dans leurs
ils
n'est-il
se rattachent
l'école écossaise?
Celte suprématie presque incontestée dans les
des qui se rapportent à terre
ne
la
nature humaine, l'Angle-
paraît pas d'ailleurs disposée à l'abandonner.
Avec récole écossaise ne
s'est
pas épuisée
psychologique de cette race d observateurs ditatifs.
étu-
la
et
sève
de mé-
Voici en effet qu'après Reid, après Dugald-
Stewart, après Hamilton leur dernier disciple, disciple plus grand
psychologie
que ses maîtres, une nouvelle école de
s'est
fondée, qui atteste sa fécondité par
des travaux considérables, et qui groupe autour d'elle
dans des croyances communes,
malgré
la
diversité
des talents et des physionomies, un grand nombre de savants illustres en leur pays, M. Stuart Mill, M. Bain,
M. Spencer,
(l)
et d'autres
encore (1).
Voir, sur ce sujet, le livre instructif de
ouvrage français qui nous
ait
M. Ribot,
le
premier
présenté un tableau complet de l'école
— Mais
si les
s'en faut
attire
les
s
accordent dans leur
recherches psychologiques,
que dans ces études, vers lesquelles
une prédilection naturelle,
succès marqué, sent
—
philosophes anglais
goût prédominant pour il
57
ils
apportent
le
où
et
môme
les
les relient
un
esprit et obéis-
aux mêmes tendances. La psychologie anglaise a
toujours suivi un double courant traste entre les
deux écoles
que de nos jours.
sissant
;
et
jamais
con-
été plus sai-
rivales n'a
A
le
de spiritualistes
côté
convaincus, qui, tout en se complaisant dans Fobser-
phénomènes de lame, ny cherchent que
vation des
des
fondements solides pour une métaphysique fu-
ture, se rangent, et en grand
nombre, sous un autre
drapeau, des philosophes empiriques, qui s'autorisent
précisément des conclusions de leur psychologie pour
prononcer
la
condamnation de toute métaphysique.
Limitant leurs recherches aux phénomènes que nous offre,
pour
ainsi dire, la surface
sophes s'interdisent d'en étudier soit
qu'ils refusent à l'esprit
de le
1
âme, ces philo-
fond et l'essence,
humain
pouvoir de
le
pénétrer jusque-là, soit que, plus absolus encore, considèrent les substances et les causes que
de vaines
Quel tiviste
comme
la
développement posi-
psychologie anglaise? Est-il
s'accroître encore,
ou à disparaître avec
destiné
les
anglaise contemporaine
:
La Psychologie anglaise
Ladrange, 1870.
(
à
hommes
qui en sont aujourd'hui les promoteurs? C'est
taie). 1 vol.
ne
et imaginaires entités.
est l'avenir réservé à ce
de
ils
une
Ecole expèrimer\-^
—
58
—
question qu'il serait téméraire de vouloir préjuger.
Mais ce
dès à présent permis d'éclaircir et de
qu'il est
reconnaître, ce sont les origines de cette école, moins
nouvelle qu'elle ne
le paraît
psychologie expérimentale
au premier abord. La
ou
phénoménale
que l'entendent quelques-uns des prits
de l'Angleterre contemporaine
est
,
la
Hume, sans inspirateurs
lui
aussi ses devanciers
nous allons essayer de
à l'heure. Mais
il
est le
publia
1739
date précise de sa naissance.
la
doute, a eu :
y a
il
c'est à l'année
Nature humaine,
qu'on peut rapporter
née
Hume
longtemps. C'est à l'époque où David
son Traité de
telle
,
plus brillants es-
premier qui
le
ait
,
ses
montrer tout
inauguré avec
des développements considérables, et en écartant tout principe rationnel, cette méthode exclusivement pirique, dont
aujourd'hui
une véritable légion d'observateurs
il
fait
l'instrument de ses investigations et de
ses découvertes. Aussi laquelle
em
n'est-il
n'y ait accord entre
guère de question sur
Hume
et ces
prétendus
novateurs, qui semblent parfois avoir oublié
le
nom
d'un maître, dont les leçons leur ont cependant profité
sur tant de points. Quelque originales, quelque
inattendues que paraissent les conceptions contemporaines, elles n'en sont pas
formes
aux
moins
théories exprimées
le ,
plus souvent con-
ou aux espérances
entrevues par Hume. Et ce résultat n'étonnera personne,
si l'on
veut bien considérer que des penseurs
qui partent de principes semblables, et qui emploient
une méthode identique, doivent nécessairement aboutir
à des conclusions analogues.
— Hume
Mais
soyons à s'est
59
—
lui-même, quelque disposés que nous
faire
Hume
grande sa part d'originalité,
largement inspiré des philosophes qui
l'ont pré-
cédé. Quoiqu'il n'aime guère à présenter sa doctrine
sous
patronage de
le
la
presque pas de citations
tradition, quoiqu'il ne fasse ,
et qu'il
semble plutôt pren-
dre soin de dissimuler les rapports qui le rattachent
historiquement à ses devanciers
,
il
est certain qu'il a
été avant tout le disciple conséquent
Berkeley. Certes
de Locke
être,
( c'est
le
de
pour dégager des principes de ces
,
philosophes tout un système rigoureusement fallait
et
sinon
«
lié,
il
un métaphysicien de génie
»
jugement de Cousin), du moins un penseur
habile et subtil (1). Mais nous ne ferons pas tort à
notre admiration pour
Hume, en
sayant de prouver que, pour étaient
affirmant et en es-
la plupart, ses
contenues en germe dans
les écrits
théories
de ses
prédécesseurs.
I
Bien que les traditions du rationalisme aient été
en Angleterre brillamment représentées, au dix-septième siècle et au par des
hommes
commencement du
tels
ton, Shaftesbury,
que Cudworth
les
,
dix-huitième,
Clarke, Wollas-
tendances générales s'accen-
tuaient de plus en plus dans le sens de l'empirisme.
(1)
«Hume, métaphysicien de
génie et
sin, Philosophie écossaise, 1819, p. 20.
homme
excellent.» Cou-
— Bacon
Hobbes, on
et
-
60
ce développement considérable
doute,
du sensualisme. Sans
matérialisme absolu de Hobbes effraya les
le
écoles et les universités anglaises
et
,
son succès se
réduisit à soulever de très-vives polémiques.
même
que Hobbes avait
le
n'en est pas
il
contemporains l'esprit
,
moins vrai
premier formulé des principes
qui, après avoir d'abord rebuté
dans
y eut
marqua par un retour aux théo-
platoniciennes. Mais
ses
Il
contre un empirisme aussi grossier une réac-
tion violente, qui se ries
de
furent les initiateurs
le sait,
le
sens
commun de
insensiblement
s'acclimatèrent
des Anglais, et que nous retrouverons,
avec des adoucissements
et
des atténuations
ouvrages de Hume. D'un autre côté,
si
,
dans
Bacon
les
s'est
médiocrement occupé de philosophie morale,
si,
tout entier à son dessein de réformer l'étude de la
nature physique,
que,
et
défaire faut,
,
y)ar
a dédaigné l'analyse psychologi-
fil
,
la
travail stérile le soin
trame de
l'esprit
en revanche,' convenir qu'il a
ou non, tés
fil
il
comme un
regardé
l'instigateur
de tous
été,
humain
,
de il
volontairement
les efforts qui furent ten-
dans ce but par ses successeurs. La méthode
qu'il
avait
surtout conçue
comme
l'instrument des
sciences de la nature passa des mains des physiciens
dans
les
mains des psychologues
stamment
efforcé
,
quoiqu'il
y
ait
,
et
Hume
s'est
rarement réussi
con,
diriger ses recherches selon les lois et les règles
de
du
Novum Organum. Hobbes, pour y revenir encore, est véritablement le^premier ancêtre de Hume. Il suffirait , pour s'en
—
—
61
convaincre, de constater que Hobbes est
philosophe moderne
aux
de l'association des idées
lois
d après Hume,
le
premier
qui ait donné quelque attention
les ressorts essentiels
qui sont,
lois
:
de
l'esprit. L'ori-
gine des idées ramenée à l'unique source de la sensation, la négation de toute substance immatérielle, le
doute touchant
absolu
le
monde
extérieur, le nominalisme
qui ne voit de réalité que dans les mots, et
,
qui repousse
générale,
la
comme
illusoire
creuse
et
toute idée
mathématiques, voilà
critique des
les
traits
principaux des spéculations de Hobbes (1). Com-
ment
n'y pas reconnaître
avec
les
un
air
de parenté très-voisine
opinionsdeHume?Sur quelques
n'a fait que développer,
avec tous
points,
les artifices
lectique souple et ingénieuse, des théories
contenté d'affirmer,
s'était
si j'ose
Le spiritualisme anglais, dans organisa pour enrayer
le
Hume
d'une dia-
que Hobbes
dire, brutalement.
résistance qu'il
la
mouvement
et le
progrès du
sensualisme, se borna malheureusement à faire preuve
de
foi
plutôt
que de science
et
,
opposa aux doctrines
de ses adversaires des objurgations pieuses plutôt que de solides arguments. Aussi l'empirisme se propagea de plus en plus,
et
on
le vit
aboutir promptement
aux conclusions sceptiques,
qu'il contient
Ainsi un élève de Hobbes
Collins
,
,
en germe.
l'adversaire de
Clarke, composait un livre entier pour exprimer ses
doutes sur
(1)
V.
la liberté
Pteviie
M. de Rémusat.
des
humaine
et
soutenir
la
doctrine
Deux-Mondes, 1870. Article sur Hobbes, de
— de
la nécessité (1}
« Je
:
Dugald Stewart,
dit
«
~
62
ne connais pas d'argument,
employé par
pour combattre
»
les plus récents
»
ne trouve de germe dans
philosophes
les
la liberté,
de
les Essais
Quelques années auparavant
,
Glanvill
»
,
dont on
Collins. »
le
premier
en date des sceptiques anglais, avait attaqué cette notion de causalité qui est le fond de tout
dogma-
du
tisme, et préparé ainsi une des théories capitales
Traité de la Nature humaine, la confusion de la causalité
avec
succession habituelle
la
»
sance des causes
»
tive
»
intuition
;
» effets.
,
» disait
«
:
Glanvill
nous
;
est
déduc-
les saisissons
seulement par leurs
nous ne pouvons conclure qu'une
Ainsi,
chose est
cause d'une autre, sinon de ce qu'elle
la
»
l'accompagne constamment; car
))
même
))
déduire d'une simple concomitance
»
n'est pas
n'est
déceptions
causalité elle-
insensible).
:
Mais
la causalité
au contraire
,
,
ce
on
un procédé semblable, à d'évidentes
(2).
temps.
la
pas perceptible (is
une conclusion certaine
» s'expose, par
même
«
,
nous n'en connaissons aucune par simple
»
))
Toute connais-
»
Collier,
Enfin, un autre philosophe
contemporain
et
du
admirateur de
Berkeley, un de ces pieux esprits qui, avec l'impru-
dence
et la naïveté
tent parfois insiste
(1)
d'une
longuement pour
Collins, n
foi
sûre d'elle-même, por-
des coups terribles à
A
la
raison. Collier
établir qu'il n'y a pas d'autre
Philosophical inquiry concernmg
Human
Liberti/,n
1717. Cet ouvrage a été réfuté directement par Clarke. (2)
Glanvill, « Scepsis scientifica,
min de
la Vérité. »
ou l'Ignorance reconnue, Che-
Londres, 1665,
p. 142.
—
63
—
différence entre l'imaginalion et la perception sensible,
que
la
tirait
vivacité supérieure de la dernière (1); et
aisément de ces principes
la
négation du
il
monde
extérieur.
Nul doute que
Hume
n'ait profité
diverses, et qu'il n'ait recueilli
,
de ces indications
épars dans les écrits
de ses devanciers, ces arguments de scepticisme. Si, à
façon de Marc-Aurèle,
la
il
eût voulu détailler,
d'après les souvenirs de sa jeunesse, les influences
auxquelles doute,
il
il
non ses vertus, mais ses motifs de
devait^
aurait pu presque
toujours
nommer
phi-
le
losophe dont l'inspiration l'avait guidé dans les différentes parties de son tous ceux qui
,
système.
Mais au dessus
par quelques opinions isolées
,
de
avaient
agi sur son esprit, c'est Locke, c'est Berkeley qu'il
eût distingués l'école
comme
du premier
dances sensualistes appris
comment
ses maîtres privilégiés.
qu'il ,
C
est à
a surtout contracté ses ten-
avec
et c'est
le
second
qu'il
a
ces tendances pouvaient conduire à
une négation rigoureuse
de
et sans réserve
la
sub-
stance matérielle. Faisons voir en peu de mots
com-
ment
les doctrines
de ces deux philosophes ont con-
tribué à faire éclore et mûrir dans l'esprit de
conception
d'un sensualisme
complet,
Hume
la
ayant assez
conscience de lui-même pour avouer qu'il se confondait Il
avec
le
scepticisme.
est impossible
(l) Collier, «
de résumer en quelques lignes
Clavis universalis
à Londres en 1837, p. 11.
,
»
imprimé pour
la
première
fois
—
—
6i
une philosophie aussi compliquée
que
aussi inconsistante
nous
suffise
communs
celle
de signaler
de
par endroits
et
lïllustre Locke. Qu'il
principaux qui sont
les traits
Hume. D'abord
à son système et à celui de
Locke prend pour point de départ de toutes ses
re-
En
se-
cherches l'analyse de l'entendement humain.
cond
lieu
priori
n'admet
il
ni idées
innées
,
ni principes
,
et à la réflexion
:
c'est-à-dire,
malgré
la signification
indécise de ce mot, au sens intime. Telle est
thode
a
et attribue toutes nos connaissances aux sens-
et tel est le principe
V entendement
.
Hume
la
mé-
fondamental de V Essai sur
a pratiqué l'une et adopté l'autre.
Voici maintenant les conclusions générales, auxquelles
Locke aboutissaitquandilétaii conséquent avec
même, mais
qu'il corrigeait
lui-
presque toujours par des
restrictions et des réserves, afin d'obéir à ses instincts
religieux et spiritualistes.
Il
impossible en
est
effet
de se rendre compte des contradictions apparentes de sa philosophie,
si l'on n'a
pas remarqué
qu'il est
sans
cesse partagé entre les exigences de la philosophie sensualiste et les tendances contraires
Le
rôle
de
Hume
fut
du senscommun.
de développer
surtout
jus-
qu'au bout ces aspirations sensualistes, en dédaignani le plus possible les protestations
1°
La théorie de
conçue réalité
,
la
du bon
connaissance,
sens. Ainsi
telle qu'il l'avaii
ne permettait pas à Locke d'admettre
de Tidée de substance. Ni
les sens,
la
ni la ré-
flexion ne nous font rien connaître de la substance.
Et cependant Locke rétablit jusqu'à un certain poim cette idée, en déclarant
que nous avons
la
représen-
— tation obscure d'un je
figurons ses
il
;
comme
est
ne
si
loin
substances que, fidèle
reprenant les principes, tions n'aura qu'à nier
Quant à
res,
sais
quoi
le
,
que nous nous
substratum des cho-
de nier
la
connaissance des il
en dis-
l'esprit.
Hume,
au dualisme cartésien,
tingue de deux espèces
21°
—
support ou
le
même
65
:
la
et
matière et
supprimant
atténua-
les
énergiquement toute substance.
l'existence des choses sensibles particuliè-
Locke tend évidemment à en douter
;
car
la
sen-
sation lui paraît insuffisante à garantir la réalité d'un
monde
extérieur
il
;
néral pour interpréter la sensation
pas à
sensible
:
«
A
,
sortir
d'em-
appel à ce qu'il appelle l'évidence
fait
la
et ce principe n'est
de Locke. Mais pour
la disposition
barras, Locke
un principe gé-
faudrait invoquer
connaissance intuitive (conscience),
»
à la démonstration (raisonnement mathématique)
»
nous pouvons ajouter
»
nous obtenons par l'existence des objets extérieurs
))
particuliers. »
Ici
la
connaissance sensitive que
encore
Hume
n'aura qu'à faire
disparaître les tergiversations de Locke. 3°
matière en général
,
Quant
à la
Locke, qui nie toute substance,
qui affirme que l'essence des choses est insondable peut-il
,
admettre qu'elle existe? Evidemment non. Et
néanmoins, par sa distinction des propriétés primordiales et des propriétés dérivées
de
la
matière, les
unes saisies immédiatement par leur action sur
les
sens et qui s'évanouiraient avec eux, les autres qui
ne se révèlent à nous que par leurs
effets
sur les
corps extérieurs et qui constituent véritablement la •
matière, Locke, avec une inconséquence manifeste, ra5
— mène en quelque croyance à
la
^
66
une forme mitigée,
sorte, sous
réalité
de
la
distinction aussi précaire. 3°
sur une
On
substance matérielle.
prévoit quel sera le jugement de Berkeley et de
Quant à
Hume
l'esprit,
Locke tombe dans des contradictions analogues. vrai dire, puisque la réflexion,
ne fournit aucune stance,
sidère la pensée qu'il
c'est
il
de
est
sub-
la
du moi. Ce qui
en doute en
comme une
A
la sensation,
représentation claire
devrait douter de l'identité
il
prouve que par moments
nes,
comme
la
effet, et
con-
phénomè-
succession de
embarrassé pour expliquer que
l'entendement puisse produire autre chose qu'une série d'idées successives, c'est-à-dire
un
un raisonnement,
véritable enchaînement d'idées et de jugements.
Et cependant
ment
il
l'intuition
maintient que nous
avons directe-
du moi. Pouvait-on ne pas
d'un défaut de cohérence aussi évident?
comment échapper cer
à l'alternative,
les
conséquences
et,
par suite,
ou bien de renon-
aux principes de Locke, ou bien de
avec
être frappé
qu'ils entraînent,
les
accorder
en niant ca-
tégoriquement l'existence de l'âme? In'ous
en avons
comment Locke a
assez été
dit
pour
faire
l'inspirateur
comprendre
de Hume.
Les
vraisemblances qui suffisaient au maître ne purent
longtemps
satisfaire l'esprit
plus décidé
du
disciple.
Locke, dans l'histoire des idées sensualistes, représente ce
moment où
tonne
,
aussitôt. ties,
l'esprit
philosophique hésite
et
tâ-
n'avançant de quelques pas que pour reculer
Dans cet
Essai, admirable par tant
dans ce livre de bonne
foi
,
de par-
pour lequel nous ne
— partager
saurions
mande
(1),
67
sévérités
les
sincèrement
avait
de
la critique alle-
Locke avait sans doute ébranlé
dements du rationalisme il
— les
fon-
et
de toute science; mais
espéré
maintenir Tédifice des
croyances humaines, en l'étayant d'appuis dont soupçonnait par
la
entreprenant de
Hume
fragilité.
il
ne
appartenait à Tesprit
Il
de renverser à
fois et ces
la
fragiles appuis et l'édifice tout entier.
Berkeley
lui
donna
d'ailleurs l'exemple
rigueur toute nouvelle, les
conséquences
qu'ils
il
tira
avec une
:
des principes de Locke
comportaient au point de vue
de l'idéalisme. Par une association étrange de docBerkeley représente Talliance raisonnée du
trines,
sensualisme et de à qui d'avoir
métaphysique. Ce philosophe,
manqué que
n'a
il
la foi
mieux approfondi
né en France
les principes
pour être un Malebranche
comme
d'être
,
de Descartes,
accepte sans scrupule,
point de départ, l'empirisme
,
et
le suit
quelques-unes de ses conséquences extrêmes. pant avec
les indécisions
dans
Rom-
de Locke, Berkeley rencon-
tre déjà sur plusieurs points les opinions radicales
Hume. Nous ne parlons pas seulement de son lisme absolu à l'égard des choses sensibles
(l)
«
On
et
s'étonne qu'une doctrine d'une valeur
si
de
idéa-
qu'il
ne
faible ait
pu
,
»
exercer une influence aussi considérable... \J Essai sur l'Enten-
»
dément humain
n'offre rien
»
amateur qui
sans méditations suffisantes et sans profondeur
» d'esprit,
,
passe en revue les
toire
de la philosophie
tome
II,
p.
de bien nouveau... C'est l'œuvre d'un
102 et suiv.
faits
moderne.
de
la science... »
Traduction
Ritter,
His-
Challemel-Lacour
— 68 — considère
nous y
que comme des apparences dans l'âme
reviendrons plus
tard.
:
Mais dans d'autres
questions encore, principalement dans sa
discussion
sur l'idée de substance, dans sa polémique contre les idées générales
et
contre les
mathématiques, enfin
dans sa conception d'un entendement passif, incapable d'agir sur la liaison des idées
préparé
le travail
Dans
,
Berkeley a devancé ou
philosophique de Hume.
les explications
qu'il
donne sur
l'idée
substance, au moins de substance sensible
innove surtout par sa façon d entendre
ment de dit-il,
cette notion illusoire.
me :
,
Berkeley
développe-
La notion de substance,
vient uniquement de ce que je remarque
différentes sensations
toujours
le
de
((
ou
idées, qui
Je les désigne alors par
sont réputées être une chose (1).
»
s'accompagnent
un nom,
et elles
Les substances
ne sont donc que des collections de représentations, et la liaison
qui les associe dans notre esprit est
la
seule cause qui nous les fasse rattacher à un principe
unique. Cette liaison d'ailleurs est toute subjective,
comme
les représentations
que pour
Hume
elles-mêmes. Nous verrons
aussi la substance n'est pas autre
chose qu'une association opérée par l'imagination et par l'habitude entre des représentations idéales.
Ce
n'est pas
une des moindres étrangetés des ou-
vrages de Berkeley,
d'y voir
aussi
vivement com-
battue par un idéaliste la valeur de toute notion, de toute vérité générale. Berkeley n'admet
(1)
Berkeley, Principes de la Conn. Hum., p, 148.
pas d'autre
—
69
—
que l'existence individuelle.
existence
«que de
rien, » dit-il,
« Il n'existe
Par suite
particulier. »
elles-mêmes ne sont jamais générales
;
les idées
aux mots
et
généraux correspondent toujours, dans l'imagination, des représentations particulières. Les mathématiques
ne sont pas exceptées de ce nominalisme absolu auquel
Hume
accordait les
plus grands éloges
keley n'a jamais plus affaibli
le
et
;
Ber-
rationalisme, qu'il
prétendait cependant défendre, qu'en affirmant que
dans
mathématiques elles-mêmes nous ne nous
les
élevons jamais au-dessus du sensible. Enfin,
gence
,
un dernier point
au moins dans
le
à noter, c'est que
domaine des choses
domaine comprend jusqu'à
bles (et ce
L'âme sans doute ;
la
sensi-
géométrie),
par Berkeley de toute activité véritable.
est dépouillée
force active
l'intelli-
lui
paraît
mais cette force,
être il
en
éminemment une fait
surtout le pri-
vilège de la volonté. Quant à l'intelligence elle-même, il
semble ne
lui
ment passive.
reconnaître qu'une attitude entière-
Elle subit les représentations
pose l'intervention mystérieuse de Dieu. sinon l'âme, de
ainsi l'esprit,
que lui imDépouiller
toute activité et de
toute force, n'était-ce pas aplanir la voie à
une phi-
losophie qui, supprimant l'action divine, et mainte-
nant l'inaction de l'intelligence, essaierait d'expliquer
par
les lois
d'un pur mécanisme tous les phénomènes
intellectuels?
Je sais bien
physique,
il
que quand Berkeley arrive à
la
méta-
s'empresse d'accepter des théories con-
traires à celles
que je viens d'indiquer.
Ici
,
en
effet
,
— il
70
—
appel à l'entendement et à
fait
raison, qui nous
la
révèlent les vraies causes et les substances permanentes,
les
tard
:
Mais en quelque sorte
esprits.
le
mal
était fait et l'impulsion
ces contradictions
était
il
trop
donnée. Si, par
Berkeley échappe lui-même à des
,
conclusions sensualistes
il
,
ne peut du moins se sau-
ver du reproche d'avoir favorisé en général l'empirisme,
exercé sur
et d'avoir
l'esprit
de
grande partie
influence profonde, qui détermina en la direction
Locke
et
Hume une
sceptique de ses idées (1).
Berkeley sont l'un et l'autre des philoso-
phes assez considérables pour
de s'étonner du crédit
de
et
auprès de Hume.
Il
rance relative de
Hume,
faut
qu'il
ne
l'autorité
soit
dont
pas permis ils
jouirent
cependant ajouter que à l'égard
de
la
l'igno-
philosophie
ancienne, contribua à rendre plus puissante encore sur ses travaux l'action presque exclusive des sensualistes anglais. Il
suffil
d'avoir lu les
œuvres de Hume pour se con-
vaincre des lacunes de son érudition en matière de philosophie. s'essaie
(1)
rent
dans et
Il
cite
très-rarement les anciens.
Il
ne
presque jamais à analyser leurs systèmes.
Ce fut en Ecosse surtout que
les doctrines
de Berkeley obtin-
du succès. Des jeunes gens d'Edimbourg fondèrent une société le
but unique de demander à Fauteur des Dialogues d'Hylas
de Philonolis des explications sur quelques points
obscurs ou
équivoques de sadoctrine. «J'ai entendu raconter,» écritD.-Stewart, «
que Berkeley avait coutume de dire que ses raisonnements
» n'avaient nulle part »
jeunes Ecossais.
»
été
On
mieux compris que dans ce
the progress
of philosophy
,
cercle de
part. II, p. 112.
— Quatre portraits rien,
qu'il intitule
Platonicien,
le
—
71
«
:
Le Stoïcien, l'Epicu-
Sceptique, » et qui font partie
le
des Essais moraux, sont plutôt des esquisses générales
du caractère humain, ceptions écrites
du
avec
que des
de
le souci
études historiques
la vérité (1).
Hume
Le mépris que
Texposé des diverses con-
et
bonheur,
professe pour la philosophie
ancienne nous est une nouvelle preuve de son ignorance.
pas
On ne peut
Or,
la connaître.
un amas d'erreurs. de
faire
Il
ne l'envisage que
recommande
n'en
comme
l'étude qu'à
connaissance avec l'astrologie et l'alchimie.
Les moralistes
» dit-il
,
d'examiner
» fois ))
Hume
façon dont les logiciens de Port-Royal conseillent
la
((
mépriser, qu'à condition de ne
la
les
notre état moral
en revue
» ser
:
rêves de nos nuits pour juger de
de
même
les rêveries
Et quelques pages
lui
besogne
Dans
cette
(%),
recommandent quelque-
«
,
peut être bon de pas-
il
des anciens philosophes. »
suffisent la
pour s'acquitter de
philosophie grecque,
il
ne
dislingue guère que la théorie des formes substantiel-
des qualités occultes, dont il se
les et
moque
avec quelque verve et quelque humour
:
«
d'ailleurs
La nature
))
semble avoir usé en toutes choses de justice
))
bonté, et
»
que
»
consolation au milieu de tous leurs désappointe-
elle n'a
le reste
(1)
OEuvres
(2)
Voir
,
les
cienne » et «
De
de
tome
et
de
pas négligé les philosophes plus
la création
III, p.
150 et
deux chapitres la philosophie
:
elle leur
a réservé une
siiiv,
intitulés
moderne,
»
:
t.
a
De
I, p.
la philosophie an-
274 et suiv.
))
ments.
»
dans l'invention du mot faculté
» culte (1).
ton
,
rer.
c'est
En
consolation
Cette
»
principalement
consiste et
du mot
Ce nest pas seulement Aristote
Descartes et Leibnitz que
tout cas,
les a
s'il
ces modernes,
en
anglaises, qu'il a
sa philosophie.
même
Hume
connus,
compte de leurs théories.
il
et Pla-
paraît igno-
n'a tenu
aucun
donc à des influen-
C'est
temps qu'à des influences
emprunté
l'inspiration
Pour achever de
indiquer les caractères de
première de connaître
faire
point de départ de cette philosophie,
fait
qualité oc-
il
le
nous reste à
méthode dont Hume a
la
usage.
II
On ne saisi plus
saurait contester à
Hume
psychologie est appelée à jouer dans
moderne. Nul
n'a senti
chercher dans
la
toute
science,
l'esprit la règle
A
mérite d'avoir
le
nettement encore que Locke
et
mieux que
le rôle la
que
philosophie
lui la nécessité
conscience humaine
le
la
de
principe de
de trouver dans une critique de
sûre pour écarter les vains systèmes.
ce point de vue, ce n'est pas Reid, c'est
devrait être regardé
comme
Hume
qui
chef de l'école écos-
le
saise; ce n'est pas Kant, c'est
Hume
philosophie critique
débutant par une ana-
:
celle qui,
lyse minutieuse de rintelligence
qui a fondé la
humaine surprend à
leur source les principes de toute erreur et de toute
(!)
OEuvres,
tomel,
p. 279.
—
'
vérité.
Il
voir avec
faut
—
73
enthousiasme
quel
qu'une opinion trop répandue nous représente
un sceptique insouciant rappelle
»
changements
«
:
et quels
leur
il
progrès pourraient être accom-
dans toutes les branches de connaissance,
))
plis
»
nous connaissions exactement l'étendue
»
de
l'intelligence
» cir
» la
»
le
marchons
» toute
droit
au cœur,
veux
science, je
elle-même.
»
A
tantôt
philosophes
lieu
de prendre
un village sur
la frontière,
à la capitale
au centre de
et
;
au
,
dire à la nature
vrai dire,
Hume ne Nous
humaine
tendait, dans
domaine de
et à restreindre ses ambitions.
cet esprit
Renonçons à
«
:
les
ses analyses, qu'à rétrécir le
plus tard
et la force
mécanisme de nos
Et plus loin
longue et fastidieuse méthode que
un château,
si
nous pouvions éclair-
si
nature de nos idées et
la
» tantôt
»
,
ont jusqu'à présent suivie
»
»
humaine
raisonnements (1)1
((
à
promet
de dire quels
est impossible
Il
comme
philosophes
les
l'observation de l'esprit, et quels fruits
de cette étude
celui
lui
l'intelligence
reprocherons
d'avoir singulièrement réduit et amoindri
humain
qu'il n'a
pour mieux en nier
la
tant désiré connaître
que
portée; mais enfin, n'est-ce pas
un progrès philosophique remarquable d'avoir aussi clairement compris, qu'en approfondissant la nature
de
la
raison on met
l'édifice entier
De même
main sur
de voûte de
la clé
des sciences humaines?
qu'il faut
mirablement visé
(1)
la
le
Préface du Traité de
savoir gré à
Hume
but principal de
la
nature humaine,
la
t.
d'avoir ad-
philosophie,
I, p. 7.
— quoiqu'il ne
nous
74
—
pas précisément atteint, de même^
l'ait
louerons d'avoir énergiquement
le
méthode psychologique
la vraie
recommanda
bien qu'il ne
,
l'ait
pas lui-même toujours appliquée. C'était d'ailleurs une
du temps de Hume, que
vérité banale
d'appliquer aux
la
nécessité
sciences morales les procédés
des
sciences physiques. Après Locke, après Shaftesbury
du
le sous-titre
tenté
pour introduire
nement dans
les
félicite
la
:
Essai
méthode expérimentale de raison-
sciences înorales, n'était
une nouveauté.
humaine
Traité de la Nature
Hume
le
pas précisément
reconnaît lui-même, et
il
son pays d'avoir, depuis quelques années, en-
gagé dans
la
voie de l'expérience les recherches psy-
chologiques.
Mais
il
est
dans
les destinées
des maximes logiques
comme les vérités morales, plus louées que pratiquées, et Hume n'est pas le premier qui ait célébré d'être,
les vertus
d'une méthode sans en appliquer les
Rien de moins expérimental, en habituels de
nous
le
effet,
Hume. Le système
que
les
lois.
procédés
tout entier repose,
savons déjà, sur un préjugé que
Hume em-
prunte à Locke et aux idées régnantes de son temps à savoir
,
quelques impressions primitives. » ))
tions
de
l'esprit
ces distinctes
» idées, »
humain
que
Toutes les percep-
((
se réduisent à
C'est par cette affirmation
Hume va
deux espè-
j'appellerai les impressions et les
Traité de la Nature humaine.
que
:
que toutes nos connaissances dérivent de
On
le
s'imagine peut-être
donner des exemples
revue générale des différents
que s'ouvre
faits
et
procéder à une
que l'observation
—
—
75
onstate dans la conscience, afin de justifier
absolue.
iion aussi iit-il
a différence entre
and
^eeling
les
et
divi-
n'en est rien. Je m'en remets,
Il
au bon sens de chacun
,
une
qui saisit facilement
,
pensée
la sensibilité et la
(
betwixt
thinking), c'est-à-dire entre les impressions
idées; et aussitôt
pose des
il
qui devraient être le dernier
mot
générales,
lois
et le résultat
de ses
investigations, et qu'il place au contraire en tête de
comme
ses recherches
des axiomes psychologiques qui
dirigeront et éclaireront sa marche. « Toutes nos idées »
simples, dans leur première apparition, dérivent
))
d'impressions
» qu'elles
simples
qui
correspondent et
leur
représentent exactement (1).
que dans des analyses tout a priori,
et
d'oii l'auteur
prétend exclure
où ne figurent pas en
principes réels de la raison
un faux a
tout
le
comme fier
preuve reste. la
,
et qui
Hume
plupart des
effet
les
s'introduit furtivement
,
priori, c'est-à-dire
un
certain
généralisations empiriques dont on faire la
C'est ainsi
))
deviennent
se
les
nombre de
dispense de
fondements de mais,
observe, sans doute;
hommes
,
il
observe pour véri-
après coup quelques opinions préconçues qu'il est
bien décidé à ne pas sacrifier. Ses classifications sont
presque toujours arbitraires.
Il
pousse quelquefois la
négligence jusqu'à citer lui-même des
faits
en contradiction avec son système. Ces
une inexplicable indolence,
il
les
qui sont
faits
,
avec
expose, sans cher-
cher à réfuter les conclusions qu'ils suggèrent;
(l)
OFAivrcs,
t.
l, p. 17, 18.
et
— violant
76
^
—
toutes les règles de la méthode,
feiinsi
subsister, en face
Tune de
l'autre, sa thèse radicale et
absolue, et des observations qu'il ne sait concilier avec elles
nuance
si
:
» s'apercevra » l'idée ))
«
Supposons,
»
comment
dit-il,
«
une
de couleurs qui se dégradent de nuance en
» série ))
:
laisse
il
une nuance manque, tout œil humain de cette solution de continuité;
de cette couleur, quoiqu'il ne
l'ait
il
aura
jamais vue.
devance l'impression, puisque l'impression
Ici l'idée
» n'existe pas. L'idée se
passe de l'impression (1).
Contradiction flagrante avec le
que toute
principe
idée simple correspond à une impression.
ment étrange que Hume, qui laissé subsister qu'il se soit
» culier qu'il
Il
est vrai-
se pique d'analyse, ait
dans son système cette exception,
contenté d'ajouter
:
Ce cas
«
ne mérite guère qu'on
»
ne pense pas que pour
»
notre
maxime
»
lui seul
il
et
est si parti-
s'y arrête, et je faille
réformer
générale. »
Rien ne ressemble moins aux lenteurs, aux indécisions d'une observation désintéressée de
tème et
et indifférente à toute
tout sys-
conclusion, que les brèves
impérieuses affirmations familières à notre auteur.
Le raisonnement pur,
la liaison
rigoureuse des consé-
quences déduites avec les principes admis, l'enchaî-
nement presque géométrique des pensées, le^ traits habituels fois
(1)
il
fait
des œuvres de
Hume.
Si
tels
quelque-
semblant de chercher et de tâtonner,
OEuvres,
tome
I, p.
Traité des facultés de l'âme.
20; tome IV,
p. 19; cité
sont
c'est
par Garnier
— i
—
77
façon d'un faux aveugle qui sait parfaitement où
la
va
,
mais qui hésite dans sa marche pour tromper
c? passants (1). Enfin,
s'il
a
fait lui
même
au préa-
able des expériences et des observations, 3onfie pas
ne
il
les
plus souvent au lecteur; de sorte que
le
dans une méthode qui prétend être expérimentale, les
hypothèses paraissent dominer.
De
toutes les promesses de sa préface,
qu'une seule
tenue jusqu'au bout
qu'il ait
n'y en a
il
:
de
celle
ne pas demander à l'éloquence seule, aux séductions
de
la
parole,
ment. Dans rement,
c'est
non par
le
puissance qui
la
commande
l'assenti-
Traité de la Nature humaine particuliè-
le
par
la
rigueur d'un raisonnement sévère,
charme d'un
prétend conquérir
style insinuant,
que
Hume
les lecteurs à ses principes; et
il
a
d'autant plus de mérite à n'avoir pas cherché le succès
dans
les
du
artifices
style,
personne l'influence que les convictions dit-il
«
:
Dans
spirituellement,
» l'éloquence
qui
le
ceux qui manient
» trompettes »
ment Il
(1)
,
l'art
parole exerce sur
la
philosophiques
,
»
ce n'est pas la raison, c'est
non pas aux soldats en armes, à la
pique et l'épée,
mais aux
aux tambours , aux musiciens du
régi-
(%). »
est trop naturel
Voir plus loin
aux hommes de ne pas mettre
le détail
de
lyse de l'idée de cause, ch. IV. (2)
de
les luttes
mieux que
plus souvent emporte le prix. La
» victoire appartient »
(c
savait
qu'il
Œuvres, tome
I, p. 6.
la
méthode
qu'il
applique à l'ana-
— en pratique plus
,
pour
-
les
maximes qu'en
qu'il
nous paraisse
l'égard de la
théorie
Hume
Hume
avec raison que
s'en était pas fait
»
11
»
nette. «
qu'il
qu'il
ne
La preuve
ajoute Dugald Stewart,
« c'est
de génie, dans un des passages
plus travaillés de V Histoire d'Angleterre (1).
Nous ajouterons que, quand la
,
parce
n'accorde qu'un éloge froid et compassé
homme
cet
à
tenu aucun compte du mérite extraordinaire
de Bacon.
» à
a commises
a négligé la méthode
une idée assez
de ce que j'avance,
» qu'il n'a »
le
les
méthode expérimentale. Diigald Stewart
avait le dessein de mettre en usage
»
estiment
ils
d'expliquer
difficile
fréquentes que
infractions trop
dit
78
nature humaine
n'est plus facile
la
»
s'agit d'appliquer à
il
méthode d'observation,
que de se
les
faire illusion
et
,
rien
de croire
qu'on observe encore, quand depuis longtemps déjà
on raisonne d'après Quelque il
effort d'impartialité
n'étudie jamais,
esprit déjà
imbu
et ses hypothèses.
ses préjugés
quand
il
que
fasse le philosophe,
s'étudie lui-même, qu'un
d'idées préconçues
et les méditations
,
que
sens ou dans un autre. L'observation de
(1)
...
«
Si nous considérons
comme un philosophe,
»
teur et
»
quoique très-honorable
»
contemporain Galilée
»
nationale, qui
» le »
,
nous-même
Bacon simplement comme un au le rang que nous lui accorderons
sera cependant inférieur à celui de so
et peut-être à celui
domine chez les Anglais,
nom de Bacon
les lectures
personnelles ont modifié dans u
de Kepler... La vanit
fait qu'ils
ont répandu su
des louanges et des applaudissements qui parais
sent souvent empreints de partialité et d'exagération.
» tory of England, vol. \1II, p. 248.
)>
The His
—
-. 79
faite
car
;
sous
souvent qu'une expérimentation mal
plus
n'est le
dun
l'œil
nature ne suit plus son libre cours
la
ici
observateur étranger. L'observateur
psychologue intervient au contraire à chaque instant
dans nirs
considère
faits qu'il
les
ses croyances
,
développées en
lui.
Il
y mêle ses souve-
il
tendances que l'éducation a
les
,
:
donc tout naturel que, ren-
est
contrant dans sa propre raison des déductions et des inductions suggérées par l'autorité trompeuse de
ou
principe, le psychologue les prenne pour des
tel
d'expérience
faits
tel
,
rôle d'observateur
dans son
et qu'il s'imagine rester
de
quoiqu'il ne fasse plus
la
nature humaine en général,
que noter des
faits
qui lui sont
personnels. La conscience est un miroir sans doute,
mais un miroir, pour ainsi dire,
nous
qu'il est
,
nous masque
la
à
sans cesse terni par notre propre souf-
Hume
la
vue de
s'y reflète,
vraie nature humaine.
la
manqué aux exigences de
a trop souvent
méthode expérimentale la
rapproché de
que notre image individuelle, qui
fle, et
Si
si
il
,
ressemble donc en cela
plupart des psychologues. Les difficultés de l'en-
bonnes intentions.
treprise ont déconcerté ses est pas
logie
moins vrai
qu'il a
une science tout à
comme nous
prétendu
fait
puisqu'il interdit
le
a,
il
rôle
We
la ;
n'en
psycho-
et
même,
en un sens, exa-
de l'observation,
absolument au psychologue toute
démarche au delà de l'expérience
(1) «
de
expérimentale
allons le montrer,
géré plutôt que déprécié
faire
Il
cannot go heyond expérience.
»
(1).
Traité,
tome
I, p.
9.
— Comment a, pense-til,
80
—
enlendait-il l'objet delà psychologie? Elle
deux
résultats à atteindre
qu'elle classe les
phénomènes,
uns des autres ces
:
faut d'abord
il
qu'elle distingue les
de conscience dont
faits
les diffé-
rences ne se révèlent qu'à un regard subtil et pénétrant; en d'autres termes, qu'elle fasse la géographie
de l'àme. Mais
ne
là
s'arrête
pas la science de
nature humaine. Après qu'elle aura distribué en
la
dif-
férentes provinces les différentes opérations qui constituent l'âme, c'est surtout à déterminer l'ordre
succession des phénomènes, leur liaison
nement
et leurs lois
que tendra son principal
Les opérations de l'âme dépendent
anglaise contemporaine a mis fort
connu
,
et
en a
lui
dépendance
la
mode
,
l'école
Hume
but suprême de ses recher-
fait le
ches. Reste à savoir
système
à.
effort.
unes des au-
Le déterminisme psychologique que
tres (1).
l'a
les
si les
tendances générales de son
une
permettaient d'établir une liaison, entre les divers
réelle
de
leur enchaî-
,
phénomènes de
l'âme.
D'un côté,
(1) « Il »
Hume
faut espérer...
nous présente l'âme humaine
que
la
dans une certaine mesure,
philosophie découvrira, au moins les secrets principes et les ressorts
»
qui déterminent les opérations de l'esprit humain...
»
bable que chaque opération
»
dépend d'autres opérations, d'autres principes qui peuvent eux-
chaque principe de
,
»
mêmes
»
peuvent être poussées de pareilles investigations
être
telle
est pro-
humain
ramenés à d'autres plus généraux encore. Jusqu'où
» est d'ailleurs difficile
phiques,
Il
l'esprit
tome IV,
de déterminer exactement.
p. 12. Voir,
sur les caractères de
que l'entend Hume, toute
la
c'est ce qu'il
,
»
Essais philoso-
la
psychologie,
dernière partie de V Essai
I.
—-8t — comme une machine admirable, ties, comme autant de ressorts, les autres, et
dans
extrêmement
simples
,
il
par
et
met en
avec
,
Hume
suite
des éléments les
plus com-
nie toute cause,
dissout
il
de ce tout
les diverses parties
agrège
et
une
isolés les
uns des autres, ne sauraient produire
apparente de
l'esprit
et la
de morceaux qui, radicalement
divise en
infinité
dés-
bien lié;
si
pour ainsi dire, l'àme humaine,
pièces,
par-
s'engrènent les unes
résultats
les
pliqués. Mais, d'autre part.
toute substance,
les
par une série d'actions et de réac-
réciproques produisent
tions
dont toutes
l'unité
que par un prodige tout à
fait
une
dis-
inexplicable (1).
Nous abordons
ici,
pour
la
première
fois,
cussion qui nécessairement se renouvellera plusieurs fois
dans
le
rattache à
courant de cet ouvrage, parce quelle se toutes les questions philosophiques,
mais
qui doit nous arrêter dès à présent, parce qu'elle atrait aussi
à l'objet et à la destinée générale de
psychologie. Sans doute, la celle qui
que
la*'
vraie psychologie sera
^
montrera que dans l'âme tout s'enchaîne, et
'
simples y préparent les plus complexes. Mais ce déterminisme psychologique nous-' les
faits
les plus
semble rendre plus nécessaire encore
(l) «
L'essence de
l'esprit
nous
est aussi
»
de
)>
cipes et les qualités fondamentales
la
matière...
de
la
croyance à
inconnue que l'essence
Toute hypothèse qui prétend exiDliquer (
les prin-
the ultimate original quali-
nature humaine, doit être rejetée
comme présomp-
»
ties)
»
tueuse et chimérique. C'est une succession d'impressions qui
»
seule constitue l'esprit.» {Traité, passim.)
la
6
'
—
—
82
certaines forces, à certaines facultés, dont les énergies
cachées expliquent
le
développement régulier,
la liai-
son rigoureuse de nos sentiments et de nos pensées. C'est
pour avoir repoussé
ces facultés, qu'il rejette
la
notion de ces forces et de
comme
des abstractions chi-
mériques, que Hume, après avoir admis Texistence
des
lois
psychologiques, l'enchaînement réel de tous
nos états de conscience, en est venu peu à peu à le& nos idées ou nos pas-
à n'admettre entre
nier, et
sions que des rapports factices, suggérés par l'imagi-
nation et entretenus par Ihabitude.
La psychologie empirique ou phénoménale, dont
Hume comme
nous regardons
elle-même, quand la pensée, les lois
elle aspire
de
le chef,
s'abuse en effet
à déterminer les lois de
la sensibilité.
Au contraire,
la
né-
gation de toute loi, ou, en d'autres termes, de toute liaison réelle entre les
phénomènes,
laire nécessaire d'une théorie qui exclut
que de
logie, aussi bien
cause et de force.
on
dit
,
On
ou
côté le
mot
la
psycho-
physique, toute idée de
« les
idées des
celles qui ont été
ensemble à
:
phénomènes
conçues en conti-
» guïté intime l'une avec l'autre, ont » se présenter
de
le corol-
parle des lois de l'association
par exemple, que
» semblables
la
que
n'est
une tendance à
l'esprit (1). » je laisse
tendance, quoiqu'il soit peut-être
de
un aveu
implicite de la vérité,
puisqu'il exprime, avec quel-
que atténuation,
de pouvoir
(1) Stiiart
p. 212.
Mill,
l'idée
et
de
force. Je de-
La philosophie d'IIamilton. Traduction Gazelle
,
— mande
—
83
ce qu'on entend au fond, et en dehors des
mots
dont on pourrait dire qu'ils ne sont qu'un sacrifice sans portée à Tusage
commun du
qu'on veut dire, quand on prit l'union constante
Entend-on
réelle qui force
qu'il
constate ainsi dans
n'y a
Il
qu'il
l'es-
que deux hypothèses
y a une raison objective et
et contraint les
Dans ce
s'associer ?
demande ce
des idées qui représentent des
phénomènes semblables. possibles.
langage, je
cas,
il
semblables à
idées
bien admettre aussi
faut
y a dans les faits autre chose que les faits eux-
mêmes, qu'une raison,
raison intérieure les unit; et cette
que peut-elle
être, sinon
une tendance qui pousse Et alors
une force secrète,
les idées l'une
vers l'autre?
semble que ces nouveaux psychologues,
il
qui se séparent avec tant d'éclat de la vieille psycho-
ne sont pas au fond très-éloignés de s'entendre
logie,
avec
Ou
elle.
bien on ne reconnaît entre les phéno-
mènes aucune
on n'admet que des
relation réelle,
associations fondées sur l'expérience et l'habitude
;
et
je ne vois pas alors de quel droit on affirme qu'une loi
constante les unit. L'observation permanente de
l'union de
deux
scientifique, à
signe
faits
moins qu'on ne
d'un rapport
preuve que
ne peut produire aucun résultat
le
réel
la
considère
entre ces
premier contient
la
faits,
comme comme
raison d'être
second. L'uniformité habituelle de succession
bien être
l'indice
dune'
loi
loir à
une
Hume
:
mais
presque
elle
infaillible
le la
du
peut
de l'existence
ne peut, par elle-même, équiva-
loi.
l'avait
compris; et
comme
il
se voyait con-
— damné, par son système, nature humaine
comme
qu'une
—
.84
à ne voir dans les faits de la
poussière inconsistante, et
des grains de sable que rien ne
nation tions
pouvoir de créer entre
le
que
la
il
s'est
l'imagi-
choses les rela-
les
nature ne produit pas. Les
ques deviennent alors, aussi bien que
relie,
donne à
réfugié dans l'hypothèse bizarre qui
lois
les lois
psychologi-
physiques,
des manières devoir toutes subjectives, quelque chose d'analogue aux formes de
Kant
admet
les
:
la
sensibilité,
telles
que
avec cette différence considérable
que, pour Kant, ces principes sont des tendances primitives et nécessaires, l'expression de notre constitution intellectuelle,
au
de notre raison innée
;
pour Hume,
contraire, ces lois subjectives sont le résultat
quelque sorte
fortuit et
en
lentement acquis des mouve-
ments habituels de notre imagination.
Une autre conséquence de des forces inhérentes à l'âme,
la
négation des facultés,
que
c'est
psychologiques, ceux du moins que
comme outre
des phénomènes
qu'ils
d'aucun
dérivent
Hume
primitifs
n'ont pas entre
principe
les
phénomènes
Hume et
irréductibles,
eux de rapports qu'on
considéra
puisse
réels,
ne
préciser.
ne se cachait pas de cette ignorance à laquelle
sa méthode le térieurs.
((
condamne touchant
l'origine des faits in-
Toute hypothèse qui prétend découvrir les
» premiers principes de l'âme (the ultimate principles of »
the soûl) doit être rejetée
i)
tueuse et chimérique
i\) Traité ,
t.
I,
p. 9.
d'emblée
(1). »
L'âme
comme présomp-
n'est
qu'un ensem-
— ble de
phénomènes. Quel
mènes,
c'est
Il
s'il
rhomme, ;
serait d'ailleurs
faits.
Dans
cette chaîne
rattachez,
si
de pensées
morale de
vie
la
vous voulez, un anneau à un
mais ne vous demandez pas à quoi
suspendue pour
croit pas néces-
avait la curiosité de Tagi-
de sentiments dont se compose
autre
ne
de ces phéno-
n'y a de possible et de vrai qu'une description
superficielle des et
Hume
que Tesprit humain
et
incapable de résoudre, ter.
est le principe
une question que
de poser,
saire
85
tient et est
chaîne tout entière. La conscience n'est
la
ainsi dire
qu'une éclaircie de
ciel
de toutes parts
environnée de nuages. Tel est l'empirisme psychologique de
Hume, empirisme qui ne
dexclure
la
recherche de
mais qui renonce secondes
les
même
facilité
cause première dumonde^
à l'investigation
rapprochées de nous,
plus
Hume
de nos impressions. naïve
la
se contente pas
avec laquelle
des causes les
causes
parle quelque part de la les
premiers
hommes
se
bornaient, dans l'explication des choses, à reconnaître
légèrement quelques antécédents.
dans
la
Ils
s'arrêtaient vite
détermination des causes, et sils avaient pu
reculer leur ignorance de quelques pas,
pour
satisfaits.
Cette
rieuse, qui se contente à
bon marché,
chez des esprits simples et primitifs être le dernier
à
mot de
son plus haut
moral
ils
se tenaient
indolence d'une pensée incu-
l'esprit
est très-naturelle :
mais peut-elle
philosophique parvenu
degré de raffinement? Le
doit-il rester
pour nous ce qu'était
physique connu des anciens
:
le
monde monde
quelques terres explo-
rées dont les limites sont inconnues, et dont les con-
—
—
86
tours se perdent dans un Océan vague et indéterminé?
Que penser d une psychologie que
est impossible de connaître?
principes
))
impossible (1).
de
la
Expliquer
(f
les
de nos opérations mentales
))
Hume
qui débute en affirmant
dérivent de principes cachés, qu'il
les sensations
premiers
chose
est
»
a donc été conduit par ses principes à exclure
psychologie toute les questions fondamentales, à
écarter la question de l'origine des impressions pri-
mitives
,
sinon celle de l'origine des idées dérivées
enfin, à n'étudier
seule
relie
les
ensemble ne se
que quelques uns
aux
autres, et qui, dans
relient à rien.
Il
Hume
quer, pour être juste, que
et
tend plutôt à modé-
Il
est
et
de ces princi-
de ces philosophes, de plus en plus nom-
breux, qui regardent
les
phénomènes comme
objet de la conception ou delà connaissance
mais qui inclineraient à croire
qu'ils
faire
honneur à
Hume
le seul
humaine,
ne sont pas
seule réalité. Ce serait sortir cependant de
que
recher-
la
des premiers principes, qu'à nier
absolument l'existence de ces causes pes.
leur
cependant remar-
humain dans
rer les prétentions de l'esprit
che des causes
faut
;
que l'imagination
faits,
la
vérité,
la
d'une conception précise
de ce monde supérieur à toute expérience
,
de ces
noumèneSy qu'il a laissé à Kant l'honneur de concevoir le
premier.
Ce
n'est pas
seulement dans
de sa psychologie,
(1) Traité,
t.
c'est aussi
I, p. 40.
les
tendances générales
sur plusieurs points par-
—
de sa méthode que
ticuliers
les psychologues anglais
compte, parmi
il
87
psychologique,
Hume
est d'accord
avec
Comme
eux,
de notre temps.
la
méthode
confrontation de la raison
humaine
les
la
—
procédés essentiels de
avec rinstinct des animaux. Plusieurs chapitres du Traité sont consacrés à ces recherches de psychologie
comparée, où
Hume
espère trouver de nouveaux ar-
guments en faveur de ses
une heureuse
théories.
A
coup sûr,
inspiration de la philosophie
moderne,
inspiration d'ailleurs qui n'est pas nouvelle
Aristote
laquelle
devancé
a
nos
c'est
et
dans
contemporains
d'avoir compris qu'il est utile de poursuivre dans les
espèces animales les plus humbles manifestations de la
vie intellectuelle, afin de s'élever, par des
raisons
bien
complète de
Hume
a
faites,
vue plus nette
à une
nature humaine.
la
compromis par
Mais
les
Il
animaux, de ce préjugé que
méthode expé-
la raison
humaine
Par exemple,
il
et
nécessairement se res-
sembler. Tout ce qu'il observe dans l'animal, priori et
encore
part, en effet, dans ses études sur
l'intelligence des bêtes doivent
pouvoir a
et plus
ses défauts habituels l'appli-
cation d'un procédé très-légitime de la
rimentale (1).
ici
compa-
il
croit
par analogie l'affirmer de l'homme.
n'a pas
de peine à établir que
les in-
ductions de l'animal ne sont fondées sur aucun principe explicitement formulé
(1) Traité,
part. I, sect.
IX, tome
liv. I,
;
part. III, sect.
XII; part. II,
IV, p. 118.
et
que
le
XVI, tome
raisonnement
I,
sect. XII, p. 61, 145.
p. 224; liv. II,
— Essais,
sect.
est une opération trop compliquée pour des intelligenimparfaites.
ces aussi ))
détermine
les
«
C'est la
coutume seule qui
animaux, à propos de chaque objet qui dordi-
» qui frappe leurs sens, à inférer l'objet
» naire l'accompagne ^))
(its
usual attendant).
cette conclusion, » ajoute-t-il,
pour certains
))
supposer, d'après tontes
êtres,
une
«
nous avons de
»
»
—
fois
«
établie
fortes raisons
les règles
Et
de
de l'analogie,
» qu'elle doit être acceptée pour tous les autres, sans .))
Hume
exception ni réserve. » C'est ainsi que
avoir cause gagnée, quand
il
croit
a prouvé que les ani-
maux agissent en effet, comme il suppose que les hommes le font. Ce qui serait pour le sens commun une raison de repousser, sans examen
,
une théorie
psychologique, devient pour notre auteur un motif sans réplique d'y ajouter
en convenons, aurait tort
foi. :
Le sens commun, nous
car la distinction radicale
.de l'intelligence de l'homme, et de celle de la bête est
un préjugé;
et
il
faut savoir reconnaître,
quand
l'expérience les signale, les ressemblances qui rappro-
chent des êtres différents. Trop souvent on a raisonné ainsi
:
les
qui sont
animaux
le privilège
n'ont pas ces facultés supérieures
de
la raison
humaine; donc
ils
ne
sont en aucune façon intelligents. Mais n'est-ce pas
raisonner plus mal encore que dire
de quelque intelligence, certaines lois
:
l'animal estdoûé
et cette intelligence obéit à
donc Tesprit humain
ses développements
'fermé dans les
:
est
soumis dans
aux mêmes conditions,
mêmes
limites?
Quand, à
et
en-
l'appui. des
théories qu'il propose touchant des faits directement
— «observables
Hume
,
—
89
invoque des
hypothèses
bâ-
tiessur l'inaccessible conscience des animaux, n'est-il
pas vrai
quelque sorte de Tin-
raisonne en
qu'il
connu au connu,
tombe dans une
et qu'il
qui croit
analogue à celle de Condillac,
montré de rhomme tout ce
illusion
avoir
dé-
prouvé de sa statue
qu'il a
imaginaire?
Hume
Si
de
la
a mal usé de quelques-uns des procédés
méthode expérimentale
a complètement
méconnus;
et
,
il
parmi eux
ter lobservation physiologique.
mérite d'avoir distingué
confondus de
(Hume
,
les
a été
,
part de ses successeurs.
Sophie morale
»
sur
»
il
la
comp-
faut
Sans doute,
mieux
«
Il
,
un
c'est
domaines trop souvent
a
inspiré
su,
que
» dit
la
:
et
plu-
Stewart,
complètement ses recherches sur
»
Et
il
qu'il
psychologie et de la physiologie
la
sur ce point
« séparer
en est d'autres
la philo-
de toute hypothèse physiologique
nature des rapports de l'âme et du corps (1). »
ajoute
grande
:
«
A
cet égard, son
exemple a
aux autres philosophes
utilité
Dugald Stewart se trompait certainement séparer
ici
été d'une
écossais.
gravement.
Il
»
faut
monde physique du monde
le
moral mais cette distinction de deux sciences ne doit ;
pas s'entendre l'autre. L'étude
tème nerveux,
comme
le
devoir pour l'une d'ignorer
du corps, est le
et particulièrement
préambule nécessaire de
de l'âme. Le trop grand dédain que
les
du sysl
étude
psychologues
ont témoigné pour les observations physiologiques a
(1)
D. Stewart, On
thb progress of philosophy.
'
— 90 — autorisé et justifié l'excès contraire
physiologistes
les
sont
restés
:
Toubli complet
oii
des phénomènes
de
Fâme. Les hypothèses matérialistes ont
été encoura-
gées, plus qu'on ne croit, par l'ignorance
oii les
philo-
sophes se sont complu relativement aux phénomènes cérébraux. Or, sur ce point,
de
le silence
Hume
est
absolu.
En un :à
seul endroit de ses ouvrages,
l'influence
du cerveau sur
la
allusion
fait
il
pensée (1); mais
il
n'a
pas Tair d'attacher grande importance à cette question, et
il
en parle en homme qui l'ignore, ou qui
Le monde psychologique,
ment délimité,
n'est
tel
que
Hume
la
dédaigne.
arbitraire^
l'a
qu'une série fragmentaire et
in^
déterminée de phénomènes, sans commencement ni dont
fin,
dans
le
il
ne cherche
le
principe ni dans l'âme ql|
corps (%). Cette omission de toute recherche
physiologique est d'autant plus étonnante que, vers
même
époque, un compatriote de Hume,
Hartley, exposait
opposée
un système
le
médecii
une exagératioi
mouvement des
attribuait lé
,
qui, par
Ij
idées
à
d<
principes matériels.
Quand on
Hume
a
(1) «...
fait
That
ainsi parle
sur
,
a exposé l'usage incomplet ou l'abus qu(
des procédés de l'expérience, on a
littlô
non pas
agitation of the brain which
Hume
la Religion naturelle, le
(2)
,
we
toi
call thougth,
mais un personnage de ses Dialogues
sceptique Philon.
Ce dédain des observations physiologiques est du reste
des caractères généraux de
la
de
Hume subissait ici l'influence. idéalist
^e
la
psychologie française.
Berkeley.
philosophie écossaise
,
et
par suit
j
-
-
91
sur sa méthode générale. Nous verrons plus tard
dit
comment il entend les règles et le détail de sa logique. En définitive, Hume a été, en psychologie, un théoricien habile plutôt qu'un grand observateur. Les
mêmes dans
conditions
philosophie
le
un penseur systéma-
destinaient à être
non un sage
tique, et
lesquelles s est développée sa
et lent
parle pas seulement de
la
expérimentateur. Je ne
brièveté hâtive avec la-
quelle a été composé son Traité de la Nature humaine; I
mais une
ce système établi,
fois
na
il
plus observé
I
i
:
qu
a la lumière des principes qu'il y avait
mérairement posés. De plus,
un peu
té-
guère étudié que
n'a
il
son propre esprit. Son caractère, letrangeté hardie
[de ses opinions l'éloignaient du monde. Son célibat
;
\
l'a
du doux bénéfice que
privé
à
parfois
faire
de
philosophe trouve
le
ses propres
de
enfants l'objet
ses observations. Aussi n'a-t-il jamais parlé de cette
méthode son
qui
,
,
plus en faveur aujourd'hui
non pas seulement l'homme
fait,
jeunes gens, afin d'assister à des
facultés et
lame. Enfin sonnel
,
et
,
non sans
recommande aux psychologues
,
la
mais
était
les enfants, les
formation graduelle
en quelque sorte à
Hume
la
lui-même un
trop enfermé dans
rai-
d'étudier,
un cercle
naissance de être trop per-
étroit d'habitu-
des et de sentiments, pour qu'il pût retrouver dans
son cœur et dans sa raison tous
les
grands
traits
de
la
nature humaine. 11
n'en a pas moins observé, avec
une pénétration
I
•remarquable quelques parties de et sa philosophie est
la
nature humaine,
un fragment admirable de psy-
— chologie. Si, Traité de
la
92
renonçant au
Nature humaine,
titre
s'était
traité
contenté de
de l'habitude
dominé par
instinctif,
coutume, sa méthode
et les
au delà,
Quelques
s'il
les
de
sens e
résultats qu'il en
obtenus seraient presque satisfaisants. Mais allé
;
compte que d'une moitié
n'avait prétendu rendre
l'homme, l'homme
ambitieux de
trop
Hume
comme un
présenter son livre
la
—
i.
a cruêtn
il
avoir embrassé l'âme tout entière
et
ont
faits lui
m
pour échafaader tout
suffi
système. Doué d'une remarquable puissance de gêné ralisation
,
sortir d'un
avec un art merveilleux
c'est
qu'il faisai
infiniment petit psychologique une multi
tude de conséquences. Et n'a été entre ses
c'est ainsi
que rexpérien€(
mains qu'un instrument dhypothi
I
de déduction.
et
Quoi
qu'il
en soit,
il
faut louer
Hume
d'avoir, pa
donné
sa franchise et la rigueur de sa méthode,
l'empirisme l'achèvement et porte toute doctrine quelque
que
preuve,
sait,
l'on
et aussi l'aveu,
fausse qu'elle soit. Lors
c'est
que
que com
la perfection
que Reid, lorsque Kant, ont étudié passion
>
Hume
avec
quils y trouvaient
i
le sensualisme, poussé jus
qu'à ses dernières conséquences, est impuissant à con stituer
pu
une science
croire
vieilles
que
le
certaine. Jusqu'à
Hume
,
on aval
sensualisme se conciliait avec
croyances humaines.
Chez Locke,
en e
m
l'empirisme avait été tempéré par toute sorte de ré serves. Prudent et timoré, l'auteur de Y Essai sur FEn
tendement n'avait pas suivi jusqu'au bout sesprémis
retenu qu'il
était
par
la timidité naturelle
de son
— par
prit,
le
—
93
bon sens auquel
juge suprême, enfin par sa sincère. Berkeley, de
s'adressait
il
foi
même,
religieuse
comme
forte et si
si
avait échappé
au scep-
ticisme en mêlant à ses
tendances sensualistes
conceptions théologiques
et
izrànd mérite
de
timidités
et ces
avec une
même
Hume
presque
des
mystiques. Le
de n'avoir pas connu ces
est
atermoiements,
parcouru
et d'avoir
logique inexorable presque toutes les
parties de la philosophie. Rien utile, dans Thistoire de la pensée
livres
un
à
n'est appréciable
et
humaine, comme ces
où un' système se développe en
pur de
entier,
tout alliage, et dans lequel des opinions étrangères,
admises sans aucun lien qui les rattache au système,
ne viennent pas dissimuler
de
la doctrine.
et voiler le vrai caractère
Le scepticisme de
Hume
service de ce genre à la philosophie
a rendu un
moderne
:
il
nous
a montré les fruits de l'empirisme. Le remède qu'il a
prétendu apporter aux conséquences sceptiques d'un sensualisme logiquement conduit à son terme il
l'a
présenté sans confiance,
même
son lecteur
naire.
De
son
sorte
que ce remède
que
si
le
phe pour
le
témoignage
justifier sa
Hume,
et l'autorité
est
imagi-
moderne a il
lui-
rai-
aurait tort»
de ce philoso-
prétention à être une philosophie
vraie, fondée sur des principes
visme
avertissant
était fictif et
positivisme
de se reconnaître dans
d'invoquer
en
définitif,
dans Hume; mais
solides.
Le
Hume lui-même
cru à la valeur scientifique du positivisme.
positi-
n'a pas
CHAPITRE
les
éléments de la
IL
connaissance.
les
de
lois
l'association des idées.
Le principal objet de de nos idées,
l'histoire
psychologie de
la la
:
la
il
n'a pas négligé les
volonté, les passions sur-
ont inspiré des réflexions originales.
tout lui
l'analyse de l'intelligence n'en est pas
moins
Maiî le fail
de ses œuvres philosophiques. La plus grande
capital
partie
c'est
description de noire orga-
nisme intellectuel. Sans doute, autres parties de l'âme
Hume,
du
Traité de la Nature humaine
,
et la
plupai
des Essais, n'ont d'autre but que de décomposer
\ei
ressorts de l'entendement (1j.
Dans
cette étude
Hume,
oii
nous
y a deux parties à distinguer une description en quelque sorte abstraite des élé-
allons suivre 4°
de l'intelligence humaine
ments de général
la
le
il
connaissance et des
développement de
lois
qui règlent
l'esprit
;
2^
en
lexamen
particulier des diverses croyances qui constituent le
fond de
la
pensée humaine
:
la
croyance au
monde
extérieur, la croyance au moi, la croyance à Dieu.
(1)
Traité, liv.
I, II, III.
Essais
U,
III,
IV, V, YI.
— De
ces
première
;
—
95
deux
parties^ la plus
celle
où
faible
est
encore la
analyse les principes et
il
les lois
K'mentaires de toute connaissance. Ce serait s'expo-
une déception que s'attendre à y trouver des
à
eussions précises et approfondies sur
Sur ce
los idées.
sujet,
esquisses qui
ques
n'a ni réussi
]u'il
,
Hume
s'est
de
l'origine
contenté de quel-
soulèvent de graves difficultés, ni
même
toujours cherché à pal-
ier.
Pour
lui, l'esprit
ceptions
humain
n'est
qu'une série de per-
d'abord de perceptions isolées et distinc-
:
qui sont autant d'états primitifs de conscience; en-
tes,
suite
de perceptions associées,
liées
ensemble, d'après
com-
^'Tlaines lois, et qui forment nos idées les plus
exes. Cette association
deux origines:
d'ailleurs a
— tantôt des relations naturelles,
inhérentes aux idées
slles-mêmes, unissent entre eux les éléments primitifs
de
la
connaissance, et produisent les seules
mations dont
Hume
reconnaisse
étudierons dans un chapitre à part (1); lois
d'une association fortuite et
riiabitude, viennent déterminer d'idées, et
donnent
—
affir-
nous
la certitude;
les
tantôt les
artificielle, les lois
de
de nouvelles liaisons
lieu à des opinions
ou croyances
qui s'étagent à lous les degrés de la probabilité.
Ainsi
des
impressions
transformations nirs,
successives
,
qui
Chap.
par
deviennent des
des images, des conceptions abstraites
^ociations
(l)
primitives
des
souve;
qui résultent ou d'une intuition
III, Des vérités cer laines et de la démonstration.
et
des
immé-
— diate, ou
96
—
des effets de l'habitude,
leur simplicité, les théories de
telles
Hume
sont, daas
sur l'origine de
nos connaissances. Simplicité séduisante, au premier
coup
de
l'esprit;
plicité
matériaux nécessaires à
mais,
si l'on
En
les plus
ses et compliquées rintelligence
les
ingénieux auxquels
rendre compte de
nous sera
facile
la
diminué
le
opérations nécessaires pour
minimes ressources,
si
puisse se développer autant qu'elle artifices
et
constitutifs, plus sont laborieu-
avec de
,
formation
grandes complit.
plus est restreint
effet,
nombre des éléments
la
y regarde de plus près, sim-
trompeuse, qui cache
cations.
que
nombre de principes auxquels
d'œil, par le petit
elle réduit les
Hume
le
fait.
Dans
les
a recours pour se
production de nos pensées
de reconnaître l'imagination déliée
subtile d'un philosophe de talent, qui dépense bea
coup
d'esprit
pour
sortir à
prise dans laquelle
il
il
,
]
i
son honneur d'une entrqg
sest témérairement engagé
mais nous n'y retrouverons pas
la
démarche
franc'
et aisée de cette puissance créatrice qui agit toujo
par les voies les plus simples et les plus naturelles.
I
Arrêtons-nous d'abord
Hume,
selon
les
à
éléments de
considérer la
quels son!
connaissance.
Non
verrons ensuite comment l'association des idées inter vient pour former avec ces éléments les idées gêné raies
,
et déterminer les opérations les plus
quées de
l'esprit.
compli
—
Toutes les perceptions de
«
Hume, »
—
97
((
humain
l'esprit
et les idées (1). » Ces
mots un peu arbitraires ont
besoin d'être éclaircis. Les impressions les
» dit
,
se réduisent à ce que j'appelle les impressions
phénomènes que dans
le
ce sont
,
langage de
tous
psycholo-
la
gie française nous appellerions des sensations et des
perceptions (2).
Hume
entend par
là,
en
aussi
effet,
bien les passions, les émotions sensibles que les
Sous ce nom,
intellectuels. «
passions
je
sensations
))
leur première apparition dans
idées,
il
,
appelle ainsi
»
pressions
))
pensée et dans
reasoning)
,
,
«
,
font
Quant aux
»
affaiblies
des im-
présentent dans
se
en d'autres termes
:
Fâme.
raisonnement
le
lorsqu'elles
,
images
les
qu'elles
telles
comprends toutes nos
émotions
»
faits
(m
thinking
and
souvenirs et
les
»
les
la
représentations de l'imagination.
Que c'est là
tout se réduit
aux impressions
Hume comme le
un premier point que
peine de démontrer sa philosophie.
prendre qu
il
Il
c'est
:
insiste
y a entre
»
homme
»
autrement que celui qui ne passion. Si vous
(1)
OEuvres phil., tome
(2)
A
vrai dire
pression, qui
de
,
me
Hume
I,
idées, la
postulat de toute faire
com-
impressions et les idées
les
pris d'un accès
aux
ne prend pas
seulement pour
une différence marquée de force
))
et
et
de vivacité.
de colère fait
«
Un
est affecté bien
que penser à
cette
parlez d'une personne trans-
p. 15;
tome IV, Essai U,
p. 16.
n'a pas le droit d'employer le
suppose un objet; car
Hume
mot im-
n'admet pas l'existence
l'objet.
7
— vos paroles,
me
expriment
» qu'elles »
et je
avec
cette idée
» produiraient
sens de
le
une idée juste de Tétaip
fais
mais je ne confondrai jamais
:
le
dans
—
comprends aisément
» portée d'amour, je »
98
désordre et l'agitation qui
mon âme,
si
» vais réellement ce sentiment.
moi-même
se
j'éprou-
Lorsque nous
réflé-
» chissons sur nos émotions passées, notre pensée est »
comme un
» exactitude
miroir fidèle qui reflète ces objets avec ;
mais
»
les
couleurs qu'elle emploie sont
en comparaison de
» éteintes et pâles,
mot
» le
impression je
désignerai donc toutes
» perceptions les plus vives, »
dont
celles
nos perceptions primitives étaient revêtues... Par
» sir,
de
de
celles
vue, du toucher, de l'amour, de
la
l'ouïe,
nos
de
la
haine, du dé-
volonté. Et je distingue de ces impres-
la
moins
))
sions les idées^ qui sont nos perceptions les
»
vives, celles dont nous prenons conscience, lorsque
»
nous réfléchissons après coup sur quelqu'une des
ou
» sensations »
quer
(1).
des émotions que je viens d'indi-
»
Le second principe de Hume,
c'est
que toute idée
dérive nécessairement d'une impression antérieure. «
Tous
les
matériaux de
» notre sensibilité » idées ))
,
la
pensée sont pris dans
extérieure ou interne;...
c'est-à-dire
les
perceptions
plus
et
les
faibles
sont toutes des copies de nos impressions, c'est-à-
» dire
(1)
de nos perceptions
Tome
IV, Essai
(2) Jbid, p. 17.
U
,
p. 16.
les plus vives (%).
»
La
—
—
99
conséquence de ce principe,
comme creux d'une
idée
c'est
etjsans valeur tout
à
faut rejeter
qu'il
mot qui
ne correspond
laquelle
est le signe
aucune im-
pression.
Le point de départ de sensation et la
la
sensibilité
réflexion
,
qu'acceptent, en
formes diverses
,
les
:
la
fiant
» été ))
:
«
Toutes les
de Locke;
c'est celle
sensualistes de tous les
légèrement. Voici
comment M.
fois
en
temps.
la
modi-
Stuart Mill s'ex-
qu'un état de conscience a
déterminé par une cause quelconque
de conscience ressemblant au premier
» tensité
n'est
renouvelant sous des
L'école anglaise contemporaine l'adopte
prime
Hume
La théorie de
intérieure.
la
on entend par réflexion
si
pas nouvelle par conséquent c'est celle
donc
l'intelligence, c'est
,
,
un
état
mais d'in-
moindre, peut se reproduire sous
la
pré-
»
sence d'une cause semblable à celle qui l'avait pro-
»
duit
))
chaque impression mentale a son idée
d'abord...
On énonce
plus catégorique, disait ^)
:
«
dérive d'une impression.
cette
en disant (i). »
:
Hume,
n'y a pas d'idée qui
Il
»
loi
ne
Mais, au fond, les deux
philosophes ne diffèrent que dans l'expression de leur pensée. M. Stuart Mill agit
ici
avec
la
circonspection
qu'exige la méthode expérimentale, et qui n'est pas
dans
les
pense,
habitudes de
Hume; mais, en
comme Hume lui-même, que
définitive,
il
ces états secon-
daires de l'esprit, qu'on appelle des idées, sont tous excités par des impressions
(1)
M. Stuart
Mill, Logique,
ou par d'autres idées qui
tome
II, p.
437.
—
—
100
elles-mêmes, en dernière analyse, remontent dans à des impressions primitives
leur origine sorte
que l'hypothèse d'un
:
théorie de
deux
sées en les
importantes
:
les
trame
complètent
Hume. Les impressions peuvent classes
la
inutile et chimérique.
de nos connaissances, devient distinctions
telle
esprit actif, introduisant
par lui-même de nouveaux éléments dans
D'autres
de
la
être divi-
impressions de sensation
;
impressions de réflexion. « Les premières se prooriginellement dans l'âme et résultent de
))
duisent
»
causes inconnues. Les autres dérivent en grande
de nos idées,
» partie »
façon suivante.
la
Une impression frappe d'abord nos sens
» fait ))
de
et cela
percevoir
soif,
chaud ou
le
le plaisir
ou
le froid
peine.
la
De
,
la
nous
et
faim ou
la
impression
cette
garde, pour ainsi dire, une copie, qui per-
» l'esprit
» siste après
que l'impression a disparu
:
c'est ce
que
»
nous appelons une idée. Cette idée de
»
peine, lorsqu'elle reparaît dans l'esprit, produit des
»
impressions nouvelles de désir ou d'aversion, d'es-
»
pérance ou de crainte
»
proprement des impressions de réflexion, puisque
» c'est la réflexion
,
))
,
et
ou de
que nous pouvons appeler
qui les produit. Ces impressions
» sont à leur tour copiées » nation
plaisir
par
la
mémoire
et l'imagi-
deviennent des idées, qui peut-être en-
gendreront elles-mêmes d'autres
» d'autres idées;
de
telle sorte
que
les
impressions
et
impressions de
précèdent leurs idées correspon-
*)
réflexion,
))
dantes
))
sions de sensation d'où elles dérivent. L'étude de
,
si elles
sont cependant postérieures aux impres-
—
—
lOl
ces sensations appartient
aux anatomistes
et à l'ob-
servateur naturaliste plutôt qu'au philosophe
;
aussi
ne nous en occuperons-nous pas. Quant aux impres-
de réflexion,
passions, les désirs, les
les
))
sions
»
émotions
»
comme
)->
est nécessaire de renverser
))
pu paraître d'abord
»
en premier lieu
méritent
elles
,
attention
;
plus naturelle
la
,
il
méthode qui aurait
la
et d'étudier
,
les idées (1). »
Hume, deux manières
d'avoir des
tantôt, lorsque l'impression reparaît, elle
:
mais
dérivent le plus souvent des idées
elles
y a, d après
Il
idées
notre
garde
encore un degré considérable de sa vivacité primitive
;
tantôt
elle est
a perdu entièrement sa vivacité
elle
,
devenue une
idée parfaite
(a
perfect idea).
mémoire; dans
le
premier cas, nous avons
le
second, à Yimagination. Ces deux facultés
emploie
mot sans
le
affaire à la
:
Dans
(Hume
croire à la chose) diffèrent encore
en ce que l'imagination n'est pas astreinte à repro-
même
duire les impressions primitives dans le
sous
et
est ))
la
même
;
la
mémoire , au contraire
rigoureusement soumise à cette
tère principal
de
» server les idées »
forme
la
mémoire
loi.
entendu, pouvoir
et
I,
de con-
simples que de maintenir leur ordre
au premier abord
illimité
Tome
Le carac-
un tout au-
peut inventer ce qui n'a jamais été vu ni
pas cependant
(1)
«
n'est pas tant
et leur situation. » L'imagination remplit
tre rôle: elle
ordre
:
elle
semble jouir d'un
de conception. Qu'on ne ce pouvoir se réduit
Traité, p. 22.
«
s'y
trompe
à associer, à
— » transposer, à
—
102
augmenter, à diminuer
les
matériaux
» fournis par les sens et par l'expérience (1). »
A
de l'imagination se rattache
cette théorie
deux catégories
tinction capitale des idées en
idées complexes.
idées simples et les
impressions,
Hume
dit
le
la dis-
n'y a pas
Il
:
les
deux
formellement, qui soient
simples, qui soient absolument indivisibles. Les idées
qui leur correspondent seront par conséquent complexes elles-mêmes. Mais Timagination, usant de son
pouvoir, distinguera, séparera idées.
((
Partout
» entre les idées
oii ,
les
une différence
l'imagination saisit
elle n'a
pas de peine à opérer une
séparation (â). » Principe important
))
éléments de ces
— quoique Hume
le jette,
pour ainsi dire, négligemment
à
d'un chapitre
la fin
— car
ment que nous ayons rencontré dans la
et
en passant,
est le seul éclaircisse-
il
ses
œuvres sur
formation des idées abstraites. D'un autre côté,
l'imagination possède la faculté d'associer, d'unir les
idées de manière à former des notions
plexes encore
;
et c'est à ce
plus
com-
nouvel emploi de l'ima-
gination que sont dues les idées générales et les idées universelles.
Dans ce
chement entre
travail
les idées,
guidée par quelques
vent régulariser
la
lois
de liaison, de rappro-
l'imagination est d'ailleurs
constantes qui seules peu-
marche d'une
faculté aussi capri-
cieuse, et qui sont précisément les lois de l'association des idées. Ce
(1)
12)
que sont ces
Tome IV, Essai II, Tome I, Traité, p.
p. 17.
25.
lois et
comment
elles
—
103
—
gouvernent en général notre esprit^ restera à exposer, pour achever
Hume
de
la théorie
qui nous
c'est ce
de
faire
connaître
sur les opérations essentielles de
Fintelligence.
Mais avant d'en arriver là, reprenons, pour
mieux comprendre, La
les
premières réflexions de
résume toutes
plus grave, celle qui
c'est
que
les
les
Hume. autres,
idées, quelles qu'elles soient, corres-
les
pondent toujours à des impressions primitives. Pour
Hume
établir ce principe.
raisons. fait.
La première
Hume
n'est
ne
fait
que deux
valoir
guère que l'affirmation du
adversaires Voîîus probandi,
laisse à ses
qui n'admettent pas que toute
((
Ceux,
))
idée est copiée sur une impression semblable n'ont
))
qu'un
))
idées qui
»
dit-il,
moyen de me ,
si
c'est
:
Ce
sera alors
,
de produire des
ne dérivent pas de
pour nous une nécessité,
nous voulons maintenir notre doctrine, de
ou
» l'impression ))
réfuter
dans leur opinion
» cette source. j)
«
la
perception vive qui correspond à
cette idée(1). » Or, les adversaires
que
ne font guère, dans leurs ouvrages, que
ou
à raison
,
citer
Hume
défie
citer, à tort
des idées et des principes auxquels
ils
attribuent précisément ce caractère d'être supérieurs
à l'expérience,
et
de ne pas dériver de
La logique exigerait, ce semble quelque attention à ces
,
que
la sensation.
Hume
eût prêté
listes
de catégories, de no-
que
l'école rationaliste s'est
tions premières et innées,
toujours complu à dresser. C'est vraiment une exécu-
(l)
Tome
IV, Essai
II,
p. 18.
—
—
sommaire, que
tion par trop
Hume,
104
procédé par lequel
le
examen,
sans le moindre
rentrer ces no-
fait
tions fondamentales dans la catégorie des idées déri-
vées, calquées sur des impressions ou combinées par
Le croirait-on
l'imagination.
tendu expérimental,
une seule expérience
n'y a pas
il
directe, pour établir
dans ce système pré-
,
que
les
conceptions de
la raison
peuvent être ramenées à des sensations primitives 1
De
toutes les notions rationnelles, l'idée de Dieu est la
seule que
gnes
,
veuille bien rappeler; et en trois
prétend en faire justice
il
blement l'air
Hume
les difficultés qu'elle
de se douter de
emploie lui-même »
«
sans aborder vérita-
soulève, et sans avoir
portée des expressions qu'il
la
L'idée de Dieu, c'est-à-dire d'un
Dieu infiniment intelligent, sage
» ce
et
bon, dérive de
que nous réfléchissons sur les opérations de notre
» propre espri ))
:
,
li-
mitées ces
t
,
et
de
ce
que nous concevons comme
qualités de sagesse
de bonté
prenne dans l'âme humaine
Que
la raison
pour
ainsi dire,
buts moraux de
et
avec laquelle
elle
la divinité, c'est
liste
s'empressera d'accorder à
que
la
illi-
(1). »
l'étoffe,
façonne les
attri-
ce que tout spiritua-
Hume
;
mais
la
forme
raison donne à ces qualités, l'infinité qu'elle
leur confère, et que lui-même ne leur dispute pas, cil
donc
qui
est l'impression
ou l'ensemble d'impressions
de modèle
ces conceptions métaphysi-
sert
ques? Ne
faut-il
à
pas reconnaître qu'elles expriment
une tendance innée de notre
(1)
T. IV, p. 18.
esprit, qui reçoit sans
— doute de l'expérience
matière de ses pensées
la
qui donne de lui-même
fonds, encore plus qu'il il
—
105
,
fournit
et
de son
n'a reçu, par
la
mais
,
propre
forme dont
revêt ces éléments empiriques ?
Hume
Le second argument de
voudrait être une
contre-épreuve du premier. Après avoir affirmé, sans le
prouver, que les idées ressemblent toutes à des im-
pressions antérieures,
successeurs appellent
Hume, la
joignant à ce que ses
méthode de concordance
vérification nouvelle qui constitue
Hume
rence ,
une
la
,
ce défaut tient à une lacune corres-
pondante dans nos impressions primitives.
Hume
moins.
Un aveugle ne
un sourd imaginer
manquent
infortunés les sens qui leur
cite
Rendez à ces :
en ouvrant
vous créez pour
chacun d'eux une nouvelle source d'idées.
même
du
et
saurait concevoir
le son.
cette nouvelle source d'impressions,
de
Ici,
développe un peu sa pensée,
quelques exemples. la couleur, ni
si le
diffé-
manque
déclare que dans tout esprit où
série d'idées
cette
-^
méthode de
sens
Il
en est
quoique normalement organisé
,
n'a jamais rencontré Tobjet propre à exciter telle telle
sensation
:
du goût
l'idée
du
d'exemples aussi
dans
les
un nègre, un Lapon,
ainsi
vin.
Et
de
frappants
impressions morales
ressenti certaines passions,
incapable,
la
même
quoiqu'il
,
si
n'y
ou
n'a pas ait
pas
semblables lacunes
une âme
si elle
n'a jamais
en est tout à
observation s'applique
monde nouveau des Un homme de mœurs douces
fait
encore
avec quelque justesse à ce
senti-
ments
n'aura
intérieurs.
pas l'idée de
la
cruauté ni d'un ressentiment implaca-
— ble.
Un
l'amitié
ne comprendra pas
égoïste ,
ni les
—
106
douceurs de
la générosité.
Observations très-justes en un sens, cette vivacité d'esprit,
sublime de
le
s'il
s'agit
de
de cette finesse de cœur, qui
seules peuvent saisir toutes les nuances d'une pensée, toutes les délicatesses d'un sentiment!
L'expérience
personnelle est nécessaire
pour donner à certains
mots, qui sont sur
de tous, cette valeur ex-
les lèvres
pressive, cette signification secrète, qu'ils
ne possè-
dent que pour un petit nombre d'âmes. Avant qu'un sentiment se développe en nous,
en faisons
est
vague
l'idée
que nous nous
et incertaine; la réalité seule re-
nouvelle dans leur fraîcheur première ces notions traditionnelles. Mais autre chose est se représenter avec force,
avec toute
la
puissance de l'imagination, une
émotion du cœur, autre chose
est
en avoir
l'idée.
La
conception d'un sentiment, que nous n'éprouvons pas,
que nous n'avons pas éprouvé. Hume nous
la refu-
sera-t-il? Réduisez autant
que vous voudrez son mi-
nimum de
l'idée
représentation
nous n'avons pas
fait
moins dans notre
esprit.
Hume,
il
,
l'expérience
est vrai, pourrait
avons observé chez
nous-mêmes,
les
de ce sentiment dont n'en existe
pas
nous répondre que nous
les autres, sinon
expérimenté en
émotions dont nous avons quelque
idée. Telle est, en effet, l'origine des notions confu-
ses et obscures que
nous
nous n'avons pas
l'épreuve personnelle. Nous l'ac-
fait
laisse tout
cordons volontiers à Hume, qui la peine
sentiment dont
d'ailleurs n'a pas pris
de pousser l'analyse jusque-là. Mais ce qui
— t
vrai de
.>es,
107
—
nos sentiments, et de
de toutes
Fest-il aussi
iiumaine ? Les
faits
rapportés par
produit
,
et
la
plupart de nos
formes de
les
pas une conclusion aussi absolue. passe singulièrement
la
Hume
ne
pensée
justifient
Son affirmation dédes exemples
portée
Les conditions que
Hume
qu'il
monde de
qui sont tous empruntés au
l'expérience.
la
impose avec
raison aux conceptions qui ont leurs racines dans les faits, faut-il
les
étendre aussi aux idées qui passent
généralement pour se développer à priori possible, mais
Hume
?
Cela est
ne prouve aucunement que cela
y a là tout au moins un défaut de méthode à signaler. La démonstration notoirement insuffisante soit.
du
Il
Traité de la Nature humaine n'est
nous
détourner de considérer
pas
l'esprit
faite
pour
comme une
puissance active et indépendante, qui non-seulement
soumet l'expérience à ses
lois,
mais qui encore est
capable de s'élever par elle-même plus haut et plus loin Si
que l'expérience.
Hume
s'était
contenté de dire que pour nous
représenter un objet
dans
les
choses
nous avons besoin de trouver
sensibles
un point d'appui ou
symbole, nous pourrions être d'accord avec
nous paraît
être,
en effet,
la loi
de
l'esprit
que nous sommes incapables de penser, concevons en
même
si
lui.
un
Telle
humain, nous ne
temps, ou une représentation
Imaginative (souvenir d'impression morale, ou image sensible),
ou tout au moins un mot, un signe con-
venu qui tombe sous nos sens ou frappe notre imagination.
—
108
—
Ce dernier point ^ l'intervention du d'ailleurs trop négligé par
Hume.
C'est
signe, a été
une des gran-
des lacunes de sa psychologie que l'omission de toute
étude sur prit qu'un
le
langage. S'obstinant à ne voir dans
ensemble
de phénomènes,
l'es-
il
n'a cher-
de notre pensée avec
le
cerveau,
ni les liens qui l'unissent avec les signes.
Il
a dédai-
ché
ni les rapports
isolé
gné de marcher dans des voies que Locke ley lui avaient cependant ouvertes
engagé avec une imprudence qui
et
où Condillac
;
l'a
mené
foule d'observations utiles.
Il
ou sensible
fait
recueillir
nous semble, quant
à nous, que lorsque l'image, lorsque ral
s'est
trop loin,
mais où une sage psychologie trouverait à
une
Berke-
souvenir mo-
le
entièrement défaut, un mot est
indispensable pour que notre pensée abstraite se dé-
veloppe. Par exemple, je ne puis penser Vinfini sans
que
présentent à
mon
infini
esprit, soit sur le papier
est
il
Si
le
ne se présente pas lui-même, ce seront, du
moins, d'autres signes équivalents fait.
où
une vague apparition mentale.
écrit, soit par
mot
dont ce mot se compose se re-
les trois syllabes
Que chacun
Dieu,
:
s'interroge sur ce point
fermement que tout
effort
:
l'être
par-
nous croyons
de pensée abstraite
,
si
haut
qu'il place
tion
nécessaire d'une représentation sensible, quelle
son objet, est soumis à cette condi-
qu'elle soit d'ailleurs
;
et
que notre
esprit,
pour ainsi
dire, ne peut prendre son vol dans les régions méta-
physiques qu'en restant par une partie de lui-même
appuyé sur
les réalités
empiriques.
Mais autre chose est considérer
la
présence de ces
—
109
—
représentations sensibles (lobjet lui-même, ou le
qui en est le substitut),
comme une des conditions de comme le fait Hume,
la
pensée; autre chose soutenir,
qu
elles constituent à elles seules tous les
Pour nous,
la pensée.
s'aide,
intellectuels,
ne sau-
sans doute, des images, des souve-
mais qui reste distincte de ces conditions
nirs, des mots,
seule représentation matérielle de
mot
sible, c'est le
infini
sation, ni impression
exemple,
Par
supérieure.
leur est
et
sensibles,
en
une puissance interne de pen-
raient s'expliquer sans ser, qui
éléments de
premières, et
les notions
phénomènes
général tous les
mot
qui soit pos-
l'infini
lui-même.
Ici
il
la
n'y a ni sen-
d'aucune sorte, qui nous aide à
concevoir, en tant qu'il est infini,
l'être
que désigne
y a en dehors du mot qui se présente à l'imagination, un acte intellectuel par lequel nous
ce mot. Mais
il
interprétons ce
mot
et
concevons à son occasion
l'at-
tribut divin qu'il exprime.
A quoi Hume
bon
insister d'ailleurs sur
une question que
a éludée et non résolue? Ces notions que Kant
rattache à la constitution native de l'esprit, que d'autres philosophes considèrent
comme
rectes d'essences suprasensibles
admises dans un système où l'esprit est
clamée
rigoureusement niée,
comme
Les idées a
,
les intuitions di-
ne pouvaient être
l'activité
propre
de
et la sensation pro-
l'unique source de nos connaissances.
priori, si elles existent réellement, seraient,
dans l'ordre spéculatif, ce que nos volontés semblent être dans l'ordre pratique
:
des actes absolument
ir-
réductibles de l'esprit, qui surgiraient spontanément
— dans
de nos phénomènes de conscience,
la série
dépendants de tout ce qui
Hume
que
—
110
les
précède.
Il
ne peut leur donner place ni parmi
impressions primitives, qui sont toutes a
parmi
ni
les idées qui
in-
est évident les
posteriori,
dérivent directement des im-
pressions.
dans cette question, toujours controversée
Si
toujours obscure, de la
Hume
priori,
raison et des conceptions a
a évité de s'expliquer,
de
la
n'est
il
guère plus
veut rendre compte
satisfaisant ni plus clair, lorsqu'il
il
et
formation des idées abstraites. Ici, cependant,
pouvait, en un sens, justifier et maintenir son prin-
cipe
que
:
idées résultent des impressions. C'est
les
l'expérience en effet qui fournit la matière avec laquelle l'esprit
encore parer
faut-il
les
notions abstraites. Mais
fabrique les
que
l'esprit existe; qu'il
tuelle seule est capable.
dont une force
Or,
ainsi. L'idée abstraite n'est
nue souvenir
;
Hume
pour
primitive, affaiblie, amincie,
compter
pour sé-
ait
éléments des impressions primitives,
travail intérieur d'attention,
tant de
y
si
morceaux
que
et
de
là
sensation
la
je puis dire,
deve-
d'elle-même en au-
de parties. Sans
qu'elle contenait
qu'il résulterait
seraient vagues,
ne l'entend pas
lui
et enfin se divisant
un
intellec-
que
les idées abstraites
dépourvues de toute vivacité (ce
qui est contraire à l'expérience et ce qu'un
mathéma-
ticien n'admettrait jamais),
il
est impossible
prendre comment
si
délicat
ce travail
qui néglige certaines qualités des
de com-
de l'abstraction,
choses,
pour ne
mettre en lumière que celles qu'il importe d'étudier,
m—
—
pourrait s'accomplir mécaniquement, sans le concours
d'une raison active. Cette nécessité d'une activité rai-
sonnable est
si
évidente qu'elle s'impose à
lorsque, se démentant jusqu'à
même;
lui-même,
un
invoque pour expliquer
il
traites, rinfluence
Hume
lui-
certain point
abs-
les idées
de l'imagination, qui,
comme nous
peut opérer une séparation partout
lavons déjà
dit
où
une différence. N'est-ce pas reconnaître,
elle saisit
,
après lavoir niée, l'existence des facultés et des pouvoirs de l'esprit?
Comment je
d'ailleurs, si l'esprit n'agit pas,
ne dis pas seulement l'abstraction, ou
de
mais aussi ces impressions primitives^ dont
la raison,
Hume
expliquer
les idées
nous
dit qu'il n'y
complexes? Or,
comment
se
si
en a pas deux qui ne soient
elles sont
complexes en
quelles apparaissent
fait-il
réalité,
comme
sim-
ples? Cette simplicité apparente n'exige-t-elle pas déjà l'intervention d'un esprit réelle des la
éléments de
qui
soumette
la
diversité
l'objet à l'unité subjective
de
perception?
Hume n'a pas
ne
s'est
pas préoccupé de ces difficultés.
H
songé à rendre compte de l'origine de ces
impressions primitives qu'il considère
comme
le
point
de départ de toute connaissance. Elles existent par
une sorte de création miraculeuse: voilà tout ce en
sait. C'est là,
vice fondamental
même ,
que
qu'il
au point de vue logique, un les
empiriques 'modernes ont
en général tenu à éviter. L'école contemporaine anglaise, si elle
n'admet pas plus que
originelles, s'efforce
Hume
des facultés
au moins de chercher,
soit
dans
—
112
1
—
rorganisation du cerveau, soit dans l'hérédité, dans les impressions
ces,
accumulées des individus
et des
ra-
dans ce que M. Spencer appelle ïévolutiouy des
raisons qui puissent expliquer la production des phé-
nomènes Si
de
primitifs
Hume
grand
effort
conscience.
même
n'a pas
tions élémentaires
la
^e
tenté d'expliquer les percep-
l'esprit,
a
il
du moins un
fait
pour déterminer l'origine des idées déri-
vées, c'est-à-dire des idées générales; origine dont les lois
de l'association des idées contiennent, d'après
lui, le secret.
Nous touchons
ici
à un des points les
plus importants de la philosophie de
Hume
mais
;
avant d'exposer ses propres idées sur ce sujet, quel-
ques explications générales sont nécessaires pour
comprendre dans
le rôle
l'histoire
de
la
que sa théorie
est appelée à
faire
jouer
psychologie.
II
Une des
plus grosses difficultés que soulève le sen-
sualisme, particulièrement celui de Condillac, l'impossibilité
de transformation, qui d'un élément unique, sation, et
de
fait sortir
la
tiplient
cipe.
tous les
série
de
la
sen-
pensée est alors
de miracles qui renouvellent
sous toutes les formes un seul et
Hume
la
phénomènes du sentiment
pensée. L'histoire
comme une
c'est
de comprendre ce merveilleux pouvoir
et les sensualistes anglais,
et
même
mulprin-
qui se sont
condamnés, eux aussi, à prouver que quelques impressions primitives suffisent à la génération de tou-
tes
nos idées
j
113 -.
du moins
ôiît
suivi
une méthode plus
ingénieuse et en apparence plus satisfaisante. Ce n'est poiht par d'inexplicables métamorphoses de la sensa-
compte de nos pensées
tion qu'ils rendent
sociation des idées
c'est
,
au mélange ou à
nombre d'éléments
naison d'un certain
l'explication
à Dîeti.
se passer
de l'âme
et
de
du monde, quand on écarte
Deux
:
ils
ses faeui-
comme de la
croyance
ce sont précisément celles qu'avaierit
premiers
philosophes
grecs,
se représentaient le monde,' tantôt
comme
rencontrées
quand
in-
solutions seulement s'offrent au choix
des philosophes déjà
combi-
priiuitifs qu'tte
en est de l'explication de l'esprit
il
l'as-
ou sensibles.
Quand on veut tés,
la
à
phénomènes
attribuent la production de tous les tellectuels
c'est
;
les
varié d'un élément unique , qui, dans sesévo-
l'effet
Wiotis perperttielles
comme
tà'tjtôt
,
se prête à toutes les formes;
l'assemblage complexe d'une multitude
de principes qui, s'associant entre eux de mille manières, réalisent l'infinie variété des choses. C'est
même dans
façon
que
l'es
l'esprit tantôt les
sensation
,
sensualistes
de
M:
modernes voient
transformations multiples de la
tantôt les associations diverses
de quelques
impressions élémentaires. L'école anglaise contemporaine s'est ralliée à cette
dernière hypothèse. L'association est devenue pour elle
comme un mot magique
tères
du cœur
tes, les
et
de
l'esprit.
qui éclaire tous les mys-
Les idées
les plus
hau-
conceptions les plus générales, que l'école ra-
tionaliste
considère
comme données
a priori , 8
l'école
—
—
114
expérimentale les explique par l'association des idées.
Les substances ne sont plus alors que des groupes de
phénomènes simultanés
,
associés par l'habitude. Les i
causes et les effets ne sont pas autre chose que des successions invariables de phénomènes, associés en-
core par l'habitude. Et de
même,
les
sentiments les
plus élevés ne sont probablement que des associations d'idées et de sentiments plus simples; mais
expérimentale hésite encore, et malgré récentes de M. Bain sur les émotions
,
ici l'école
les
analyses
elle n'est
pas
arrivée sur ce point à se satisfaire elle-même (i). Il
serait à
Hume
,
faire
remonter à
l'honneur d'avoir provoqué, par ses ré-
seul
flexions
coup sûr exagéré de
les
analyses ingénieuses ou profondes où se
complaît de notre temps la psychologie anglaise. La
comme la faculté humain ou plutôt comme la loi
théorie de l'association, considérée
maîtresse de l'esprit
,
unique des phénomènes de l'âme, ne en un jour. Elle a son histoire;
En
diverses vicissitudes.
son livre sur dérait
les
18210,
progrès de
comme abandonnée,
la
et
s'est
pas fondée
elle est
passée par
Dugald Stewart, dans philosophie, la consi-
en proclamait
« Cette théorie, » disait-il, « est à ))
dans
» joui
l'oubli;
est certain, » dit
logues de
» tioii les
»
chute
:
peu près tombée
éphémère dont
elle
a
en Angleterre a cessé, en grande partie, de
(l) « Il
»
la popularité
la
l'associai ion,
phénomènes de
de succès,
n
M.
Mill, «
que
les- efforts
des psycho-
ayant pour but d'expliquer par l'associala sensibilité, n'oiit
guère été couronnés
Revue des Cours littéraires, sixième année, p. 604.
—
115
—
))
puis la mort de son infatigable apôtre, le docteur
)>
Priestley (1). » Cette théorie, dont
annonçait prématurément
la
Dugald Stewart
ruine, c'est la
même qui,
dès cette époque, prenait, dans les méditations et les écrits
de Thomas Brown
veaux développements,
une école
(2!).
de James Mill, de nou-
et qui devait,
devenir
nées plus tard, toute
et
le
signe
M. Stuart
C'est Hartley qu'il est d'usage,
sidérer
comme
le
amis accep-
Mill et ses
nom nouveau
tent volontiers le
quelques an-
de ralliement de
d'Associationnistes.
en Angleterre, de con-
fondateur de la théorie de l'associa-
tion des idées. Et, à vrai dire, cette théorie lui doit
beaucoup. C'est tinction,
qui a imaginé l'ingénieuse dis-
lui
sans cesse reproduite par M. Stuart Mill,
entre ces associations d'idées, qui ne sont que des mélanges, et ces associations plus intimes, qui
deviennent
de véritables combinaisons, analogues aux combinaisons chimiques. Tantôt l'idée complexe, l'idée d'une rose
,
par exemple
avec un
,
est telle qu'on peut
y retrouver,
peu de réflexion, tous les éléments primitifs
qui la composent
:
certaines idées simples de forme,
de couleur, de parfum; de
poudre bleue
et
même
qu'en mêlant une
une poudre jaune , on obtient une
masse qui, à distance, paraît verte, mais dans
la-
quelle on distingue de près les grains bleus et
les
(1)
Le docteur Priestley avait publié, en 1790, une seconde du livre de Hartley :« r/ieor of the human Mind on the
dition ))
principle of ths association of ideas. » (2)
Brown, Esquisses de la 'physiologie de James Mill, Analyse de l'Esprit humain,
Tiiooias
uain, 1820.
Esprit hu-
l*
1829.
— grains jaunes
:
-
116
jusque-là nous ne dépassons pas les
idées de Locke. Tantôt , au contraire ples s'unissent
si
reconnaître dans est
formée; de
intimement,
qu'il est
complexe
l'idée
même que
idées sim-
les
,
impossible de
éléments dont
les
elle
comme
dans un composé,
on ne saurait démêler Thydrogènede l'oxygène.
l'eau,
vue pénétrante
Piar cette
et
par d'autres théories en-
core, Hartley mérite sans doute d'être placé au pre-
mier rang parmi Mais
arec
Hume doit partager Comme Hartley,
lui.
de» idées pour expliquer
rbumanité, de
et,
de plus,
ne publia ses
Hume
»^
tout au
moins cet honneur
il
s'est servi
les principales il
croyances de
avant
l'a fait
1737
de
Le
lui. ,
traité
Hartley
et
Fhomme
Observations sur
«
de l'association
qu'en
»
(â). s'est
rendu à lui-même ce témoignage,
premier qui
est le les
nouvelle école (1).
Nature humaine date
la
1749
de
la
les chefs
ail
phénomènes de
ne connais
qu'il
étudié avec quelque attention
des idées
Tassociation
pas de philosophe qui
ait
:
«
Je
entrepris
» d'énumérer et de classer tous les principes d'asson ciation (3).
»
Bobbes, en
effet,
s'était
contenté
d'indiquer quelques-uns des rapports qui, le plus or-
(1)
Yoir, sur la théorie de l'association dans Hartley, une étude
intéressante de (2) Il n'est
Hartley
dans
:
iî
semble ne pa«
les considérations
Hume, on (3)
M. A. Maury, Le Sommeil
et les
pas inutile de remarquer que
le sait, s'est
Essai ni,
le
connaître.
Il
Rêves, p. 467.
Hume
ne
cite
ne Teût pas suivi
physiologiques dont Hartley abuse toujours abstenu.
tome IV,
p. 23.
jamais
d*ailleurs ,
et
dont
—
117
—
dinairement, unissent nos idées
il
;
n'avait point cher-
ché à établir une classification rigoureuse et méthodique de ces rapports. Aristote seul avait déjà donné l'exemple d'un pareil essai. Dans son petit Traité sur la
Mémoire,
que nos souvenirs
affirme en passant
il
ne se rattachent guère manières distinctes
les
uns aux autres que de
« soit
:
par ressemblance^ soit par
différence, soit par proximité (1). » Et
))
loin
de cette
mène
de
classification à celle
il
n'y a pas
Hume,
tous les principes d'association à trois
semblance,
dans
la contiguïté
trois
le
temps
pace, enfin la relation de la cause à
et
qui ra:
la res-
dans
l'effet, la
l'es-
seule
dont Aristote ne parle pas (%).
A le
vrai dire
seulement par complaisance pour
c'est
,
commun que Hume met
sens
principe
:
celui
de causalité. Dans son système,
de cause à
relation
distinguée de
la
à part le troisième la
ne saurait être sérieusement
effet
contiguïté dans le temps et dans l'es-
pace. Lïdée de causalité n'est en effet pour lui qu'une idée dérivée,
fondée sur
De
une
fiction
habituelle de
la liaison
qui se suivent.
sorte
que
de l'imagination,
deux phénomènes
la causalité est plutôt le
de l'association qu'un principe distinct d'as-
résultat
(1)
factice,
Aristote
:
IIspl
{xvt^[i.'/i;
...
àç' Ôjjloéou
,
9i
évavTiou
,
^ toù (Tuvsyyuç.
Tauchnitz, tome YII, p. 123. (2)
Une preuve que Hume n'a
en accorder toutes les parties apparente
,
,
point assez mûri son système pouF c'est la contradiction
,
au moins
qui ressort de sa doctrine sur les trois principes d'as-
sociation et de sa théorie sur les sept relations qui peuvent exister
^ntre les idées. Voir plus loin, chap. III.
— sociation.
Hume
ne
l'ait
pas reconnu formel-
les principes qu'il distingue se réduisent
lement,
à
Quoique
—
118
la contiguïté et
donc
à la ressemblance. Toute l'école anse range
glaise contemporaine
à
son opinion ainsi
interprétée. « Des lois d'association,
première est que
les idées
»
M.
dit
Mill,
semblables tendent à
((
la
»
s'éveiller l'une l'autre
»
pressions fréquemment éprouvées ensemble simul-
))
tanément ou dans une succession immédiate, ten-
»
dent aussi à se
rappeler
M. Bain, dans son
livre sur
seconde , que deux im-
la
;
,
les
Et de
»
(1).
Sens
et
même,
r Intelligence,
consacre deux longs chapitres à l'étude de l'association dans ses
guïté
,
deux
variétés
:
l'association par conti-
ressemblance
l'association par
(21).
La réduc-
tion de tous les principes d'association à deux, tel est
donc
le
mot d'ordre de
l'école tout entière.
guïté dans le temps et dans l'espace voilà les
deux
la contiguïté
réduit, pour des idéalistes
à
la contiguïté
la
ressemblance
chevilles ouvrières de l'esprit humain.
Ajoutons qu'en un sens
la
,
La conti-
dans
le
comme Hume, comme
temps, à
succession. Enfin, le
dans l'espace se
la simultanéité,
mouvement
Mill,
ou à
qui entraîne les
philosophes de l'école expérimentale à ramener au plus petit
nombre
possible les principes de l'associa-
tion est si vif, si accentué
leurs imitateurs,
,
que nous avons vu un de
M. Mervoyer, affirmer que
c'était
encore trop de deux rapports distincts, et ramener
(1) Stiiart Mill,
(2)
Logique,
Voir aussi Spencer.
tome
TI, p.
43
la
—
—
119
contiguïté elle-même à n'être qu'une forme de la res-
semblance
(1).
Nous sommes
on
loin,
le voit,
de
la théorie
de Du-
gald Ste\\art, qui comptait sept ou huit principes, et
qui ne prétendait pas les avoir découverts tous. Nous
sommes
loin aussi
de
de sagesse
l'esprit
Hume comme
qui faisait dire à
,
))
énumération
))
très principes d'association
))
soit
:
complète, et qu'il n'y
qués, c'est ce qu'il serait
de prudence
se fût repenti de
un peu systématique
sa classification
Il
s'il
et
«
Que notre
ait
pas d'au-
que ceux que
difficile
indi-
j'ai
de prouver
(2). »
n'en a pas moins maintenu, dans ses Essais, la doc-
du
trine
Ce
Traité.
n'est pas d'ailleurs
dans
la classification
des prin-
cipes de l'association que consiste l'originalité véritable
de Hume,
dans l'usage
c'est
pour expliquer nos idées
Nous aurons à étudier, en
qu'il fait
de ces principes
aussi
nos croyances.
et
particulier,
pour ramener à une association d'idées
ses tentatives la
croyance au
monde extérieur, la croyance à l'âme elle-même. Pour le moment montrons comment l'association des idées ,
est,
A
d'après lui
ne
pitres
lire,
,
le vrai
dans
ou
les Essais,
que Hume a consacrés directement à
(1)
Mervoyer, Essai sur
(2)
En
encore
principe des idées générales.
le Traité
le
note,
Hume
fait
p. 28.
cha-
l'association
remarquer qu'on pourrait distinguer
quoique, par une analyse subtile,
tome IV,
les
l'association des idées, 1864.
contraste ou la différence
rapport avec ceux de
que
il
la causalité et
comme un
principe spécial
soit possible
de
la
de confondre ce
ressemblance. Essai III,
—
120
~
des idées, on ne se douterait pas
losophes
les
de
signale
Il
les
déduire
de leurs
spnnements trop profonds
))
Essais. » Et ailleurs
))
afin d'exciter la curiosité
»
faire
»
que beaucoup d'opérations de
soupçonner,
si
«
phi-
de
tirer
pas chargé
de ces prin-
nous conduirait à des
effets
cipj3s et
:
s'était
« L'explication
:
»
et trop longs
rai-
pouf ces
Je réunis ces quelques traits,
je
des philosophes, et
leijr
ne puis les en convaincre,
» l'association des idées (1). »
Hume
vaguement aux
comme s'il ne
))
de
fait le res-
lui suffisent
conséquences qu'on pourrait
l'étude de l'association, lui-iïiême
en
Quelques lignes
sort principal de l'esprit.
pour exppser ses vues.
qu'il
l'esprit
dépendent de
La plupart des théories
ne sont cependant que des applications
ri-
goureuses de sa doctrine sur l'association. Mais n'aimait pas, on le sait,
il
ces expositions didactiques
qui, rapprochant les conséquences des principes,
annon-
cent d'avance les résultats auxquels on doit aboutir. Il
conduit son lecteur de surprise en surprise
mène en aveugle jusqu'au bout de
,
et le
ses déductions;
comptant précisément, pour mieux s'emparer de esprit, sur l'ignorance
où
il
le laisse
soi^i
des dangers que
courent ses croyances en compagnie d'un guide aussi
ayentureux. Méthode habile qui, dissimulant des çqqclusions inquiétantes, afin de faire plus sûrement ac-
cepter ses prémisses, ne
démasque
le
but que lors-
nous y a insensiblement conduits Ce ne sont pas les idées de la mémoire, qui, seloa
qu'elle
(1)
Tome
î
IV, Essai TU., p. 29.
—
121
—
lîume, peuvent être soumises aux lois de l'association
mémoire conserve fidèlement
car la
ce sont seulement les concep-
primitives;
Kssions
de rimagination
is
[i{)lis.
:
cest-à-dire
s'évanouit
souvenirs
les
En même temps que diminue
souvenirs,
;
l'ordre des im-
la vivacité
l'enchaînement qui
aussi
maintenait dans un certain ordre, de
telle sorte
des les
que
rimagination ne nous présente que des idées désunies, éparses
coupé
comme
le
fil.
grains d'un collier dont on aurait
les
C'est
précisément parce que l'imagination
dans son action, parce qu'elle ne connaît
est libre
plus ces liaisons inséparables qui s'imposaient encore
mémoire, que
à la
les idées
dont
elle dispose
ont
besoin d'être guidées par quelques principes d'association, et se prêtent à la formation d'idées nouvelles,
en obéissant à certaines
images se
Si les
affinités.
groupent d'une façon à peu près uniforme, pas voir flexion
dans tous sard, le\\x
ce
sachant
comme une
qu'elle
fait.
collection d'idées
les sens,
si elles
ne faut
,
L'imagination
qui
elles
au ha-
lois d'association, qui,
souvent , grâce à
(a gentle force) dont
fait
peu près régularisées dans
posséder ^ur elles un empire absolu le plus
est
s'éparpilleraient
ou se mêleraient tout à
n'étaient à
marche^ par quelques
néanmoins
il
d'une raison véritable, ni d'une ré-
là l'effet
,
les
la force
sont douées.
sans
dominent
modérée
D'où vient
Vautorjté de ces priftçipes de liaison? c'est ce qu'il est
impossible de dire. Tout ce qu'on peut avancer, c'est
que
la
nature désigne, en quelque manière, à chacun
de ces principes,
« celles des idées simples qui sont le
—
122
—
propres à être unies dans des idées corn-
»
plus
))
plexes (1). »
comme dans la mitives Hume écarte Ici,
,
question des impressions pri
recherche des causes et
la
contente de signaler les effets
que
» les idées
«
Les
poui
de l'imagination, de cette connexion
insé-
j'ai
indiqués tiennent lieu
« parable qui les unissait dans la mémoire. ))
une espèce
»
extraordinaires que l'attraction physique.
morale, qui a des
d'attraction
»
sont partout manifestes
))
plus souvent inconnues
»
prises
))
maine,
»
s(
trois principes ,
d'association
))
:
,
parmi ce qualités
que je
n'ai
Il
y a
ic
effets aussi .
.
Ses effets
mais ses causes sont
;
le
et elles doivent être comoriginelles
pas
la
de
la
nature h
prétention
d'éclai
cir (2)... »
Quels sont donc les
effets
C'est grâce à elle, d'abord,
par
le principe
de
de l'association des idées
que l'imagination, guid
la contiguïté
ou
celui
de
la resse
blance, produit la conception de la substance.
ne
fait
guère que généraliser
sées, par Berkeley,
Ici
Hum
les explications esqui
pour rendre compte des substanc
sensibles. L'idée de la substance ne peut passer
d'une
la copie
tions, ni les
impression primitive
émotions ou
sentent ce que
les passions
:
pou
ni les sensa^
ne nous repré
nous appelons une substance.
Cett^
idée n'est qu'une « collection d'idées simples, uniei
par l'imagination.
(1)
Tome
(2) Id.,
»
Cette collection reçoit d'ailleurs u
I, Traité, p. 26.
p. 28.
I
— lom
particulier qui
—
123
nous permet de nous rappeler
ensemble de qualités
qu'il
représente (1).
Les substances ne sont donc que des fictions de l
imagination, déterminées par des mots. L'illusion à
laquelle
nous cédons, quand, derrière ces mots, nous
imaginons des objets réels
et distincts
,
dérive de ce
que nous nous sommes accoutumés à passer, par une succession régulière, de l'une à l'autre des différentes qualités
que nous rapportons à ces
cette habitude
de
la
entités fictives. Et
elle-même résulte de
ressemblance qui
proximité ou
la
relie et associe entre elles ces
diverses qualités.
Ce qui est vrai des idées complexes qui représentent des substances l'est aussi, selon
Hume, de
ces
autres notions composées qui représentent des modes,
en d'autres termes, des idées générales.
c'est-à-dire,
La ressemblance qui blancheur du
lait et
existe, la
par exemple, entre
blancheur de
la
la
neige nous
conduit doucement à unir, à confondre ces deux impressions en une seule, et à former l'idée générale de la
blancheur.
Hume
reconnaît cependant, qu'il y a une différence
entre lïdée de substance et l'idée de
mode. Dans
le
premier cas, nous rapportons l'ensemble des qualités conçues
par l'imagination à quelque chose d'inconnu
(an unknown something), qui est le substratum tes ces qualités s'unissent.
est
(l)
rien
Tome
puisque
,
I,
les
Traité, p. 32.
Dans
le
qualités
second cas, dont
se
oii touil
n'en
compose
— l'idée
d'un
mode
bre d'objets. se la
124 -^
sont dispersées sur
vient cette différence ?
D'oii
que l'imagination ne se
fait-il
un grand nom
Commen
laisse pas glisser sui
pente qui devrait naturellement l'entraîner à
une substance derrière toute
de qualités
"i
que Hume, avec son inexplicable indolence
C'est ce
pour toutes
de nous Quoi
collection
voii
questions d origine, n'a pas pris soin
les
dire. qu'il
en
soit
toute généralisation n'est qu'un
,
travail d'imagination dirigé par les lois
des idées. Une idée générale,
c'est la
de l'association tendance que
rimagination contracte à se représenter successivement. des images qui se ressemblent, ou qui se lient d'autres rapports
et
;
seloi
tendance se caractérisi
cette
par un nom. C'est à peu près ce que pense un auteu français
riques
contemporain, disciple, anglais
:
<(
lui aussi,
des empi
Ce qui se dégage en nous, aprèî
j)
que nous avons vu une série d'objets semblables^
)>
c'est
»
nous pensons une idée générale, qu'une tendance
»
nommer un nom... Ce nom
une tendance
» priété
finale...
Il
n'y a en nous, quant
a pour caractère la pro
d'évoquer en nous les images des individus
» d'une classe,
et
de cette classe seulement
(1)... n
(1) M. Taine, De l'Intelligence, 1" volume. Dans cette question des idées générales Hume reconnaît
inspii^ de Berkeley. «
Un
,
s'êti
grand philosophe a affirmé que
toute!
nos idées générales ne sont pas autre chose que des idées
parti-»
un mot qui leur donne une signification plua qui leur permet de rappeler, à l'occasion, d'autres idées
culiôres, unies à
étendue, et
particulières semblables à elle.
»
Tome
I,
p. 33.
Principes de la Connaissance humaine. Introduction.
Voir Berkeley,
— ne sont pas
Enfin, ce
Hume
;it
alion et
125
—
les idées générales
explique l'origine par
de
Et
dans son système,
lui
il
n'y a
aucune
mettre cette nouvelle conclusion
croyance ne sont pour
plus vives
que
:
l'ima-
jugements,
même
paraissent issus de la
LOS
(a
concours de
le
l'association des idées. Les
croyances
seulement
source.
difficulté à
car le jugement et
Hume que
des impressions
les autres. Or, l'imagination peut,
certains cas, assurer
ad-
dans
aux images, qui en elles-mêmes
ne sont que des impressions affaiblies, ce degré supérieur
de vivacité, nécessaire pour déterminer l'affirma-
tion.
Nous étudierons plus au long
et
en détail
ce
nouvel et ingénieux emploi des principes de l'association
idées ; mais, sans anticiper sur ces théories,
des
nous pouvons dès à présent juger
le rôle
que
Hume
attribue à ces principes dans la formation de nos con*
naissances.
Que Hume
qu'ils l'ont fait, la riche variété
sent nos pensées, si
méconnu, autant
el ses disciples aient
c'est ce
des rapports qui unis-
dont on s'étonnera moins,
considère que les philosophes anglais enten-
l'on
dent l'association des idées tout autrement que nous. C'est
une différence de points de vue Pour
saisir.
n*est
les
qu'une
certain ordre,
l'Imagination,
pensée. t
relies
loi
importe de
psychologues français, l'association qui
les
gouverne, qui range dans un
phénomènes de
la
mémoire
et
de
mais qui ne produit directement aucune
Pour Hume,
de
qu'il
l'esprit
,
elle est
une des
ou du moins,
si
ce
facultés essen-
mot répugne à
des théories positivistes, le principe presqtie unique
— de notre développement
donc ne voir dans rapports qui lient
—
126
un souvenir
une image à une autre image écarte de la
Autre chose
intellectuel.
un autre souvenir,
à
un enchaînement
:
est
qu'un ensemble de
l'association
qui
trame de nos pensées toute conception
qui ne s'y rattacherait pas par un lien ou par un autre
autre chose croire que l'association, en éveillant
;
semblables ou contiguës, les groupe
les idées
nieusement, ou
les unit si
intimement,
si
ingé-
qu'elle nous
prendre ces assemblages d'idées pour des idées
fait
nouvelles. L'association des idées n'est plus alors confinée au
seul
rôle
que nous
lui attribuions
ductrice perpétuelle, qui après tre
une autre sur
une puissance
l'esprit
effective, la source
nos idées générales. Sur ce point
devancé
;
ni
Hobbes
ni
l'association autre chose
d'être
une idée en
scène de
la
,
:
fait
de production
Hume
la loi
par
dévie
elle
n'a
guère été
Aristote n'avaient
que
l'intr
vu dans
ru.qui règle le renou
Tellement de nos souvenirs, ou qui ordonne les tions
fi
de notre imagination. Locke, par sa théorie d
)
idées complexes, et Berkeley, par quelques aperçu
semblent seuls avoir préparé les voies aux doctrines
beaucoup plus hardies de
Dans
Hume
de Hartley.
et
l'étude des principes sur lesquels repose l'as-
sociation,
l'école
expérimentale anglaise
s'est
donc
contentée de rechercher les rapports véritablement
ceux qui
d'après
sont capables
de
produire de nouvelles conceptions. Interrogée sur
les
féconds
,
,
elle
,
rapports quels qu'ils soient qui peuvent lier nos sou-
à
I
— airs
,
je crois qu'elle
la multiplicité.
ter le
c'est
nous en accorderait volontiers
qu'elles ,
augmen-
effet, à
ces relations (on ne
objets de nos idées soit enfin
—
Ce qui contribue, en
nombre de
marqué)
127
pas assez re-
l'a
peuvent exister
soit entre les
soit entre les idées elles
mêmes
entre les mots qui les expriment. L'incohé-
rence des idées n'est souvent qu'une liaison superfientre les mots.
cielle
peut suffire d'une syllabe,
Il
pour jeter notre
d'une lettre quelquefois,
pensée
dans une direction nouvelle. Le mot et l'idée sont si
de
intimement unis dans
servie
langage
au
l'esprit
que
mouvement de
l'un entraîne le
pensée
la
le
mouvement
l'autre;
subit
le
et qu'as-
joug
associations fortuites, qui surviennent entre les
des
sym-
boles matériels qu'elle a créés pour se rendre sensible. Et
objets
de
même
l'association peut exister entre les
mêmes que
cisément
notre esprit conçoit
;
ce sont pré-
les liaisons les plus philosophiques.
Quant
à donner une classification exacte de nos principes d'association entre les mots, les objets et les idées
elles-mêmes,
c'est
ce qu'il serait présomptueux de
tenter. Il
ne faut pas oublier, d'ailleurs
,
que
le
progrès et
l'enchaînement de nos pensées tient à d'autres causes qu'à l'association et à
ses principes. Les puissances
actives de l'esprit, soit par la perception, soit par la
réflexion, interviennent
pensées pour en changer tés intellectuelles,
à chaque instant dans nos le
courant. Le jeu des facul-
des sens et de
du raisonnement sont
la
conscience,
l'effort
les causes principales qui
mo.
—
—
128
difient sans cesse la suite
de nos pensées, et qui
nouvellent constamment, pour ainsi dire, nôtre esprit. Et enfin, jest,
sï l'on
le
re-
décor de
voulait épuiser le
sti*
faudrait aussi tenir compte, pôtir expliquer
il
là
succession de nos idées, de l'influence fnystérieasé
que peuvent exercer sur nos pensées le travail physiologique du cerveau
et les modifications qui s'accomplis-
sent d'instant en iùstant dans sa substance. Tous les
psychologues ont remarqué que, dans nos l'éveriès, des idées tious échappe souvent
lé lien
des ponits invisibles
îl
y a
comme
lesquels passe nôtre imagina-
pâ!r
Ces rapports,
tion.
:
n'apparaissent
qtiî
ni
entre les
idées, ni entre les objets, ni entre les mots, doivenÇ être cherchés dans le travail inconscieiit cultes
,
où dans
Mai^ Ruriie
l'action
sonrde
fte l'eiitend
pas ainsi
idées rétnpîace, à ses yeux, tuaîistes attribuent à l'esprit
accordent
rialistes
le?s ,
:
de ùos
du
et tatetifé
1
Fassociâtioti âës
facultés (jue fôs spirt-
les forces
que
au système nerveux.
admettre cependant que
fk
c'ei'veôtti
l'attraction
les maté-
Comment
et l'affinité deé
idées suffisent, par elles seules, à produire les idée^
complexes? Quand Hartley nous représente une idée générale
que
le
comme une
combinaison, analogue à
chimiste détermine, lorsque, par
étincelle électrique,
il
l'effet
celle
d'une
transforme certains volumes
d'hydrogène et d'oxygène en une substance ùouvélte qui n'a aucun rapport avec ses éléments constitutif^, la
comparaison nous semble ingénieuse
;
Mais
ti
demandons précisémeût qù^f est!,
datis l'esprit, le pot
vôif, la fa<îulté , qui jou^ le f Ole
dé
rétiû'Celle éïectri
[
—
129
—
que, et qui, trouvant rapprochées l'idée de Paul, l'idée ;
de Pierre ,
de Jacques
l'idée
en
,
fait l'idée
complexe
d'humanité. Peut-on comprendre une pareille opération,
on ne reconnaît pas à
si
propre;
si,
l'esprit
une
activité
en dehors de ces éléments simples que
I
!
rassemble, on n'admet pas une
l'association
gence capable de
saisir le
l'avis
soit
de Hartley
il
:
rapport de ces éléments et
Hume
d'en constituer l'unité?
ne
intelli-
d'ailleurs n'est pas
croit pas
de
que Tidée générale
un composé nouveau, dans lequel on ne démêle
plus les éléments simples. Pour lui,
comme pour
Ber-
keley, pour les nominalistes de tous les temps, con-
seulement avoir à sa
cevoir les universaux, c'est disposition
un nom, pour représenter
les idées indivi-
duelles qu'une secrète tendance nous pousse à grou-
per ensemble et à entrevoir rapidement dans une intuition
vague
Dans ce cas,
(1).
encore plus rigoureusement effet,
la
l'action d'un esprit est
requise. Qui
donc, en
peut avoir groupé ces images particulières, dont
série
compose
l'idée
générale? Dira-t-on qu'elles
sont venues se ranger d'elles-mêmes dans un certain
ordre,
comme
et s'ajustaient
atomes des épicuriens s'alignaient
les
par
le
pur
effet
du hasard? Au fond,
c'est à
peu près ce que pensent
l'école
empirique; car
(l)
l'avis
Comme
le fait
la
les
philosophes de
doctrine de l'association des
remarquer Dugald Stewart, qui est un peu de
des nominalistes
ginalité d'une opinion
,
Hume
a tort d'attribuer à Berkeley l'ori-
que Berkeley
ser après beaucoup d'autres.
n'a fait
que défendre
et
expo-
—
—
130
idées, telle qu'ils l'entendent, n'est que l'applicatioj
à l'âme de
phénomènes
théorie atomislique. Les
la
psychologiques ne sont alors
dans lorigine, que de»
,
molécules d'une espèce particulière, dont
le
jeu et
les
divers groupements réalisent l'apparente variété de
nos états de conscience. Mais
quer comment
reste toujours à expli-
pourquoi ces groupements s'accom-
à moins de déclarer qu'ils sont entière-
plissent. Et,
ment
et
il
fortuits,
il
faut bien
supposer l'influence de certaines si
idées,
ont,
tion
comme
dit
modérée, mais néanmoins
plus des lois empiriques, de
de
faits;
elles
il
est vrai
à
de certains
Hume, une
force d'ac-
efficace, elles
simples
que
ne
sont-
constatations
deviennent, sous un autre
nom, de
forces primitives de l'esprit.
véritables facultés, les
Tant
lois,
ces lois agissent réellement sur les
principes. Or, si elles
comme Hume,
en venir,
la
philosophie
ne parviendra
jamais à rendre compte des phénomènes, sans concevoir derrière eux une puissance
,
une force qui
les
dirige.
Resterait la question de savoir
Hume, que 1
s'il
faut croire,
avec
idée générale n'est pas autre chose qu'une
tendance à se représenter une série d'idées simples,
comme un
tendance soutenue par un mot qui,
symbole, résume toute
la série,
et
bref
nous dispense de
la parcourir tout entière. Si l'on affirme
que ces idées
simples ne sont que les représentations des individus
compris dans ter
l'idée
une théorie qui
tes les facultés
générale
,
nous ne saurions accep-
réduirait à l'imagination seule tou-
de notre
esprit.
Mais,
si l'on
soutient
— îenlement que
—
131
générale n'est pas un acte simple
l'idée
rintelligence, qu'elle enveloppe
conceptions distinctes
,
un
certain
nombre
nous ne voyons pas corn-
on pourrait repousser une explication de ce
aient
Comme
genre.
toute opération qui s'élève au-dessus
des choses sensibles et des perceptions de l'expérience,
générale se compose de plusieurs éléments qui
l'idée
peuvent être analysés;
elle
formée d'une série
est
I
i
d'états
de conscience. Notre esprit
est ainsi fait,
quand
les représentations sensibles
ou
intérieures lui font défaut,
moment conçoit;
une de
série
ne peut plus
il
impressions saisir,
en un
par une seule perception, les objets qu'il
et il
les
que
pour ainsi dire, sur
est réduit à s'appuyer,
de conceptions,
d'oii se
dégage, en raison
de notre intelligence, et grâce aussi à
l'inter-
vention des mots, une idée en apparence une.
Quand
l'unité
nous pensons l'humanité, par exemple, ou bien nous n'avons devant nous qu'un mot vide de sens, ou bien
nous concevons rapidement, avec
l'agilité
merveil-
leuse qui caractérise les opérations intellectuelles, les caractères
essentiels
qui
constituent l'humanité, et
qui rentrent dans sa définition l'existence.
Ce
n'est pas
ginatives, la figure la
les
humaine,
la vie,
la
raison^
représentations Ima-
les différents détails
de
physionomie ne puissent concourir à former cet
état
complexe, d'où dérive
l'espèce
humaine.
quand
ils
la
Quelques
s'élèvent pas au-dessus et
que
:
conception générale de
hommes
peut-être
ne
de ces imaginations sensibles;
pensent l'humanité,
ils
conçoivent seu-
lement, en raccourci et avec une extrême prompti-
—
132
—
lude, quelques-uns des individus humains dont la représentation est familière à leur imagination. C'est
propre des esprits réfléchis de mettre sous
le
les idées
générales autre chose que des images, je veux dire
des conceptions abstraites , des rapports constatés par
une comparaison
attentive. Mais, dans tous les cas, les
idées générales nous paraissent résulter d'une certaine
coordination de conceptions simples et élémentaires,
symbolisée par un mot unique
de sorte que quand
:
ce mot se présente à notre pensée,
souvent de considérer une à une
le plus
résume, et
de
pour
et qu'il suffit,
du discours, de cet
nous dispense
il
les idées qu'il
besoins de
les
la
pensée
un ou deux éléments^i abstraites ou concrètes.
se représenter
ensemble d'idées
Les observations qui précèdent sont en partie con-
Hume
formes à l'opinion de
sur un point essentiel qu'il
en
:
,
mais
elles s'en sépareni
l'existence d'un esprit actif,
ne veut point admettre. C'est par
là
que pèche
définitive, toute théorie qui rattache à l'association
des idées le développement de nos connaissances.
a beau analyser
compter
les
les
ressorts de l'esprit, détailler et
rouages de son mécanisme,
quelque chose que l'analyse ne
ne peut
saisir, le
ces opérations,
(1)
M. Stuart
saisit
y a toujours
il
pas, et qu'elle
principe d'activité qui dirige toutes
et qui
en est
le
moteur caché
Mill accorde qu'il paraît impossible
tion des idées rende
On
compte de
Vactivité
mentale
;
que
mais
(1).
A
l'associail
prétend,
que cette impossibilité n'est qu'apparente et il loue l'hypothèse de M. Bain, qui place dans l'activité propre du cerveau, développée sous l'influence du « stimulus organique de la nutrition, » le pria,
— ne regarder
—
133
choses que par le dehors, en quelque
les
sorte, nos idées générales dérivent sans doute de ce
que plusieurs
fois
l'image individuelle d'un objet se
présente à nous. Mais la répétition de ces images ne servirait
de rien
,
sans un esprit qui sache les compa-
rer, qui leur fasse subir
une certaine élaboration,
de concrètes qu'elles étaient, abstraites, qui enfin les
éléments
rale.
d'oii
qui,
transforme en idées
les
accumule peu à peu en lui-même
se dégagera finalement l'idée géné-
Les théories fondées sur l'association des idées
peuvent
mécanisme
suffire à expliquer le
de notre esprit, mais
elles laissent
superficiel
de côté
la
cause
originelle des tendances qui nous poussent à associer
quelques idées plutôt que d'autres. Et
M. Maury à propos de Hartley
:
»
philosophes anglais nous ramène
))
l'existence a
»
dont
de mécanique
modes engendrent
les
,
comme
le dit
«
L'hypothèse des
,
dans tout ce que
à une force simple
la diversité
,
et
des phéno-
»
mènes
«
pénétrer jusqu'à son point de départ; et quand, par
»
un
»
plexité des opérations intellectuelles et de la faculté
mais cette force elle-même, nous ne saurions
;
effort
suprême, qui
est le
summum de
la
com-
»
pensante, nous arrivons, en nous repliant sur nous-
))
mêmes
))
fier
,
à constater ce que nous
notre existence par le
fait
sommes
même
de
et à véri-
la
pensée ,
conscience s'éveille en nous au-dessus d'un mé-
))
la
))
canisme matériel et d'une coordination multipliée
cipe de nos actions morales.
sixième année, p. 601.
M.
St. Mill,
Revue des Cours
littéraires,
— » de mouvements
134
y a alors un moteur qui ne saasubstance nerveuse en vibration (ni une ;
il
4)
rait être la
•»
série d'idées associées les
» teur mystérieux, dans » la nature, se
(1)
— unes aux autres)
dérobe à l'expérimentation
A. Maury, Le Sommeil
;
ce mo-
l'homme comme dans
et les
Rêves, p. 48.
(1).
toute »
CHAPITRE
CERTAINES
DES VÉRITÉS
ET
IIL
DE LA DÉMONSTRATION.
HUME ET l'esthétique TRANSCENDANTALE DE KANT.
Il
résulte de
trines
de
que nous savons déjà des doc-
ce
Hume, que dans son système
la
sance ne peut jamais atteindre les objets stances réelles
:
elle est
,
connaisles
sub-
confinée dans le domaine
des impressions et des idées qui en dérivent. Mais «lie peut saisir les rapports, les relations qui unissent
Hume,
les idées, et, d'après
sortes. Malgré
la
ces rapports sont de
deux
tendance qui l'entraîne à élargir le
rôle de l'association des idées,
il
n'admet pas que
toutes nos croyances soient le résultat de l'habitude,
de
la liaison
conceptions.
fréquemment expérimentée entre deux Il
croit,
gements fondés sur
au contraire, qu'à côté des ju-
l'association et l'habitude, et qui
ne possèdent qu'une probabilité plus ou moins grande, il
y a un certain nombre de connaissances certaines
fondées sur des relations d'idées immédiatement saisies (1). Ces connaissances rités
(l)
ne sont autres que
les
vé-
mathématiques.
V. Traité de
la
Nature humaine,
philosophiques, sect. FV, part. I.
liv.
III,
sect. I,
et Essais
— ({
Tous
les objets
» être divisés » et
de
—
la
raison
en deux catégories
A
questions de fait.
les
136
:
humaine peuvent les
relations d'idées
première catégorie ap-
la
» partiennent la géométrie, l'algèbre, l'arithmétique: »
en un mot, toute affirmation qui est intuitivement
»
ou démonstrativement certaine. Dire que
» ïhypothénuse est égal
exprimer
» c'est
le
au carré
carré de
le
deux autres
des
côtéSy
rapport de ces figures. Dire qum\
» trois fois cinq égalent la moitié de trente, c'est expri-
»
mer une
ï)
tions
relation entre ces
de ce genre se découvrent par de simples de
» opérations
»
nombres. Les proposi-
la
pensée ,
et
ne dépendent en rien
de ce qui existe dans l'univers. N'y eût il ni cercle,
» ni
démon-
triangle dans la nature, les théorèmes
» très par Euclide n'en conserveraient pas moins leur » évidence et leur éternelle vérité. » faits
qui sont la
(matters of fact),
Les relations de
seconde classe
» d'objets sur lesquels la raison s'exerce, » sent pas ))
la
même
manière
ne ressemble pas à
de tout
» n'implique
la
qui leur
soit cette certitude,
précédente. Le contraire
demeure toujours
fait
n'établis-
la certitude
quelque grande que
est propre;
» elle
»
de
possible, parce qu'il
jamais contradiction, et que
l'esprit,
par
» conséquent, le conçoit aussi aisément, aussi distincj)
j)
»
tement que se lèvera
s'il
La proposition
Le soleil ne
:
pas demain, est aussi intelligible et n'impli-
que pas plus contradiction que
» lèvera.
Nous nous
» sa fausseté; 3)
était vrai.
car
celle-ci
si
elle
était
Le
:
efforcerions en vain de
soleil se
démontrer
démonstrativement
fausse, elle impliquerait contradiction
,
et
ne pour-
—
—
conçue distinctement par
être
» rait
137
La distinction que
Hume
établit
n
entre les véri-
ici,
tés intellectuelles et les probabilités
(I).
l'esprit
de l'expérience, a
son principe dans une division préalable des rapports
de nos idées.
Il
y
a, d'après lui, sept relations d'idées,
aux questions de
qui se rapportent
trois
dans un sens absolu
qui sont, d'idées.
de pures relations
,
Les trois premières, qui, pour donner nais-
sance à des jugements
,
exigent l'expérience, c'est-à-
dire le renouvellement des impressions tité, la causalité, la situation
l'espace. L'identité, fet le
quatre
fait,
retour d'une
dans
sont l'iden-
,
temps
le
dans
et
pour être conçue, suppose en
même
impression. La causalité ne
peut non plus dériver d'une sensation unique n'est, selon
Hume, que
accumulé dans
le résultat tardif et
la situation,
dans
l'espace, d'un objet par rapport à
varier indéfiniment, bien que
eux-mêmes
:
elle
lentement
d'une succession constante de
l'esprit
phénomènes. Enfin
ef-
invariables
la
;
le
temps
un autre
les
et
dans
objet, peut
objets restent en
considération
de
l'idée
seule ne peut, par conséquent, entraîner la connais-
sance immédiate des rapports de temps et despace.
Mais tion
y a quatre autres relations d'idées qu'une intuiimmédiate (Hume aurait dû dire une expérience il
unique)
suffit
à nous découvrir
» blance, la contradiction, les
» les proportions
dans
la
:
ce sont «
degrés dans
quantité ou le
la
ressem-
les qualités,
nombre
(1)
Tome
(2)
Après un chapitre de quatre pages seulement
(^). »
IV, Essai IV, p. 30. ,
Hume conclut
—
138
— Hume
Rien de moins net que cette théorie.
prime avec une brièveté dédaigneuse , qui ne
l'ex-
laisse
pas d'inspirer quelque défiance, quand on songe surtout à toutes les questions qui, de loin ou de près, s'y
rattachent (1).
Les quatre dernières relations d'idées donnent
une nouvelle
d'ailleurs à
distinction. Elles sont pour
la plupart découvertes par
une seule exige, pour de
ciels
à première vue
l'esprit
être saisie
démonstration.
la
lieu
S'il
,
les
s'agit
procédés
de
;|^
artifi-
ressem-
la
blance de deux idées, et par suite de deux objets,
une seule
évidemment à
intuition suffit
La
la révéler.
contradiction, c'est-à-dire l'impossibilité qu'une chose existe et n'existe pas à
la fois,
résulte aussi de
la
^comparaison de l'impression qui est produite avec l'impression contraire qui ne les
l'est
pas.
De même, pour
degrés d'une qualité, qui est plus ou moins réali-
sée dans les objets
,
la seule confrontation
de deux
impressions nous éclaire et nous permet de prononcer que l'une est supérieure ou inférieure à l'autre. « Ces trois relations, » dit » le
domaine de
» monstration. »
^n propre
:
Mais à
démonstration appartient
«
de
la
dé-
que se fon-
Voilà tout ce que je crois nécessaire d'observer sur
p. 100.
Tome
la
celui
C'est sur ce dernier rapport,
ces quatre relations qui sont
(1)
plutôt dans
que dans
toute appréciation relative à la quantité et
au nombre.
en disant
Hume, «rentrent
l'intuition
I, Traité, p. 95.
le
fondement de
la science. »
Tome
I,
— dent
les
—
139
Hume
auxquelles
trois sciences
privilège de la démonstration
la
:
réserve le
géométrie, l'algèbre
et l'arithmétique.
Rapports de ressemblance et de degré, contradiction absolue, rapports mathématiques tel est
le
domaine de
au sens commun
semble
faire ici
établit
entre les
de
relations
?
la
démonstra-
,
Hume
La distinction et les
faits
une valeur véritable?
sans contredire son système la certitude
de
portée des concessions que
tion. Quelle est la
d'idées a-t-elle
l'intuition et
de quantité,
qu'il
relations
Peut-il assurer,
un fondement
solide à
mathématique? Les concessions de
Hume
ne sont-elles pas, au contraire, plus apparentes que réelles? Et n'est-il pas certain, quoi qu'il en dise, toutes les vérités sont réduites
,
condamnées, par
que les
principes de sa philosophie, à passer sous le niveau
commun
de l'empirisme? Telles sont
les principales
questions que nous avons à résoudre.
Remarquons d'abord que
la théorie
de
Hume
sur ce
point ne contredit en rien le principe fondamental de
son système
à savoir, que l'esprit
:
humain
est inca-
pable de former d'autres idées que celles dont les impressions primitives fournissent le type. Les critiques
qui se sont autorisés, en cet endroit, des affirmations
de Hume, pour
le
mettre en contradiction avec lui-
même, ont mal compris sophie «
et la
portée
le
sens général de sa philo-
de cette distinction nouvelle
N'y eût-il ni cercle, ni triangle dans
dit
Hume,
((
les
la
nature
,
:
»
théorèmes démontrés par Euclide n'en
» conserveraient
pas moins leur évidence et leur
—
-- 140
de cette
éternelle vérité (1). » Et à la suite
))
Garnier ajoute
:
« Si les
citation,
idées géométriques ne dépen-
»
dent en rien des choses qui existent dans l'univers,
»
elles
))
réminiscences
ne sont pas des copies d'impression ou des de D.
et la théorie
,
Hume
lui-même un nouveau démenti
» l'auteur
nier oublie
Hume
que
ne
reçoit de
Gar-
»
(%).
de
croit pas à l'existence
la
matière, et que pour lui les choses qui existent dans
que des
l'univers ne sont
de
états
de conscience. L'idée
nature équivaut à une succession d'impressions
la
subjectives, sans cesse renouvelées dans le dre. Et, lorsque tes
de
la
nature,
qui
sions
les
réitérées, que, tion, se révèle
échoue
le
Hume admet produisent
les
impres-
pas besoin
n'ont
du premier coup et à la relation
or-
des vérités indépendan-
entend simplement que
il
même
d'être
leur seule inspec-
qui les unit. La critique
plus souvent contre une doctrine aussi ri-
goureusement
liée
dans toutes ses parties quand, pour contente d'y chercher des traces de
la réfuter, elle se
contradiction. C'est
tendre
donc dans un sens subjectif que la
certitude accordée par
tions qui dérivent Il
ne
de
l'intuition
faut pas se laisser
croire
Hume
l'on doit
Hume aux
ou de
la
en-
proposi-
démonstration.
prendre aux apparences, et
sur parole, lorsque, en apparence infidèle
à son scepticisme, tuitions certaines,
il
nous parle de démonstration,
d'in-
avec l'assurance du rationaliste
(1)
Hume,
(2)
Garnier, Traite des facultés de l'âme, tome
Essais, sect. IV, part.
I.
H,
p. 197.
le
— plus décidé.
comparant
—
141
admet que nous sommes capables, en
Il
telle
durée à
durée
telle
tel
,
espace à
tel
espace, de déterminer intuitivement ou démonstrati-
vement
de ces deux quantités; mais cette
les rapports
de valeur que pour nous-mêmes.
intuition n'a
Dans ces
limites,
du moins
sion absolue?
Il
accorde-t-il à la
mathématiques une préci-
des
certitude subjective
Hume
,
que non. Dans
faut bien reconnaître
dernière partie du Traité de ^Intelligence
la s'il
se repentait d'avoir trop
mérite de gèbre,
la
généreusement octroyé
rigueur parfaite à l'arithmétique et à
revient sur son premier
il
comme
,
mouvement,
le
l'al-
et fait
déchoir de leur rang les vérités mathématiques elles-
mêmes, pour
les précipiter
dans
la probabilité. Si les
règles des sciences démonstratives, taines et infaillibles
dans
l'application
avec
lui
De
là,
,
l'esprit
qu'il
fait
sont cer-
dit-il,
humain ne
l'est
de ces règles,
il
pas
,
et
apporte
sa faiblesse, ses défaillances naturelles (1).
même
dans
les propositions
en apparence
les
plus certaines, des chances d'erreur qui altèrent toute
au doute un légitime accès
certitude, et qui ouvrent
jusqu'au cœur des sciences qui paraissaient au-des-
On
sus de ses atteintes.
Hume
(1)
pourrait faire remarquer à
que, pour être logique,
Tome
I, Traité, p. 229.
«Dans
il
aurait
dû contester
les sciences démonstratives,
les règles
sont en elles-mêmes certaines et infaillibles
»
que nous
les
»
traire incertaines et faillibles
»
règles, et par conséquent à
»
appliquons
,
nos facultés ,
,
qui
,
elles
,
;
mais lors-
sont au con-
sont exposées à s'écarter de ces
commettre des erreurs. De cette façon toute connaissance dégénère en probabilité. »
-. 142
^
aussi la rigueur et la certitude des règles elles-mêmes car, enfin, ces règles,
que
sont-elles, sinon l'œuvre
humain? Et par quel prodige pourraient-elles
l'esprit
ne point participer des défauts de
l'intelligence qui les
a créées? Ajoutons qu'en arguant contre les règles
thématiques de l'infirmité de tes,
;
de
Hume nous donne une
l'esprit
:
raisonne
il
ici,
en
qui les a produi-
nouvelle preuve de ces
tendances sophistiques, auxquelles lontiers
ma-
effet,
il
cède trop vo-
comme
accep-
s'il
doctrine qui, dédoublant l'esprit, y distingue à
tait la
la fois le principe
de
la
sée. Or, son système
droit d'opposer
pensée
ne
et les actes
lui laisse
à l'esprit
de
la
pen-
en aucune façon
le
en lui-même, c'est-à-dire à
une substance, à une force permanente,
les règles, les
méthodes particulières qui en seraient l'expression phénoménale. Quoi cette
qu'il
en
liaison
soit,
comment Hume entendait-il, enfin,
immédiate qui assemble naturellement
certaines idées?
Que deux
fleurs se ressemblent
dans
leurs formes; que la couleur de l'une est plus vive que la
couleur de l'autre; qu'elle est bleue ou rouge, et
qu'elle
ne peut
être,
par conséquent, colorée en
temps d'une autre nuance
;
de l'une égalent en quantité
enfin les
,
que
même
les cinq pétales
cinq pétales de l'autre;
voilà des exemples des quatre relations, en quelque sorte a priori, d'oii découlent les seules connaissances
certaines auxquelles
l'homme' puisse prétendre. Im-
patient d'exposer son scepticisme sur ce qu'il appelle les relations il
de
faits,
sur les rapports de cause à
effet,
passe dédaigneusement sur les liaisons immédiates
—
—
143
des idées, liaisons auxquelles
attribue pourtant
il
une
grande importance, puisqu'il déclare lui-même qu'elles sont le fondement de la science {the foimdation of the science).
A vrai
dire, l'intuition qui unit certaines idées n'est,
pour Hume, qu'un
un
l'origine:
comme De
premières impressions sensibles.
quïl y a une affinité acquise pour ainsi dire,
que Ihabitude
même
il
y a
les idées
développent peu à peu
et la répétition
aux
entre les idées soumises
tion
constate sans en chercher
primitif et inexplicable, tout
fait
l'apparition des
même
fait qu'il
une
de
lois
affinité naturelle,
mathématiques.
Il
l'association,
de
immédiate, entre
ne peut donc être ques-
de déterminer un principe sur lequel repose cette
évidence, cette certitude immédiate;
mêmes que
les idées
de cette classe se
c'est
par elles-
lient et s'asso-
cient en raison d'une relation naturelle. Et cependant
Hume et les
parle sans cesse
semble
le
considérer
du principe de contradiction,
comme
le
fondement des seu-
connaissances qui soient certaines. C'est ce prin-
cipe qui limite le pouvoir de conception de l'imagination
;
c'est
parce que le contraire d'une vérité de
fait
n'implique pas contradiction, que cette vérité est seu-
lement probable; contradictoire,
c'est
que
les
parce que leur négative est vérités
mathématiques sont
certaines. D'autres philosophes ont considéré,
Hume, le
l'impossibilité
de concevoir
le contraire
comme comme
caractère propre de ces propositions que la philo-
sophie rationaliste appelle des vérités universelles et nécessaires. C'est^ par exemple, l'opinion de
M. Spen-
— cer
« L'inconcevabilité
:
144
de
—
la
négative est l'épreuve
une croyance donnée
))
par laquelle nous vérifions si
»
existe invariablement
))
signable de l'autorité de nos croyances primordiale
»
est leur invariable existence^ certifiée par lavorte
»
ment de
»
tence (1)...
ou non... La seule raison as
1
la plupart
fait
l'effort
»
pour
établir leur
Mais, pour M. Spencer,
non-exis-
comme
pour
des empiriques, les vérités nécessaires
n
sont que les premières inductions de l'expérience, l'impossibilité
de concevoir
la
négative n'est que
résultat d'une expérience toujours la
même
qui
1
n';
jamais été démentie. Cette impossibilité n'est don
qu'une habitude de
l'esprit et
non un principe pr
mier qui dominerait l'expérience, au senter l'uniformité. bilité
Pour Hume,
cette
semble être tout simplement
lieu d'en repré
même
imposs
le résultat
d'un
expérience fondamentale. C'est ici le lieu
d'examiner une assertion que Ka
répète souvent, et qui mérite de nous occuper. n'aurait pas
rejeté
Hum
toute connaissance a priori,
s'
avait su que les vérités mathématiques étaient de vé ritables propositions synthétiques, tandis qu'il les
prises pour des propositions analytiques, et qu'il a c
se tirer d'affaire et sauver ces vérités du scepticism
universel de son système
ment sur »
le
,
en
les
fondant exclusiv
principe de contradiction
:
«
matiques échappaient à ce scepticisme,
« parce
(1)
que
Hume
Les mathé » dit
Kant
regardait toutes leurs propositio
Spencer, Principes de Psychologie.
— ))
comme
145
—
analytiques, aest-à-dire
comme
allant d'une
))
détermination à une autre en vertu de Tidentité,
»)
c'est-à-dire suivant le principe
))
qui est faux, car, au contraire, ces sont toutes synthétiques
et
,
de contradiction (ce
quoique
propositions la
géométrie
»
par exemple,
»
des choses, mais seulement de leur détermination
))
a priori dans une intuition possible, cependant
pas à s'occuper de l'existence
n'ait
comme
si elle
))
va, tout
))
salité,
))
tout à fait différente
suivait le concept de la cau-
d'une détermination
ment à
la
,
elle
A
à
une détermination B,
pourtant liée nécessaire-
et
première). Mais, cette science
si
vantée,
»
pour sa certitude apodictique, doit aussi tomber à
))
la fin
»
raison qui engage
))
nécessité objective dans le concept de cause; et,
»
malgré tout son orgueil,
»
montrer plus de modestie dans ses prétentions
sous l'empirisme des principes, par la
Hume
même
à substituer l'habitude à la
il
faut qu'elle consente à
en
,
»
n'exigeant plus a priori notre adhésion à l'universa-
»
lité
»
ment
»
bien reconnaître qu'ils ont toujours perçu ce que les
»
géomètres présentent
»
l'empirisme de
»
vitablement à un scepticisme qui atteint
»
mathématiques,
» tout
(1)
de ses principes le
,
mais en réclamant humble-
témoignage des observateurs qui voudront
Hume et
comme dans
conduit iné-
même
les
qui, par conséquent, embrasse
usage scientifique de
Critique de la Raiso^i pratique
Critique de la Raison pure
des principes... Ainsi
les principes
,
théorique (1).
la raison
,
T. Barni
T. Barni, tome
,
I,
p. 211.
»
Voir aussi
p. 63 et suiv.
10
—
146
—
Jusqu'à quel point l'opinion de Kant exprime-t-elle l'exacte vérité?
penser que
Nous ne pouvons nous empêcher de
philosophe allemand a attribué à
le
Hume
une théorie que ne comportait pas son système,
quand
affirme qu'il a fondé sur le principe de con-
il
tradiction les vérités mathématiques. effet
Hume
était
en
bien loin de croire qu'il y eût au fond de notre
au-dessus de nos jugements particuliers, des
esprit,
principes universels, tels que le principe de contra-
Kant
diction.
Hume
trompé aussi, en
s'est
avait eu l'intention de soustraire les
tiques au scepticisme général, qui,
toute connaissance. Enfin, qu'il
supposant que
géométriques
tions
selon lui, attein|j
sans plus de raiso
I
qui considère les proposi
prête l'opinion
lui
c'est
mathéma-
comme
des jugements
analyti-
ques. Insistons en quelques mots sur chacun de ce points.
Que tion ?
faut-il Il
entendre par
le principe
de contradic
nous semble que Kant exprime par
là
,
tous les philosophes, la nécessité qui s'impose à prit,
une
fois certains principes
ave l'es
admis, d'écarter toute
proposition qui serait en contradiction avec ces principes. Et c'est bien ainsi qu'on définit
principe de contradiction dictoires
Or,
il
:
fondées,
le
deux propositions contra-
ne peuvent pas être
n'est pas question, chez
cessité logique.
en général
toutes
deux
Hume, d'une
vraies.
pareille né-
Les vérités mathématiques ne sont
comme nous le montrerons
tout à l'heure,
que
sur l'apparence, sur une apparence irrésistible sans doute, qui entraîne
la conviction,
mais, enfin, sur une
— qui nous et
fait
une expérience abstraite,
sur
intuition subjective,
voir l'égalité, les rapports des
nombres
des figures. Le principe de contradiction a donc
perdu, dans
la
philosophie de
donne généralement.
Il
penser à
traire. Si l'esprit, tel
fait,
que
Hume
du
,
:
il
n'est
à savoir, l'impuissance
une chose
la fois
des vérités mathématiques tion
sens qu'on lui
le
n'a plus la valeur d'une vé-
plus que l'expression d'un l'esprit à
Hume,
fondement de toute logique
rité rationnelle,
de
—
147
son con-
et
l'imagine, est certain
c'est
que
la
représenta-
contraire de ces vérités ne s'est jamais pro-
duite. Parler d'impossibilité,
de nécessité,
c'est sortir
des limites de la nature.
Nous avons déjà
que
la
menace
mathématiques de reur qu'il
fait
La géométrie
Hume
dit
n'a pas excepté les
d'incertitude et d'er-
planer sur toutes nos connaissances. lui paraît
particulièrement indigne de
la réputation de rigueur absolue qu'on
a
lui
faite.
géométrie, c'est-
«
Les idées
»
à-dire celles de l'égalité et de l'inégalité, celles
les plus essentielles à la
))
la ligne droite et
))
d'être
))
croyons
exactes
et
de
la
surface plane,
comme nous
déterminées
communément
(1)... »
de
sont loin
Et ailleurs
:
«
le
Le
»
critérium suprême des figures géométriques étant
»
fondé sur
»
surde de parler d'une perfection supérieure à celle
»
que ces facultés peuvent atteindre
les sens et
» table perfection
(1)
Hume, tome
sur l'imagination,
;
il
puisque
est
ab-
la véri-
d'une chose consiste dans sa confor-
I, p. 73.
—
148
mité à son critérium (1).
»
dire
Hume
que
—
» Il n'est
donc pas vrai de
eût reculé devant son scepticisme,
conséquence, Enfin,
il
entrevu si
la
est
s'il
comme
avait compris que ce scepticisme entraînait,
négation des mathématiques pures (2).
permis de douter que
grand rôle dans
Hume
Kant a
la distinction à laquelle
métaphysique
la
ait
distinction
la
:
jamais
jouer un
fait
des jugements analytiques et des jugements synthétiques.
S'il
est
une vérité désormais acquise à
losophie, c'est celle que Kant a
que
nettement établie,
mathématiques sont, pour
propositions
les
si
plupart (Kant dit toutes), des vérités c'est-à-dire des vérités
qui
seule des concepts,
intuition
nouvelle dans laquelle
et qui
supposent une
pour fonder
les
trouve de
l'esprit
quoi déterminer sa première idée. Tout aujourd'hui d'accord pour
la
synthétiques,
ne peuvent dériver de
l'analyse
qu'il faut,
la phi-
le
monde
est
admettre cette théorie,
mathématiques, des vérités
primitives qui soient synthétiques
grosses de conséquences.
Une
et,
par
là,
fécondes,
science ne saurait se
composer uniquement de vérités analytiques. Avec ces propositions-là, trie
cipe
ne pourrait
faire
»
géomé-
un pas en avant; car
le prin-
étaient seules
,
de contradiction, par lui-même, est bon pour
écarter l'erreur, mais tés.
la
si elles
Et
comme
le
dit
non pour découvrir des très-justement Kant
:
«
vériSi
le
principe de contradiction peut nous faire admettre
(1)
(2)
Hume, tome I p 73. Kant, Critique de la Raison pure, ,
t.
I^ p. 64.
—
—
149
))
une proposition synthétique, ce ne peut
))
tant
»
thétique
quon présuppose une dont
,
autre proposition syn-
puisse être tirée. »
elle
Sur ce terrain
être qu'au-
les partisans
de l'empirisme contem-
porain se rencontrent avec Kant. M. Mill s'exprime,
en
effet, ainsi
:
« C'est
un préjugé vulgaire de
))
que
))
sont purement verbales (ce
))
comme synonyme
))
wi égalent
»
objets,
))
sont égaux à trois cailloux,
» ))
les propositions
trois,
arithmétiques
identité... Ceci
ne
être considéré
d'analytique). L'assertion
considérée
— par exemple
apparence,
mot peut
:
comme
deux
deux
cailloux et
un
caillou
— paraît une absolue
deux cailloux
»
sont les
))
dans des états différents. Quoiqu'ils dénotent
))
même
))
cailloux en
caillou et les
noms des mêmes
en
l'examen. Les mots
supporte pas
»
et
et
appliquée à des
quoique plausible
cependant,
un
croire
algébriques
et
mots
objets,
trois cailloux,
mais de ces objets la
chose, leur connotation est différente. Trois
»
en un seul
))
nos sens,
))
vent, par
ou
deux tas,
parts séparées, et troix cailloux
ne font pas
et l'assertion
que
la
même
les
impression sur
mêmes
cailloux peu-
un changement d'ordre ou d
état, exciter
pas une proposition
))
l'une
»
identique (1). » N'est-ce pas, quoiqu'il est vrai à
l'autre sensation, n'est
un point de vue empirique,
la
démonstration
que Kant expose dans son introduction à
même
la Critique
de la raison pure (%) ?
(1)
M. Stuart
(2)
Conférez Kant, tome
Mill, Logique, trad. L. Peisse, I.
tome
I, p.
202.
— est
Il
150
donc avéré que
ques sont synthétiques, Mais
gagnée.
nous
il
quand
conclusions,
contraire. Ce qui a
et
lui le principe
a,
il
sur ce point, cause
impossible d'adhérer à ses
Hume
tromper,
du point de vue logique,
comme
Kant
rejette
le
mathémati-
les propositions
est
il
pu
—
dans
que, préoccupé
c'est
a cru que
l'opinion
Hume
de contradiction
;
il
entendait
a cru qu'en
parlant de vérités dont le contraire serait contradictoire,
Hume
entendait des propositions
l'attribut
oii
serait déduit par analyse du concept qui sert de sujet.
Or, tout cela suppose une logique que
mais admise.
Hume
capable, par
la considération
pensé que
n'a jamais
Il
n'a ja-
l'esprit fût
d'une seule idée, d'en
déterminer une autre qui serait première.
Hume
la
conséquence de
la
supposait simplement que, parmi les idées
qui se développent en nous, quelques-unes se rapportaient assez l'une à l'autre, par leur ressemblance
ou
leur contraste, par les degrés de leurs qualités ou les
de leur quantité, pour qu'intuitivement
proportions
ou démonstrativement le voit,
distinction
de dire
comme que
qu'il
qu'il
aperçût ce rapport.
possible d'appliquer
à
On
Hume une
ne paraît pas avoir soupçonnée, loin
a considéré les vérités mathématiques
des propositions analytiques, nous serions plu-
tôt tentés
est
était
s'il
l'esprit
de soutenir
Hume
n'a pas
le contraire.
même
Mais
soupçonné
le
les
plus vrai
vues pro-
fondes de Kant, et qu'avec son indifférence habituelle, il
s'est
contenté d'affirmer
la
certitude propre
aux
mathématiques sans chercher à en rendre un compte exact.
S'il
eût
prévu, d'ailleurs, les difficultés que
— Kant
151
—
oppose, on peut être certain qu'il n'eût pas
lui
pour cela désavoué son scepticisme, tence de vérités l'expérience.
ment
l'origine
Pour M. le dire,
tuition.
un système
se serait retranché dans
Il
M. Mill,
supérieures à
synthétiques pures,
analogue à celui qu'acceptent nes,
ni accepté l'exis-
moder-
les sensualistes
par exemple, qui reconnaît franche-
empirique des mathématiques.
Mill
,
comme pour Kant nous venons de ,
mathématiques supposent une in-
les vérités
Le débat se réduit à savoir
si
cette intuition
est a priori ou a posteriori, M. Mill n'hésite pas à sou-
tenir
que
cette
intuition est empirique, qu'elle n'est
qu'un abstrait des sens et de l'imagination. Quant à l'évidence surabondante des axiomes mathématiques^ elle
pas à ses yeux d'autre cause que
n'a
idéale ou imaginaire des objets auxquels
De
portent. figures
cette nature spéciale des
dérive^
en
effet,
la
nature
la
ils
se rap-
nombres
possibilité
et
des
de nous
les
représenter mentalement, aussi souvent que
nous
le
voulons, et de vérifier, par conséquent, un nombre indéfini
de
fois, le
une première
rapport que nous avons saisi dans
intuition.
ment renouvelable, tiques des
axiomes
De
cette vérification, indéfini-
résultent les propriétés caractéris:
la nécessité et l'universalité. Si
nous pouvions nous représenter
les autres
relations
qui existent entre les objets aussi facilement que les
rapports de quantité, nous attacherions bien vite à
mêmes
ces relations
les
versalité.
faut tenir
((
11
idées
de nécessité
et d'uni-
compte d'une des propriétés
» caractéristiques des formes géométriques,
qui les
—
—
152
»
rend aptes à être figurées dans l'imagination avec
))
une
clarté et
une précision égales à
Et ce qui est
des figures
vrai
sensiblement de tous
la réalité
autres objets
les
sérieusement préoccupé l'universalité des vérités
s'il
avait été
l'est
mathé-
des
matiques. C'est évidemment à ce système que se fût définitivement arrêté,
(1).»
géométriques,
Hume
un peu plus
d'expliquer la nécessité et
mathématiques.
—
Pour Kant, au contraire,
démontrer
et c'est à le
qu'est consacrée V Esthétique transcetidantale
,
—
toute
connaissance sensible suppose elle-même une intuition
à
Les perceptions de l'expérience ne seraient
priori.
point possibles, la forme
ports, trie
si
ne possédait en lui-même
l'esprit
dans laquelle s'ordonne, selon certains rap-
la
matière fournie par la sensation. La
géomé-
suppose donc une intuition pure, l'espace. Que
cette représentation
de l'espace ne dérive pas de la
sensation, c'est ce que prouvent, entre autres raisons, la nécessité
de concevoir une étendue illimitée, avant
de se représenter telle
portion
les choses qui
l'impossibilité
:
n'existe pas, et, enfin, la térise cette conception. l'est
telle
ou
de croire que l'espace
grandeur
Ce qui
infinie qui carac-
est vrai
de l'espace
encore de l'idée du temps.
Hume
a,
lui
aussi, longuement étudié les notions
d'espace et de temps, et
quable entre
M.
il
y a une analogie remar-
la Critique de la Raison pure et le Traité
de la Nature humaine
(1)
en occupent
St. Mill, Logique,
,
pour l'importance
tome
I, p. 266.
et la place
— que
—
153
deux auteurs ont données à
les
leurs réflexions
sur ce sujet. C'est par l'Esthétique transcendantale que s'ouvre la Critique de Kant; et de
même,
après quel-
ques observations trop courtes sur les idées en général^
Hume
question de l'espace et du temps que
la
c'est
s'empresse de discuter. Tout son deuxième
livre n'est
qu'un effort tenté pour faire rentrer les
mathématiques dans ques
même que
de
;
la
catégorie des vérités empiri-
l'Esthétique transcendantale
surtout pour objet de donner à la géométrie
ment a
palement
de
la
discussion de
il
à
l'infini
Hume.
Il
que par un bout^
l'infinité
En montrant que divisé,
un fonde-
priori (1).
C'est sur la divisibilité
tion
a
que porte princin'a traité la
ques-
l'infiniment petit.
ne peut être infiniment
l'espace
prétend prouver que l'espace est une repré-
sentation sensible. L'esprit, dit-il, est limité dans ses
conceptions, et ne peut jamais atteindre une représentation l'infini
ties.
adéquate de doit être
l'infinité.
Or, toute chose divisible à
composée d'un nombre
Penser une chose divisible à
possible; car
une
infini
l'infini est
de par-
donc im-
pareille conception supposerait
une
puissance intellectuelle que nous ne possédons pas la
par cela à
:
représentation d'une infinité de parties. L'esprit,
même
un minimum
qu'il est
qu'il
de ses idées. Et l'objet qu'elle
(1)
Traité
:
si
borné, doit arriver à un terme,
ne peut dépasser, dans l'idée n'est
représente ne
le livre II
pas divisible à Tinfini,
l'est
tout entier.
la division
pas davantage. Nous
—
—
154
atteignons vite, dans notre division de l'étendue, un
minimum
de franchir.
n'est pas possible
visihile qu'il
L'étendue n'est donc autre chose qu'une
de
série
points colorés, et, par suite, étendus, disposés dans
un
certain ordre.
de parties
On peut
visibles.
Prenons,
Hume, une
encore
dit
partie de l'espace aussi petite
que possible
l'étendue?
tie indivisible. Est-elle
la juxtaposition
la définir
Non
donc rien?
,
une par-
:
car l'étendue
est
divisible.
soit
quelque chose, puisque laddition de parties sem-
N'est-elle
Il
faut
qu'elle
blables à celle-là constitue l'espace. Qu'est-elle donc? Elle
une impression aussi
est
petite
l'impression d'un atome tangible
ou
que possible,
coloré.
L'espace n'est donc qu'une intuition sensible. le »
formellement
dit
que
l'idée
si
nous
le
vue ou du toucher
» la
considérons (1). »
quences en résultent pour
comme
la
On
comme
le
que sur l'appa-
elle n'a
précision ni de rigueur que n'en le plus,
de
voit quelles consé-
toutes les autres, n'est fondée
L'égalité,
l'objet
géométrie. Cette science,
rence des objets; et, par suite,
rience.
Hume
Nous ne pouvons en avoir
«
:
pas plus de
comporte l'expé-
moins,
dit
Hume,
ce
sont des proportions que nous jugeons à première
(l)
Des arguments semblables avaient pour
Collier,
«
Une
» finie
établir l'impossibilité
été déjà invoqués par
de l'existence de
la
matière
:
matière extérieure, en tant que créature, est évidemment ,
» infinie
et
en tant qu'extérieure
,
elle n'est
pas moins évidemment
quant au nombre de ses parties ou à
»
substance
»
absurde qu'une
,
et
cependant
il
la divisibilité
de sa
ne peut rien être imaginé de plus
telle divisibilité. » Clavis
Universalis
,
p. 50.
— vue^ mais sans être à réflexion
,
—
155
de toute erreur
l'abri
par juxtaposition
,
par l'emploi de
;
par
commu-
nes mesures, nous réformons nos premiers jugements,
mais sans arriver encore à une précision absolue. a pas
n'y
,
en géométrie
exactes. Elles
vague,
participent toutes
la
rigoureusement
d'idées
d'indéterminé dans les
La ligne droite,
sens.
,
Il
y a de impressions de nos à
ce
qu'il
ligne courbe,
la
surface
plane ne peuvent être déterminées avec une exacti-
tude parfaite. Toute mesure de détermination absolue est
une
fiction et
une chimère. Les points indivisibles
dont se compose l'étendue sont tion
ou
la soustraction
être discernée par nos
sommes exposés
à
si
petits,
que
l'addi-
d'une de ces parties ne peut sens,
mille
et,
par suite, nous
chances d'inexactitude et
d'erreur.
Que deviennent
de
alors les définitions
la
géomé-
trie?
Des hypothèses qui peuvent ne pas être d'accord
avec
la réalité;
des suppositions auxquelles ne cor-
respond jamais exactement
l'objet qu'elles définissent.
Hume raisonne encore ici comme nos contemporains, comme M. Mill. Nous ne concevons pas, dit M. Mill, une ligne sans largeur, la
et
cependant
c'est ainsi
que
géométrie considère la ligne. Notre idée d'un point
est toujours
un point,
l'idée
tels
que
d'un minimum
visibile.
les définissent les
Une
ligne,
géomètres, sont
parfaitement inconcevables. Si on s'imagine les concevoir, ajoute-t-il, c'est qu'on suppose que, sans cette
conception, les mathématiques ne seraient pas possibles
,
supposition tout à
fait
fausse. Et
il
conclut par
— ce raisonnement étrange
dans
nature
ni
—
156 :
«
Puisque donc
dans
n'y a,
il
humain
aucun
»
ni
»
objet conforme
»
que, d'ailleurs, on ne peut admettre que cette
))
science ait pour objet des non-entités,
»
qu'une chose à dire
la
,
aux
l'esprit
,
définitions de la géométrie, et
que
c'est
:
ne reste
il
géométrie a pour
la
» objet les lignes, les angles et les figures tels qu'ils
existent (1). »
»
les définitions
De
la
même
façon.
Hume
juge que
géométriques affichent une rigueur
et
des prétentions qu'elles ne comportent ni ne justifient. Elles supposent des intuitions imaginaires
ne peut concevoir. Elles sont
que
efforts
fait l'esprit
que
l'esprit
vains
résultat des
le
pour se hausser en dehors de
l'expérience, jusqu'à des conceptions idéales oii notre esprit
ne saurait atteindre, enchaîné
du monde
liens
Mill.
les
sensible.
Nous n'avons qu'une réponse à M.
dans
qu'il est
faire
Ces définitions existent;
à
Hume
eux-mêmes
et à
le
re-
connaissent. La géométrie nous présente un objet tout à
fait
différent
offre à
de celui que
expérimentale
nos sens. Elle s'exerce sur une étendue idéale,
dans laquelle
les
points n'ont pas d'étendue, les
gnes point de largeur, Elle
la réalité
les surfaces point d'épaisseur.
combine des quantités que rien
n'arrête, ni
leur divisibilité, ni dans leur multiplication à
Comment
les
li-
dans
l'infini.
confondre avec des notions empiriques
grossièrement empruntées aux sens?
Que
la
,
première
origine des conceptions mathématiques se trouve dans
(1)
M.
St. Mill, Logique,
tome
I
,
p. 256.
xpérience, nous ne
—
—
157
le
contestons pas, mais à con-
humain
dition qu'on accorde à l'esprit
m
s
pouvoir de
le
transformer, en les soumettant à une élaboration
térieure, en leur appliquant les lois de la raison. est
difticulté
de concilier, dans
la
La
formation de ces
notions, ce qui dérive des sens et ce qui nous est fourni par l'esprit
;
et
de comprendre comment l'expé-
rience nous suggère des conceptions qui, cependant, la
dépassent et la dominent. C'est parce qu'on recule
devant
solution de ce problème, qu'on se précipite
la
dans des affirmations exclusives
comme une qu'avec Hume on
qu'avec Kant on re-
,
garde l'espace
intuition pure entièrement
a priori;
n'y voit qu'une impression
empirique. Quant à nous, blable que
l'esprit,
en vertu
de l'impression d'où
l'influence
nous semble vraisem-
primitivement empiriques
dans
s'épurent
même
,
il
de notre raison
,
elles
ces notions
,
de
la
répétition
procèdent, et sous
qui les idéalise
,
qui les
soumet à ses principes, qui leur applique sa tendance générale à pousser les choses à
on sauvegarde
le
l'infini.
De
caractère nécessaire des propositions
mathématiques, mais, en
même
temps, on reconnaît
une vérité qui nous parait incontestable empirique
servation
cette façon,
que contient,
la part d'ob-
,
comme
élément
primordial, toute idée abstraite.
Hume
qui, dans cette question, hésite et tâtonne
un peu, avoue lui-même que nos conceptions mathématiques peuvent dépasser tion. »
((
Si
vous
me
les
limites
de l'imagina-
parlez de la millième et dix-mil-
lième partie d'un grain de sable,
j'ai
une idée
—
158
—
de ces nombres
de leurs différentes
et
»
distincte
))
proportions; et cependant je ne peux pas obtenir
»
de
mon
» à celle
tant dont
imagination une représentation inférieure
du grain de sable lui-même. il
Aveu impor-
»
aurait dû, ce semble, tirer d'autres con-
clusions.
En résumé, Hume, malgré pas sorti de Fempirisme, vérités mathématiques.
apparences, n'est
les
même
dans l'explication des
y a
cette seule différence,
Il
entre les probabilités de l'expérience
résultent
de
naturelle
la liaison
idées ; les autres exigent rifications successives.
Hume
,
que
là,
et
les
unes
immédiate des
et
au contraire
Par
les affirma-
et
tions certaines des sciences abstraites,
plusieurs vé-
,
au premier abord.
semblerait se rapprocher de Kant et des parti-
sans de Va priori, plutôt que de l'école anglaise contemporaine. Mais, au fond,
n'en est rien, car le résul-
il
tat est le
même,
soit
comme
veulent
MM. Spencer
le
que
l'on
prenne
les
et Mill,
pour des gé-
axiomes,
néralisations de l'expérience, soit qu'on les considère
comme
des
faits primitifs,
à la manière de
C est donc par abus de langage que tuition et
Hume.
les
mots
d'in-
de démonstration se sont introduits dans
logique de
Hume,
oii
ils
sont tout à
fait
la
imprévus.
Hume
respecte le plus souvent les mots philosophi-
ques,
mais
il
est rare qu'il
signification. L'intuition,
quelquefois son
que
les
nom
en maintienne
— pour
l'école qui
la
vraie
emprunte
à cette opération de l'esprit, et
empiriques anglais se plaisent à appeler l'école
Intuitive,
—
l'intuition
s'entend
de
la
connaissance
—
—
159
dAin objet; elle suppose ou bien la croyance à l'être
dont
que
vérité qu'elle saisit s'applique à tous les cas
Pour Hume,
possibles.
qu'une impression, un prit; elle n'est
ou bien laffirmation
elle est la représentation, la
au contraire^
l'intuition n'est, fait,
un
état particulier
ne représente rien, à vrai
de
l'es-
dire, puisqu'elle
qu'un phénomène subjectif, et qu'elle n'a point
d'autre objet qu'elle
même.
d'un autre côté, elle
Et,
n'a pas d'extension, c'est-à-dire d'application possible
à un grand
moment de
nombre de la
un point
intellectuel, abso-
les limites
de son existence
conscience,
lument circonscrit dans
qu'un
puisqu'elle n'est
cas,
propre.
Quant à à
difficile
ble.
démonstration,
la
Hume
il
est encore bien plus
de donner à ce mot son sens vérita-
La démonstration
nuité et
la
caractère
permanence d'un
singulier
que pour ceux
n'est intelligible
qui admettent au moins deux choses
qui, ayant ce
esprit,
qu'à la fois
dure
il
conti-
la
l''
:
et
il
passe,
peut établir entre les diverses parties d'un raisonne-
ment une des
liaison véritable; qui enfin
propositions
d'autres vérités,
qu'en
nouvelles
les
rattachant à
précédemment conçues, dont
la
nément
effacées de la conscience
découvrir, par réflexion, de
;
2*^
subit
la possibilité
de
nouveaux rapports entre
en s'aidant de principes universels qui
embrassent une foule de conséquences. Or, phie de
il
domination, quoiqu'elles soient momenta-
encore
les choses,
ne se représente
Hume
ne
satisfait à
ditions. L'esprit n'est
pour
la philoso-
aucune de ces deux con-
lui
,
nous
le
savons, qu'une
— collection,
—
160
un assemblage
et
non une unité vivante,
qui, tout en étendant sa pensée sur différents objets,
peut se concentrer tout entière sur le lien qui les unit. L'esprit
humain, dans
le
système de Hume, saute d'une
idée à une autre sans qu'il puisse rendre raison de ce
changement dans ce
;
ou, pour
défilé incessant et
activité intellectuelle, l'effort
mieux
ments dont se compose
la place
malgré le
une impression,
mobile qui constitue notre
prend
intellectuel qui,
dire,
d'un autre. Mais
la pluralité
des élé-
raisonnement, en
saisit les
rapports, et, après les avoir soumis à une élaboration, les
clusion unique, n'existe pas ?
commune
ramène vigoureusement à une conclu-
comment
est-il
possible,
si
l'esprit
CHAPITRE
IV.
LES PROBABILITÉS DE l'eXPÉRIENCE. LA CAUSALITÉ.
Deux questions dominent à la
causalité.
alternative
:
Il
s'agit,
ou bien
la
toute controverse relative
d'abord, de résoudre cette
notion de cause est une
no-
tion spéciale, sui generis, irréductible à toute autre, et
dont
il
importe de connaître l'origine
mot nouveau
causalité n'est qu'un
giné pour représenter la liaison, stante de soit la
ou bien
la
et
ambitieux, ima-
la
succession con-
deux événements inséparables. Quelle que
réponse sur ce premier point,
expliquer
,
pourquoi,
dans
la
vie
il
reste encore à
comme dans
la
science, nous prenons sans cesse pour guide de nos
pensées ce que nous appelons, à tort ou à notion de cause
En
pourquoi, enfin,
il
y a une nécessité,
selon les uns, fictive et illusoire selon les au-
réelle tres,
;
raison,, la
à chercher la raison d'être de toute existence.
d'autres termes
:
valeur représentative
1°
Quel
de
est le sens, quelle est la
l'idée
de causalité
%'^ ,
de
quelque façon qu'on l'entende, comment comprendre qu'elle
devienne un principe nécessaire de
la loi directrice
de nos investigations
Tel est le double problème que
la
pensée,
?
Hume
a prétendu 11
— résoudre sans franchir comptait
Il
même
—
162
les limites
de son système
(1).
trouver, dans ses explications sur
ce sujet ^ une confirmation nouvelle de ses théories.
Pour
lui
,
ridée de cause, puisqu'elle ne correspond à
aucune impression
initiale, est
une invention des phi-
losophes. Rien, ni dans les émotions intimes, ni dans
ne nous suggère
les observations des sens,
la
notion
prétendue d'une force, d'une énergie productive. Et
quant à
nu
effet
comme
nécessité apparente qui
la
l'expliquer.
que
une cause
et
donnés dans l'expérience, Thabitude, ou,
on
dirait aujourd'hui, l'association suffit
Sur ce point,
il
du dix-neuvième
disciples
lie
qui
celle
timidement
et
n'y a, entre
Hume
siècle, d'autre
pour
et ses
différence
une hypothèse, présentée
distingue
avec quelque embarras,
comme
il
con-
vient à un novateur, d'une affirmation décidée et tran-
chante,
comme
il
M. Stuart
les
conjectures du maître.
Mill n'hésite pas à dire
))
du sentiment de
la nécessité,
»
une nécessité de
la
» objective n'est » phes), c'est, ))
des imitateurs qui
est naturel à
prétendent avoir vérifié
pensée
«
:
Pour ce qui
est
ou ce qu'on appelle
(la
nécessité réelle
ou
pas en question pour ces philoso-
de tous
phénomènes,
les
celui
que
l'as-
sociation est le plus capable de produire (^). »
Quelque incomplètes sent les vues de
moins
lui
et inexactes
Hume
sur
la
que nous parais-
causalité,
il
faut
au
rendre cette justice que, mieux que per-
(1)
OEuvres phiL,
(2)
M.
Uim
I,
de
la
Mill, Hamilton, p. 349.
page 95 à
la i)age 224.
— sonne avant
lui
,
a su poser la question et discuter
il
du problème.
les différentes parties
dire
,
—
163
laissé à ses successeurs
différentes
que
Il
le
n'a
,
pour ainsi
choix entre les
hypothèses quil a lui-même examinées.
L'opinion de Maine de Biran, moins nouvelle qu'on
ne et
le croit
généralement, a été exposée tout au long
repoussée par
Hume
;
et ce n'est
que
Traité de la Nature humaine ,
dres curiosités du
l'avance, par un philosophe em-
d'y trouver réfutée à
une théorie que
pirique,
pas une des moin-
mise
les spiritualistes n'ont
formellement en avant qu'un siècle après, et qui est
devenue depuis ce temps M.
Mill
« le
,
On ne
selon les expressions de
,
boulevard de l'Ecole intuitive. »
saurait
non plus refuser à
d'avoir compris l'importance
du
Hume
sujet.
Ce
le
mérite
n'est
pas
sans quelques précautions oratoires qu'il aborde, dans
du
la troisième partie qu'il
Traité de la Nature humaine
,
ce
appelle « une des questions les plus élevées de
» la philosophie.
cipe de causalité,
»
savait qu'en attaquant le prin-
Il
il
touchait
aux fondements de
métaphysique, bien plus, de toute science;
que peu inquiet de
hardiesse de ses vues
la
toute
et, quel,
c'est
avec des détours que ne comporte pas d'habitude l'allure
hautaine de son génie,
ment une théorie dont
il
qu'il
expose prudem-
voudrait dissimuler
la
témé-
rité. 11
faut voir
combien
il
s'ingénie à faire croire au
lecteur
que sa conclusion n'a rien de prémédité
voulu,
et qu'il la
s'y
rencontre
comme
attendre, au bout d'une longue
et
de
par hasard, sans et impartiale re-
— En
cherche.
,
franchise.
est pleine d'artifice
dans
1 ^
:
,
cherche, sans
,
«
manque
l'antériorité
2l°
,
la
abandonner
,
il
l'impression initiale d'où
trouver,
mon
de
l'idée
3" et surtout la liaison nécessaire
dérive une pareille notion t-il
que contient
dans l'espace
la contiguïté
temps
le
et
,
Donnons-en un exemple. Après
avoir analysé les éléments
cause
méthode, plus savante
cet endroit, sa
qu'elle n'en a l'air
un peu de
—
164
:
« Faut-il
donc,
» s'écrie-
système, et reconnaître que je
»
possède une idée qui n'a été précédée d'aucune
»
impression correspondante?
»
mon système
))
Il
))
qu'ils
»
cisément
faut imiter
» sans
Non
car la vérité de
;
Que
a déjà été démontrée.
faire alors?
ceux qui, n'ayant pas rencontré ce
cherchaient à l'endroit
oii ils
comptaient pré-
le trouver, battent le terrain tout
aucun plan ni dessein déterminé
,
dans
autour, l'espé-
»
rance que leur bonne fortune les mettra d'elle-même
»
sur la voie (1). »
Hume
ne se
fie
pas au hasard
autant qu'il le dit; mais, avec une feinte naïveté,
veut paraître ignorer rappelle la
oii
il
va,
et,
il
par un procédé qui
méthode de Socrate, donner à une théorie
habilement construite l'apparence d'une vérité qui s'offre
d'elle-même, et qui a d'autant plus de chance
d'être vraie, qu'elle a été
moins prévue.
remarquer au lecteur,
à la
»
» dit-il
vail, alors qu'il s'est enfin
fin
« Je ferai
de son
tra-
décidé à démasquer son
jeu, et à parler de la succession constante, qui est,
d après
-
lui, le principe
(1) Traité,
tome
de
l'idée
de cause,
I, part. III, sect. II, p. 105.
« je ferai
—
—
165
remarquer que cette nouvelle relation
I^P verte
à nous, au
moins,
>
et
décou-
s'est
moment où nous y
pensions le
que nous étions entièrement ab-
tandis
sorbe par un autre sujet (1). »
»
Venons maintenant au fond des choses de ses
pouillant
Hume^ résumons Sur j
représentative de la notion de cause
!
pas
en
:
il
que
qu'il le
,
la
,
valeur
la
Hume
n'hésite
réduire à ne représenter que l'an-
qui devance
produit?
de
N'est-ce pas la nier,
nie Tidée de causalité.
effet,
técédent
dé-
,
ses théories, tout en les critiquant.
premier point, c'est-à-dire sur
le
et
l'exposition
oratoires
artifices
,
Ici
l'effet
le
,
sans qu'on puisse dire
Hume
scepticisme de
ne se
contente pas de refuser à nos conceptions la valeur objective
que nous leur accordons;
conteste la
il
notion elle-même, et assure, par exemple, que nous
ne nous entendons pas, quand nous parlons de force, de pouvoir, de cause active
et efficace.
Dans ce premier débat,
avec
que
Hume
c'est
le
commun commun ne
sens
a d'abord affaire; car le sens
se laissera pas facilement convaincre qu'il ne conçoit
pas ce des
qu'il croit si
énergies
nettement concevoir, c'est-à-dire
agissantes et productrices. Mais
avec Maine de Biran surtout que losophe écossais entre en lutte
ne constate pas seulement il
;
le fait
la
doctrine du phi-
car Maine de Biran
de
l'idée
en donne l'explication philosophique
mine avec précision
(1)
Traité, sect.
l'origine.
VI, p. 117.
c'est
,
de cause
et
:
en déter-
Sur un point,
—
166
—
Hume
est
d'accord avec Maine de
Biran, avec Dugald Slewart, avec presque tous les
philosophes
:
c'est lorsqu'il insiste
pour montrer que
l'expérience sensible par elle-même, ne nous permet,
en aucun cas, de
saisir
que nous appelons une de
la conscience et
directement
ne s'aidaient de
la raison, c'est-à-dire
préalablement conçue de
la
producteur
l'acte
causalité. S'ils
d'une notioaf
cause en général,
les
sens
n'apercevraient jamais, dans les choses physiques,
que des tuites le
liaisons constantes
de phénomènes
monde
matériel
:
les
ou des coïncidences for-^ causes et les effets
,
dans
ne leur seraient connus qu'à
,
titre
d'antécédents et de conséquents. Mais ici, on le sait, les idées
et
il
de
sont moins originales que justes,
n'a pas le mérite d'avoir le
vérité
que Hobbes avait déjà
venue, après anglaise. la
Hume
un
lui,
lieu
premier exprimé une
saisie, et qui était de-
commun
dans
la
Dans des termes qui annoncent
Nature humaine, Hobbes avait
dit
que
le
» appelons expérience n'est
:
«
philosophie le Traité
de
Ce que nous
souvenir de
tels
» ou tels antécédents suivis de certains conséquents. »
Butler, Collins la
même
,
Berkeley, Locke, ont tous soutenu
opinion. C'est qu'en effet rien n'est moins
contestable.
Les analyses
physique et de
la
les
plus profondes de la
chimie s'arrêtent
apparences. Elles ne soulèvent jamais
couvre
les forces
cachées de
la
toujours le
voile
nature; et,
si
aux qui
noua
ne pouvions introduire, dans notre conception du
monde
extérieur, que les idées sensibles, l'univers
resterait
pour nous un immense assemblage de phé-
—
167
-.-
nomènes qui se déploieraient, sans doute, dans un certain ordre de temps et de lieu, mais dont on ne pourrait jamais dire quelle est leur raison d'être, et quelle cause les détermine à se développer suivant cette loi
â
Mais
de succession régulière. s'il
en est ainsi du monde où ne plonge en-
core que le regard des sens la
,
les
choses changent et
nature prend un autre aspect, quand les phénomè-
yeux sont
nes qu'elle présente à nos
interprétés et
expliqués par l'esprit humain tout entier.
que
dit-on que les forces,
les causes^
En vain nous
ne sont que de
vaines entités scolastiques, qui doivent rejoindre, dans le
pays des chimères,
mes
En vain monde physique
substantielles
cluant du
les qualités occultes et les for-
!
les théories
modernes, ex-
ces puissances, ou vivan-
ou tout au moins actives, que
la vieille
science
admettait, nous représentent-elles la nature
comme
tes,
une machine qui ne proportions infinies
;
diffère jdes autres que par
ses
une machine où d'innombrables
ressorts font jouer d'autres ressorts, sans qu'on puisse
jamais découvrir, sans qu'on doive jamais chercher le
moteur,
la force
initiale!
Nous nous obstinons,
malgré tout, à voir, dans ces couples de phénomènes
que
les lois
que des s'agit
tre
scientifiques déterminent,
faits |qui
se succèdent.
des phénomènes de
croyance à
la
Déjà vive quand
il
matière inorganisée, no-
force devient irrésistible en
sence des fonctions de la
.vie.
pré-
Cette croyance est-elle
A
coup sûr,
elle est universelle et invin-
Le jour
même où
il
trompeuse? cible.
la
autre chose
serait
démontré que dans
—
phénoménal tout peut
l'univers
mécanisme
une
—
168
,
où
et
certitude
être expliqué par le
conjecture actuelle deviendrait
la
nous n'en persisterions pas moins à
,
supposer que derrière
apparences se dérobent à
les
nos yeux, ou des milliers de causes distinctes, ou une cause unique et infinie
et,
;
sions de Maine de Biran,
selon les propres expres«
l'idée
» ductive se présenterait encore
d'une force pro-
obstinément à notre
» esprit, et subsisterait, malgré nous, dans l'intimité
de
»
la
pensée
C'est ce
que
science ou la lui,
(1). »
Hume
ne veut pas admettre,
pour
,
monde reste vide de En raisonnant Hume commet d'ailleurs une sens, le
de toute force active.
établir sa
thèse.
confusion assez grave,
attribue à ses adversaires
il
une prétention qu'ils n'ont jamais eue » prit, » » voir
et
dit-
con-
raison n'ayant rien à ajouter, d'après
aux perceptions des
toute cause
et la
il,
« Si
notre es-
capable de découvrir
« était
l'énergie
:
d'une cause .
quelconque
le
pou-
,
nous
» pourrions prévoir et prédire l'effet sans avoir re-
cours à Texpérience.
))
dés de
la
»
Les partisans
notion de cause ne se sont jamais flattés
d'une pareille puissance de divination. ils
plus déci-
les
Gomme Hume,
reconnaissent que l'expérience physique ne saisit
directement que
mais
ils
des
successions de
soutiennent que, ces couples une
minés par l'observation, fait
(1)
phénomènes
l'esprit voit
plus qu'un antécédent.
Maine de Biran, Œuvres
dans
le
Comme Hume
inédiles, éd. Naville,
premier
ils
tome
;
déter-
fois
accor-
I,
p. 257.
— dent encore que
—
169
la raison
elle-même
est incapable
déterminer à l'avance quel sera précisément d'une cause donnée; mais
soutiennent qu'a
ils
l'effet
pnon
humain affirme qu'entre deux phénomènes,
l'esprit
qui se trouveront dans telle et telle condition,
En
aura un rapport de causalité.
que
l'esprit fournit ici
comme
que l'expérience apporte
ce
y
partout, c'est la forme la
c'est
,
si
matière.
Hume
même
échoue,
:
Et
son argumen-
ne porte que contre des philosophes
qui voudraient tirer de la raison
sances expérimentales,
il
d'autres termes, ce
Hume, qui raisonne très-justement tation
de
excessifs-
des connaiss'il
dirige se&
attaques contre ceux qui voient dans la raison, non
source de connaissances positives et particulières,
la
mais seulement
le
principe de vérités générales et
régulatrices.
Quoi bli
en
qu'il
soit,
sachons gré à
Hume
d'avoir éta-
fortement que l'idée de causalité ne peut avoir son
principe dans l'expérience extérieure. Qu'il ait eu le tort
de ne pas reconnaître à
la
conscience des droits
qu'il avait raison
de refuser aux sens
étonner,
songe que
est
si
l'on
que
Mesurons en
Hume effet
comment
s'en
la question de causalité
pour ainsi dire solidaire de
stance, et
,
niait toute
la
question de sub-
substance (1) ?
dans toute sa portée l'affirmation
de ceux qui prétendent expérimenter en eux-mêmes
une cause véritablement active
et
directement saisie.
Parler ainsi, ce n'est rien moins qu'affirmer que l'es-
(1)
Yoir chap.
II.
— humain
prit
nomène,
peut, en
—
170
un cas au moins,
sortir
qui ne se révèle pas seulement par des tions extérieures, mais qui
elle-même
Hume
du phé-
pénétrer jusqu'à une réalité substantielle,
et
dans
et
faisait
manifesta-
se laisse apercevoir en
profondeurs de son être. Or,
les
passer sous
le
même
niveau
les faits ex-
térieurs et les faits de l'àme, et les réduisait, les uns
et les autres, à n'être alors
que
sans
qu'il
dans
là
la
que de purs phénomènes. Et
lumière des
faits elle
pût la repousser, ce
fait
lui
montrait,
unique, nouveau
nature, qui ne ressemble à rien, et qu'on ap-
pelle la conscience
humaine,
comprendre que, dans ce
fait
ne se décidait pas à
il
nouveau,
dans d'autres conditions, peut tions
même
l'esprit,
placé
recueillir d'autres
no-
que dans l'expérience sensible.
du scepticisme qu3
Tel est le principe général
Hume
professe à l'endroit de toute explication psychologique
de
l'idée
de cause; scepticisme d'autant plus remar-
quable qu'aucune des solutions qui ont été proposées,
avant ou après
Hume,
n'a
échappé à son œil scru-
tateur.
En
effet,
quoique
philosophes spiritualistes s'ac-
les
cordent généralement à faire des actes de le
type primitif d'après lequel
le point précis raît la notion
fait
volonté
nous formons notre
idée de cause et de pouvoir producteur,
dent pas tout à
la
ils
ne s'enten-
sur la question de savoir quel est
de notre
de cause
,
activité volontaire et
ils
Hume
où appa-
ont présenté sous diver-
ses formes la théorie qui leur est rents points de vue,
,
les
commune. Ces
diffé-
a tous distingués.
— <(
»
On
171
pourrait prétendre, »
—
» voir que nous sentons en » fois que, par ))
lonté,
nous-mêmes
»
les
demande
se
toutes
organes de notre
théorie. Plus loin,
« si
l'impression originale qui sert
de modèle à Tidée de cause ne serait pas cet dont nous avons conscience
I)
ce
))
rencontrons une résistance de
nisits,
les
Maine de Biran reconnaît dans ces
lignes l'expression de sa propre
Hume
pou-
un simple commandement de notre vo-
nous pouvons mouvoir
» corps (1).
»
que nous avons à
«
dit-il,
tout instant conscience d'un pouvoir intérieur,
,
effort,
quand nous
part des corps
la
» étrangers (2). » Ceci est précisément l'opinion
M. Engel
de
ce philosophe berlinois auquel Maine
,
de
Biran reprochait d'avoir déplacé l'origine de l'idée de force
ou de
causalité; car
» véritable essence
de
la
M. Engel soutenait que force consiste dans
» bilité de saisir et de déterminer
une
force étrangère,
» extérieure, de se mettre en conflit et action avec »
force étrangère qui résiste (3). » Et, enfin,
mine une troisième hypothèse dériverait, le corps,
:
« la
la possi-
Hume
celle oii l'idée
une exa-
de cause
non de l'action que notre volonté exerce sur
sur les muscles, mais de celle qu'elle exerce
en quelque sorte sur elle-même, en donnant naissance à de nouvelles idées (4). Cette nouvelle modification
de
la
théorie de la causalité fondée sur
(1)
Essais, sect. VII, p. 74.
(2)
Môme
(3)
Maine de Biran, OEuvres
essai, p. 77.
(4) Essais, sect.
VII, p. 77.
inédites, p. 269.
la
—
—
172
Yolition, a encore rencontré son défenseur, son propa-
gateur spécial; puisque, à peu près de
la
même
fa-
çon, un philosophe anglais contemporain,
un
de Hamilton, un adversaire de
empirique,
M. Mansel
cherche l'origine de
,
l'école
la
volonté sur les
mais dans
la
production de
rels,
mêmes
:
«
de cause
l'idée
dans Faction de
,
non
mouvements corpovolonté par nous-
la
Dans tout acte de volition,
mon
disciple
j'ai
pleinement
pouvoir de former une
))
conscience
»
résolution ou de m'abstenir
»
tue la conscience représentative de la volonté libre
»
et
qu'il est
delà puissance
en
:
c'est là ce qui consti-
»
(1).
Cette diversité de points de vue, chez des philoso
phes qui tendent tous à une plutôt contraire
même
que favorable à
conclusion
,
serai
thèse que défenc
la
l'école spiritualiste. Car, pourrait-on dire, si le senti
ment de notre tible, aussi
comment
causalité personnelle est aussi irrésis
manifeste que
se
fait-il
le
prétend Maine de Biran
que, dans son école
même, son
aviî
pas unanimement prévalu, et qu'on se soit v
n'ait
obligé de chercher ailleurs que dans l'action de notre
volonté sur nos organes
,
le
prototype de notre idée
de force? Nous aimons mieux, cependant, explique cette variété d'opinions
une vaine recherche sance radicale de
comme une
(1)
dans une thèse commune, paE
d'originalité,
l'esprit
humain à
,
se saisir lui-même
force active et productrice.
Voir M. Stuart Mill, Hamilton,
musat
que par une impuis-
Philosophie religieuse.
p.
352
,
Nous croyons,
et aussi
M. de Ré-
-
173
—
Maine de Biran, que l'énergie d'une cause agis-
[Sec
sante
ne se montre jamais mieux à nous que dans
l'acte
musculaire, quoiqu'elle puisse se révéler encore,
mais à un moindre degré, soit dans l'action que notre
exerce sur les autres êtres de ce
vMre tout entier
monde,
soit
dans
la
conscience de ce pouvoir incon-
testable par lequel notre volonté domine et maîtrise
notre intelligence et notre sensibilité. Mais
il
n'en est
pas moins inutile de chercher ailleurs que dans particulier
signalé par Maine de Biran
notion de cause
il
;
mes pour percevoir la force; et
il
est
de
est inutile l'effort
sortir
le fait
de
la
de nous-mê-
qui nous inspire l'idée de
chimérique de vouloir, avec M. Man-
saisir cette action efficace
sel,
,
l'origine
dans je ne sais quel
pouvoir mystérieux, qu'un moi absolu, incompréhensible
,
distinct
de nos facultés elles-mêmes, exercerait
sur nos volontés.
Quand on
a saisi dans notre con-
science intime le pouvoir volontaire,
il
nous paraît
impossible d'aller au delà. Laissons donc la question sur
le terrain
où Fa placée Maine de Biran.
qu'est la vérité, et nous allons
ments de
Hume
montrer que
C'est là
les
argu-
ne réussissent pas à en détruire
l'évidence.
D'une façon générale
,
l'argumentation de
réduit à tirer de l'hypothèse qu'il
Hume
se
combat des consé-
quences exagérées qu'elle ne comporte pas; à prouver, ce qui lui est facile, vérifient pas
ser
une
que ces conséquences ne se
dans l'expérience;
théorie
dont
il
a
cause et les destinées avec
et,
par suite, à repous-
habilement confondu la vérité
la
des conséquen-
— ces qu'il lui attribue.
174
— que nous avons
est vrai
S'il
conscience d'un pouvoir intérieur, dit
Hume, nous
devrions, d'avance et antérieurement à toute expél'effet
de ce pouvoir. Or, rien de pa-
et c'est
seulement après coup que nous
rience, prédire reil n'arrive;
apprenons
voir nos membres. De même,
si
cette conscience était
nous devrions connaître tous
réelle,
mou-
notre volonté a réellement réussi à
si
les intermédiai-
res par lesquels notre volonté d'agir se transmet jus-
membre
qu'au
qui agit; or, les nerfs, les muscles,
met en
toutes les parties matérielles que la volonté
jeu ponr exécnter
nous
qu'elle
a résolu,
ignorons. Après cet éclair de lumière, que
les
volonté
mouvement
le
fait
luire dans notre conscience, vient
la
la
nuit
profonde, et nous ne connaissons rien des opérations mystérieuses de notre corps. Enfin, en troisième si
lieu,
nous avions conscience de notre pouvoir volontaire,
nous devrions être en
état d'expliquer
pourquoi ce
pouvoir n'a d'empire que sur quelques-unes de nos facultés, « sur la langue et sur les doigts, par ))
non sur
pie,
Hume
le
cœur
triompherait
(1).
prouvait, à
s'il
conséquences présumées de
exem-
»
la théorie
que ces
la fois,
qui est en dis-
cussion ne se confirment pas dans l'expérience, et qu'elles
résultent
cependant
thèse spiritualiste. Mais point.
Hume
ne
l'est
,
nécessairement
victorieux sur le
pas sur
le
toute son argumentation tombe.
(1)
Tome
I, p. 506.
second,
et
de
la
premier dès lors
—
i75
Demander, en premier
— que
lieu,
conscience du
la
pouvoir producteur soit accompagnée prophétique qui détermine a priori
demander
c'est
En
l'impossible.
mouvoir nos membres
la
fait
d'un instinct
nature de la
,
l'effet,
volonté de
dans
est toujours suivie, sauf
des cas exceptionnels, de l'exécution immédiate de ce
mouvement musculaire.
C'est
dans cette production
réelle d'un effet particulier par
une cause donnée, que
nous saisissons expérimentalement
l'idée
de force ou
de pouvoir. L'école spiritualiste ne prétend pas davantage. Elle ne sort pas de
Hume;
elle
réalité
la
que d'une volonté
,
et
inefficace, et, si je puis dire, d'un
auquel
Hume demande
conscience d'une action le dit ))
Maine de Biran,
qu'il il
l'effet qu'il
cependant d'avoir
n'accomplit pas.
ne
Comme
pas de prévoir,
s'agit
mais de bien sentir ou apercevoir ce qui existe
Hume,
fait
ne se place pas dans l'hypothèse chiméri-
pouvoir impuissant, qui ne produirait pas veut
comme
je le répète, n'a pas
remarqué
l'exigence jusqu'à réclamer que la
qu'il
(1). »
poussait
volonté eût con-
science d'un pouvoir qu'elle n'exercerait pas, et que,
dans l'énergie de
la
cause, on saisît d'avance un effet
qui ne serait pas encore produit. Or,
il
est bien évi-
dent que cette énergie ne peut se révéler à science que
lorsqu'elle
cette expérience et
de
la
agit
(1)
d'effet,
la force et la causalité.
Maine de Bican
,>
la
con-
C'est
dans
cause effectivement agissante
immédiatement suivie
percevoir
réellement.
que nous pouvons Il
ne faut point aller
OEwires xosthinnes ^ tome
I, p. 260.
—
176
—
au
delà de celte unique affirmation
est
un
fait
duit. Et
Maine de Biran lui-même a
admet que
l'énergie
de
elle
))
du
il
se pro-
quand
tort
cause, considérée en
la
même, avant toute production ))
l'action causale
:
que nous saisissons en nous quand
d'effet, «
il
elle-
emporte avec
une sorte de pressentiment ou de prévoyance succès.
l'énergie
de
Confusion manifeste
»
car, à vrai dire,
:
cause ne se sépare pas de
la
pro-
l'effet
duit, et nous ne savons pas, quant à nous, ce que
une cause qui ne produirait pas
serait
Hume
les
tent (1).
que
il
prétend que
elle-même que
naître
tous
exige encore une condition impossible à réa-
quand
liser,
la
elle
si
ressorts par lesquels
Que
le
le résultat
çues pour
la
même
en
temps
les volitions s'exécu-
mouvement de nos membres ne
conscience, c'est ce
soit
Ne
se connaisse véritablement qu'elle
que personne ne
nécessaire que notre con-
est-il
science aille jusque-là ?
de départ de
cause ne peut se consaisit
d'une longue série d'opérations inaper-,
peut contester. Mais
efficace,
d'effet.
suffit-il
pas, pour qu'elle
comme une
cause libre et
saisisse l'acte initial qui est le point
cette série
de phénomènes
et qui
met
en mouvement toute cette chaîne d'opérations? Et, de plus, cette connaissance est-elle possible ?
Une
force
qui se sait agissante, et qui puise cette science dans
un sentiment
intérieur,
peut-elle en
même
temps se
représenter les organes matériels qui servent d'instru-
(1)
Ce raisonnement de
cité par
M.
Hume
a été reproduit par Hamilton
Mill, qui le trouve péremxjtoire.
,
et
— ments à son action, faire les le
et
—
177
que
sens seuls peuvent nous
les
connaître? Demander que
conscience saisisse
la
opérations physiologiques qui s'accomplissent dans
corps à la suite de l'acte volontaire, c'est une erreur
analogue à celle que commettent
les physiologistes,
déclarent qu'ils nieront l'âme jusqu'à ce qu'ils
quand
ils
l'aient
rencontrée au bout de leur scalpel. Maine deBi-
ran a admirablement montré que cette connaissance des organes matériels est inutile à l'action, et
en
en elle-même. Enfin tive
;,
même Il
la
temps impossible, contradictoire
n'y a rien à ajouter à sa démonstration.
quand Hume s'étonne que
dont
conscience de
avons
nous
conscience
la
ne
cause
ac-
rende
se
pas compte à elle-même des limites de son empire,
que réclame- t-il autre chose, sinon qu'une force qui agit connaisse ce qui est en dehors
Qu'une grande partie de échappe à fait
la
domination de notre volonté,
d'expérience
;
mais pourquoi en
cas impossible que
?
fonctions organiques
nos
ce qu'il est difficile de savoir tout
de son action
,
c'est
un
est-il ainsi ? C'est
c'est ce qu'il
est
en
sache, par une conscience
immédiate, une force qui n'intervient pas dans ces opérations.
La conscience
et notre volonté,
dans
le
même, ne peut dépasser 11
en proportion de l'action,
est
sentiment qu'elle a d'elle-
les
bornes de son activité.
ne faut donc pas être surpris que nous ne sentions
pas l'énergie de notre volonté dans des fonctions auxquelles elle ne se
mêle pas. Et quand Hume, à l'appui
de son raisonnement, nous
fait
remarquer qu'un am-
puté ou un paralytique croit encore avoir
le
12
pouvoir
— de remuer ses membres^ agissante
survit ainsi
178
—
et
que
aux instruments sur
ne peut plus s'exercer^
elle
rillusion d'une force
qui peuvent aisément se
Hume
lesquels
invoque des
retourner contre lui
faits
car
;
croyance persistante prouve péremptoirement
cette
que pour avoir
la
conscience de notre énergie,
nullement besoin de connaître énergie met en jeu,
puisque,
les ressorts
n'est
il
que
cette
une
les ressorts
fois
disparus, cette énergie subsiste encore.
En de
se croit autorisé à nier le
fait
conscience intérieure d'un pouvoir actif, pour
la
trois raisons
conscience de
parce que
le
sentiment de
la prédiction
de
l'effet; 2!°
1°
:
ne contient pas pas
Hume
définitive,
la
3° parce
que
pourquoi
elle n'agit
la
cau&
parce que
I
volonté qui ordonne ne compren
représentation
la
la
des ressorts
qui
exécutent
volonté qui agit quelquefois, ignor pas toujours. N'est-il pas de tout
évidence que ces raisonnements ne sauraient prévaloir contre la si
conscience de notre pouvoir personnel,
réellement cette conscience existe ? Si
n'est
Hume que
la
la nie,
nous savons pourquoi. La
manifestation de la substance. La cause
n'est qu'une substance qui l'autre.
est il
Pour un
spiritualiste
un ensemble de
forces,
n'y a rien d'étonnant à ce
soit
force
agit.
Qui nie l'une
convaincu que
le
monde
de substances distinctes,
que
l'une de
ces forces
douée d'intelligence; que, par conséquent,
prenne conscience d'elle-même, de ses action. l'esprit
ni
Mais pour un empirique qui
efforts,
elle
de son
ne voit dan
que des impressions, dans l'univers que de
—
—
Î79
phénomènes, Fidée de cause,
un prodige inexplicable. Et rité; l'idée
serait
si elle était réelle,
système emporte
le
préconçue domine les observations
vé-
la
les plus
claires.
nous
Il
semble, en
exempt de préjugés l'exercice
pouvoir
une
,
il
pour tout esprit
que,
effet,
n'est pas
Que
réel.
illusion,
rendrons aux
et
que
l'on dise
qu'on
le
prouve
la
fait,
soit
il
dua
alors
:
nous nous
raisons de nos adversaires. Mais ce qui
Hume nie le
une
notion
cette conscience est
dans cette dis-
doit éveiller notre défiance, c'est que,
cussion,
que
contestable
de notre volonté nous donne
ne nie pas seulement fait
illusion
du
l'autorité
lui-même. Et cependant, que ce
ou non,
le
fait
existe
nous sentons
;
en nous-même une énergie véritable, tantôt languissante et molle
ment de
la
pour actes
,
vie se sont retrempés; et cela, les
et d'affaisse-
non pas seulement
mouvements musculaires, mais pour tous
les
auxquels notre volonté participe. Quand nous
prenons dans
aux heures d'énervement
tantôt vigoureuse et forte, lorsque les ressorts
la
l'initiative
d'une action quelconque, quand,
plénitude de notre liberté, nous nous détermi-
nons à une résolution grave,
n'est-il
pas vrai que le
sentiment de notre énergie, de notre causalité, déborde
pour ainsi dire de notre âme
?
D'ailleurs, sans insister sur l'origine
a
une chose incontestable,
Hume
le
de
l'idée,
reconnaît
:
il
y
Fidée
existe; la notion de force est familière à l'esprit
hu-
main. D'où vient-elle? Qu'est-ce que cette idée vulgaire, universellement
répandue, de pouvoir
actif,
de
— puissance productrice?
phes
Mais
?
elle se
C'est qu'elle est
ment
180
—
Une invention des
développe dans tous
formée, répond
philoso-
les esprits
Hume, de
!
ce senti-
que nous éprouvons, en présence d'une résistance extérieure, de ce nisus animal, dont nous d'effort
faisons alors l'expérience.
de sentir pourquoi
l'effort
Nous sommes donc capables
de notre énergie physiologique. Et
ne se-
l'effort intellectuel, le nisus intérieur,
pas, lui aussi, saisi par la conscience? Pourquoi
rait-il
comme
pas,
n'entrerait-il
élément essentiel, dans
la
formation de l'idée de cause?
En accordant
qu'il
y a dans
la
notion de force un
élément additionnel qui dérive de ce 7îisus
Hume
animal,
est sur le point d'avouer qu'il
dans ridée de cause, autre chose que d'un antécédent invariable Mill
:
» fois
c(
Nous
,
et
un
qu'il appelle
la
y
a,
conception
de dire avec M. Stuarl
faisons l'expérience d'un effort toutes les
que nous mettons un objet en mouvement, formons naturellement
et,
»
par suite, nous
»
tablement notre première conception de toutes
»
forces de l'univers, par analogie avec les volitions
»
humaines
que des inconséquences
là
aveux involontaires. Hume maintient, malgré notion de cause
tion d'un fait
,
considérée
spécial
qu'une chimère. »
,
comme
la
M. Stuart
Mill, Hamilton,
que
représenta-
immédiatement perçu
« L'esprit n'a
et des
tout,
,
n'est
aucune idée des choses
qui n'affectent ni les sens, ni la conscience.
(1)
les
(1). »
Mais ce ne sont
la
inévi-
et
p. 355.
Il
sem-
—
—
181
que nous n'avons
))
ble donc nécessaire de conclure
))
aucune idée de connexion
»
mots n'ont aucune espèce de sens.
Avec des conclusions
de pouvoir,
et
que ces
aussi absolues, on se
met en
et
non pas seulement avec
opposition,
»
telle
ou
telle
phi-
losophie, qui explique à sa façon l'origine de l'idée de
cause
mais avec
,
la
science qui
principe de ses recherches
le
Hume
avec l'humanité
,
ne craint pas de combattre
sophiques,
devant
le
il
sens
de celte notion
inspire dans tous ses actes.
qui s'en
entière
fait
les
commun
;
et
s'il
ne
s'incliner
croit pas à la soli-
dité des principes qu'admettent la majorité des
mes,
il
cependant
est
préoccupé de
fort
de s'en rendre compte
et
principes dont
il
,
une
surtout quand
«
Certes,
s'il
hom-
expliquer
les
s'agit
il
comprend l'importance. Et
de cause est de ce nombre.
si
systèmes philo-
du moins très-disposé à
est
tout
Or,
la
de
notion
y a entre les
nous importe de connaître,
»
objets
))
c'est celle
»
sent tous les raisonnements qui concernent les ques-
» lions
de
» relation
relation qu'il
de cause
et d'effet.
fait, les vérités
seule,
Sur cette relation repo-
d'existence. Grâce à cette
nous obtenons
quelque certitude
»
touchant les objets qui échappent au témoignage de
))
nos sens ou de
donc
de-
notre
mémoire
(1).
»
Il
importe
savoir quelle est cette nécessité secrète qui
nous force à considérer deux phénomènes
comme
comme
dépendants l'un de
l'autre,
l'autre. C'est ici la
seconde question que nous avons
(1)
Essais, sect. YII, p. 87.
produits l'un par
—
182
— Hume, comme nous
signalée au début de ce chapitre. le verrons, la résout et sa théorie
nale,
d'une façon véritablement origi-
a directement provoqué celle qui
défraie aujourd'hui la logique inductive de M. Stuart Mill et
de ses amis.
Distinguons, d'abord, deux choses rale, qui
nous paraît une
définit ainsi >)
de
d'être
lieu, l'application particulière
de ce principe
à la
que Hume
et
»
;
,
en se-
que nous faisons
recherche expérimentale des cau-
ses dans le
monde physique
à discuter
la légitimité et le
tion
la raison, et
une cause, une raison
avoir
cond
loi
Tout ce qui commence à exister doit
«
:
géné-
la vérité
:
moral
et
:
ce qui revient
fondement de l'induc-
.
Hume, qui ne causalité
de discuter
plupart des philosophes, certain
;
autres
le
le
principe de
la
valeur de ce principe. La
dit-il
,
le
considèrent
comme
croient pouvoir le démontrer, les
uns
les
que
à l'expérience, a du moins
antérieur
soit
pris la peine
saurait admettre
prennent pour une vérité intuitive.
quer
les
anciennes
et
prouver que
le
faut
Il
donc, avant de présenter une nouvelle théorie,
criti-
principe
en
question n'est ni une vérité intuitive, ni une vérité
de raisonnement philosophes qui
,
(1). Hume a beau jeu comme Hobbes, Clarke et
tenté
une démonstration a
salité
:
«
Il
D. Steward,
{!)
Tomel,
est le premier, «
priori
à
ma
contre
les
Locke, ont
du principe de cauconnaissance,
» dit
qui ait prouvé d'une façon satisfaisante
p. 106 et suiv.
—
—
183
»
que toute démonstration tendant à
})
d'une cause pour toute existence nouvelle ne peut
que fausse
» être
par exemple
,
établir la nécessité
et sophistique (1). »
Lorsque Clarke,
veut fonder l'évidence de ce principe sur
l'absurdité qu'il y aurait à ce qu'une chose fût à elle-
même
nement analogue, nothing), ces
deux
le
néant
principe
même dont
ils
recherchent
il
n'y
démonstration. le
principe de
a plus aucune nécessité à dire
elles-mêmes leurs propres causes
quement la
le principe
salité
que
c'est
uni-
une
fait
loi
recherche des causes.
est
donc impuissante,
qu'un cercle vicieux. cette
puisque
;
de causalité qui nous
Toute tentative pour démontrer
ils
la
l'on respecte le
choses ont le néant pour cause, ni qu'elles sont à
les
de
ne
s'appuient
hypothèse, on écarte un instant
causalité,
produced by
cercle vicieux,
ils
demeure une absurdité qu'autant que Si, par
(^is
un
philosophes font
labsurdité sur laquelle
puisque
de soute-
insiste sur l'impossibilité
qu'un être a pour cause
nir
un raison-
sa propre cause; lorsque Locke, par
tâche
et
le
principe de cau-
condamnée
à n'être
Les philosophes qui s'imposent
ingrate oublient que, quoiqu'ils fassent,
n'échapperont pas dans leurs raisonnements à la
domination d'un principe qui est au fond de
humaine. La réfutation que
Hume présente
retrouvons, presque dans les milton, qui attribue à nitz le
(1)
Wolf
raisonnement que
D. Stewart, Dissertation
mêmes et
aux
etc., p. 178.
ici,
raison
nous
la
termes, dansHadisciples de Leib"
Hume combat ,
la
chez Clarke et
— chez Locke.
((
18i
Ecoutez,
— Hamilton, « ce qu'on
dit
»
donne pour une démonstration. Tout ce qui
»
» duit
est pro-
sans cause n'est produit par rien, ou, en d'aua rien pour cause. Mais rien ne peut
))
très termes,
))
pas plus être une cause qu'être quelque chose.
»
même
»
quelque chose nous montre que chaque chose doit
nous apprend que rien
intuition qui
une cause de son existence.
» avoir
A
cet
La
n'est
pas
argument
»
nous répondrons que l'existence des causes étant
»
point en
»
dans
litige,
» réalité.
il
ne
faut pas la
même
raisonnement
le
En excluant
»
considéré
))
trairement à
de
une cause,
» rien soit
les causes,
cause
l'effet
:
cette exclusion, supposer
de l'absurdité de
et
» toutes les choses doivent
que, par
» causes, »
il
la raison
faut faire
précisément
le
donc
))
nant pour vrai
les expressions
tuellement dans
supposi-
de l'exclusion même. Si
qui a
il
s'en-
exclure les autres
fait
de rien une cause. Mais
l'objet
:
c'est là
on veut savoir
une cause ou non
;
si
on viole
du débat
(1). »
Les idées et
de Hamilton se trouvent presque texle Traité de
Sur ce premier point,
(1)
que
premier principe du raisonnement en pre-
»
la
Hume
Nature humaine. a facilement raison
Hamilton, Lectures, II, 391, 392. Conférez
p. 108.
la
avoir une cause,
point en question
» toutes les choses ont le
nous excluons toutes
on ne peut donc pas, con-
» tion conclure à l'absurdité
» suit
prendre pour vraie
qui doit prouver sa
conséquent, nous excluons rien
» les causes, et, par
comme
le
Hume, tome
de
I,
— quand
—
nous sommes moins disposé à
ses adversaires. Mais le suivre,
185
affirme que le principe de causalité
il
pas davantage une vérité évidente
n'est
mêaie, une intuition de la raison.
Il
n'y a, on le sait^
que quatre relations d'idées qui donnent
Hume,
par elle-
d'après
lieu^
une certitude immédiate. La causalité ne
à
rentre dans aucune d'elles
elle
;
ne peut donc aspirer
à être intuitivement saisie. Mais sur ce point, la théo-
Hume
de
rie
est tout à fait arbitraire
;
aucun
n'a
il
droit de réduire à quatre catégories les rapports im-
médiatement aperçus par conséquences avec
le
Mais
par suite, les
de cette supposition tombent
qu'il tire
insiste, et le
reconnaissant que Timpossibilité
contraire
du principe de
causalité, à
un commencement d'existence sans cause,
prouverait,
si elle était réelle,
intuition a priori,
Hume
que ce principe
s'attache à
impossibilité n'existe pas.
ment
et,
système qui leur sert de principe. il
de concevoir savoir,
l'esprit,
Il
est
une
montrer que cette
admet qu'un commence-
d'existence peut se produire sans cause produc-
trice,
que
l'esprit
en peut être
humain, tout au moins, conçoit
ainsi.
Nous nions absolument que
qu'il
la rai-
son se prête à cette supposition, bien que, par une hypothèse bizarre, des rationalistes
comme M. Mansel
acceptent cette possibilité, et rêvent des étoiles où la loi
de causalité ne régnerait plus en souveraine. La
raison
dément de
de vérité que
que
l'esprit
la nécessité
quelquefois
pareilles hypothèses.
humain
de
faire
n'y a pas
affirme plus résolument
d'une cause. Cela est
difficile
Il
si vrai,
qu
il
comprendre à certaines
est in-
—
•
que Dieu,
telligences
même que
cause; de
Cause Suprême, n'a pas de
la
ont de
les chimistes
admettre aux enfants
faire
—
186
qu'il
y a des corps sim-
ples, dont toutes les molécules sont
La fausseté de
de considérer
principe de
le
même
de
de Hume,
l'opinion
peine à
la
nature.
et la nécessité
comme une
causalité
primitive de notre esprit, ressort d'ailleurs de la
loi
même
des explications
cette
vérité se fonde sur l'expérience
faiblesse
que
blir
Voici
phrase
cette
qui
sa théorie,
donne pour éta-
qu'il
pourrait
dans
résumer
se
de Maine de Biran
:
(1).
L'habitude
«
»
nous crée des causes dans l'ordre des successions,
»
comme
des essences dans l'ordre des
coexisten-
» ces (%). »
nous étudions de près ce qu on
Si
ment une cause
un
effet
contigus
« la
cause
l'effet.
))
»
dans l'espace,
des
finale est et,
assertions.
prévue
elle est
Il
Maine de Biran
si
l'on
est vrai
ils
,
Hume
la
admet que
la
l'exis-
cause
détermine
;
idéalement antérieure; mais
C'est dans le Traité su?' la Nature
a fort abrégé sa théorie. (2)
:
appelle
est-elle tou-
par l'intelligence qu'elle
les longues explications de il
La cause
Non,
?
causes finales.
dans ce sens,
(1)
relations
celui qu'on
pourrait déjà contester à
deux
jours antérieure à Teffet tence
et
entre
,
précède toujours celui qu'on appelle
— On
vérité de ces
vulgaire-
nous remarquons
,
deux phénomènes, deux premières
ces
sont
<(
et
nomme
Hume
Tome
humaine qu'il faut cherchei*
sur ce sujet. Dans les Essais
I, p. 111 et suiv.
Mémoire sur
l'habitude.
—
Hume
antériorité dont
une
c'est
—
187
n'a
considère, d'ailleurs, la négation
aucune idée.
des causes
corame un corollaire de sa doctrine sur Il
n'y a,
dit-il
antécédents invariables. Quant à
de
finales
la causalité.
qu'une seule espèce de causes
,
la causalité, la
la
Il
les
:
seconde condition
Hume,
juxtaposition dans l'espace.
encore, nous paraît dans l'erreur. N'y a-t-il pas
ici
une multitude de causes, connues agissent à distance, et loi
générale que
Quoi
qu'il
en
comme
qui
telles,
qui, par suite, échappent à la
Hume admet sans discussion ? soit, Hume reconnaît que la conti-
guïté et la succession de
deux phénomènes ne
suffi-
sent pas à nous inspirer l'idée de la liaison nécessaire
qu'en
nous concevons entre un
fait
effet et sa
Dans une seule expérience de deux successifs liécessité.
donc
Trouverons-nous
cela est-il
même,
«
contigus et
nous ne trouvons rien qui ressemble à
,
bout de plusieurs expériences
ment
faits
cause.
possible?
?
cette nécessité
Hume
le croit.
Comment,
a
la
au
Com-
dit-il lui-
»
ce que nous n'apprenons pas à la vue d'un
))
objet, pourrions-nous l'apprendre à la vue de cent
))
objets
absolument semblables au premier
qu'à chaque apparition nouvelle des deux nes, une nouvelle impression se produit prit
contracte
l'autre.
ainsi
l'habitude de
Une goutte d'eau
à creuser
le
est
,
? » C'est
phénomè-
et
que
l'es-
passer de l'un à
assurément impuissante
moindre trou dans
la
pierre, et cependant
un million de gouttes d'eau semblables aura peut-être
De même, ce qu'une seule apparition des phénomènes n'avait pu faire, la répétition constante ce pouvoir.
— des phénomènes
188
le fera;
—
et,
en
effet,
nous remar-
quons qu'après un fréquent retour des mêmes couples de
faits,
l'imagination est déterminée par l'habitude à
penser, en présence de l'antécédent ord'mdilre (its usual attendant), a ))
à son conséquent
,
La répétition constante
de deux objets ne découvre rien de nouveau en eux,
» et c'est
cependant de laque dérive
l'idée
de pouvoir,
»
de liaison nécessaire.
»
d'exemples, d'où dérive l'idée de cause, ne découvre,
»
dans
))
servir de
»
de cette succession constante produit une nouvelle
les objets,
.
.
C'est que, si cette multiplicité
aucune qualité nouvelle qui puisse
modèle à
cette idée,
du moins
Vobservation
» impression dans l'esprit : c'est cette impression qui est
» le
modèle réel del'idée de cause... La nécessité
n'est
))
donc que
))
blables
»
interne de l'esprit, une tendance à passer, par
»
pensée, d'un objet à un autre (1).
Le n'est
de
l'effet
de
elle n'est
;
cette observation d'exemples
pas autre chose qu'une impression
lien nécessaire par lequel
nous unissons
humain comme de ces menteurs
de répéter leurs mensonges,
eux-mêmes. l'esprit
A
finissent par
force de voir des
la
»
donc qu'une tendance de l'imagination.
l'esprit
sem-
les faits Il
en est
qui, à force
en être dupes
phénomènes
associés,
imagine une relation de causalité, une relation
nécessaire entre des
phénomènes
oii,
en
réalité,
il
n'y
en a pas trace. Cette relation, effet de l'imagination, est entièrement
subjective.
(1)
Tomel,
Il
p.
y a cette seule différence, de
210
et suiv.
Hume
à
— Kant , que pour Kant de
diat
Hume
la constitution intellectuelle
fiction,
immé-
le subjectif est le résultat
\e subjectif est l'effet
par une
—
189
de l'homme
pour
:
de l'habitude. L'esprit qui,
a créé l'univers, par une autre fiction
phénomènes
crée les rapports qui paraissent unir les
Hume avoue que
dont se compose cet univers.
c'est
plus étonnant paradoxe (the most violent) de toute
là le
sa philosophie et
per,
décisifs
mais
ne croit pas pour cela se trom-
il
espère que
il
arguments
ses
pour convaincre à peu près tout de
les objets
que
tions
;
de contiguïté
tout le reste n'est qu'un
monde que
poëme, en quelque
Le moyen proposé par
que soulève
de succession
et
ajouté par notre imagination à
ficultés
le
nature n'ont entre eux d'autres rela-
la
celles
seront assez
que
sorte, sur-
la réalité.
Hume
la nécessité
;
pour obvier aux
dif-
reconnue d'une liaison
causale dans une doctrine empirique, ne saurait nous satisfaire
;
mais
il
n'en est pas moins le meilleur, le
seul peut-être qu'on puisse imaginer pour conserver,
un
pareil
nécessité
dans
dans
système, l'ombre et l'apparence de la les
rapports des
phénomènes. Nul
doute que M. Mill et son école n'adhère à cette théorie, quoiqu'il
ce
de
ne
l'ait
pas expressément déclaré. C'est
moyen que, dans un l'école
française
comme l'unique d'embarras. Comme il
glais
récent travail,
présentait
au
un philosophe
philosophe
voie à suivre pour n'est
se
antirer
guère possible de mieux
résumer l'opinion de Hume, nous citerons en entier ce passage, emprunté à la thèse de M. Lachelier sur le
Fondement de V Induction:
((
Supposons, d'abord, que
—
190
—
» l'induction spontanée ne soit pas an
jugement porté
» par notre esprit sur la succession objective des »
phé-
nomènes, mais une disposition subjective de notre
» imagination à les reproduire
dans l'ordre où
ils
ont
» frappé
nos sens; on peut accorder, sans franchir
» bornes
de l'empirisme, que cette disposition, d'abord
))
purement
» fluence
développe en nous sous
virtuelle, se
de nos premières sensations,
même
temps, que,
))
en
»
incessamment
faible à son
les
l'in-
et l'on conçoit,
début,
elle soit
par l'ordre invariable dans
fortifiée
» lequel se succèdent, en fait, toutes ces sensations. »
Supposons, en second
» siste ))
l'imagination, et
l'on
certitude
la
passage de
n'attache pas
» trop absolu, et » à la
la probabilité
con-
dans une habitude
la probabilité
à la certitude
à son tour, rien d'inconcevable,
» n'a plus,
que
que
pour nous dans une habitude puissante de
» invincible, le
))
lieu,
que
l'on
au mot
invincible
pourvu
un sens
avoue que notre croyance
causalité universelle,
fondée sur un nombre
))
prodigieux d'impressions conformes, pourrait être
»
ébranlée à
)î
contraires
d'induction,
longue par le choc répété d'impressions
la
(1). et
Quoiqu'il s'agisse
»
non,
à
ici
du principe
proprement parler, du prin-
cipe de causalité, les lignes que nous venons de citer
contiennent, mutatis mutandis, l'expression exacte de la
pensée de
(1)
M.
(2)
Voici
Hume
(2).
Du fondement de l'induction p. comment Hume résume sa théorie
Laciielier,
» nécessité dérive
,
:
de quelque impression.
Il
28, 29. «
Vidée de
la
n'y a pas d'impression
— Nous
191
—
objecterons d'abord l'impossibilité de con-
lui
fondre une tendance de l'imagination^ quelque entraî-
nante qu'elle
que
avec une affirmation aussi invincible
soit,
croyance à une cause pour toute existence
la
Nous trouvons tous, dans notre expérience
nouvelle.
personnelle, des habitudes invétérées contractées par notre imagination
or,
y
a-t-il
quelque ressemblance
conceptions qu'elles nous suggèrent et les
les
.entre
:
jugements nécessaires que nous impose de causalité? De
qué Il
le
principe
le
plus, combien serait lent et compli-
développement de cette tendance imagina tive pour
faudrait,
lui
donner une force
même
l
modérée,
un nombre considérable d'observations. Cela
peut-il
se concilier avec la spontanéité de nos affirmations,
avec
la curiosité instinctive
de l'enfant?
mot came n'exprime pas un rapport
Si le
dépendance entre deux phénomènes seulement
la
succession
,
s'il
spécial
de
représente
pourquoi donc
constante,
»
fournie par les sens qui puisse donner naissance à cette idée.
»
faut
))
pression de réflexion.
» se
donc
qu'elle dérive d'une
Or
il
n'y a pas d'impression intérieure qui
rapporte au sujet qui nous occupe,
si
ce n'est cette inclination,
de l'habitude, qui nous pousse à passer d'un objet à
»
effet
)>
l'objet qui
cette inclination qui constitue la nécessité
«
sitij).
En un mot,
la
objets et
de cette nécessité considérée
il
(
ne nous est pas possible de nous
M
comme une
nous n'avons aucune idée de
que
de
tendance de
»
n'est
«
et des effets
o
par l'expérience.
la
la
la
T.
the essence of neces-
I,
faire la
moindre idée
qualité des choses.
nécessité
,
ou
la
p. 212.
Ou
nécessité
pensée à passer des causes aux
aux causes, conformément »
is
nécessité existe dans l'esprit, non dans les
^
» bien
l'idée
l'accompagne ordinairement. C'est, à n'en pas douter,
M
;
II
impression intérieure ou d'une im-
effets
à leur liaison constatée
—
—
192
n'intervertissons-nous pas quelquefois les termes d'une
Deux phénomènes
se suivent
Ne pourrions-nous pas appeler
indifférem-
relation aussi fragile?
sans cesse.
ment que
cause et
mot
le
effet
chacun de ces phénomènes, puis-
cause et le
mot
effet
ne désignent que des
successifs? Et cependant, en
faits
tons dans ces
ment
deux termes une énergie de sens
spéciale,
que toute confusion
Dira-t-on que ce qui
empêche
la
est inféré
,
confusion, c'est seu-
de départ à linférence,
qui
celui
et effet celui qui
n'y a-t-il pas des cas où nous devrions
sans voir le feu
,
nous appe-
si
phénomène perçu,
appeler cause ce que nous appelons
exemple
telle-
impossible,
est
lement l'antécédence invariable? Mais lons cause le premier sert de point
nous met-
réalité,
,
effet ?
Si
pai
,
nous éprouvons de
la
chaleur, et concluons à l'existence du feu, ne devrions-
nous pas
Hume,
conformément aux règles de
la
logique de
considérer la sensation de chaleur
comme h
,
cause du feu? Pour rendre cette absurdité possible, suffirait
un
que
certain
les
deux phénomènes se produisissent
nombre de
fois
dans l'ordre
versé que nous venons d'indiquer.
mes, on ne s'expliquerait plus
que
la science
fortuit et ren-
En
d'autres
la régularité
conçoit dans la nature,
mité supposée de nos perceptions
,
ter-
admirable liaisom
si les
qu'elle détermine dépendaient seulement
si
il
de
l'unifor-
uniformité qui es
souvent troublée. C'est à tort
que
Hume
prétend
tirer
un argumen
en faveur de sa théorie, de l'existence de ces systèmes qui
,
supprimant toutes
les
causes secondes
,
attri-
—
193
—
buent à Dieu seul l'énergie causatrice; car, se retrouve, avec tons pas
comment
unes sur les autres,
les
choses agissent les
la conviction
profonde quil y a
quelque part un pouvoir centré tout entier dans
même
vient au lité
les
Que
ce pouvoir
êtres créés
substance divine
la
deux
,
ou concela re-
,
cas on croit à la causa-
à la nécessité d'une
ici,
:
dans
;
actif infini.
différents
soit réparti entre les
encore^
que nous ne contes-
la difficulté,
d'expliquer
,
là
multitude de causes
secondes dépendantes d'une cause première
;
là
,
à la
nécessité d'une cause unique qui intervient à chaque
pour assurer
instant
succession des phénomènes
la
dans un certain ordre. Des deux côtés, on
Hume
voit,
ne saurait recruter des adhérents.
Nous n'avons pas besoin de redire, après
comme Reid
tres, et la
le
l'a fait
observer
le
tant d'au-
premier, que
succession constante, universelle de deux phéno-
mènes, n'équivaut pas toujours à une
liaison causale;
que l'habitude, par exemple, de voir le jour succéder à la nuit
cause qu'il
que
la
,
ne nous nuit.
avoue la
M.
fait
pas croire que
le
Mill repousse celte objection, quoi-
qu'elle esta très-plausible, »
succession invariable ne
encore qu'elle
jour a pour
soit
suffit
en déclarant
pas, qu'il faut
inconditionnelle; c'est-à-dire que
l'expérience nous ait prouvé « qu'il n'y a pas d autres »
conditions (comme, dans l'exemple cité, le lever
))
soleil) d'oii
»
servée (i).
(1)
M. Stuart
dépende »
la
séquence invariablement ob-
Mais n'est-ce pas renverser
Mill, Logique,
du
tome
les
I, p. 381.
13
fonde-
—
—
194
ments du système^ sous prétexte de l'étayer, et reconnaîy a en nous quelque puissance de raisonnement capable de surmonter les tendances les plus fortes de tre qu'il
notre imagination?
Il
ne saurait y avoir, en
effet,
de
succession plus frappante pour nos sens, plus répétée
du jour
de
que
celle
que
l'expérience seule, en nous montrant
du
une
liaison
si elle
beau dire
Mill a
que
le
lever
le jour,
plement, se succèdent; tion,
M.
nuit.
la
empêche notre esprit de voir causale entre deux phénomènes qui , sim-
précède
soleil
et
est certain
il
que l'imagina-
des liaisons causales,
était le vrai principe
ne tiendrait aucun compte des expériences
du
res relatives à l'apparition
soleil
,
particuliè-
et qu'elle passe-
rait outre sans scrupule, tant l'observation générale
de
du jour
succession
la
l'autre par le
nombre des
et
efforts
,
à trouver
La
causalité.
mènes,
et
Hume
,
et
est
permis de conclure
malgré ses
confie la garde à
il
,
une
résiste pas à la
phéno-
faculté aussi
peut un instant faire
de
phénomènes
lois,
illu-
;
mais ce
réalité
que
tissu
fondées sur l'habitude,
moindre analyse. La science, créa-
tion passagère de l'imagination, n'a pas plus
de
de
maintenir jusqu'à un certain point un ordre
factice et précaire entre les
et
la loi
frêle liaison qu'il établit entre les
dont
fragile et inconsistant
ne
il
est impuissant,
une explication solide de
indécise que l'imagination sion
nuit l'emporte sur
la
constatations faites.
Pour toutes ces raisons,
que l'empirisme de
de
les
modes
éphémères des hommes,
artificielles,
qui,
que
de valeur les goûts
fondés sur l'habitude,
sur l'usage prolongé, peuvent disparaître un jour ou
I
— l'autre.
195
—
Les prétendues vérités scientifiques ne sont
que des préjugés un peu plus durables que Il
n'y a pas de raison
pour que
les autres.
les successions uni-
formes jusqu'à présent constatées, se maintiennent toujours.
Un
jour peut renverser l'ordre entier de la
nature, mettre les effets à causes morales à
la
place des causes, les
place des causes matérielles, et
la
réciproquement. La nature n'est plus qu'un assemblage incohérent de phénomènes qui sont ordonnés aujourd'hui dans certains rapports de succession, mais qui demain peuvent prendre un ordre contraire. Sans
doute,
HumO;
quiétera pas se trompe
qui ne croit pas à la nature, ne s'in-
du
s'il
sort
croit
que
lui fait
son système
;
mais
il
pouvoir au moins maintenir quel-
liaison solide entre les perceptions elles-mêmes.
que
La nature intérieure échappe, scientifique,
à
elle aussi,
toute connaissance
à toute loi
réelle,
n'avons, pour déterminer ses phénomènes,
si
nous
d'autres
instruments que l'habitude et l'imagination. De sorte
que ce dogmatisme empirique, qui les
mouvements de
aux
croit trouver
l'imagination quelque fondement
affirmations générales de la science
le plus
dans
complet des scepticismes.
,
est
au fond
CHAPITRE
V.
DE l'induction. LA LOGIQUE DE HUME ET LA LOGIQUE DE M. STUART MILL.
La négation du principe de causalité
ment pour
résultat
de détruire
dépendance qui unit et par
conséquent
science
;
elle
laisser sans
les
le
n'a pas seule-
rapport effectif de
causes et les effets observés,
des
la certitude objective
lois
de
la
a encore cet inconvénient grave, de nous
aucun principe qui puisse nous conduire
au delà de nos observations, goureusement dans
et
les limites,
de nous enfermer
ri-
non pas seulement de
Texpérience possible, mais des expériences réellement accomplies par nous.
En
d'autres termes, la suppres-
phénomènes rend im-
sion de toute liaison entre les
possible toute induction légitime. L'induction suppose,
en
effet,
une
loi
de notre raison qui
,
sement formulée, revient toujours à les
mêmes
maxime
:
effets. Cette
traduction immédiate d'une croyance
plus fondamentale encore
:
il
y a de l'ordre dans
la
phénomènes
se
quand on prétend que
succèdent, sans qu'ils aient suivre
cette
causes produisent les mêm.es
affirmation est la
nature. Or,
bien que diver-
les
une raison intrinsèque de
un ordre de succession
plutôt
qu'un autre,
—
—
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quand on leur refuse toute puissance intime de gendrer mutuellement,
pas certain qu'on ôte,
n'est-il
parla même, toute raison d'être au principe de duction?
de
phénomènes
tous les
attribuions en
cause au
tout
,
et celle qui
temps
c'est
Car,
cours de
le
veut aussi que nous
en tout lieu
,
même phénomène.
de croire que
saire ,
l'in-
y a une corrélation évidente, entre l